L’élite américaine ne s’est jamais mieux portée…

Rédigé le 13 juillet 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Donald Trump est devenu président en promettant la gloire à la classe moyenne américaine… mais aujourd’hui, l’élite US ne s’est jamais mieux portée.

Pauvre David Brooks… Ce matin, avant d’entendre une bonne dose de baratin, nous avons été frappé par le sien.

La responsable de la Fed, Janet Yellen, devait prendre la parole devant la Commission des services financiers de la Chambre des représentants, au Capitole, à 10 heures du matin. En attendant, nous lisions un article de M. Brooks, dans le New York Times :

« Dernièrement, j’ai invité à déjeuner une amie qui n’a que le baccalauréat. J’ai commis l’indélicatesse de l’emmener dans une sandwicherie gastronomique. Soudain, j’ai vu son visage se pétrifier devant des noms de sandwichs tels que ‘Padrino’ et ‘Pomodoro’, et des ingrédients tels que la soppressata, le capicollo et la baguette striata.

Je lui ai rapidement demandé si elle souhaitait aller ailleurs et elle a acquiescé vivement. Nous avons mangé mexicain ».

Des impostures flatteuses

M. Brooks commente avec beaucoup de délicatesse à quel point il est délicat.

Il dit également n’importe quoi.

Il se plaint qu’il existe une énorme différence entre l’élite et le reste du monde, illustrée par le fossé existant entre «quelqu’un qui n’a que le baccalauréat» et lui-même.

Mais de quel genre d’éducation supérieure avez-vous besoin pour savoir ce que sont la soppressata et le capicollo ?

D’un diplôme en gastronomie italienne !

Et quel genre de personne, avec ou sans le bac, en a quelque chose à faire ?

C’est le problème, avec les codes sociaux : ils représentent surtout une perte de temps.

Quel que soit le niveau d’éducation, ce n’est probablement pas en mémorisant les ingrédients de tous les plats gastronomiques de Manhattan que l’on se sert le mieux de ses capacités cérébrales.

Il est par ailleurs inutile d’avoir un doctorat en psychologie pour s’apercevoir que M. Brooks a passé trop de temps à se contempler dans les chromes lustrés des comptoirs de sandwicheries. Il faudrait qu’il respire un peu d’air frais.

L’élite américaine ne s’est jamais mieux portée : elle a plus d’argent, de pouvoir et de standing que toute l’élite depuis l’époque romaine du IVe siècle, juste avant l’arrivée des Barbares.

Elle s’étudie dans le miroir en se demandant comment elle a fait pour être si brillante.

Naturellement, cela donne lieu à énormément d’impostures flatteuses. Nous sommes intelligents. Nous sommes meilleurs. Nous sommes la «nation indispensable», comme l’avait formulé Madeleine Albright. Nous sommes plus vertueux. Nous avons un meilleur sens de l’humour et une meilleure climatisation.

La réussite rend les gens vains. Ensuite, la vanité les rend stupides.

On détourne l’attention frénétiquement

Tous les étudiants s’initiant à l’économie apprennent que les marchés fonctionnent mieux que la planification centrale. Mais les économistes lauréats du Prix Nobel exigent que le prix du crédit – le plus important au sein de l’économie – soit fixé par un comité.

Parallèlement, les milliardaires demandent que l’on augmente les impôts… et donnent de l’argent aux oeuvres caritatives, en sachant parfaitement que cet argent a plus de chances de fructifier s’il est géré par des acteurs privés motivés par le profit.

Et puis il y a Donald J. Trump, milliardaire extraordinaire… capo di tutti capi.

Non seulement il est riche comme Crésus, mais il trône également dans le bureau le plus puissant et le plus prestigieux de l’élite.

M. Trump a compris que les électeurs en avaient assez des gens tels que M. Brooks, et de l’élite qu’ils représentent. Ils voulaient du changement. Et le voilà qui joue les mêmes tours que Clinton, Bush et Obama.

