Le Dow Jones à… 1 250 points

Rédigé le 6 novembre 2018 par | Banques Centrales, Dette, Guerre Commerciale, Krach boursier imminent Imprimer

Une hausse des prix aujourd’hui provoquerait une envolée des rendements obligataires, tout comme dans les années 1970 et une chute de la Bourse comparable….

Les Etats-Unis manquent de cynisme.

Les Américains écoutent les conférences de presse sans rire. Ils lisent les gros titres sans un seul ricanement.

Ils pensent que leurs « guerriers » les protègent à l’étranger. Sur le sol américain, ils pensent que leurs représentants élus travaillent pour eux.

Et en matière d’argent… ils sont prêts à croire à peu près n’importe quoi.

Des chiffres de l’emploi torturés

La semaine dernière, par exemple, la presse a rapporté que le chômage américain est à un plus bas de 45 ans.

Fake news !

La hausse de l’emploi n’est qu’une contrefaçon. La plupart des emplois créés sont à temps partiel, ou sont dans les secteurs mal payés de l’hôtellerie et de la santé. On peut voir ce qui se passe vraiment en examinant un chiffre qui n’a pas été torturé par les autorités : les ventes réelles aux consommateurs finaux.

Elles nous indiquent la quantité de revenus que les gens peuvent vraiment dépenser. Le dernier rapport montrait que les ventes finales avaient chuté de 75% environ par rapport au trimestre précédent. Les ventes finales annualisées — les vraies dépenses par de vrais gens (plus ou moins) — croissent de moins d’1,5%.

Nous disons « plus ou moins » parce que les ventes finales comprennent les dépenses gouvernementales. Or comme vous le savez, les autorités US se sont attribuées plus d’argent à dépenser l’an dernier, ce qui a augmenté le budget des usines à gaz militaires et autres.

Le cynique a raison

Actuellement, les autorités US empruntent au rythme de 130 milliards de dollars par mois pour alimenter leurs besoins en cash. L’an prochain, le gouvernement devrait emprunter 1 300 milliards de dollars. Ensuite, les déficits continueront d’augmenter jusqu’à la fin des temps.

« Voyons voir », se dit le citoyen cynique (personne d’autre n’écoute). « Comment est-ce que ça fonctionne ? Je sais que je vais devoir payer pour ça, au final (qui d’autre paierait ?) ».

Mais attendez… qui prêtera une telle somme au gouvernement ? Il y a seulement quatre ans, les autorités pouvaient compter sur la Fed, qui achetait près de la moitié des émissions obligataires américaines. Aujourd’hui, elle s’en débarrasse.

Holà ! Le cynique lève les yeux au ciel. Il a le vertige à essayer de tout comprendre.

« Je ne devais pas payer avant parce que notre banque centrale achetait la dette. Mais d’où sortait-elle l’argent ? Et maintenant, la Fed n’achète plus cette dette… que va-t-il se passer ? »

Là, nous pouvons aider : le cynique a raison.

Les autorités peuvent feinter. Elles peuvent traîner et faire semblant. Mais en fin de compte, toutes les dettes… et toutes les dépenses gouvernementales… doivent être remboursées en temps… par le secteur privé productif.

A court terme, alors que les autorités empruntent plus et que la Fed achète moins… les rendements doivent augmenter.

Ensuite, les prix des actifs — les actions et les obligations, qui anticipent et capitalisent sur le flux de revenus futurs — chuteront. Les entreprises reculeront aussi… les autorités « étouffant » les emprunteurs du secteur privé.

Attendez-vous à une récession. 

Guerre commerciale néfaste aux achats d’emprunts américains

Il y a d’autres acheteurs qui sortent du marché obligataire : les banques centrales étrangères étaient autrefois des acheteurs fidèles de bons du Trésor US… absorbant jusqu’à 90% des nouvelles émissions obligataires pendant une bonne partie du XXIème siècle. A présent, elles sont vendeuses.

La Chine, le Japon et l’Inde ont réduit leurs détentions d’obligations US. Le Wall Street Journal rapporte que la quantité de dette fédérale américaine détenue par des investisseurs étrangers a baissé de 50% en cinq ans.

Ce qui nous ramène au marché boursier… et à la guerre commerciale. La semaine dernière, des commentateurs affirmaient que les actions s’étaient reprises parce que les chances de trouver un accord avec les Chinois — pour éviter une escalade de la guerre commerciale — avaient augmenté. CNBC :

« Dans un tweet, le président [américain] a déclaré qu’il avait eu ‘une longue et très bonne conversation’ avec le dirigeant chinois, portant ‘lourdement sur le commerce’. Il a ajouté que ‘ces discussions avancent bien’, en anticipation des rencontres en face à face au sommet du G20 en Argentine plus tard dans le mois ».

