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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 28 juin 2006
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*** Bill Gates et Warren Buffett nous adressent-ils un message ?
Et si oui… est-ce bien celui que croient les marchés ?
*** Eau et profits
Il n’y a pas d’alternative à l’eau… et cela ouvre de nombreuses opportunités
*** Spectacle public et bottes de cow-boy
Où l’on voit que chacun a son propre moyen de s’évader de la réalité…
*** Le syndrome vanille-fraise (3)
Les fonds désertent les marchés et les cours chutent — c’est ce qui faisait l’essentiel de la discussion entre notre Banquier Central et Noël F. ces derniers jours. Aujourd’hui, ils passent aux devises… et aux stock-options.
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Bonjour,
***BILL GATES ET WARREN BUFFETT NOUS ADRESSENT-ILS UN MESSAGE ?
** Cela faisait quatre jours passés consécutivement à faire la navette entre 4 780 et 4 840 points… Il semblerait désormais que certains opérateurs se soient lassés de ce scénario, estimant que le CAC 40 avait eu toutes ses chances de "faire la décision" pour grimper en direction des 4 900 points.
Après quelques premières foulées prometteuses au-dessus des 4 830 points, le match s’est équilibré durant près de six heures. Le CAC 40, le souffle un peu court, n’a pas tenu la distance : il a quitté la zone verte du terrain une heure avant la clôture, chutant même de 0,8% à quelques minutes du fixing de 17h30, et a regagné les vestiaires sans gloire sur un score de -0,63% — avec l’enfoncement des 4 800 points en bandoulière.
Ne l’accablons pas : les performances de Francfort ou d’Amsterdam furent tout aussi piteuses. Le phénomène de jambes lourdes s’est en fait généralisé à l’ensemble des places européennes au cours de la dernière heure, alors que le Nasdaq ratait complètement son entame de match, passant de +0,2% à -1% à mi-séance.
**Wall Street a réellement pris toutes les anticipations à contre-pied : les chiffres du jour ne semblaient pourtant pas de nature à faire basculer l’issue de la rencontre entre les bulls et les bears. Les reventes de logements anciens ont certes reculé, mais bien moins qu’attendu au mois de mai (-1,2%) selon la National Association of Realtors.
** De quoi leur redonner peut-être un peu le moral au moment ou le baromètre interprofessionnel qu’ils éditent chaque milieu de mois est tombé à son plus faible niveau depuis 11 ans : il faut se souvenir qu’à l’époque, le marché de l’immobilier venait d’être frappé de plein fouet, à l’échelle planétaire, par le krach obligataire de 1994 — qui précipita de ce côté-ci de l’Atlantique la faillite du Crédit Lyonnais, du GAN, du Crédit Foncier et autres Comptoirs des Entrepreneurs.
Les principales banques commerciales américaines et les établissements de crédit spécialisés avaient mieux résisté que leurs homologues européens (et japonais cinq ans auparavant). La demande de prêts à taux variables n’avait pas encore connu la vague de fond des années 2001/2004, et l’extraction de valeur via le refinancement hypothécaire n’était pas une pratique très répandue aux Etats-Unis, faute d’incitations fiscales allant dans ce sens.
Nous ne pouvons manquer de souligner le paradoxe entre des investisseurs littéralement tétanisés à Wall Street (depuis la mi-mai) par les anticipations de renchérissement du loyer de l’argent, et la hausse de un point de l’indice de confiance du Conférence Board : 105,7 contre 104,7 un mois plus tôt, alors que le Dow Jones flirtait encore avec les 11 700 points, contre 10 950 points mardi soir.
Vous ne serez pas surpris que les places européennes aient fait étalage de leur vulnérabilité dès lors que la question des taux revint au premier rang des préoccupations de Wall Street après un rebond symbolique de 0,50% lundi soir.
** Les opérateurs avaient plus ou moins occulté ce sujet sensible depuis jeudi dernier… mais c’était sans compter avec les "mises en garde" de nos banquiers centraux. Jean-Claude Trichet et Yves Mersch (gouverneur de la Banque centrale du Luxembourg) sont bien sur la même longueur d’onde : confirmant les déclarations de son collègue du Grand-Duché la veille, le patron de la BCE affirmait à son tour mardi matin que toutes les options restent ouvertes d’ici le 3 août prochain en matière de politique monétaire en Europe.
