Doublé gagnant

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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 04 octobre 2006
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*** Un trader à un milliard de SMIC
Les distorsions engendrées par les hedge funds dans l’économie sont proprement vertigineuses…

*** Doublé gagnant
Eric Fry propose une transaction à deux volets pour les mois qui viennent…

*** Une étrange situation
La situation des Etats-Unis a changé du tout au tout, pour la première fois en 90 ans…

*** Marée basse (1)
Il y a de quoi se demander si quelqu’un n’a pas mis du lithium dans les boissons des investisseurs…

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Comment investir en toute confiance dans un marché en baisse
Des centaines d’investisseurs ont vu ce système accumuler plus-value après plus-value… aujourd’hui, c’est à votre tour d’en profiter.

Des gains de +40,42%… +35,14%… +60%… +74%… +43,17%… +37,87%… +33,33%… +28,21%… +23,10%… +30,95%… pourraient être à la clé : n’attendez plus !

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Bonjour,

*** UN TRADER A UN MILLIARD DE SMIC

** La consolidation des indices boursiers entamée lundi s’est poursuivie hier en Europe, mais à un rythme modéré. L’Euro-Stoxx ne cède que 0,6% et le CAC 40 à peine plus de 0,5% : cela lui permet de préserver le seuil des 5 200 points, qui constitue la base de son canal haussier court terme.

Cette journée fut vierge de toutes statistiques… mais pas exempte de mouvements de cours relativement brutaux, Renault perdant plus de 4% suite à une dégradation de recommandation par des analystes. Cependant, ce n’est pas la glissade de tel ou tel titre qui nous a interpellé mardi : le phénomène macroéconomique qui caractérisait la séance demeure la rechute du baril de pétrole sous le seuil des 60 $, puis le retracement du plancher annuel des 59,55 $.

Voilà qui risque de secouer assez brutalement le petit monde de la spéculation sur les dérivés de matières premières… et provoquer quelques sueurs froides chez les spécialistes des contrats à terme adossés aux diverses qualités d’or noir traitées à Londres (IPE) ou à New York (NYMEX).

Car la hausse continue du pétrole en 2003, 2004 et 2005 a permis aux investisseurs qui ont laissé courir leurs gains d’amasser de véritable fortunes — à titre personnel, mais également pour le compte de riches investisseurs triés sur le volet qui comprennent ces marchés… et qui disposent de "tickets d’entrée" de 100 000 $ et plus.

** Saviez-vous que les 25 gérants de hedge funds les mieux les mieux payés au monde ont perçu l’an passé une rémunération moyenne de 300 millions d’euros — soit deux milliards de francs de l’époque ? Le champion toutes catégories de cette élite aux revenus en platine iridié s’appelle James Simon, universitaire spécialiste de la modélisation mathématique du risque et président de Renaissance Technologie Corp. Il a gagné à titre personnel 1,2 milliards d’euros en 2005.

Cela représente la bagatelle de 1 000 000 SMIC (un million !), ou encore le salaire annuel de 60 000 employés travaillant chez Wal-Mart — et l’équivalent de la totalité de la masse salariale de nombreuses entreprises du SBF 120 et même du CAC 40 (Air Liquide, TF1, Publicis, Thomson, ST-Micro…).

Brian Hunter, gérant du hedge fund en quasi-faillite Amaranth, fait presque figure de Smicard de l’hyper-finance, avec des revenus n’excédant pas 120 millions de dollars en 2005, une année particulièrement faste sur les dérivés de matières premières. C’est tout de même assez bien payé pour quelqu’un qui vient de perdre six milliards de dollars en moins d’un mois sur le marché du gaz naturel, soit l’équivalent du PIB du Mozambique, du Turkménistan ou du Népal.

** Rassurez-vous, le système financier dans sa globalité n’a même pas tressailli… car contrairement à la faillite de LTCM en octobre 1998, l’argent perdu par Amaranth a été gagné par les gérants de hedge funds qui s’étaient portés contrepartie de Brian Hunter. Les banques d’affaires qui lui avaient avancé de l’argent s’en mordent aujourd’hui les doigts, mais elles récupèrent une bonne partie de ces sommes au travers d’autres fonds spéculatifs qui opèrent sur les mêmes marchés.

