Deux poids deux lectures ?

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 21 juillet 2006
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*** Deux poids deux lectures ?
Philippe Béchade fait toute la lumière sur le récent rebond du CAC 40

*** Le scepticisme pétrolier de Wall Street
Eric Fry nous démontre — si besoin était — que le consensus se trompe parfois lourdement…

*** Problème de doigts
Il ne se passera rien tant qu’on ne forcera pas les choses à arriver…

*** Mille bornes (2)
Pourvu que mes freins de 1963, à l’instar de l’économie chinoise, résistent à la surchauffe…

—————————– (publ.)

Dans les moments d’incertitude boursière…
IL EST PLUS SUR DE REVENIR AUX SOURCES !

Voici par exemple un principe d’investissement quasi-enfantin… mais qui vous aurait permis de doubler votre mise en six mois

Pour savoir comment, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** DEUX POIDS DEUX LECTURES ?

** Plus de 24 heures se sont écoulées depuis que le CAC 40 a enregistré sa plus forte hausse de l’année — en cinq minutes (+50 points entre 16h00 et 16h05, et aucune — absolument aucune — cotation entre 4 760 et 4 781)… mais également en 90 minutes (+85 points). Avec le recul, nous jugeons ce mouvement encore plus inexplicable que la veille.

Nous avions disséqué, avec autant d’attention que bien d’autres commentateurs, le texte du discours de Ben Bernanke devant le Congrès US — à la recherche de la phrase-clé qui avait fait bondir les indices boursiers de 1% en quelques secondes. Cela aurait dû être aussi évident qu’un chiffre d’inflation pire que prévu, tel que le CPI du mois de juin à +0,3%.

Mais nous n’avions pas repéré de formule choc — du genre de "l’exubérance irrationnelle" ou de "l’extrême vigilance", qui jaillit littéralement du texte et impose une nouvelle thématique capable de bouleverser tous les scénarios monétaires.

Aucune promesse formelle de maintien de la stabilité ne ressort de la prose du patron de la Fed… et encore moins la perspective d’assouplissements à un horizon plus lointain. Bref, rien qui diffère du contenu du Livre Beige de la Fed publié une semaine auparavant !

Mais oui, bon sang ! Le voilà, l’élément-clé qui démontre définitivement la déconnexion entre le mouvement boursier de mercredi (+2,7% pour l’Euro-Stoxx, record annuel !) et la cause invoquée par la majorité des opérateurs.

Ben Bernanke n’a fait que reprendre point par point le diagnostic du précédent Beige Book, notamment l’allusion à un tassement de la croissance débouchant sur une modération des pressions inflationnistes au second semestre 2006.

Les marchés avaient jeté un regard dédaigneux début juillet sur cette feuille de route, qui ne véhiculait apparemment aucun élément nouveau. Mercredi, par contre, ils ont sursauté comme si un énorme pétard venait d’exploser sous leur chaise : le CAC 40 avait déjà pris 1% avant même que la plupart des investisseurs n’aient eu le temps de finir de lire le titre — encore aurait-il fallu que l’intitulé ressemble à "pourquoi la Fed ne veut plus monter les taux".

Pour ne rien vous cacher, nous soupçonnions dès hier certains opérateurs influents d’avoir arraché les cours à la hausse de façon à déclencher des programmes de rachat informatisés : même pas le temps de comprendre ce qui arrive, les ordinateurs qui gèrent les positions de vente à découvert s’emballent et provoquent un effet domino — lequel déclenche le franchissement d’autres seuils, et une véritable panique à la hausse jusque vers 4 900 points ce jeudi.

Les rachats massifs, concentrés sur un laps de temps incroyablement réduit, résultaient d’un déséquilibre assez prononcé entre positions longues et ventes à découvert. Tout se joue ensuite à la vitesse de la lumière, du fait de la prise de contrôle des opérations par les logiciels d’analyse technique et des systèmes de passage d’ordres automatisés, la décision humaine n’entrant pratiquement plus en ligne de compte pendant de longues minutes.

Mais il y a plus : l’absence de transactions évoquée plus haut démontre que tous les ordres de vente avaient été purgés des carnets quelques secondes avant la parution du discours (version écrite) de Ben Bernanke.

