Du nucléaire dans votre poubelle?

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 19 juillet 2006
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*** De (mauvaise) surprise en (mauvaises) surprises
Le fracas des armes masque l’effondrement de la bulle immobilière…

*** Du nucléaire dans votre poubelle ?
Justice Litle nous démontre que ce n’est pas une chimère…

*** Guerre et rumeurs de guerre
Bill Bonner n’a pas d’opinion sur les événements au Moyen-Orient…

*** Eternels exilés
Bien avant que nous ne quittions l’Amérique, l’Amérique que nous connaissions nous a quitté.

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1 740,11% de gains cumulés au total sur le premier semestre 2006…
Une performance moyenne de 23,84%…
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10%… depuis début mai 2006…
Sans compter les plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

Quels investissements permettent d’engranger ce genre de gains ? Continuez votre lecture pour tout savoir…

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Bonjour,

*** DE (MAUVAISE) SURPRISE EN (MAUVAISES) SURPRISES

** Le CAC 40 vient d’aligner une quatrième séance de repli consécutif — mais limité ; les valeurs moyennes ont de nouveau payé le plus lourd tribut : -1,23% contre -0,33% pour les 40 blue chips de la cote parisienne. Même si la pression baissière semble moins intense, l’orientation négative des indices boursiers semble fermement établie. Wall Street, qui avait tenté lundi soir de s’opposer seul à la glissade planétaire des actions, semblait ne pas être en mesure de renouveler l’exploit hier soir, le Nasdaq perdant 1% à mi-séance.

Notre tâche quotidienne consiste à déceler l’émergence de nouvelles forces sous-jacentes susceptibles d’influencer l’évolution des marchés financiers. Nous évitons, autant que faire se peut, de paraphraser l’actualité économique ou géopolitique, dans la mesure où les plus grandes agences de presse internationales puisent les informations au plus près de leur source.

Le problème, c’est qu’en temps de guerre — et plus personne ne conteste que ce soit le cas au Proche-Orient — la première victime, parallèlement aux populations civiles, c’est la vérité. L’état-major israélien, après avoir autorisé lundi un de ses généraux à évoquer une possible cessation rapide des hostilités (sous un délai de quelques jours), a renversé la vapeur hier, et averti l’opinion publique internationale que les opérations en cours iront à leur terme et pourraient prendre plusieurs semaines.

Ce genre de perspective a de quoi démoraliser la population libanaise, et c’est probablement le but recherché. L’ONU ne saurait rester les bras croisés comme elle le fait depuis une semaine — peut-être dans l’espoir qu’une prise de position ferme en faveur de la paix émerge au sein du G8 de St. Petersbourg — et se contenter d’envoyer des observateurs.

Les Nations Unies vont certainement accentuer leurs pressions sur les divers protagonistes du dossier, sachant qu’Israël bénéficie du soutien pratiquement inconditionnel des USA et du Royaume-Uni — des alliés qui se sont abstenus jusqu’à présent de désigner officiellement les soutiens régionaux du Hezbollah.

** La journée de mardi s’est cependant soldée par une évolution notable et inquiétante de la communication de Tsahal et du ministère de la défense israélien. En effet, une intervention militaire terrestre en territoire libanais — qui semblait exclue lors des précédents points de presse — redevient une option "si les circonstances l’exigent", selon le chef de l’état-major Moshe Kaplinsky.

Les marchés peuvent s’accoutumer à beaucoup de choses — même de nature tragique — si le processus est lisible, ou si le problème apparaît limité dans le temps : l’exemple des frappes contre la Serbie et les opérations de maintien de l’ordre par les forces de l’ONU dans l’ex-Yougoslavie au milieu des années 90 le démontre. A l’époque, la défaite des troupes serbes ne faisait aucun doute, et nul ne redoutait une extension du conflit à la Grèce ou à la Hongrie.