Aux dernières nouvelles, Brian Hunter risque de voir ses revenus mensuels repasser sous la barre des 10 millions de dollars, ce qui lui permettait jusqu’à présent de s’acheter tous les mois un "petit hôtel particulier de 500 mètres carrés sur jardin privatif " en plein coeur du Marais. Une misère.

Cette comparaison n’est pas anodine : c’est précisément l’émergence de ce genre de millionnaires du troisième type — qui ne produisent rien de concret, aucune richesse exploitable par la communauté humaine, qui manipulent des concepts et des outils abstraits et dont l’activité principale consiste à générer des mouvements de compte et des commissions de gestion — ce sont donc ces nouveaux tycoons de l’immatériel qui alimentent une flambée de l’immobilier dans l’ultra haut de gamme. Cela contamine ensuite le haut de gamme, puis, de proche en proche, les biens de qualité moindre qui apparaissent relativement abordables au commun des mortels… et jusqu’au pavillon de banlieue coincé entre la bretelle d’autoroute et l’entrée du centre commercial.

Imaginez la formidable distorsion des prix immobiliers créé par ces 1% d’Américains ayant fait fortune ces cinq dernières années dans l’industrie des hedge funds, dans le pétrole ou les ventes d’armes — et qui gagnent à eux seuls autant que les 40% de contribuables Américains les plus pauvres.

James Simon a gagné près d’un milliard d’euros en 2005. Il a certes conçu de superbes équations permettant de modéliser le chaos et de mettre les probabilités de son côté sans jeter une pincée de sel par-dessus son épaule, mais ses travaux scientifiques n’ont pas permis d’améliorer l’efficacité des médicaments traitant le cancer… ni de réduire les émissions de CO2… ni de créer ne serait-ce que 10 000 emplois (ce qui représente 1/10ème de ses revenus)… ni d’inciter le gouvernement fédéral à procurer une couverture sociale aux 40% d’Américains qui n’ont pas les moyens de s’en offrir une.. ni rendre moins ineptes les émissions de télé-réalité où des candidats aux abois financièrement sont prêts à risquer leur vie ou santé pour 500 $.

Philippe Béchade,
Paris

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** DOUBLE GAGNANT

** "La déflation du marché immobilier [américain] causera sans aucun doute plus de dégâts que son prédécesseur dot.com", prédit Stephanie Pomboy, principale experte de MacroMavens, excellent service de recherches à Wall Street. "Cela ébranlera les fondations sur lesquelles reposent actuellement le consommateur et le système financier américains (avec leur exposition record à l’immobilier)."

- Par conséquent, si les consommateurs américains prodigues — mais surendettés — commençaient à dépenser un peu moins librement, quels secteurs seraient mis à mal ? Et lesquels s’en tireraient le mieux ?

- Stephanie Pomboy a quelques propositions, dont celle-ci : vendez les actions financières, achetez des actions aurifères. La partie "vendez les actions financières" est assez facile à comprendre. Aux Etats-Unis, la demande de nouveaux prêts hypothécaires diminue plus rapidement que le tour de taille d’une starlette anorexique. Parallèlement, le taux de défaut de paiement augmente sur les milliers de milliards de prêts encore inscrits dans les comptes des prêteurs.

- "Contrairement à l’idée communément admise", écrit Pomboy, "les banques ne se sont pas savamment débarrassées de leur risque hypothécaire. Elles détiennent encore 3 000 milliards de dollars de prêts hypothécaires directs (soit 43% des actifs totaux), et possèdent en plus 1 000 milliards de dollars de fonds de garantie de titres hypothécaires, ce qui porte leur exposition immobilière totale au sommet record de 55% des actifs."