Les opérateurs n’avaient-ils aucun doute à propos de l’interprétation — exagérément optimiste — du texte, illustrant l’aphorisme "deux poids, deux lectures" ?

Nous venons peut être d’assister à l’illustration la plus absurde d’un phénomène qui monte en puissance depuis le milieu des années 90, avec la sophistication des systèmes experts dérivés de l’analyse technique. Ce n’est plus l’information qui fait le cours de bourse, c’est désormais le cours qui devient l’information !

Autrement dit : faites artificiellement exploser l’Euro-Stoxx à la hausse en vous servant du levier procuré par les 50 valeurs phares paneuropéennes… et la majorité des acteurs du marché en déduiront que la statistique, ou la déclaration du moment, est fabuleusement positive — ou terriblement décevante si les cours plongent de 2,5% en quelques heures comme ce fut le cas à la mi-juin, sauf que les nouvelles étaient effectivement mauvaises !

Que pouvaient donc déduire les opérateurs qui n’avaient pas pris le temps de décortiquer l’exposé de Ben Bernanke en voyant le CAC 40 gagner 2% en moins de 90 minutes ?

Assurément que la Fed venait d’écarter formellement les craintes de hausses de taux ultérieures, et qu’il était temps de réagir — c’est-à-dire d’agir dans l’urgence et sans se poser trop de questions !

Et il nous a bien fallu une soirée pour réaliser que la Fed avait délivré, dans l’indifférence générale, exactement le même message dix jours auparavant ! Trop tard, Wall Street était déjà fermé… et nous n’avons pu profiter l’aubaine pour vous recommander au 0899 707 009* des prises de profits à des niveaux de cours inespérés en ces temps de durcissement du conflit au Proche-Orient : ce soir le Nasdaq rechute de 1%.

** Le chef de l’état-major israélien, Dan Haloutz, dans un message écrit adressé aux soldats de Tsahal, affirme que la campagne militaire "pourrait s’inscrire dans la durée". Dans le même temps, le ministre de la Défense, Amir Peretz, indique que l’armée est prête à se lancer dans une "opération terrestre de grande envergure au Liban, si nécessaire".

Le premier ministre du Liban, Fouad Siniora, interpelle l’opinion publique internationale sur la brutalité de l’intervention israélienne, mais appelle au désarmement du Hezbollah "qui est devenu un Etat dans l’Etat".

Nous retenons surtout la petite phrase suivante de M. Siniora: "ce n’est un secret pour personne que le Hezbollah obéit aux agendas politiques de Damas et Téhéran". Une affirmation à laquelle "la volonté d’Israël d’aller jusqu’au bout" dans sa lutte contre la milice chiite donne tout son relief.

Le rebond de 3% du CAC 40 en 24 heures d’horloge (un peu moins en clôture jeudi, puisque la bourse de Paris n’a conservé que 0,38% sur les 1% affichés en début d’après-midi, lorsque l’indice phare tutoyait les 4 895 points) apparaît de ce point de vue assez "inespéré". Nous avons hésité à employer le terme "anachronique", car certains de nos lecteurs pourraient le considérer comme un doux euphémisme…

** La décrue du baril de pétrole (-5$ en une semaine, avec un nouveau plancher inscrit à 72,3 $ ce jeudi) nous interpelle également. Le gonflement des stocks d’essence aux Etats-Unis — +1,5 millions de baril en données hebdomadaires — est une bonne surprise, mais la détection du moindre cyclone au large du Golfe du Mexique est susceptible de faire remonter les cours.

Là encore, nous soupçonnons que la consolidation de l’or noir résulte davantage des débouclements de positions longues sur les marchés à terme (NYMEX et IPE) que de la conviction d’un apaisement imminent des tensions au Proche-Orient.

Nombre d’analystes estiment que le récent sursaut des indices boursiers résulte du rythme plus élevé que prévu de la croissance des profits des entreprises aux Etats-Unis. Globalement, les chiffres bruts leur donnent raison… mais pour un ExxonMobil ou un Chevron Texaco qui engrange des milliards de dollars de bénéfices (au détriment du pouvoir d’achat de chaque contribuable américain), combien d’Intel, d’AMD, de Qualcomm, de Lucent, d’eBay, de JDS Uniphase, de 3M ou d’EMC boivent la tasse en cette entame de second semestre ?

