Distribution de dollars

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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 09 février 2007
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*** Aussi figé qu’un glacier…
… mais en beaucoup plus dangereux !

*** Distribution de dollars
Enquête sur l’utilisation des fonds américains en Irak…

*** Le pétrole et la prospection pétrolière (2)
Une incertitude passagère…

—————————– (publ.)

La hausse boursière est-elle aussi solide qu’elle en a l’air ?

Pour en savoir plus — et découvrir comment réagir aux principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** AUSSI FIGE QU’UN GLACIER…

** Record battu ! Mais l’avez certainement deviné, nous ne faisons pas allusion au petit point supplémentaire grappillé à l’ouverture jeudi matin, qui a permis au CAC 40 d’afficher un nouveau zénith annuel à 5 711 points, contre 5 710 la veille. Ce qui nous laisse sans voix, c’est ce record historique de plus de 50 heures de cotation (51 heures pour être précis) s’inscrivant au sein d’un corridor de fluctuation de moins de 1% d’amplitude.

C’est la première fois qu’un tel phénomène est observé depuis que le CAC 40 cote en continu… et cela fait un peu plus de 20 ans !

Comme pour mieux célébrer cet événement, le CAC 40 a passé en revue les deux extrêmes du canal en quelques heures : il a culminé à 5 711, puis a refermé le gap des 5 654 points resté béant depuis le 31 janvier, avant de se repositionner en clôture au-dessus des 5 665 points — c’est-à-dire un point au-dessus du cours d’ouverture du 1er février.

Bilan des cinq dernières séances à Paris : une performance zéro, mais des volumes moyens supérieurs à cinq milliards d’euros — ce qui semble indiquer que ce sont les acheteurs qui tiennent le marché et interdisent que le CAC 40 n’enfonce la base du biseau ascendant moyen terme en formation depuis le test d’un éphémère plancher de 5 240 points le 1er décembre dernier.

Du strict point de vue de l’analyse technique (puisque nous avons commencé par là), la séance de jeudi ne change rien. La brève incursion du cours sous 5 660 points à la fin de l’après-midi peut tout au plus s’interpréter comme un accès de faiblesse passager, mais en aucun cas comme un signal franc et massif de rupture de tendance à la baisse.

** En revanche, des lignes de fracture se dessinent à la surface d’une actualité économique qui se voulait d’une blancheur immaculée depuis plus de six mois. Tout comme les crevasses cessent d’être parfaitement recouvertes avec le redoux printanier, voici que les premiers gouffres bleutés commencent à zébrer la surface des glaciers… mais pour les apercevoir, il faut les surplomber : le marcheur ne distingue rien en surface qui l’incite à ralentir l’allure.

Malgré un soleil brillant dans un ciel sans nuage depuis le début de l’été 2006, les ponts de neige semblaient encore solides au début du mois de février — c’était tout du moins l’avis de l’écrasante majorité des commentateurs il y a une semaine. Selon nous, cependant, il n’en est rien : les sherpas de la bourse ont tout simplement eu la chance de passer les premières crevasses sans encombre, ce qui ne prouve pas que la cohorte des investisseurs invités à s’engager sur un large front d’une démarche assurée ne verra pas le sol se dérober brutalement ses leurs pas.

Une légende moderne conduit les alpinistes novices (ou même plus expérimentés) à prendre tous les risques. A l’image de certaines stations de ski de haute altitude, les marchés se servent des produits dérivés un peu à la manière d’engins d’entretien des pistes — soit pour reboucher les crevasses existantes, soit pour purger les couloirs d’avalanche.

Mais cela ne fonctionne que pour les fissures visibles… et la majorité des failles dangereuses ne sont pas détectables depuis la surface. Certaines crêtes neigeuses peuvent résister au tir d’une mine en début de matinée, puis se détacher en fin d’après-midi, alors que les champs de neige sécurisés quelques heures auparavant sont surpeuplés.

** Et les conditions climatiques peuvent évoluer rapidement, comme le pressent la BCE. Après une accalmie fin 2006/début 2007, le risque sur l’inflation à moyen terme ou long terme reste orienté à la hausse pour la fin de l’année, selon J.C. Trichet. Par ailleurs, la masse monétaire connaît une expansion vigoureuse, la plus rapide depuis le début de l’année 1990.