- Pomboy serait donc vendeuse (ou vendeuse à découvert) de banques régionales et d’entreprises de cartes de crédit américaines. Dans le même temps, elle conseille d’acquérir de l’or et des actions aurifères. Voilà son raisonnement : tandis que les craintes d’inflation céderont le pas à des craintes de déflation, la Fed pourrait commencer à réduire les taux rapidement. Mais ses efforts seront vains, "les consommateurs surendettés résistant à l’hameçon du crédit bon marché". Et même si le prochain cycle d’argent facile de la Fed ne réussira pas à ranimer le consommateur américain en pâmoison, il ne manquera pas de miner la valeur du dollar. Résultat, l’or va se reprendre.

** Dans la mesure où votre correspondant est plutôt d’accord avec Pomboy, il vous propose une variation sur son doublé gagnant : vendez Countrywide Financial (CFC), achetez California Water Service (CWT). Les deux entreprises ont la majeure partie de leurs activités en Californie. Countrywide est le plus grand prêteur immobilier à l’ouest du Mississipi. California Water est la plus grande entreprise de services de l’eau à l’ouest du Mississippi — mais les ressemblances s’arrêtent là.

- A 24 fois les bénéfices attendus, CWT n’impressionnerait probablement pas les investisseurs adeptes de l’approche par la valeur. Cependant, nous pensons que CWT est de meilleure qualité que CFC, qui se vend juste huit fois les bénéfices. Pourquoi nous écarterions-nous de CFC, statistiquement bon marché, pour acquérir CWT ? En deux mots : la sécheresse — une sécheresse de prêts hypothécaires, s’entend. A mesure que la bulle de l’immobilier continue de se dégonfler, les bénéfices de CFC iront en s’atrophiant — s’ils ne disparaissent pas purement et simplement. Le boom de l’immobilier est terminé… et nous soupçonnons que le krach durera très longtemps. Et par pure coïncidence, "longtemps", c’est aussi la durée de vie de la demande d’eau en Californie.

- L’eau a toujours été rare, en Californie. Et maintenant que la population de l’état est en plein développement, l’eau est devenue plus rare encore. C’est l’une des raisons pour lesquelles CWS profite d’un long historique d’augmentation de ses tarifs et de sa profitabilité. Au cours des quatre dernières années, le "revenu par client" de la société a grimpé de plus de 20%, produisant une augmentation de 45% des profits nets. Il n’est donc pas étonnant que CWS ait fait mieux — et de loin — que le S&P 500 ces dernières années.

- L’eau n’est peut-être pas très sexy… mais elle est très profitable.
[NDLR : California Water Service est un moyen de profiter de la hausse de l'eau... Pour en découvrir d'autres, continuez votre lecture…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** UNE ETRANGE SITUATION

** Encore une prédiction aujourd’hui, cher lecteur : nous avons appris il y a deux semaines de ça une nouvelle décourageante : les paiements que versent les Américains à leurs créditeurs étrangers dépassaient désormais les recettes provenant des investissements US à l’étranger.

* Durant plusieurs années, le pays était dans une étrange situation : sa position nette en matière d’investissements étrangers était très très négative, tandis qu’il enregistrait une balance nette positive concernant les paiements de ses investissements externes annuels. En d’autres termes, pour une raison inexpliquée, les Américains devaient plus aux étrangers que les étrangers ne leur devaient ; les Yankees s’en tiraient mieux dans les flux de paiement. Jusqu’au deuxième trimestre de cette année, annoncé il y a deux semaines de cela. C’est là que les choses ont mal tourné… après 90 ans, les Etats-Unis sont désormais du mauvais côté – tant pour le remboursement de leurs dettes que pour leurs détentions de capitaux.

* A présent, parce que les Américains n’épargnent pas assez, le pays doit s’adresser à l’étranger afin d’emprunter l’argent nécessaire pour payer les intérêts sur… l’argent emprunté autrefois. Le Japon est le pays possédant la plus grande quantité de dette américaine ; la Chine, de son côté, est le pays le plus disposé à prêter de l’argent aux USA ces derniers temps. Les Etats-Unis doivent donc emprunter à la Chine pour payer le Japon.

