Du plaisir de transporter soi-même son sac a dos

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 01 août 2006
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*** Du plaisir de transporter soi-même son sac a dos
Philippe Béchade n’a pas parié ses vacances sur la hausse du CAC 40. Dommage…

*** Ascenseur pour l’échafaud ?
Ben Bernanke pourrait connaître un sort à la Paul Volcker…

*** Le principe d’inégalité
Les deux côtés agitent le drapeau américain et font régner conflits et contestations politiques

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Bonjour,

*** DU PLAISIR DE TRANSPORTER SOI-MEME SON SAC A DOS

** Les indices boursiers occidentaux (Europe et Amérique du Nord) ont enregistré la semaine passée leur meilleure performance de l’année. Elle a été agrémentée d’un sans-faute pour le CAC 40, qui est parvenu à aligner cinq séances de hausse consécutives, affichant ainsi un score de +4,37% sans équivalent depuis fin mars 2004 (+4,11%).

Nous avouerons sans honte que nous n’aurions pas misé le budget de nos prochaines vacances — dix jours en pleine nature, au bord d’un lac du Tyrol à mi-chemin entre Innsbruck et Berchtesgaden — sur un tel scénario. Nous aurions dû, pourtant : au lieu de trimballer notre pique-nique et nos sacs de couchage dans un sac à dos, nous aurions alors pu nous offrir le concours d’un taxi acheminant tous les midis et tous les soirs un pantagruélique panier-repas, préparé par le meilleur traiteur local, à chacune de nos étapes.

Au lieu d’un quatre-étoiles, nous nous satisferons de quelques bivouacs à la belle étoile. Au moins n’aurons-nous pas acheté pour rien le guide du campeur tyrolien et notre stock de soupes, de sauces et de crèmes dessert déshydratées !

** Peut être sommes-nous satisfait, au fond, de ne pas nous envoler pour l’Autriche en première classe alors que tant de personnes au Proche-Orient, privées d’aéroports et d’infrastructures routières ou touristiques, contemplent, incrédules, le rally haussier de Wall Street ou de l’Eurotop 100 sur les chaînes d’info internationales… lesquelles diffusent parallèlement de poignantes images de détresse humaine et de destruction de part et d’autre de la frontière libanaise.

Drôle d’arrière-plan pour des tickers boursiers affichant des records de hausse (+2% le lundi en Europe, +1,9% le vendredi suivant sur le Nasdaq). Et pas le moindre cessez-le-feu à l’horizon : les investisseurs ne pouvaient même pas se prévaloir du moindre signe précurseur d’une cessation imminente des combats pour justifier un optimisme incoercible.

A moins qu’il n’ait fallu parier sur un drame tel que le bombardement sur Cana pour que la pression de l’opinion publique occidentale amène les Etats-Unis à obtenir de Tsahal une suspension des raids aériens durant 48 heures ? Suspension d’ailleurs compensée par une intensification des opérations terrestres conventionnelles au sud-Liban.

Afin d’évacuer le prétexte de l’espoir d’une trêve au Proche-Orient — trop souvent évoquée par certains chroniqueurs pour expliquer la bonne tenue des marchés, y compris hier matin après les affirmation un peu prématurées de Condoleezza Rice allant dans ce sens –, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a déclaré que "le combat continue et qu’aucun cessez-le feu ne sera conclu dans les jours à venir : la guerre continuera jusqu’à l’élimination de la menace constituée par le Hezbollah".

La une du Times postule que ce conflit est "différent" ; il serait purement "défensif", selon les différents articles solidement argumentés que nous avons parcourus.

Faut-il en conclure, comme semblent le faire les marchés (mais quel est leur degré réel de spontanéité ?), que l’embrasement actuel s’avère potentiellement moins dangereux qu’une guerre visant à occuper militairement un territoire étranger ? Rappelons que l’invasion de l’Irak était également "défensive"… Pendant ce temps, de nombreuses voix dans l’entourage du ministère israélien de la défense désignent clairement l’Iran comme responsable du conflit actuel, et suggèrent que la clé de la paix dans la région se situe à Téhéran.

** Supposons cependant que les marchés fassent preuve d’une phénoménale clairvoyance en jugeant le conflit actuel aussi peu menaçant pour l’économie mondiale que la désintégration de l’Ethiopie ou la guérilla des FARC en Colombie. Il fallait tout de même afficher de sérieux motifs d’optimisme au sujet de la croissance américaine (+2,5% au 2ème trimestre) ou de la politique monétaire de la Fed.