Répondant à des questions de journalistes après sa conférence, le patron de la BCE en profitait pour réaffirmer que la politique modérément restrictive actuelle doit être poursuivie — et chacun a cru comprendre que la neutralité monétaire ne sera pas atteinte avant 4%.

J.C. Trichet n’a rien affirmé que les marchés ne sachent déjà… mais il existe un fossé considérable entre "écouter" certains passages clés de son diagnostic économique, et "entendre" tout une série d’avertissements plus discrets qu’il a distillé tant au niveau du rythme d’accroissement débridé du volume de crédit que de la dérive des prix dans le secteur immobilier.

Nous passerons en revanche sur ses sempiternels appels à une modération des salaires et à une meilleure flexibilité structurelle du marché du travail — tant géographique que qualitative –, car on ne saurait déplorer une chose et son contraire.

De quel autre choix disposent donc les salariés, à part le recours massif au crédit, lorsque leurs revenus progressent cinq fois moins vite que le prix des logements dans les meilleurs bassins d’emploi… sinon se délocaliser, comme les usines Renault vers la Roumanie (Carlos Ghosn y voit le principal moteur de la croissance de son groupe) ?

** Mais puisque nous avons évoqué des lézardes dans la masse compacte du glacis d’optimisme des marchés dans un chapitre précédent, il est grand temps que nous dévoilions ce qui mérite d’enfiler les baudriers, de bien visser les mousquetons et de marcher "corde tendue", le marteau piolet pointe en avant.

Il va donc être question d’immobilier… comme vous deviez commencer à le pressentir avec notre évocation détaillée de certains commentaires de la BCE.

Les investisseurs ont appris ce matin que la première banque du monde — ou tout du moins la plus "intercontinentale", il s’agit d’HSBC — a augmenté de façon tout aussi spectaculaire qu’inattendue ses provisions pour créances douteuses aux Etats-Unis.

Ces provisions dépasseraient 10,5 milliards de dollars US (soit près de 20% de plus que ce que les analystes anticipaient), afin de couvrir une importante masse de mauvaises créances à l’accélération des défaillances d’emprunteurs américains. Les difficultés concernent principalement les prêts immobiliers les plus récents, ceux qui ont été consentis juste avant le plafonnement du marché sur le sol américain et la chute de 15% (en moyenne) du prix des maisons depuis l’automne 2005 !

Comment imaginer qu’HSBC soit la seule banque commerciale à connaître ce genre de désagrément aux Etats-Unis, quand toutes ses concurrentes américaines se battent pour extorquer des envies d’emprunter à des ménages qui présentent un profil à haut risque… car cette clientèle-là peut se voir facturer des marges et des frais deux fois supérieurs à la moyenne, la banque créancière pensant être parfaitement couverte en prenant une lourde hypothèque sur le bien considéré.

Multipliez l’exemple d’HSBC par 20 en étant très optimiste, voire par 40, et vous commencez à entrevoir que les sommes en jeux dépassent très largement l’enveloppe budgétaire réclamée par "W." Bush pour continuer de mener ce que Bill Bonner qualifie avec pertinence de guerres impériales.

Allez savoir quel est le taux de défaillance qui menace aujourd’hui les deux géants de l’emprunt hypothécaire que sont Fannie Mae et Freddie Mac ! Les comptes de ces deux organismes para-publics ont été tellement trafiqués ces cinq dernières années que si la SEC avait affaire à des organismes privés, elle aurait probablement conclu qu’ils devraient être retirés de la cote pour cause d’impossibilité à juger de leur santé financière.

Ajoutez à cela le profit warning de Toll Brothers (lancé ce jeudi, alors que nous évoquions la remontée météorique de +60% de son cours en six mois la veille !), et vous commencez à entrevoir l’ébauche du scénario de l’éclatement de la bulle du crédit. Elle pourrait bientôt retentir dans l’air comme une chute de sérac… ou comme l’ouverture d’une crevasse géante sous les pieds d’une foule de promeneurs imprudents.