* Ainsi, les puissants comme les humbles tombent dans le même piège de la dette. Le propriétaire marginal doit emprunter pour payer son prêt immobilier et les dettes pesant sur ses cartes de crédit. Quant à l’empire de dette, il doit emprunter pour payer les intérêts de ses bons du Trésor.

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*** La Chronique Agora présente ***

Les marchés ont réagi aux remarquables événements de ces derniers jours non pas avec stupeur et tremblements, mais avec une indifférence si comateuse que nous avons envie de présenter un miroir sous leurs narines et de vérifier leur pouls. Continuez votre lecture…

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MAREE BASSE — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Un hedge fund a enregistré la plus grande perte de son histoire — six milliards de dollars, soit deux fois plus que les pertes de Long Term Capital Management. Au Mexique, des millions d’électeurs ont contesté les élections présidentielles, et à Oaxaca, des enseignants ont menacé de lancer une révolution. Le gouvernement thaïlandais élu a été remplacé durant un coup militaire. En Hongrie, des émeutes ont eu lieu. Hugo Chavez a déclaré aux Nations Unies que les Etats-Unis d’Amérique étaient dirigés par "le diable". Par ailleurs, le reste du monde dans son ensemble pense que ces mêmes Etats-Unis préparent une intervention militaire contre l’Iran. Au sein des USA eux-mêmes, l’immobilier a enregistré son premier déclin national en onze ans. Et pour la première fois en 90 ans, les Etats-Unis ne sont plus un pays créditeur net ; à présent, ils paient plus à leurs créditeurs étrangers qu’ils ne reçoivent de leurs investissements à l’étranger.

Et pourtant, les investisseurs ont accueilli les remarquables événements qui se sont produits ces derniers jours non avec stupeur et tremblements, mais avec une indifférence si comateuse que nous avons envie de présenter un miroir sous leurs narines et de prendre leur pouls.

Le Venezuela est peut-être dirigé par un rusé renard ou un idiot, selon le point de vue où l’on se place, mais quel genre d’investisseur n’achète ses obligations qu’à 2,3% au-dessus des bons du Trésor US ? Et la Thaïlande est peut-être un pays où il fait bon lézarder sur la plage, mais les investisseurs prêtant de l’argent au gouvernement thaïlandais pour à peine un point de pourcentage plus cher qu’ils prêtent au gouvernement américain souffrent peut-être d’une insolation.

C’est comme si quelqu’un avait mis du lithium dans les boissons des investisseurs. Et à présent, ce calme très zen menace tout le système financier mondial.

Les marchés font les opinions. Même les analystes institutionnels profitent d’une tranquillité qui n’est d’ordinaire accessible qu’aux patients déclarés en mort cérébrale : "les résultats suggèrent que les facteurs importants de réduction de la volatilité semblent être structurels, et peuvent donc avoir un effet permanent sur la volatilité", déclare une étude parrainée par la Banques des Règlements Internationaux. Après une longue période de sérénité, les investisseurs commencent à tenir ce calme pour acquis. Ils oublient que les vents peuvent hurler… que les mers peuvent monter tout à coup… coulant des bateaux et engloutissant des villes entières.

Mais les opinions font les marchés aussi. Ne voyant pas de menace, les investisseurs cherchent le rendement… s’étirent… tendent les mains… se mettent sur la pointe des pieds… et accumulent les dettes. Non seulement ils s’exposent plus encore au risque… mais ils accélèrent le danger — c’est tout juste s’ils ne le cherchent pas. Et pendant ce temps, l’assurance mauvais temps devient de plus en plus bon marché.

Le manque de panique actuel n’est pas limité à la dette souveraine américaine. Le 14 septembre, Ford a annoncé que l’entreprise perdrait neuf milliards de dollars en faisant des automobiles en 2006. Fut un temps où une telle perte aurait poussé les investisseurs à se précipiter vers la sortie… ou au moins vers les toilettes. Mais le 15 septembre, les échanges d’obligations Ford ont continué comme si de rien n’était. Les investisseurs n’ont semblé rien remarquer… ou en tout cas ne se soucier de rien.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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