Et de poursuivre dans la même veine : "le Conseil des Gouverneurs est en permanence en alerte, il s’agit d’une vigilance réelle, être constamment vigilant est le devoir de notre institution". Comme vous le savez, chaque mot compte. Le terme de "vigilance" avait été remplacé lors du dernier conseil de politique monétaire par le vocable "surveillance".
Exit la surveillance au profit de la vigilance, qui figure par deux fois au sein du même paragraphe (nous employons là une image, puisqu’il s’agissait d’une interview accordé à un quotidien finlandais).
Ces subtilités sémantiques peuvent apparaître bien futiles aux yeux de non-initiés hermétiques au sabir économico-technocratique de nos chers banquiers centraux… Mais chaque communiqué d’un membre de la BCE ou de la Fed renferme un message subliminal qui permet aux plus affûtés parmi les analystes — nous ne revendiquons pas cette compétence, située à mi-chemin entre l’ésotérisme et l’art divinatoire — de déterminer le degré de probabilité que l’ancrage des anticipations inflationnistes nécessite de rajouter (ou d’ôter) quelques maillons à la chaîne des ajustements permettant de tangenter les objectifs de neutralité monétaire.
Beaucoup d’opérateurs renoncent à décrypter ce genre de discours, et nous vous en ferons volontiers grâce. Le temps que nous commencions à comprendre la teneur des formules les plus alambiquées, nous aurions raté les 15 premiers points de repli des bons du Trésor US… ou le basculement à la baisse des indices boursiers dans le cas qui nous préoccupe depuis le 11 mai 2006, date de la dernière réunion de la Fed avant celle de ce jeudi.
** Il y a certaines évolutions que les investisseurs sentent d’instinct, sans pouvoir le verbaliser d’une formule qui rendrait leur attitude défensive plus limpide. Une des façons les plus fiables de s’assurer que la tendance a bien basculé (peu importe le sens), c’est d’effectuer le décompte des articles expliquant que le trou d’air actuel n’est que passager, et que le principal risque consiste justement à ne plus être "dans le marché".
Ces rédactionnels, solidement argumentés et pleins d’observations de bon sens — ce qui les distingue de nos chroniques, où nous préférons opter délibérément pour l’irrationnel et la raillerie vis-à-vis de toute forme de consensus — émanent le plus souvent d’analystes qui ne prenaient pas une seule seconde la peine d’expliquer pourquoi les portefeuilles boursiers s’appréciaient depuis six mois, en même temps que le prix du baril de pétrole, de l’or et des taux d’intérêt.
Se posent-ils la question de savoir aujourd’hui pourquoi Bill Gates et Warren Buffet annoncent à quelques jours d’intervalle leur intention de prendre leur retraite (une génération les sépare pourtant)… et s’engagent tous deux à offrir chacun 30 milliards de dollars à une fondation à caractère humanitaire. 60 milliards, ne cherchez pas, c’est l’équivalent du PIB de la Nouvelle-Zélande ou du Pérou !
Les plus cyniques parmi nos lecteurs nous rétorqueront que les "fondations", c’est encore le meilleur moyen d’échapper à l’appétit du fisc américain et de réduire spectaculairement les droits de succession. Après tout, rien n’interdit aux héritiers d’habiter lesdites fondations, ni même d’en être salariés, afin de poursuivre l’ouvre voulue par les donateurs.
Mais nous soupçonnons les deux hommes les plus riches de la planète d’avoir une longueur d’avance sur ceux qui imaginent que les conquêtes industrielles et commerciales ou la spéculation sur les marchés financiers sont des priorités — et ce au moment ou le système économique mondial basé sur le dollar est peut-être sur le point de se disloquer, avec les espoirs de triomphe de "l’ultra-capitalisme global" dont les Etats-Unis furent les inspirateurs.