Le scénario actuel au Proche-Orient comporte des risques d’embrasement autrement plus sérieux, et le silence officiel de la Syrie ou de l’Iran peut être rompu à tout moment. N’importe quel type de provocation est possible, conduisant les uns et les autres à s’impliquer plus directement dans le conflit "en dépit de la ferme intention de n’en rien faire à l’origine".

Nous sommes absolument convaincu que toutes les hypothèques ne sont pas encore intégrées dans les cours par les marchés aux niveaux actuels. Les opérateurs ne sont pas encore entrés de plain-pied dans la phase d’accoutumance qui succède à l’émergence d’un nouveau risque géopolitique (invasion de l’Afghanistan, invasion de l’Irak, conflits larvés au Nigeria, provocations nord-coréennes qui se succèdent depuis 1998).

Et le principal danger pour tous les actifs boursiers, à la différence des placements à taux fixe tels que les Bons du Trésor, c’est la succession de mauvaises surprises quotidiennes attestant que "le pire est encore à venir".

Même les investisseurs les plus optimistes doivent convenir que les conséquences des opérations en cours sur l’économie mondiale ne sont pas quantifiables. Après tout, nul ne maîtrise l’évolution des prix pétroliers, lesquels pourraient fort bien faire l’objet d’un marchandage visant à freiner la radicalisation de certains processus militaires au Liban — un des moyens parmi les plus efficaces et les moins traumatisants de faire pression sur les Etats-Unis.

** Et les USA ont d’autres soucis… tels que la hausse des prix à la production, qui atteint +0,5% au mois de juin, dans le sillage de la flambée du pétrole, naturellement.

Si l’inflation demeure officiellement proche de 2,2% par an, les ménages, eux, font face — selon l’importance de leurs revenus disponibles — à une inflation réelle de 5% à 10%. Cela les enferre dans le piège du crédit, dont ils ne peuvent plus espérer s’échapper par l’extraction de valeur de leur patrimoine immobilier, pour les 60% d’Américains qui en possèdent.

La bulle est en train d’éclater… mais le bruit est couvert par le fracas des armes au Liban et au nord d’Israël. Selon la dernière enquête du NAHB/Wells Fargo, l’indice de confiance des professionnels de l’habitat individuel chute de trois points supplémentaires au mois de juillet, à comparer avec les 39 du mois de juin 2006 et surtout les 72 de juin 2005. L’indice est au plus bas depuis décembre 1991 et il chute depuis 11 mois consécutivement. Toutes les composantes étaient en repli au mois de juin, les emprunteurs étant asphyxiés par le coût du crédit.

Les ventes en cours sont en repli de quatre points, l’indice relatif aux ventes potentielles courant juillet plonge de cinq points, à 46, tandis que l’estimation synthétique des acheteurs solvables recule de 29 à 27, contre 50 il y a un an.

Présentée de la sorte, la situation apparaît relativement explosive. Un diagnostic sectoriel instantané, tenant compte du rythme de la dégradation des fondamentaux, anticiperait une crise paroxystique imminente, compte tenu du nombre d’acteurs en présence — ils se comptent en centaines de millions, et des sommes en jeux, qui se chiffrent en dizaines de milliers de milliards de dollars.

Eh oui, c’est possible, par le jeu de la titrisation des créances immobilière… Mais rassurez-vous, les spécialistes tiennent compte de l’inertie entre le moment où les acheteurs se raréfient (la plupart devenant insolvables du fait des conditions de prêt ou de la sur-valorisation des biens) et le moment où les spéculateurs, pris à la gorge, se résolvent à casser les prix. C’est alors que la panique s’empare des particuliers — mais cela prend au moins six mois.

Dans l’intervalle, le nombre des transactions chute, pour ne plus concerner que les biens de première qualité dont la valeur se maintient… au détriment du "second choix", qui ne trouve plus preneur, même en doublant la commission des agents immobiliers.

C’est tout du moins ainsi que se sont déroulées les précédentes crises immobilières. Celle qui se profile respectera-t-elle le timing classique figurant dans les manuels ?