Il n’ôte à l’élite aucun de ses confortables privilèges. Il les échange simplement contre d’autres… Donald Trump bricole la fiscalité, tripatouille l’Obamacare : il détourne l’attention frénétiquement, enchainant les crises et les gaffes tout en faisant du surplace !

Mais l’élite intellectuelle – qui n’en finit pas de s’intéresser à elle-même – observe de plus près. Elle trouve quelque chose à redire. Puis elle trouve des solutions.

La destruction de l’Amérique

« Ils détestent nos libertés », a dit le président Bush, tentant en vain de comprendre pourquoi quelqu’un pouvait avoir une dent contre un peuple si merveilleux.

Au cours de ces quelques dernières années, on a énormément fait pour remédier à ce problème. Grâce essentiellement à des lois comme le Patriot Act, des lois permettant la confiscation des actifs sans condamnation, et la loi FATCA (qui exige le respect des obligations fiscales concernant les comptes étrangers), entre autres, les libertés américaines ont été grandement diminuées.

Mais il reste encore beaucoup à faire. L’empire vieillit et dégénère ; de nouvelles rides apparaissent sur le visage cette vilaine élite.

David Brooks, par exemple, pense que nous sommes en train «de détruire l’Amérique».

« Au cours de la génération précédente, les membres de la catégorie sociale ayant fait des études supérieures sont devenus remarquablement doués pour s’assurer que leurs enfants conservent leur statut privilégié.

Ils sont également devenus horriblement doués pour s’assurer que les enfants des autres catégories sociales n’aient qu’une chance limitée de rejoindre leurs rangs ».

M. Brooks identifie les principales stratégies utilisées par l’élite pour que ses enfants demeurent parmi les gagnants. Elle élabore un «code comportemental», obtient des cours particuliers pour ses enfants, et des stages… et elle leur fait faire des voyages qui renforcent leurs CV.

Elle se sert également du gouvernement comme elle l’a toujours fait : pour exploiter le peuple.

Le zonage empêche les pauvres d’accéder aux bons quartiers et aux bonnes écoles.

Le système de l’école publique est également un outil permettant une ségrégation par l’argent. L’élite vit dans les bons quartiers qui possèdent de bonnes écoles. Ses enfants sont entourés d’autres bons élèves issus de bonnes familles… et ils intègrent de bonnes universités, pour accéder plus tard à de bons emplois.

M. Brook remarque que les contraintes de zonage renforcent les inégalités sociales et réduisent la croissance économique :

« Ces règles ont un effet dévastateur sur la croissance économique, dans tout le pays. Une étude réalisée par Chang-Tai Hsieh et Enrico Moretti, économistes, indique qu’aux Etats-Unis, les contraintes de zonage présentes dans les 220 principales régions métropolitaines du pays ont diminué de plus de 50% la croissance cumulée entre 1964 et 2009. Ces contraintes jouent également un rôle crucial dans l’augmentation des inégalités.

Une analyse de Jonathan Rothwell établit que si les villes les plus contraignantes s’alignaient sur celles qui le sont le moins, les inégalités entre les différents quartiers seraient divisées par deux ».

Là, nous progressons.

L’élite essaye toujours de protéger son statut et ses privilèges. Elle fait tout ce qu’elle peut pour s’en tirer impunément : que ce soit avec des lois et taxes somptuaires, un subtil langage codé ou des menus en langue étrangère. (Les Romains ont utilisé le grec comme langue de l’élite après la victoire de Sylla sur l’armée grecque, en 86 av. J-C.)

Si M. Brooks veut vraiment savoir ce qui sépare l’élite de tous les autres, nous lui suggérons de cesser de se contempler et de commencer à observer le système de l’argent falsifié.

Il a fait bien plus de dégâts que le zonage. Des dégâts que l’on ne peut réparer avec du Botox.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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