Il suffit d’évaluer quelle interprétation en font les Chinois ou les Russes… et de quelle façon les "richesses" ainsi crées sont partagées, depuis une dizaine d’années, entre les oligarques et les classes moyennes (pour ne pas mentionner les plus défavorisées) constituant les populations locales.
Bill Gates et Warren Buffet ne sauraient leur être comparés. Leur fortune était déjà faite avant que ne tombe le mur de Berlin… sans léser leurs salariés ni leurs clients.
En France, l’impôt sur la fortune, cette sorte de muraille idéologique entre l’esprit d’entreprise (assimilé à l’exploitation puis la spoliation des moins doués) et le sens du partage (conçu comme ciment social) n’est toujours pas tombé : lorsque cela arrivera, c’est que le libéralisme sera à l’agonie et que l’ISF n’aura définitivement plus d’objet !
Philippe Béchade,
Paris
PS : Le CAC 40 ne sait plus où donner de la tête… les investisseurs doutent… et les profits deviennent difficiles à faire : dans ces conditions, comment vous passer des conseils de Philippe Béchade ? Pour retrouver son analyse du jour et ses dernières recommandations, composez le 0899 707 009 dès 15h45 cet après-midi…
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Le meilleur de la finance américaine se tient prêt à faire grimper votre portefeuille !
Un gâteau de 21 milliards d’euros est désormais à la disposition des investisseurs… découvrez comment vous assurer d’obtenir votre part !
Toutes les explications sont ici…
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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** EAU ET PROFITS
** L’eau polluée est une tragédie mondiale. L’eau propre est une opportunité d’investissement mondiale.
- La moitié des lits d’hôpitaux de la planète sont occupés par des gens souffrant d’une maladie liée à l’eau. Dans les pays en voie de développement, 80% de toutes les maladies proviennent de la consommation ou de l’exposition à de l’eau malsaine.
- On ne manque pas d’eau, sur notre bonne vieille Terre… mais il y a une pénurie aiguë d’eau PROPRE… et le nombre de victimes humaines est alarmant.
Pour en savoir plus sur le manque d’eau et ses conséquences, continuez votre lecture…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** SPECTACLE PUBLIC ET BOTTES DE COW-BOY
** "Les Banques centrales mettent en garde contre l’inflation", annonce le Financial Times avec une satisfaction morose.
* Nous ne doutons pas qu’il y ait de l’inflation — et même de celle qui fait les gros titres. Ce dont nous doutons, par contre, c’est de la volonté des banques centrales de s’y opposer.
* Qu’ils affirment solennellement le contraire en public nous dit simplement qu’un vaste spectacle public est en cours. Parce que chaque grand Spectacle Public commence précisément avec un tel mensonge, se transforme en farce et culmine sur un désastre. Le marché de l’investissement en fournit un nombre infini d’exemples qui lui correspondent parfaitement. L’industrie financière, les banques centrales et les médias ont tous une caractéristique commune : ils travaillent ensemble pour tromper autant de gens que possible. Pourquoi ? Parce que pour que les marchés fonctionnent comme ils le font, la plupart des investisseurs doivent être dans le faux la plupart du temps. Sans cela, ils anticiperaient leurs propres actions et arrêteraient l’Histoire en marche. Un marché haussier en croissance exige donc que la plupart des gens ne croient pas en lui. Et un sommet exige que la plupart des gens soient haussiers au moment même où être haussier est la position la moins profitable à prendre.
* S’ils en savaient plus long, le résultat serait une sorte de Spectacle Interruptus stérile, sans esbroufe ni effondrement. Pas de satisfaction. Il n’y aurait pas de boom, ni de krach… et nous serions privés de notre divertissement quotidien. Tout l’avenir serait pris en compte, intégré au marché et réduit à un seul moment — le présent. Le temps resterait immobile.
* La fraude au cœur de ce spectacle, c’est la banque centrale en elle-même. Dans tous les autres aspects de la vie économique, tout le monde sait que la planification centrale ne fonctionne pas. On sait que la détermination des prix par les officiels du gouvernement est stupide et contre-productive. Quant au fait de fixer les prix dans le secteur privé, nous considérons cela comme un crime, au même titre que tenter de truquer un match de boxe ou manipuler des élections. Cependant, on l’accepte sans dire un mot lorsque les officiels complotent pour déterminer le prix le plus important de toute l’économie — le prix du crédit.