Du point de vue des gérants basés à New York, c’est sûr et certain, Ben Bernanke ne prendra pas le risque de contrarier Wall Street en plein conflit au Proche-Orient. Voilà pourquoi un trader normalement constitué parie jusqu’à sa chemise rayée et ses boutons de manchette sur le scénario d’une pause monétaire à 5,25%.

William Poole se montre pourtant moins catégorique. Il estime que les chances de maintien ou de hausse du prime rate sont à 50/50… mais que le risque inflationniste demeure légèrement prédominant, la répercussion de la hausse des prix de l’énergie s’étendant, avec le temps, à un plus grand nombre de secteurs économiques, tandis que les gains de productivité s’amenuisent.

** Dans l’Euroland, la croissance semble au rendez-vous ; cependant, selon Eurostat, l’inflation aurait atteint, +2,5% au mois de juillet (score identique au mois de juin). Cela ne laisse planer aucun suspens sur la stratégie de la BCE lors de sa prochaine réunion, d’ici 48 heures.

Mais là encore, pas de quoi redouter que le CAC 40 retombe sous les 5 000 points. La consolidation survenue hier n’a jamais dépassé -0 4%, soit l’équivalent de ce qui fut gagné au cours de la seule dernière demi-heure de la séance de vendredi. Si les trois quarts des valeurs du CAC 40 ont terminé dans le rouge, une poignée seulement affichait des scores négatifs allant au-delà des -1%, et se recrutait parmi les meilleures performances de la veille.

L’absence de réelle pression baissière (trois milliards d’euros échangés à Paris) démontre que les opérateurs ne sont peut-être pas convaincus d’une prolongation immédiate de la hausse du CAC 40 en direction des 5 300/5 330 points dans le cadre d’une configuration en tête/épaules inversée… Par contre, ils s’abstiennent consciencieusement de sortir d’un marché dont l’orientation est incontestablement haussière depuis près de deux semaines.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Le CAC 40 est à 5 000 : que va-t-il faire ensuite ? Et vous, qu’allez-vous faire ? Pour exploiter la situation actuelle à l’avantage de votre portefeuille, consultez le 0899 707 009… vous y découvrirez tous les conseils et recommandations de Philippe Béchade pour tirer le meilleur parti des conditions boursières du moment.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Vancouver

*** ASCENSEUR POUR L’ECHAFAUD ?

** "Les gens n’ont tout simplement aucune marge", a expliqué Dennis Gartman, que nous avons rencontré à Vancouver. "J’ai un ami aux Etats-Unis qui est courtier en prêts hypothécaires. Il me dit que ses clients calculent leurs budgets mensuels à 5 $ près. Voilà combien il leur reste après leurs dépenses prévisibles".

* Lorsqu’une bulle du crédit se développe, les prêteurs gagnent beaucoup d’argent. Mais lorsqu’elle se contracte, le secteur des prêts tourne à l’aigre.

* Countrywide Financial et Capitol One sont deux des plus grands prêteurs aux Etats-Unis. Leurs titres boursiers chutent — en baisse de 15% à 20% par rapport à leurs sommets.

* Nous pensons voir là la fin des prêts à taux variables : la hausse des taux — et la menace de hausse des taux — est en train de tuer l’industrie du prêt.

** Les journaux de vendredi parlaient aussi de deux tendances qui pourraient augmenter la destruction de telle sorte qu’elle concernera bien plus que le secteur du crédit. On a annoncé que l’inflation, aux Etats-Unis, grimpait à son rythme le plus rapide en 12 ans. Parallèlement, la croissance du PIB US décline — le taux de croissance économique a été divisé par deux entre le 1er et le 2ème trimestre. Ces tendances jumelles annoncent la stagflation, le fléau des banques centrales.

