Dans son discours, Trump n’a omis aucun cliché

Rédigé le 2 mars 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Hier, c’était « la Journée des Maladies Rares ».

Sans blague. C’est ce qu’a dit le président Trump, hier soir, lors de son grand discours devant le Congrès.

Ce fut un spectacle extraordinaire.

« Nos enfants grandiront dans une nation de miracles », a-t-il dit.

Il a ajouté qu’il nous fallait davantage d’éducation, de dépenses militaires, de congés pour les gens, de prestations sociales, et de guerres, aussi.

Il n’y a pratiquement rien que le gouvernement des Etats-Unis ne puisse faire, « Le Donald » a-t-il sous-entendu.

« Tous les enfants américains doivent pouvoir grandir dans une communauté où ils sont en sécurité », a-t-il dit.

Les commentateurs ont dit que c’était « présidentiel ».

« Imaginez les merveilles que pourrait vivre notre pays, alors que l’Amérique célèbre ses 250 ans cette année ».

« Il est temps d’arrêter de penser petit… »

« Tout ce qui a été abimé, dans notre pays, peut être réparé… »

« Je demande à tous les citoyens de s’engager dans ce renouveau de l’esprit américain… »

Oui, aucun cliché n’a été omis. Mais ce fut présidentiel dans un autre sens. Cela a confirmé ce que nous avions deviné, à savoir que ce président fera tout ce que tous les présidents ont fait depuis ces 50 dernières années : il va agrandir le marigot au lieu de l’assainir.

Les miracles du marigot

« J’adresse au Congrès un budget qui reconstruit l’armée… et appelle à une hausse des dépenses liées à la défense nationale comptant parmi les plus importantes que l’Amérique ait connues. »

A présent, nous savons.

Nous ne connaissons pas l’avenir, bien sûr. Nous n’avons pas la possibilité de glisser un oeil sur le chapitre suivant, ni de tourner les pages pour voir comment s’achève l’histoire.

Elle continue… jour après jour… page après page ; il n’y a pas moyen de savoir à quel moment elle arrivera à son terme, ni de quelle façon.

Mais au moins nous en savons plus, désormais, sur les intentions de M. Donald J. Trump. Un joker a été retiré du jeu de cartes. Il en reste plein d’autres.

Nous pouvons déjà exclure une lutte de pouvoir entre le Deep State et Donald Trump.

La seule façon de maîtriser le Deep State, c’est de couper ses financements. Et la seule façon de le faire serait d’organiser une attaque d’envergure sur deux fronts…

Le système de l’argent falsifié aurait besoin d’être réformé, en coupant le flot des crédits pratiquement illimités accordés aux compères. Le budget fédéral devrait subir des coupes sombres… en réduisant les dépenses liées aux prestations sociales et à la défense.

D’après ce que nous savons désormais, rien de tout cela ne va se produire.

On dirait que le président se plait à savourer le spectacle public – avec lui sur le devant de la scène – sans apporter d’importants changements au système.

Cette nouvelle n’est ni bonne, ni mauvaise. Mais elle a son importance.

Ce n’est pas une mauvaise nouvelle car il était peu probable que même un président sérieux et réfléchi parvienne à maîtriser le Deep State.

Ce n’est pas une bonne nouvelle car cela signifie que nous continuons d’aller dans la même direction, essentiellement… avec les mêmes accords gagnant-perdant (bien que les anciens gagnants soient prochainement remplacés par de nouveaux gagnants).

Le journaliste Charles Krauthammer fait la remarque suivante, concernant l’escadron de gendarmes de Trump :

Presque tous les membres de l’équipe – secrétaire d’Etat, responsable de la Sécurité nationale, directeur de la CIA, et plus particulièrement le secrétaire à la Défense, James Mattis, et le conseiller à la Sécurité nationale, H.R. McMaster – auraient très bien pu se retrouver dans un cabinet constitué par, disons, Hillary Clinton.

Un double spectre prêt à surgir : marchés baissiers et récession

En attendant, l’économie progresse à peine… tout comme elle l’a fait sous le mandat du président Obama.

L’an dernier, aux Etats-Unis, la croissance du PIB par habitant (un meilleur baromètre que le PIB global car il prend en compte les changements intervenant au sein de la population) a été d’environ 0,5%.

Bien sûr, nous sommes toujours confrontés à ce double spectre d’un marché baissier à Wall Street et d’une récession économique. Tous deux auraient déjà dû se produire… et pourraient bien se manifester en 2017. [NDLR : Pour améliorer vos performances sur les marchés à la hausse comme à la baisse, nous vous proposons un coach. Recevez un mail tous les jours à midi, ouvrez-le, suivez les instructions de votre coach et… enchaînez les performances. Tout est expliqué ici.]

Ces menaces, ainsi que la réaction de l’Etat à leur égard, seront probablement les principales nouvelles de 2017, et non les allègements fiscaux… le budget fédéral… la guerre contre Daesh… le plafond de la dette… le mur, ou le dollar.

Si le gouvernement envisageait sérieusement de réformer le Deep State/le système de l’argent falsifié, il aurait annoncé des coupes budgétaires… et non des augmentations.

Il aurait retiré Janet Yellen de la Fed… rappelé les troupes au pays… et encouragé (comme il n’a pas de contrôle direct sur la Fed) un retour à une monnaie saine et à des prix déterminés par le marché, en particulier le prix du crédit (taux d’intérêt).

Il aurait fait intervenir les corrections plus tôt et accueilli avec grâce un marché baissier et une récession… tout en incitant au calme, à la patience et à l’autodiscipline.

Il aurait expliqué au peuple américain que les erreurs avaient été commises par les précédents gouvernements.

Il aurait demandé de la coopération et de la patience… tout en donnant aux marchés une chance de corriger leurs erreurs passées… afin que l’économie puisse se reconstruire sur des bases plus solides.

Cela n’aurait pas pu se produire sous le mandat d’Hillary Clinton ou de Jeb Bush.

Ils étaient totalement sous le charme de l’Establishment et de son système fait de compères.

Le héros ne viendra pas

Mais cela aurait pu se produire sous un gouvernement Trump. Il aurait pu dire la vérité à propos de la Guerre contre le Terrorisme, par exemple : que c’est en réalité une escroquerie destinée à renforcer le pouvoir et la richesse du complexe que forment les secteurs militaire, pénitentiaire et de la sécurité.

Il aurait pu dire aux électeurs que nous n’avons pas les moyens de payer notre système social… et que ce système bénéficie, lui aussi, aux compères et aux zombies tout en obligeant le citoyen moyen et responsable à payer 10 fois plus cher de médiocres soins de santé.

Le président Trump aurait pu être un vrai héros, en rassemblant le pays afin de faire passer d’importantes réformes et de maîtriser le Deep State.

Quel dommage qu’il ne soit pas allé dans cette direction.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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