« Le Donald » va frapper

Rédigé le 26 avril 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Une fois de plus, le grand homme Donald Trump s’apprête à frapper.

Une fois de plus, il pointe sa batte de baseball en direction des gradins, au loin.

Ce sera « la plus forte réduction d’impôts, à mon avis, qu’on ait jamais vue ».

Et une fois de plus, ses fans s’embrasent.

Le Dow Jones a bondi de 216 points, lundi, alors que les investisseurs se prenaient à rêver : la fiscalité des entreprises serait ramenée à 15%, il parait. Les taux d’imposition des particuliers seraient abaissés à trois tranches, simplement, de 33%, 25% et 12%.

Et l’économie enregistrerait un boom… tout comme elle l’a fait lorsque la dernière « plus forte réduction d’impôts de l’Histoire » a été offerte par le gouvernement Reagan.

Deux coups ratés, déjà

M. Trump parvient toujours à exalter les fans, des strapontins jusqu’aux loges.

C’est un joueur haut en couleur qui fait la une de la presse régulièrement. Il parle fort. Il frappe fort. Mais il a du mal à connecter avec la petite balle.

Il a raté ses deux premiers coups depuis qu’il est arrivé en première division.

La première fois, le lanceur a bien visé, avec la réforme de l’Obamacare. Mais malgré la clameur de la foule en liesse… et avec toute son équipe soi-disant derrière lui… « le Donald » n’a pas atteint sa cible.

Ensuite, il y a eu la politique étrangère américaine.

Certes, la situation était confuse. « Le Donald » avait fait naître l’espoir auprès des passionnés de sport géopolitique, qu’il apporterait du changement. Mais le président a vu arriver sur lui une balle avec effet et… s’inspirant des promesses de campagne d’Hillary… il l’a frappée violemment et a envoyé cette méchante balle dans la foule, où elle a démoli un marchand de hot-dogs.

« C’est bien fait », ont concédé les commentateurs sportifs. « Ces hot-dogs n’étaient vraiment pas bons ».

Le Grand chelem : fiscalité, effet richesse et croissance

A présent, M. Trump remet ça.

Cette fois, il a promis un Grand chelem. Réduction des impôts. Augmentation du cours des actions. Hausse de la croissance du PIB.

Ouah… s’il y arrive, nous retirerons tous les mots acerbes que nous avons employés à son égard. Nous retirerons toutes les critiques. Nous retirerons toutes les observations négatives et remarques sarcastiques.

« Non, Donald Trump n’est pas un âne », affirmerons-nous… ouvertement et sans ironie.

« Non, le président n’est pas une crapule… ce n’est pas un vantard éhonté… ni un idiot à grande gueule. Nous retirons tout. Nous nous sommes trompé. Mea culpa. »

Mais cette déclaration n’est pas encore d’actualité. A notre avis, le moment n’est pas venu. Car il existe des raisons – aussi bien pratiques que structurelles – expliquant pourquoi une véritable réforme fiscale est extrêmement improbable.

Comme nous l’avons souligné hier, une véritable réforme signifierait que l’on jette à la poubelle le système actuel et non qu’on le bricole. Que l’on n’interchange pas les gagnants et les perdants. Que l’on ne réduise pas les impôts d’un côté pour les compenser par d’autres recettes de l’autre.

Non, une véritable réforme serait spectaculaire. Audacieuse. Elle supprimerait les niches, les régimes de faveur et les cadeaux accordés aux compères.

Elle réduirait les recettes fiscales, également ; l’Etat n’a pas vraiment besoin d’autant d’argent pour défendre le pays et faire tourner les tribunaux. Pratiquement tout le reste de ce qu’il fait est destiné à récompenser les initiés.

La voilà, la raison pour laquelle le système fiscal ne peut être fondamentalement modifié, ni profondément réduit…

Si jamais « le Donald » proposait une véritable réforme, le Deep State tout entier lui tomberait dessus avec une férocité jamais constatée auparavant dans le domaine de la politique américaine.

Un curieux amalgame

La fiscalité est un curieux amalgame : un mélange de clientélisme… de cadeaux aux compères… de subventions… de désirs pris pour des réalités… d’ingénierie sociale… et de corruption flagrante.

C’est la fange dans laquelle se vautrent les bestioles du marigot.

M. Trump peut la bricoler : il peut récompenser certains compères et en punir d’autres, par exemple. Mais il ne peut offrir un véritable allègement fiscal de grande envergure.

Les recettes fiscales… et l’étrange façon dont elles sont générées… constituent le marigot dans lequel évolue le système du Deep State.

Il est hors de question de supprimer tous les avantages juteux, les postes enviables des initiés, et les subventions de l’establishment.

Dans un monde meilleur, les gens se manifesteraient. Ils diraient la chose suivante : « nous sommes prêts à dépenser 10% de nos revenus pour le gouvernement, pas plus ».

Leurs représentants élus sortiraient alors le couteau. Ils vérifieraient leurs recettes fiscales. Ensuite, ils supprimeraient les dépenses jusqu’à ce que les deux postes soient équilibrés.

Mais cela ne va pas arriver.

Des couteaux mal aiguisés dès qu’il s’agit de dépenses

Chaque fois que les politiciens commencent à taillader [dans les dépenses], leur couteau s’émousse.

Chaque petit coup de lame est émoussé par les lobbyistes, les groupes de pression, les compères et ceux qui financent les campagnes.

Ensuite, le programme est épargné selon ce même principe qui épargne les pirates informatiques de petite envergure. [NDLR : Petites rapine ? Oui mais pas toujours ! « Aujourd’hui, on peut ruiner la vie d’un inconnu en seulement deux minutes… » Découvrez ici toutes les défenses très simples à mettre en oeuvre d’un ancien hacker pour éviter fraudes sur vos cartes de paiement, géolocalisations et cambriolages, piratages de vos comptes…]

Un plan idiot coûtant peut-être 1 Md$… pourrait être facilement supprimé. Mais le contribuable moyen dira : « pourquoi s’embêter ? Il ne me coûte que cinq cents ». Pour lui, cela ne vaut pas la peine d’y réfléchir.

Le politicien qui rentre dans sa circonscription en affirmant avoir supprimé 1 Md$ de dépenses dans d’autres circonscriptions pourrait aussi bien affirmer avoir tué une mouche. Les électeurs s’en fichent.

Il lui est bien plus profitable de leur dire qu’il a décroché un projet inutile à 1$ pour sa circonscription. Tout dollar dépensé tombe dans la poche de quelqu’un. Et ce quelqu’un est prêt à se battre bec et ongle pour que cela continue.

Un allégement fiscal de grande envergure n’est pas possible, également, pour une bonne et simple raison immédiate : l’Etat doit déjà 20 000 Mds$. Même sans réduire les recettes, la dette est bien partie pour s’élever à 30 000 Mds$ dans 10 ans.

Réduire la fiscalité sans réduire les dépenses en contrepartie (ce qui ne va pas se produire) augmentera encore plus la dette.

Pour l’instant, il n’existe pas de majorité républicaine permettant de faire passer un allègement fiscal de grande envergure. Il faudra attendre un autre moment.

Lorsque les actions s’effondreront et que l’économie entrera en récession… alors la situation sera tout autre.

Alors, dans un moment de panique et de désespoir – vlan – « le Donald » pourrait bien expédier la balle hors limites.

… Dépenser encore plus cet argent que nous n’avons pas vraiment… sur des choses dont nous n’avons pas vraiment besoin… et youpi ! … nous irons à la faillite.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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