La crise au Proche-Orient restera-t-elle circonscrite à la banlieue sud de Beyrouth et aux territoires libanais qui s’étendent jusqu’à la frontière nord d’Israël ?

Nous faisons le pari que beaucoup d’investisseurs qui, comme nous, ne connaissent pas la réponse ne tenteront pas d’avoir l’air plus malin que les "experts" conviés par les médias pour démontrer tout et son contraire… Ils profiteront de la correction technique de l’or vers 635 $ (au profit du dollar) pour renforcer leurs positions sur les valeurs minières, les warrants et autres trackers adossés au métal précieux.

Philippe Béchade,
Paris

PS : En attendant un retour au calme — relatif — sur les marchés, que faire de vos investissements ? Philippe Béchade vous donne son avis sur la situation actuelle et ses recommandations d’investissement au 0899 707 009
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*** DU NUCLEAIRE DANS VOTRE POUBELLE ?

** Transformer le contenu de votre poubelle en énergie propre peut sembler une chimère. Et pourtant, c’est exactement ce que fait Covanta Holdings Corp. : la société transforme les ordures en électricité.

- Continuez votre lecture pour savoir comment elle s’y prend…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** GUERRE ET RUMEURS DE GUERRE

** La guerre et les rumeurs de guerre font évoluer les marchés.

* Les prix du pétrole et de l’or ont grimpé, alors que les traders observaient leurs écrans de contrôle et les nouvelles du Liban. Puis est arrivée une rumeur selon laquelle Israël se retirerait dans quelques jours. Les Israéliens ont immédiatement démenti, mais les marchés semblaient prêts pour cette bonne nouvelle — l’or et le pétrole ont baissé. Le dollar a grimpé ; les inquiets doivent encore le considérer comme un refuge.

* Certains défendent Israël bec et ongles. D’autres prennent le parti des Palestiniens. Nous n’avons pas d’opinion. Ce qui nous surprend, c’est de constater que les autres en ont tant. Et ce qui nous amuse, c’est combien elles sont vides de sens.

* Mais tel est le monde de spectacles publics dans lequel nous vivons. Il y a des nouvelles à la télévision et dans les journaux. Des commentaires circulent sur internet 24 heures par jour. Même quelque chose d’aussi lointain, complexe et difficile que les relations d’Israël avec ses voisins — une histoire qui remonte à l’Ancien testament et se prolonge dans la Nouvelle ère — semble importer aux gens d’Avignon à Las Vegas. Ca, et la grossesse de Britney Spears. Il se passe tant de choses dans la vie publique qu’il reste peu de temps ou d’énergie pour les détails privés et marginaux qui font une telle différence dans la vie d’une personne. Des conversations n’ont jamais lieu. Des repas ne sont pas cuisinés, ni mangés. Des travaux restent inachevés. Pire, il n’y a aucune preuve de réflexion profonde sur quoi que ce soit.

* Nous n’avons rien pour étayer cette affirmation. Ce n’est pas même une théorie, mais un sentiment qui naît en nous lorsque nous lisons les titres de journaux. Ce n’est pas tant que lesdits titres fassent beaucoup de bruit pour rien — c’est surtout que ce n’est rien à quoi l’on puisse faire grand’chose.

** Prenez l’affaire de la guerre dans le Levant. Quiconque s’est soucié d’épousseter un livre d’histoire sait que les peuples de cette région se sautent à la gorge de temps en temps. Ce que l’on apprend de l’Histoire, c’est que lorsque cela se produit, mieux vaut être ailleurs. Les nouvelles du jour ne peuvent ajouter grand’chose à cette leçon.