Les cyniques se rappelleront notre prédiction. M. Trump fera avec la Chine ce qu’il a fait avec le Canada et le Mexique.

Il se comportera comme une brute… et braillera que les étrangers sont affreux. Mais il finira par reculer et laisser le commerce se poursuivre plus ou moins comme avant.

Le président américain est peut-être un fanfaron ignorant et égocentrique, mais il n’est pas complètement crétin. Quelqu’un l’aura prévenu, à ce stade : les guerres commerciales sont peut-être bonnes pour la politiques, mais elles sont mauvaises pour l’économie.

Une guerre commerciale avec la Chine, par exemple, serait désastreuse — et pas seulement pour la Chine.

La fortune personnelle de M. Trump, le marché boursier américain et l’économie américaine dépendent tous de la Chine, qui fabrique des choses à bas prix — et répercute ainsi les économies réalisées au reste au monde.

Ensuite — cerise sur le gâteau –, les Chinois prenaient les dollars US et les utilisaient pour acheter des T-Bonds, aidant à maintenir les taux d’intérêt américains au plancher.

Ce n’est pas que d’autres pays ne peuvent pas eux aussi fabriquer des choses à bas coût. Mais il faudrait de nombreuses années — si c’est possible — pour recréer ailleurs la machine exportatrice chinoise.

Les économies — obtenues grâce à la main-d’oeuvre chinoise bon marché — ont empêché les prix de grimper dans les supermarchés américains. Sans elles, les 20 000 milliards de dollars de nouvelle monnaie injectée dans l’économie mondiale ces 20 dernières années feraient grimper les prix en flèche.

Une hausse des prix aujourd’hui provoquerait une envolée des rendements obligataire, tout comme dans les années 1970. Les investisseurs voudraient se protéger de la hausse des prix (qui réduit la valeur des revenus provenant de leurs obligations).

[NDLR : Comment vous protéger de la hausse des prix et regagner du pouvoir d’achat ? En vous créant une source de revenu supplémentaire. Il s’agit d’investir dans un type d’action très spécifique qui va vous permettre d’empocher des revenus juteux, et surtout GARANTIS. Les sociétés dont il est question ici sont OBLIGEES légalement de VOUS verser de l’argent. Elles n’ont pas le choix, cela fait partie de leur statut. Découvrez comment c’est possible grâce à cette stratégie inédite.]

Les actions baisseraient elles aussi, tout comme dans les années 1970. Comme nous l’avons vu hier, en termes de véritable monnaie — l’or –, les actions ont perdu 95% de leur valeur entre 1966 et 1980.

Aujourd’hui, une perte équivalente mènerait le Dow de 25 000 à tout juste 1 250 points. Ce genre de pertes est tout simplement inimaginable.

Pourtant, elles se sont produites par trois fois au cours des 100 dernières années — après 1929, 1966 et 1999 (où la perte n’a été que de 85% !).

Le risque est bien trop grand pour M. Trump. Comme nous l’avons exploré, il a plus à perdre que quiconque — sa fortune, sa réputation, son poste. Sa réélection…

Mais attendez… le courrier d’un lecteur très cynique nous a fait reconsidérer notre point de vue ; M. Trump pourrait aussi avoir plus à gagner…

A suivre.

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “Le Dow Jones à… 1 250 points”

  1. « Actuellement, les autorités US empruntent au rythme de 130 milliards de dollars par mois pour alimenter leurs besoins en cash. L’an prochain, le gouvernement devrait emprunter 1 300 milliards de dollars. »

    S’il emprunte 130 milliards/mois alors que l’économie US est « formidable », nul doute que Trump augmentera la cadence quand la récession sera là.

    La montant de la dette US monte aussi vite qu’était parti la fusée Challenger en 1986.

  2. On peut injecter de l’argent jusqu’à l’infini, vu que ce n’est que de la mémoire informatique, mais pour faire tourner cet argent la planète est mise à contribution, est-ce que cela pourra durer indéfiniment…
    J’en doute: https://lejustenecessaire.wordpress.com/

    Il serait temps de prendre conscience qu’en 2 siècles 2 milliards d’humains favorisés ont mis la terre dans un état catastrophique, et que sauf 3éme guerre mondiale, il faudra faire vivre 60-90 milliards d’humains dans les 10 siècles à venir… Dur, dur, …

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