* Comment les banquiers centraux savent-ils à quel taux les emprunteurs devraient emprunter et les prêteurs prêter ? Est-ce que ce devrait être 5,75% ou 6% ? Ils n’en ont pas la moindre idée. Mais ils ont des cœurs et des cerveaux aussi pleins d’ambition présomptueuse et de machinations vaines que n’importe qui. Ils sont la proie de toutes les faiblesses dont la chair est victime, et risquent autant de céder à la tentation que le reste d’entre nous.
* Ainsi, ils sont tentés de croire qu’ils peuvent faire mieux que Jésus lui-même lors des noces de Cana. Au moins Jésus-Christ avait-il de l’eau pour travailler… Quant aux pains et aux poissons, il n’a fait que les multiplier. Les banques centrales, par contre, ont réussi à faire apparaître de l’argent à partir de rien, tout en assurant aux masses que ces devises étaient bien réelles. Le dernier épisode de notre histoire repose sur cette tromperie.
* Voyez-vous, c’est une chose qu’un spéculateur financier perde de l’argent. Vite gagné, vite perdu. On ne verse pas de larmes. On ne fait pas circuler de pétitions. Aucun politicien n’en parle. Le spéculateur encaisse les pertes comme un dur, prend une cuite, rentre chez lui et se venge sur son chien.
* Mais lorsque les lumpeninvestisseurs perdent de l’argent, c’est une affaire d’état. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les politiciens bavassent sur "la lutte contre l’endettement" et "la nécessité de stimuler l’économie". Il n’y a pas assez de véritables spéculateurs pour faire élire un député… mais c’est une autre paire de manches en ce qui concerne les lumpeninvestisseurs. Ils peuvent faire des dégâts aux urnes. Lorsqu’ils souffrent, les politiciens le sentent passer.
* Et voilà le véritable problème avec la lutte contre l’inflation. Elle impliquerait de cibler les électeurs des classes moyennes, qui en sont arrivés à dépendre de l’inflation des prix de l’immobilier. Ils ont contracté de multiples prêts à taux variable, sans aucune base solide. Ils commencent déjà à vaciller. Mille milliards de dollars de ces prêts seront revus cette année — avec des versements 25% à 60% plus chers. 1 700 milliards supplémentaires seront réévalués l’an prochain. Les emprunteurs les plus vulnérables ne pourront assurer les paiements.
* Cette semaine, la Banque de Ben Bernanke devrait augmenter ses taux pour la 17ème fois. M. Bernanke fait des tests — afin de déterminer combien de munitions il peut charger sur le camion avant que les roues ne cèdent — tandis que le reste de la planète l’observe. Peut-être que la charge de cette semaine sera la dernière. Et peut-être que, si les choses se passent bien, il tentera un autre quart de point en août.
* Mais ne vous y trompez pas, cher lecteur. Il ne le fait pas pour avoir la puissance de feu nécessaire pour lutter contre l’inflation. C’est pour être prêt à pulvériser la déflation lorsque la crise arrivera enfin… et pouvoir ainsi lâcher la bride à l’inflation.
** En marchant dans la rue aujourd’hui, nous avons vu devant nous un homme dont la démarche était légèrement différente. Nous avons vite vu pourquoi : il portait des bottes de cow-boy.
* Il est assez inhabituel de voir un homme portant des bottes de cow-boy dans les rues de Londres. Le reste de sa personne était parfaitement normal : âge moyen, costume sombre, chemise blanche, cravate. Lorsque nous l’avons dépassé, nous avons réalisé qu’il parlait français. Nous l’avons immédiatement compris.
* Il y a quelque chose, dans la vie professionnelle, qui alourdit l’âme. Les gens s’habillent tous pareil ; ils parlent tous le même langage — l’anglais des affaires — et adorent le même dieu, Mammon. Ils luttent tous pour l’argent ou le statut, travaillent aux mêmes heures, dans les mêmes bureaux, ou se précipitant d’un aéroport à un autre. Ordinateurs allumés, café dans un gobelet en carton, jour après jour, année après année, étudiant des tableaux, lisant des rapports, rêvassant durant les réunions.
