« Le Donald » est-il fini ?

Rédigé le 25 octobre 2016 par | Bill Bonner, Deep State, Dette Imprimer

L’économie se détériore rapidement. Elue, Hillary Clinton s’engagera dans une spirale de dépenses inutiles. Donald Trump, lui, avait parlé de réduire les impôts et d’arrêter les guerres au Proche-Orient. Mais à présent, les derniers palabres sont vides de contenus.

Nous avons vérifié, puis revérifié encore.

Rien.

Malgré la lettre ouverte que nous lui avons adressée tout récemment, la seule personne qui ne nous ait pas envoyé un mail, c’est Donald J. Trump.

Alors que l’attention du monde entier se concentre sur M. Trump, Monsieur le Marché adopte une attitude de calme apparent.

Les actions américaines ont à peine bougé pendant des mois. Pourtant, le sol commence à se dérober sous les pieds du marché.

Les résultats des entreprises ont baissé de 15% au cours des deux dernières années.

Et la Chine — dont les économistes nous disent qu’elle est le « moteur de croissance » de l’économie mondiale – continue de s’enfoncer dans un abîme de dettes, alors que ses carnets de commandes se vident.

En attendant, les Américains qui achètent des maisons s’endettent à nouveau jusqu’au cou… tout comme ils l’ont fait en 2007. Et en moyenne, le ratio loyer/revenu est également de retour aux niveaux d’avant le krach. [NDLR : Rentier dans l’immobilier ? Même en France et même en 2016, c’est possible et avec des mises de fond de quelques milliers d’euro. Non, il ne s’agit pas de SCPI… mais d’un statut méconnu de la plupart des Français : cliquez ici pour en découvrir tous les avantages.]

Ce n’est pas vraiment étonnant. La croissance américaine — si elle existe — est lépreuse et poussive… ses jambes grêles pliant sous le poids de la dette, des compères et d’un signal des prix trompeur. Il est plus que probable que l’économie sombre dans la récession en 2017.

Cela va poser un gros problème – et une fausse opportunité énorme – pour le nouveau président. Car la Fed combat toujours la récession de 2008, sept ans après qu’elle ait pris fin. Son principal taux directeur est toujours proche de zéro, et laisse peu de marge pour pratiquer encore l’argent facile.

Le citron de la politique monétaire a été pressé jusqu’au zeste. Le nouveau gouvernement devra réagir à la prochaine crise en resserrant la politique budgétaire.

Il est très probable que la présidente Clinton aura alors la crise qu’elle veut. Ensuite, elle sera en mesure de dépenser ! Dépenser ! Dépenser ! Jusqu’à ce que l’économie tout entière soit totalement enrobée de cette manne poisseuse.

Les guerres sur le territoire national. Les guerres à l’étranger. Les investissements dédiés aux « infrastructures ». Les subventions. Les dessous de table. Nous entendrons énormément parler de « protection des familles et des enfants » et de « tenir les promesses de campagne ». Et nous enregistrerons rapidement des déficits de plus de 1 000 milliards par an. Allez, ma fille, vas-y !

Qu’est-ce qui pourrait la retenir ? Les conservateurs sont tous partis. Le Congrès est rempli de carriéristes et de politicards. La presse l’adore, les journalistes lui donnent pour sa campagne 27 fois plus d’argent qu’à Trump. Les prix Nobel la soutiennent. Et l’Etat peut emprunter pour presque rien, avec la Fed qui fournit l’argent ! Que demander de mieux ?

Qui l’arrêtera ? A présent, « il est trop tard » pour M. Trump.

C’est ce que disent les commentateurs politiques. « Sauf miracle », disent-ils pour se couvrir, « le Donald est fini ».

Des palabres vides de tout contenu

Tout au long de la campagne, nous avons cru à moitié que M. Trump « se reprendrait »… et parlerait sérieusement à des millions d’Américains victimes de l’élite de l’establishment, alias le Deep State et la Parasitocratie.

A plusieurs reprises, il nous y a fait croire en feintant dans la bonne direction…

M. Trump semblait avoir envie de nous débarrasser des zombies… et d’empêcher les compères de nous faire les poches. Il a promis de réduire les impôts. Il a suggéré qu’il ferait peut-être sortir l’Amérique de ses guerres inutiles au Moyen-Orient.

Il a même émis l’idée de mandats limités pour les membres du Congrès.

Mais il n’y a jamais eu de stratégie cohérente ni de continuité. Et la bête de scène revenait rapidement à ses palabres carnavalesques, vides de tout contenu.

Pour autant, bon nombre de nos amis, des êtres intelligents, l’ont soutenu en espérant qu’il secouerait le système. Nous-même, tel Rhett Butler vers la fin de la guerre, avons mis de côté notre cynisme et offert notre aide.

Avec un peu de coaching, M. Trump pourrait encore secouer le cocotier, simplement en parlant de façon franche et directe au peuple américain… à propos de l’argent, de la guerre et de la Parasitocratie.

Il pourrait montrer quelques graphiques illustrant de quelle façon l’économie a changé après les années 1970, avec une dette galopante et le déclin des revenus. Et de quelle façon les riches sont devenus encore plus riches alors que 90% des adultes devenaient plus pauvres.

Et de quelle façon nos « guerres » – contre la pauvreté, la drogue et le terrorisme – sont vouées à l’échec et destinées à transférer encore plus d’argent et de pouvoir en direction de l’élite, à nos frais.

M. Trump pourrait même expliquer de quelle façon le gouvernement – comme l’héroïne et l’endettement – est soumis à la Règle de l’utilité marginale décroissante… et que l’état à faible dose peut être une bonne chose, mais qu’à grande dose, il peut être mortel.

Ce discours plein de franchise lui permettrait-il d’atteindre son but ?

Nous n’en savons rien… mais nous aimerions bien le découvrir.

Mais pour l’instant, la Team Trump ne dit rien. La République est condamnée.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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