* Mais hier matin, les journaux britanniques et européens s’amusaient de toute l’affaire ; l’un des principaux thèmes de l’actualité tentait de démontrer que le président des Etats-Unis est un crétin. La preuve avancée est un échange "hors antenne" entre George W. Bush et Tony Blair, au cours duquel l’Américain appelle le premier ministre britannique par son nom de famille, comme s’il était un sergent d’artillerie d’adressant à une nouvelle recrue. "Yo, Blair. Ca boume ?", titrait le Daily Mail, en ajoutant quelques photos peu flatteuses. Le président donne ensuite son opinion sur le fait que les tensions au Liban pourraient être éliminées — une opinion que ne souillent ni l’histoire ni la réflexion. Elle aussi pourrait provenir de n’importe quel baraquement militaire plutôt que du Bureau ovale : "ils doivent… faire que la Syrie dise au Hezbollah d’arrêter de semer la m*** et ce sera terminé".

* Oui, et la recette de Thomas Friedman pour mettre fin au terrorisme était tout aussi puérile : faire en sorte que les dirigeants de la communauté islamique délégitiment le terrorisme.

* La vie est simple lorsqu’on ne s’encombre pas de réflexion. Il suffit de mettre quelqu’un au bout du p*** de téléphone. Qu’il agisse.

* "J’avais envie de dire à Kofi d’appeler, de téléphoner à Assad et de faire bouger les choses", a continué Bush. Il s’agit là du même président que celui qui a accueilli le premier ministre libanais il y a trois mois de cela en disant : "le Liban peut servir d’exemple quant à ce qu’il est possible de faire au Moyen-Orient".

* Il avait raison sur ce point, mais pas comme il le pensait. Le Liban sert effectivement d’exemple de ce qui est possible — la guerre bidon contre le terrorisme pourrait se transformer en guerre réelle. Au lieu de faire passer le pétrole à 20 $ le baril ("Le meilleur de ce qui pourrait arriver après [l'invasion de l'Irak]… serait du pétrole à 20 $", nous rappelons-nous avoir entendu de la bouche de Rupert Murdoch en février 2003), le prix pourrait facilement grimper plus encore. Vous pensez que l’échine du consommateur américain plie ? Attendez de voir ce qui se passera avec du pétrole à plus de 100 $.

* Nous ne blâmons pas le président. Il est ce qu’il est ; ce n’est pas un crétin. Il a un rôle à jouer, comme nous tous. Dans l’ensemble, il ne s’en tire pas trop mal. Son rôle est de détruire le statut de dirigeant des Etats-Unis dans le monde. La Nature ne supporte pas un monopole bien longtemps. Les grands empires, qui monopolisent le pouvoir militaire, doivent être mis à bas — si non de l’extérieur, de l’intérieur. M. Bush est simplement l’instrument involontaire de l’Histoire.

* Dans ce rôle, le président a la chance de posséder toute une clique de conseillers fêlés et de flibustiers intellectuels pour l’assister. William Kristol, l’homme de M. Murdoch à Washington, par exemple, conseille au président de s’engager plus encore au Proche-Orient, au Moyen-Orient et partout à l’ouest d’Eden. "La faiblesse", écrit-il comme s’il conseillait l’empereur Commode, "est provocatrice". Il suggère un lien plus serré entre les Etats-Unis et Israël, ainsi qu’une démonstration de force comprenant une frappe immédiate contre les installations nucléaires iraniennes. Nous ne savons pas si cela serait bon ou mauvais, dans l’ordre général des choses, mais si c’est la provocation qui inquiète M. Kristol, nous ne pouvons pas en concevoir de pire.

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*** La Chronique Agora présente ***

Après les exilés de l’Antiquité — Ovide, Socrate et les autres — Bill Bonner examine aujourd’hui ses propres raisons d’avoir quitté son pays natal…

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ETERNELS EXILES — 3ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Est-ce que nous nous sentons seul ? Pas que nous ayons remarqué. Le base-ball nous manque-t-il ? Nous ne le regardions jamais. Sommes-nous à court d’information ? Au contraire, à distance, nous voyons plus clairement ce qui se passe dans notre mère-patrie que ceux qui y vivent.

