Pourquoi les économistes sont-ils idiots ?

Rédigé le 11 décembre 2017 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

Les économistes professent des théories qu’ils savent fausses. Mais le positivisme et l’interventionnisme leur sont profitables.

Vendredi matin, le bitcoin a plongé.

Il a chuté d’un plus haut historique de 17 899 $ à 14 336 $, soit un plongeon de 20%.

Cette semaine, nous avons notamment lancé une mise en garde… un memento mori pas très subtil pour l’univers financier : « accrochez votre ceinture ! ».

Aujourd’hui, nous creusons un peu plus pour répondre à une question que personne ne se pose, quasiment : pourquoi la plupart des économistes modernes sont-ils aussi idiots ? Réponse courte : parce que c’est payant.

C’est de la faute de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint Simon… et de beaucoup d’autres.

Saint-Simon est né en 1760, dans une famille de l’aristocratie française. Il était très doué pour les grandes idées… idiotes.

Mais il était remarquablement peu doué pour le suicide. Il s’est tiré une balle dans la tête, et il a survécu !

Avec Auguste Comte, le philosophe français, il a développé une idée qui s’est répandue comme de la mauvaise herbe : le « positivisme ».

C’était la fin du XVIIIe siècle. A ce moment-là, il était évident que la « connaissance positive » de la nature pourrait nous aider à vivre mieux. L’Ere industrielle ne faisait que commencer. Le Progrès était indéniable.

Alors pourquoi ne pas appliquer l’idée de « connaissance positive » aux relations personnelles, aux entreprises, au gouvernement et à la culture ? Est-ce que cela n’améliorerait pas les choses ?

Mais les relations entre les gens ne sont pas aussi simples que celle qui existe entre un marteau et un clou. On peut taper sur les gens aussi. Mais il est difficile de les faire aller droit là où vous voulez qu’ils aillent.

Au cours des 250 ans qui se sont écoulés depuis – durant lesquels les propositions mises en avant par les positivistes ont été ressassées de façon exhaustive par les gouvernements, les activistes et ceux qui veulent bâtir un monde meilleur – aucune preuve d’amélioration convaincante n’est ressortie.

Rien de positif n’est jamais sorti du « positivisme »

La société évolue à mesure que les gens développent les uns avec les autres de nouvelles idées, de nouveaux produits, de nouvelles inventions et façons de travailler, et ce volontairement, la plupart du temps. Quelqu’un achète son pain chez le boulanger du coin parce qu’il apprécie la jolie caissière aux cheveux roux. Quelqu’un d’autre commande son ciment de l’autre côté de la ville parce qu’on lui accorde des délais de paiement plus longs. Quelqu’un d’autre, encore, a envie d’une nouvelle montre qui fonctionne avec la chaleur de son corps.

Et là, l’Etat intervient en imposant ses propres lois et mesures et en entravant la liberté du « donnant-donnant » présent au sein d’une économie libre, en manipulant les prix, en exigeant des licences, en bloquant la concurrence… et tout cela au nom d’une volonté de bâtir un monde meilleur, bien entendu.

Sous ses formes les plus ambitieuses, il lance des programmes d’envergure visant à remettre de l’ordre dans les relations économiques et sociales selon les lubies et modes du moment. Désormais, nous porteront tous des vestes Mao… les intellectuels iront planter des choux… 500 g de boeuf et 500 g d’acier coûteront la même chose… nous parlerons l’espéranto, nous nouerons les lacets de nos chaussures ensemble et partirons au travail en sautillant à pieds joints… et nous porterons nos sous-vêtements au-dessus de nos vêtements pour que les autorités puissent vérifier que nous sommes bien propres !

Pour autant que nous puissions en juger, toutes les tentatives délibérées visant à refondre la société se sont soldées par des échecs désastreux.

Dans les années 1930, la doctrine positiviste a bénéficié d’une impulsion. Des intellectuels qui s’étaient réunis à Vienne, en Autriche, ont impressionné un visiteur anglais, A.J. Ayer. Le jeune homme de 24 ans s’est dépêché de rentrer à Londres, où il est devenu « l’enfant terrible » de la philosophie anglaise et l’ardent défenseur du « positivisme logique ».