Les opérateurs ne trouvaient pas de formules assez élogieuses ce jeudi pour célébrer la résurrection d’Apple dans son métier de base, le Mac. Mais si le titre gagne 12% en réaction à l’envolée du chiffre d’affaire sur l’ensemble de sa gamme de produits, cela compense-t-il les 4,5 milliards de dollars de capitalisation partis en fumée sur Yahoo! (-22% mercredi soir), les -5% sur Intel puis surtout les -13% sur Citrix Systems ou les -12% sur Lam Research ?

Pour quelques bonnes surprises liées à des circonstances exceptionnelles (revenus colossaux pour les raffineurs, profits records des divisions fusion/acquisition des banques d’investissement)… combien d’entreprises du Nasdaq se voient contraintes de lancer des profit warnings face au fléchissement de la demande de semi-conducteurs, à la chute des ventes de logiciels, à la guerre des prix qui fait rage dans le matériel informatique grand public ? Et ne parlons pas du secteur immobilier (matériaux de construction, maisons "clés en main", crédit hypothécaire, promoteurs, agences locales, etc.) qui menace de faire le grand plongeon.

** Le concept de sous-valorisation globale des actions aux Etats-Unis — malgré la concurrence exercée par les produits de taux, qui affichent des rendements compris entre 5,05% et 5,15% — ne résiste pas à un examen rigoureux secteur par secteur. Une fois encore, les profits massifs des compagnies pétrolières, sur fond de cours boursiers qui plafonnent depuis septembre 2005, faussent le PER global sur le NYSE.

Les technologiques affichent des multiples très élevés, même si les plus vulnérables ont chuté de -30% à -40% depuis la mi-mai — quand une société perd de l’argent, elle se paye toujours trop cher. Les constructeurs automobiles continuent d’afficher des pertes historiques : la division auto de Ford affiche -808 millions de dollars. Les médias, les grands studios, les chaînes TV par abonnement et les éditeurs de catalogues musicaux sont sinistrés… et nous glissons rapidement sur les prévisions pessimistes de Wal-Mart, maintes fois réitérées, alors que le gallon d’essence flirte avec les 3 $ à la pompe.

Peut-être nous trompons-nous en estimant que ni les déséquilibres macroéconomiques ni les risques géopolitiques ne sont réellement "pricés" avec un Dow Jones à 11 000 points ou un CAC 40 à 4 900 points (4 865 en clôture jeudi). En fait, vous le savez aussi bien que nous, il suffirait d’injecter quelques dizaines de milliards de dollars de liquidités supplémentaires à Wall Street pour que toute la cote apparaisse soudain bon marché.

De telles sommes d’argent tombaient chaque mois du ciel via l’extraction de valeur du prix des maisons aux Etats-Unis depuis 2002, puis via l’offensive en Irak, intégralement financée à crédit par de généreux créanciers asiatiques. Mais la corne d’abondance immobilière est maintenant obstruée par un gros bouchon de taux d’intérêt : le refinancement hypothécaire à 30 ans coûte au minimum 6,80%, et plus de 7% pour les dossiers les moins solides.

Quant aux guerres impériales, elles sont devenues impopulaires aux Etats-Unis. Ces guerres n’étaient au départ que des opérations de "pacification", mais les USA se préparent déjà à envoyer des forces de maintien de la paix au Liban, si Beyrouth obtenait de l’ONU l’envoi d’une force d’interposition… et cela fait longtemps que les Etats-Unis rêvent de " s’interposer " dans cette zone !

Cela coûterait certainement des milliards ; de quoi regonfler une masse monétaire américaine sur laquelle la Fed a jeté un épais voile de mystère depuis mars dernier !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

Philippe Béchade,
Paris

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** LE SCEPTICISME PETROLIER DE WALL STREET

** La Chine est en pleine explosion ; le Moyen-Orient est en pleine implosion. Le pétrole doit être "à l’achat"… au moins sur les creux. Et si le pétrole est "à l’achat", il devrait en être de même pour les valeurs pétrolières… au moins sur les creux. Malheureusement, ce genre de raisonnement par déduction a produit des résultats peu enthousiasmants ces derniers temps. Les cours record du pétrole n’ont pas déchaîné de passion pour les valeurs pétrolières.