* Notre homme dans la rue devait rêver de grands espaces. Le Montana, le Wyoming, l’Arizona. Il doit poser ses bottes sur son bureau de temps en temps, et s’évader… souhaitant être dans de vastes plaines, là où l’on n’entend jamais un mot décourageant, là où ni les mémos ni les réunions ne viennent assombrir les cieux.
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Consterné par les manœuvres en tous genres qui faussent les marchés ?
Exaspéré par l’absence totale de transparence dans la gestion de vos actifs ?
Effaré par le manque d’indépendance de certains conseillers financiers ?
Eh bien… voici votre antidote personnel à l’industrie financière !
Un antidote qui aurait pu vous rapporter des gains cumulés de 165% en 2005…
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*** La Chronique Agora présente ***
Les fonds désertent les marchés et les cours chutent — c’est ce qui faisait l’essentiel de la discussion entre notre Banquier Central et Noël F. ces derniers jours. Aujourd’hui, ils passent aux devises… et aux stock-options.
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Le Journal d’un Banquier Central
LE SYNDROME VANILLE-FRAISE — 3ème PARTIE
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Par le Banquier Central (*)
Du dollar aux indices
"En ce qui concerne le dollar, je crains d’avoir de mauvaises nouvelles, déclarai-je. Malgré la pause récente, Egisthe maintient son scénario à long terme de dépréciation du billet vert contre la plupart des grandes monnaies, notamment l’euro. Le va-et-vient pourrait se poursuivre deux ou trois mois, mais au plan technique, l’EUR/USD reste haussier en grande tendance.
- Quelle guigne ! pesta mon voisin. Je croyais que tout allait bien pour l’économie américaine ! Cela ne devrait pas soutenir le dollar ?
- L’analyse technique n’est pas forcément en accord avec les fondamentaux. Mais un élément mérite qu’on s’y arrête : la vaste proportion de dette américaine désormais aux mains de l’étranger, notamment de l’Asie. Le jour où ces titres vont repartir à la vente sur le marché, le billet vert pourrait bien sentir le vent du cyclone. Jusqu’à présent, la Chine s’est montrée très réticente à réévaluer sa devise face au greenback, comme les USA le lui réclament avec insistance depuis des années. Cela contredit, évidemment, ses intérêts commerciaux : mais au plan intérieur, l’inflation menace… Pour tâcher d’endiguer la croissance rapide du crédit, Pékin vient de relever les réserves obligatoires de ses banques, envoyant même brièvement le dollar/yuan sous la barre fatidique des 8,00 ! En cas de réévaluation, il ne fait aucun doute que le dollar s’affaiblirait contre la plupart des devises asiatiques, ces économies interdépendantes étant sujettes aux effets de contagion. Je n’ai jamais cru que la Chine se hâterait de lâcher sa devise pour complaire à ses partenaires américains ; mais si les déséquilibres intérieurs s’accentuent, ce serait une autre affaire… Maintenir la paix sociale parmi un milliard et demi d’individus, avec 9% de croissance et des écarts de salaires urbains/ruraux comparables à ceux du Portugal et de la Gambie, voilà le premier défi du gouvernement chinois".
Mon voisin finissait d’engloutir son chou à la crème. Il but une gorgée d’eau minérale et se tourna vers moi : "Résumons-nous. Les capitaux désertent d’un seul coup les marchés à risque ; la mondialisation change peu à peu de visage, mais dans l’ensemble, les déséquilibres ne vous paraissent pas critiques. Vous ne croyez donc pas à la fin du rebond commencé en 2003…
- C’est bien mon opinion, confirmai-je.
- Alors, qu’est-ce que cela nous donne pour les indices boursiers ? Figurez-vous que j’ai quelques problèmes de portefeuille, en ce moment.