Mais qui nous protège ? Qui fait attention à nous ? Vers qui nous tourner pour résoudre nos problèmes d’autoroute et de contraventions ? Nous, les exilés, nous sommes exposés aux éléments rageurs — toujours en danger d’être pris à partie et expédiés à l’étranger. Nous risquons de voir nos visas révoqués, ou nos biens confisqués. Mais pourquoi voudrait-on se débarrasser de nous ? Nous ne causons pas de problèmes. Nous ne votons pas. Nous ne demandons ni services ni subventions. Nous ne nous plaignons pas. Quelle serait l’utilité ? Nous dépensons de l’argent et payons nos impôts. Qui pourrait rêver meilleurs citoyens ?

Cependant, plus nous devenons cosmopolite, plus nous nous posons de question sur notre foyer. Sur les côtes du Maryland, les vieilles familles parlent leur propre langage — qui trouve ses racines dans un dialecte du 17ème siècle, provenant de l’Angleterre du sud-ouest, dit-on — depuis 300 ans. Avec la langue et le temps sont venues l’histoire et les excentricités qui ont rendu la vie locale riche et intéressante. Puis est venue l’homogénéisation qui a effacé les particularités. En quelques décennies, l’endroit en est venu à ressembler à toutes les autres banlieues des Etats-Unis. L’accent local a été remplacé par l’anglais qu’on entend à la télévision. Le tabac et les huîtres ont été remplacés par des emplois de fonctionnaire. Et les coutumes locales ont été remplacées par des réglementations nationales. On ne peut plus fumer dans les restaurants. On ne peut pas construire sans permis. On ne peut pas conduire sans ceinture de sécurité. Jetez une canette de bière vide dans la rivière, et vous avez les fédéraux aux trousses.

Le vieux Capitaine Earl vivait sur un quai de la West River. Il s’était construit une cabane branlante au bord de l’eau pour échapper à sa femme. Il restait assis dehors, buvait des bières et jetait les canettes à l’eau. En été, après le travail, lorsque les odeurs de la rivière se faisaient si fortes qu’elles en devenaient presque accablantes, les hommes se rassemblaient sur le quai avec lui. Ils discutaient. Ils buvaient. Parfois, ils tiraient un crabe de l’eau. Et les heures passaient.

Puis une agence se présenta. La cabane fut condamnée par environ 12 organisations gouvernementales. Capitaine Earl, qui était devenu un vieil homme, fut transféré en terrain sec, et ne tarda pas à mourir. Puis arrivèrent les voiliers, propriétés d’avocats de Washington. Ils furent bientôt si nombreux qu’on pouvait passer d’une rive à une autre en passant de bateau en bateau.

Non, tous les parfums et odeurs baroques ont été soigneusement récurés. A présent, la côte du Maryland n’est guère différente de tout autre endroit des Etats-Unis. Nos amis ont grandi et sont devenus des Américains moyens. Il n’y a plus de porches, plus de fauteuils à bascule, plus de moustiquaires aux fenêtres — plus de volets. Les anciens sont quasiment tous morts. Personne ne parle plus le dialecte local, sinon quelques marins endurcis et cultivateurs de tabac rebelles à toute réforme. Et même l’église semble avoir été absorbée par la grande religion américaine — où le plus grand péché est d’être "intolérant" et où la plus grande vertu est le recyclage.

Nous sommes heureux, de l’autre côté du globe. Et lorsque le vent souffle de l’Atlantique, nous en respirons parfois une bouffée… une trace fantomatique de ce que nous connaissions autrefois. Nous nous arrêtons. Nous vacillons. Puis nous nous rappelons.

Il y a beaucoup d’exilés dans ce monde. Chacun d’entre eux a ses raisons ; nous avons les nôtres. Bien avant que nous ne quittions l’Amérique, l’Amérique que nous connaissions nous a quitté. Nous ne voyageons pas pour nous en éloigner, mais pour la retrouver.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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