* Nous rappelons aux lecteurs comment la stagflation naît (et pourquoi Ben Bernanke est condamné) :

* L’économie keynésienne pratiquée par les gouvernements et les banques centrales repose sur l’imposture. A mesure que de plus en plus de devises et de crédit sont injectés dans l’économie — comme "stimulants" — on les confond avec de la véritable richesse. Les consommateurs pensent avoir plus d’argent à dépenser, les hommes d’affaires pensent avoir plus de clients, les investisseurs pensent enregistrer plus de profits. Ainsi induits en erreur, ils développent allégrement l’économie. A mesure que le temps passe, cependant, les prix rattrapent l’agent bidon, et le consommateur se rend soudain compte qu’il n’est pas mieux loti qu’auparavant. L’homme d’affaires réalise que même s’il a plus de clients, il doit aussi payer ses travailleurs plus cher… ainsi que ses coûts d’approvisionnement. Et l’investisseur voit qu’il n’a pas vraiment gagné d’argent ; les profits ont disparu à mesure que les coûts grimpaient, et le gain effectué sur son portefeuille équivalait tout juste à la perte générale de pouvoir d’achat du dollar.

* Ainsi, graduellement, les vieux tours de magie cessent de fonctionner. L’argent et le crédit affluent peut-être, mais personne ne s’y laisse prendre. Au lieu de cela, les prix grimpent… tandis que l’économie s’affaisse.

* C’est ce à quoi Paul Volcker était confronté lorsqu’il est arrivé à la Fed à la fin des années 70. Il devait vaincre l’inflation — ou plus précisément les attentes d’inflation — avant qu’un stimulant monétaire puisse fonctionner. Et c’est ce qu’il a fait, mettant les taux de prêt à plus de 15% et provoquant la pire récession depuis les années 30. Les gens lui en voulurent à tel point qu’ils brûlèrent son effigie sur les marches de la capitale américaine.

* A présent, que va faire Ben Bernanke ? Le pauvre homme voit un monde bien différent de celui où vivait son prédécesseur immédiat. Alan Greenspan a pris son poste après que Volcker ait déjà augmenté les taux. Greenspan a pu les mettre à la baisse durant les 15 années qui suivirent. A présent, les taux sont bas — et qui veut les faire grimper ? Si les tendances actuelles se poursuivent, Bernanke devra augmenter les taux pour lutter contre l’inflation. Mais il devra aussi les baisser pour lutter contre le ralentissement naissant.

* Notre homme est pris au piège. Il a passé sa carrière à étudier les moyens d’éviter une crise à la japonaise — une récession déflationniste intermittente s’étendant sur une longue période de temps. Et voilà qu’il se trouve confronté à l’une de ces crises. Il veut désespérément baisser les taux pour lui mettre des bâtons dans les roues — mais dans ce cas, qu’arriverait-il à l’inflation ?

* Et s’il tente une opération à la Volcker — faisant grimper les taux pour éliminer les attentes inflationnistes –, les lumpenconsommateurs vont probablement le brûler vif… pour de vrai !

* Nous pensons à nouveau à Alan Greenspan. L’homme doit rentrer à reculons dans les ascenseurs et se raser dans le noir. Comment peut-il se regarder en face ? Ses politiques d’argent facile ont provoqué des ravages dans le paysage américain. Finies, les solides fermes indépendantes. A la place, on trouve des appentis de plastique branlants et de fragiles baraques de vinyle soutenues par les dettes… et ce sont des dettes de la pire espèce — à taux variable. Faites grimper les taux de quelques points de pourcentage seulement, et tout s’effondre.

* Oh, ces taux variables ! Si Bernanke augmente son taux directeur pour lutter contre l’inflation, les taux variables grimpent… puis les mains des électeurs se lèvent, demandant un changement de gouvernement… et, enfin, les fagots et le petit bois s’accumulent. Bernanke doit déjà sentir la fumée…

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*** La Chronique Agora présente ***

"Les riches deviennent plus riches", disons-nous souvent dans ces lignes. Le problème avec ça, bien entendu, c’est que l’Américain moyen n’est pas riche — et son salaire stagne… ou décline. Le Dr Hans Sennholz mène l’enquête.