Cette école de pensée – qui tentait de réduire tout comportement humain à des bases logiques et scientifiques – est devenue si populaire qu’elle a envahi les universités, s’est déversée sur les murs de leurs départements, comme une fosse septique qui déborde, tout en contaminant de nombreuses autres disciplines, notamment l’économie.

Aujourd’hui, pratiquement tous les économistes croient qu’ils peuvent réunir des « données », manipuler des taux et des lois, stimuler l’économie ou l’apaiser… et qu’en le faisant, ils améliorent la situation.

Des théories fausses mais lucratives

Ces pensées sont bien pratiques, bien sûr, pour toute personne s’efforçant d’obtenir de l’argent, du pouvoir et un statut sans vraiment contribuer à la richesse du monde.

A présent, en s’inspirant du positivisme, trois générations d’économistes ont gagné leur vie et acquis une réputation en appliquant consciencieusement la logique et la raison en vue de rendre les relations économiques humaines plus fructueuses.

C’est une chose qu’ils ne remettent plus en question ; c’est comme si c’était la parole de Dieu en personne.

Mais ce n’est pas Dieu qui a mis en avant le positivisme : c’est le susmentionné A.J. Ayer, qui l’a enseigné au Bard College de New York et qui, à l’âge de 77 ans, s’est distingué lors d’une rencontre avec un boxeur professionnel américain.

Selon les dires, Tyson draguait avec insistance le top model Naomi Campbell. Ayer aurait tenté de s’interposer.

« P*t**n, tu sais qui je suis ? » lui a dit Mike Tyson, « je suis champion de boxe catégorie super-lourds ».

« Et moi j’ai été titulaire de la Chaire de logique Wykeman d’Oxford », a répondu Ayer. « Nous sommes tous deux des sommités dans notre domaine. Je propose que nous discutions de tout cela en hommes rationnels. »

Lors de la conversation qui a suivi, il parait que Mlle Campbell se serait esquivée. Nous n’avons pas d’informations sur les effets de cette discussion sur M. Tyson

Mais l’on se souvient mieux de la façon dont Ayer a jugé l’oeuvre de sa vie. A un âge avancé, on lui a demandé quels étaient les défauts du positivisme.

« J’imagine que son plus grand défaut », a-t-il répondu, « … c’est que tout était pratiquement faux ».

Au cours de ces 50 dernières années, les économistes modernes ont prêché et pratiqué l’interventionnisme et l’activisme.

Cela leur a permis de bien gagner leur vie… de remporter des Prix Nobel… de faire semblant de savoir de quoi ils parlaient… et d’exercer une énorme influence sur les économies qui ont été leurs victimes.

Rien de tout cela n’a enrichi les gens ni contribué à améliorer leur sort. Au contraire, tout cela n’a été qu’imposture et futilité.

Mais après avoir formulé une affirmation aussi frappante, si éloignée des convictions répandues au sein des éminents économistes de ce monde, il nous incombe d’apporter des preuves.

Elles se limitent à une seule phrase :

Les économies découvrent les besoins et les prix en permettant aux accords gagnant-gagnant d’exister. Ces accords dévoilent à la fois ce que les gens veulent vraiment… et le prix à payer réellement pour l’obtenir. L’Etat, quant à lui – avec la complicité des économistes « positivistes » – ne crée que des obstacles. [NDLR : Envie d’investir dans des entreprises en croissance qui évoluent dans l’économie réelle et compétitive ? En vous abonnant dès maintenant à Profits Réels, vous pourrez recevoir dès lundi notre nouvelle recommandation — la dernière de 2017, et qui ne sera disponible que jusqu’au 21 décembre : il suffit de cliquer ici.]

M. Bernanke ? Mme Yellen ? M. Ayer a donné le bon exemple. N’auriez-vous pas quelque chose à confesser ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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