Le marché a, depuis plus d’une semaine, l’immobilité apparente d’un glacier : nous doutons de moins en moins qu’il en ait également la dangerosité !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Retrouvez Philippe Béchade dès 15h45 cet après-midi pour une analyse complète de la séance en cours, accompagnée d’un suivi de notre portefeuille — et de LA recommandation du jour. Il suffit de composer le 0899 707 009*
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** DISTRIBUTION DE DOLLARS

** L’Angleterre était toute blanche hier matin — tout était recouvert de neige. Les trains étaient en retard, et la circulation était bloquée dans certaines régions.

* Cette semaine, les marchés financiers aussi étaient gelés. Il n’y avait guère de mouvement. Cependant, les investisseurs ne rentrent pas se mettre à l’abri du froid.

* Oh oh… Reuters nous apprend de mauvaises nouvelles. Vous savez, le surplus budgétaire américain sur lequel tout le monde comptait ? Si si… les 61 milliards de dollars censés apparaître en 2012… après une longue série de déficits, bien entendu.

* Eh bien, n’y comptez plus. Selon les experts, ce surplus pourrait disparaître bien avant son apparition programmée — perdu par les excès… les erreurs… et l’incompétence pure et simple.

* Le Financial Times nous rappelle qui manipule l’oseille :

* "L’administration Bush s’est livrée à une fièvre dépensière de cinq milliards de dollars en Irak en 2004, six semaines seulement avant de remettre le contrôle gouvernemental entre les mains des Irakiens, selon un législateur démocrate enquêtant sur les paiements".

* "Des sommes énormes de dollars ont été distribuées, parfois même directement en billets, à l’arrière de camions, a-t-on affirmé". M. Paul Bremer, qui était de quart en Irak à l’époque, admet qu’il y a peut-être eu quelques bourdes : "je reconnais que j’ai fait des erreurs, et que, rétrospectivement, j’aurais pris certaines décisions différemment. Mais dans l’ensemble, nous avons fait de gros progrès dans des conditions parmi les plus difficiles qu’on puisse imaginer".

* De quel progrès parle-t-il, voilà qui est difficile à voir. Apparemment, l’argent était redistribué si paresseusement qu’une bonne partie a terminé entre les mains de l’ennemi — quel qu’il soit.

* Et on ne parle pas là de petites sommes. La quantité en question se monte à 20 milliards de dollars, dont 12 milliards en liquide. Comment peut-on distribuer 12 milliards en liquide ? Cela fait 120 millions de billets de 100 $. Même si on en donnait un par seconde, pendant des journées de travail de huit heures… il faudrait trois ans pour en répartir la totalité.

* Selon l’article, les Etats-Unis ont, dans les faits, apporté 360 tonnes de cash en Irak. Qui irait faire une chose aussi stupide, a voulu savoir Henry Waxman, représentant du Congrès US. Nous supposons que Waxman essayait seulement de faire le malin devant les électeurs ; il est à Washington depuis assez longtemps pour connaître la réponse.

** Pendant ce temps, d’autres mauvaises nouvelles nous proviennent du marché immobilier US. Dans Orange County, en Californie, les percepteurs ont du mal à récupérer les impôts. Les versements de taxe foncière arrivent de plus en plus tard, déclare le journal local. Et dans le Massachusetts, un nombre record de maisons ont été saisies l’an dernier — 19 487. Dans un des comtés, les saisies ont grimpé de 91%.

* Et pauvre Detroit… les constructeurs automobiles américains enregistrent des pertes record. Ils ne dominent plus ni le monde… ni même le marché automobile US. Et la ville qu’ils rendaient autrefois célèbre… ils la rendent désormais misérable.

* "Près de l’endroit où Piquette Avenue rejoint John R Street", rapporte le London Telegraph, "il reste encore une plaque rendant hommage à l’ancienne usine de Model T, qui, autrefois, produisait plus de 1 000 véhicules par jour… [à présent] les allées vides et l’herbe poussant dans les fissures du trottoir ajoutent à l’ambiance post-apocalyptique de ce quartier autrefois très animé, où le Siècle Américain a été construit"…

* Aujourd’hui, la ville qui a donné au monde les ailerons de voiture a perdu plus de la moitié de la population… et la moitié qui reste n’est pas la meilleure. Plus de 15% des habitants sont au chômage… et la moitié sont fonctionnellement analphabètes, selon l’Institut national américain d’alphabétisation.

—————————– (publ.)

Assez d’attendre les profits ?

Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !

Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…

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*** La Chronique Agora présente ***

Suite et fin de l’essai de Sylvain Mathon sur le pétrole, son marché et ses perspectives… où il démontre que la disgrâce du pétrole n’était que temporaire.

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LE PETROLE ET LA PROSPECTION PETROLIERE — 2ème PARTIE
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Par Sylvain Mathon (*)

Le pétrole n’a plus la cote…
Depuis un an, le contrat à terme light sweet crude oil (LCO) a connu une véritable bulle spéculative qui a culminé à 78 $. Les bulls ont tablé sur plusieurs paramètres : une forte demande, notamment de la part des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ; diverses craintes géopolitiques ; et des conditions météorologiques défavorables (ouragans par exemple).

Or ces éléments disparaissent un à un :

- L’Agence internationale de l’énergie vient de revoir sérieusement à la baisse la demande mondiale pour l’année 2006 et ses estimations pour 2007. Le tout pour cause de moindre croissance aux Etats-Unis, sans parler du boom du gaz naturel. En données brutes, la consommation n’augmentera que de 1,3 millions de barils alors qu’au milieu de la bulle spéculative, elle était de 3,2 millions.
- Les problèmes en Iran se sont pour l’instant calmés ; les incertitudes au Nigeria (enlèvement d’employés de sociétés pétrolières) passent pratiquement inaperçues. Même l’élection de Chavez au Venezuela et son programme de nationalisation n’inquiètent pas outre mesure les opérateurs (à croire que les marchés sont devenus aveugles ou amnésiques).
- L’hiver doux en Amérique du Nord et en Europe réduit la consommation des hydrocarbures.
A cela s’ajoutent des hésitations du côté de l’offre. L’OPEP tergiverse sur l’attitude à adopter et se présente en ordre dispersé. Les opérateurs doutent de la capacité du cartel à appliquer des réductions de quotas.

Moralité : l’incertitude règne. Et pas mal de spéculateurs, comme nous allons le voir, se sont retrouvés pris à contre-pied durant le dernier mouvement de baisse.

… Mais ça ne va pas durer !
Le pétrole n’a plus la cote ? Pas de panique : ce n’est qu’un phénomène passager et même, salvateur ! Pas besoin d’être extra-lucide pour comprendre que ces raisons à court terme ne changent rien aux grandes tendances du marché ! Pensez-vous vraiment qu’on va se passer de pétrole du jour au lendemain ? Que la croissance des BRIC va ralentir de façon spectaculaire ? Que les Etats-Unis peuvent réduire leur consommation de carburant ?

Sérieusement, la croissance mondiale est toujours là ; et la récente correction des cours pétroliers va lui redonner un coup de fouet ! Selon les prévisionnistes, une baisse de 10 $ sur les cours du baril, c’est en moyenne 0,4% de plus pour le PIB des Etats-Unis…

De plus, certains pays, comme la Chine, profitent des cours actuels pour se constituer d’importants stocks — ce qui soutient la demande. Les températures ? Elles sont tellement clémentes pour la saison qu’elles ne peuvent que baisser… Quant à la situation géopolitique, vous voyez bien qu’il suffira d’une allumette pour faire flamber le baril. Je dois reconnaître enfin que les chiffres annoncés par l’AIE m’ont impressionné — mais je sais aussi que cette organisation n’a pas une crédibilité très forte auprès des marchés.

Pour toutes ces raisons, en grande tendance, je n’ai guère de doute sur l’orientation positive des cours. Mais entre le petit rebond et la grande tendance… l’éclatement de la bulle n’a pas fini de faire des dégâts ! A l’image de l’effondrement du fonds Amaranth sur le gaz, je ne serais pas étonné si les bulls rencontraient de sérieuses déconvenues à moyen terme.

Meilleures salutations,

Sylvain Mathon
Pour la Chronique Agora

(*) Globe-trotter invétéré et analyste averti, Sylvain Mathon, est un peu "notre" Jim Rogers… Après avoir travaillé durant dix ans au service de grandes salles de marché, il met depuis février toute son expertise en matière de finances et de matières premières au services des investisseurs individuels dans le cadre de Matières à Profits — une lettre consacrée exclusivement aux ressources naturelles… et à tous les moyens d’en profiter.

Pour en savoir plus, continuez votre lecture…

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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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