- Je crois que la prudence est de rigueur, au moins jusqu’à la rentrée. La brutalité des corrections a pris tout le monde de court, y compris mon analyste technique et moi-même. Aux USA, au Japon, en Europe, les indices ont testé des seuils critiques, sans que l’on puisse véritablement valider un retournement. Nous en sommes là : sur les points. Et les points eux-mêmes demandent à être réajustés. En attendant, la pause est bien là : il paraît peu probable qu’on aille revoir de sitôt les plus hauts de l’année. Le marché s’épure : il faudra guetter patiemment les rebonds éventuels sur les 4 500 points : savoir s’alléger vers les 5 000 (point technique à 5 036) et, sur les bottoms, saisir quelques opportunités très sélectives. Les décotes s’apprécieront en comparant le PER de la valeur à son PER historique ou encore à celui du secteur — mais aussi en tenant compte du potentiel de croissance de l’activité, le marché ayant pu anticiper une chute des résultats. Le bilan macroéconomique incite toujours à privilégier les valeurs américaines et japonaises sur l’Europe : mais à petits pas… Bien franchement, dans le contexte actuel, c’est surtout la modération qui doit prévaloir".
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
"Tout ça ne va pas soutenir notre cours, ça, se désola Noël F***. Déjà qu’on se retrouve Gros-Jean comme devant, avec notre gros porteur qui joue les Arlésiennes… Et les investisseurs ne lâchent rien !
- C’est-à-dire que vos histoires de stock-options, là… n’ont pas aidé à restaurer la confiance."
Mon voisin se prit la tête à deux mains :
"Ces fichues stock-options ! C’est un cauchemar : vous perdez de l’argent avec, vous êtes un incompétent qui en fait perdre à la boîte ; vous en gagnez, vous êtes une canaille !
- Ce n’était guère malin de les vendre alors que les retards de production s’annonçaient, dis-je.
- Ah mais moi, j’ai rien vu venir, protesta-t-il.
- … A trois mois de distance ?
-… Mais alors, rien ! Je vous le dis tout net. Que voulez-vous, c’est le printemps, on a la tête aux vacances, on veut payer une Mobylette aux gosses : alors on fait comme tout le monde, on vend quelques actions… En toute innocence ! On ne se doute de rien…
- … A trois mois de distance ?
- De rien, je vous dis ! Et même chose pour Daimler-Chrysler ! Demandez-leur, ils ont fait comme moi. C’était le printemps, ils se sont dit : ‘Si on changeait la moquette ? Il nous reste des actions sous le coude, une fenêtre d’exercice s’ouvre…’ Lagardère, lui, avait son sèche-linge en panne ; il en a vendu 7,5% pour se payer une marque allemande. Et puis, trois mois plus tard, pan ! La guigne : on apprend que la production est en retard, et moi, je gagne deux millions au lieu de cinq cent mille. Sans avoir rien vu venir. Goûtez aux moins les petits légumes.
- … A trois mois de distance ?
- Vous commencez à me chauffer, avec vos trois mois de distance ! On sent bien que vous n’êtes pas du métier, mon bonhomme ! Dans une grande industrie intégrée et hautement complexe comme la nôtre, un retard de production, ça surgit du jour au lendemain ! Ça tombe sans prévenir !
- Je ne comprends pas, fis-je sceptique. Vous n’avez pas des auditeurs ? Des analystes de production ? Une équipe de veille ?
- Elle était trop occupée, mon équipe, à éplucher les comptes d’Alizée au Luxembourg ! ricana mon voisin. Ah, on n’est pas aidé, non plus. Moi, je l’ai surnommée La Peste.
- On ne m’ôtera pas de l’idée, dis-je après un moment de réflexion, que vous avez succombé, à votre tour, à votre fameux syndrome vanille-fraise."
Mon voisin me foudroyait du regard. Mais avant qu’il eût ouvert la bouche, l’hôtesse arrivait pour débarrasser les plateaux. "Vous n’avez pas aimé le saumon ?" s’enquit-elle avec un sourire radieux.
Je ne daignai pas répondre. Me tournant vers mon voisin, je lançai :
"… Au fait, pourquoi La Peste ?"
Ses traits s’assombrirent tout d’un coup.
"Le chef-d’oeuvre de Camus", grommela-t-il.
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
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