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LE PRINCIPE D’INEGALITE — 1ère PARTIE
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Par le Dr Hans Sennholz

De nombreux Américains s’insurgent contre l’inégalité croissante dans les revenus et la richesse individuels. Les profits des entreprises sont à la hausse, les salaires des dirigeants grimpent en flèche, mais les salaires de la plupart des travailleurs évoluent à peine. Même les employés ayant des compétences techniques se sentent à l’étroit, et les jeunes diplômés ont du mal à faire des débuts réussis. Il n’est pas étonnant que les politiciens, toujours à la recherche de sujets de campagne, ajoutent leurs interprétations et leurs recommandations. A gauche, ils critiquent le comportement antipatriotique des entreprises, qui exportent les emplois américains dans leur quête de profits toujours plus élevés. A droite, ils condamnent les corporations qui embauchent des étrangers illégaux venant aux Etats-Unis pour travailler au sein de l’économie souterraine. Les deux côtés agitent le drapeau américain et font régner conflits et contestations politiques.

Par nature, les hommes ne sont pas égaux. Bien entendu, pour assurer la paix sociale, tous doivent être égaux devant la loi — et tous doivent avoir droit à la même protection de sa part. Mais ils n’ont pas tous les mêmes capacités, et n’ont donc pas des revenus identiques. Un ordre politique cherchant à créer l’égalité économique de force n’est pas naturel ; il est condamné à s’autodétruire, terminant dans l’indigence, la discorde et le conflit.

Les revenus individuels dépendent toujours de la productivité d’une personne lorsqu’elle rend des services à d’autres. La plupart des individus ne gagnent qu’une compensation en échange de tels services, communément appelée salaire, paie ou honoraires. Les individus économes peuvent également profiter d’intérêts sur leur épargne. Et les individus pleins d’initiative peuvent même engranger des profits purs provenant d’une anticipation correcte des besoins et des offres, des prix et des coûts à venir, bref, du futur état du marché. Dans un état-providence, de nombreuses personnes profitent également d’allocations provenant des contribuables — c’est le cas de 50 millions d’Américains actuellement.

Dans une économie de libre-échange, les différences individuelles entre les revenus peuvent être très visible, bien que plutôt limitées en nombre. Il y a peu de grands dirigeants, artistes et auteurs ayant des revenus de plusieurs millions de dollars chaque année. Peu d’investisseurs engrangent des intérêts de plusieurs millions de dollars sur leurs placements. Mais il y a toujours de jeunes entrepreneurs réussissant à prévoir les changements majeurs des marchés, récoltant ainsi des millions de dollars de profits. Cependant, de telles différences sont minimes en comparaison de celles qui sont causées par le choix humain concernant l’organisation sociale et économique. Selon sa perception de la nature humaine et sa compréhension de la coopération économique et sociale, l’être humain peut choisir de vivre dans une grande variété d’ordres économiques. Certains sont très productifs, générant un niveau de vie élevé pour tous ; d’autres sont stériles et condamnent leurs membres à des vies courtes et misérables. Selon l’édition 2006 du World in Figures ["Le monde en chiffres", ndlr.] du magazine The Economist, les habitants du Luxembourg, par exemple, enregistrent un PIB per capita de 55 000 $ par an ; en Norvège, ce chiffre est de 37 910 $, et aux Etats-Unis, de 37 750 $. Par contraste, les habitants de la Somalie subsistent avec 440 $ par an, 530 $ pour la Sierra Leone et 590 $ pour le Malawi. L’espérance de vie dans ces derniers pays est environ la moitié de celle que peuvent espérer les trois premiers.

De telles différences ont commencé à se développer il y a 300 ans de cela, lorsque, en Europe de l’ouest, une nouvelle philosophie sociale et économique a commencé à renverser les barrières institutionnelles empêchant le développement économique. La philosophie du "laisser-faire" exposée par Adam Smith, David Ricardo et nombre d’autres auteurs en Angleterre, en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, a remplacé d’anciennes doctrines qualifiant d’immorales la liberté économique et la thésaurisation. Ces nouvelles philosophies ont permis aux populations d’éliminer ces barrières et de se consacrer à leurs intérêts. La production économique a immédiatement accéléré, tandis que le niveau de vie augmentait visiblement.

La suite dès demain.

Meilleures salutations,

Hans Sennholz
Pour la Chronique Agora

(*) Le Dr Hans Sennholz est président emeritus de la Foundation for Economic Education (FEE – http://www.fee.org ) à Irvington, dans l’état de New York. Ses essais et articles ont été publiés dans plus de 36 journaux et magazines allemands, et 500 autres ont été lus par le public américain. Le Dr Sennholz est également l’auteur de 17 livres sur la Grande dépression, l’or, les banques centrales et les politiques monétaires.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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