- Dans ce curieux dédain à leur égard, nous pensons percevoir une opportunité d’achat. Mais soyez prévenu, la plupart des esprits sophistiqués peuplant les places mondiales ne seraient pas d’accord avec vous. Le scepticisme à l’égard des valeurs pétrolières est une des caractéristiques principales des marchés, en particulier à Wall Street.

Pour lire la suite…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Paris

*** PROBLEME DE DOIGTS

** La Fed fera-t-elle grimper les taux le mois prochain ? Ou bien les abaissera-t-elle ?

* Nous avons déjà exposé les deux opinions dans nos colonnes. Les lecteurs peuvent choisir celle qu’ils préfèrent.

* D’un côté, les taux seront augmentés, avons-nous supposé, parce c’est seulement en luttant contre l’inflation du côté court de la courbe des rendements que l’on encourage les prêteurs, de l’autre côté de la courbe, à continuer à prêter à des taux courts. Seuls des taux immobiliers bas peuvent empêcher la bulle immobilière d’éclater. Et seule la bulle immobilière empêche l’économie américaine de s’effondrer.

* D’un autre côté, en rassemblant ses troupes pour lutter contre l’inflation, il semblerait que Ben Bernanke les ait mises dans la mauvaise direction. On dirait que la bulle immobilière américaine perd déjà de l’air. Bien entendu, nous le pensons depuis longtemps. Mais tôt ou tard, nous ne pouvons qu’avoir raison. Pourquoi pas maintenant ? Nous supposions en outre que, lorsque la bulle immobilière commencera vraiment à dégonfler, la Fed paniquera… et baissera ses taux.

* Mais en écoutant le témoignage de Ben Bernanke devant le Congrès mercredi, nous sommes repartis avec l’idée que même le président de la Fed ne sait pas quelle main il lèvera. Il semble lire les gros titres, tout comme nous. Il appelle cela "dépendre des données". Si les nouvelles sont bonnes, en d’autres termes, il augmentera les taux. Si elles sont mauvaises, il les baissera.

* Jusqu’à présent, les nouvelles sont mitigées. D’un côté, les prix à la production étaient plus élevés que prévu. Et le taux d’inflation central atteint désormais les 3,6% annuellement. D’un autre côté, la Bourse a grimpé ces deux derniers jours. Tandis que Bernanke prononçait son petit discours, il semblait que les chances de voir une nouvelle hausse des taux diminuaient, ce qui a remonté le moral des haussiers et découragé les baissiers. Et en Californie, on apprenait qu’en dépit d’une baisse des ventes, les prix des maisons continuaient de grimper.

* Et s’il nous restait encore un côté, on parlerait des journaux américains, qui titrent tous sur la baisse de l’immobilier. "Les mises en construction ont chuté de 5,3% en juin", déclare Bloomberg. "Les demandes de dossiers immobiliers chutent de 4,5%", ajoute CBC. "Le marché immobilier a des problèmes", affirment les nouvelles de Chicago. Même à Shanghai, on annonce : "les appartements de luxe : vides". Les Chinois, toujours énigmatiques, ne ressentent pas besoin d’en dire plus long avec des verbes.

* Tout de même, nous avons pu analyser l’air du temps grâce à un Français plein d’initiative qui a vécu en Chine ces dix dernières années — à la tête d’une usine d’ameublement. Qu’est-ce qui se passe là-bas, avons-nous voulu savoir.

* "C’est un endroit intéressant", nous a-t-il dit. "Quand on y est depuis un an ou deux, on pense avoir tout compris. Mais plus on y reste, moins on comprend".

* "On peut gagner beaucoup d’argent. On peut aussi en perdre beaucoup. On reçoit des chiffres provenant des entreprises chinoises, mais on ne sait jamais ce qu’il y a derrière. Et si on essaie de suivre les règles, on apprend vite qu’elles changent tout le temps. On ne sait jamais ce qu’elles sont. J’ai finalement réalisé que le meilleur moyen de faire des affaires, en Chine, et de faire les choses sans poser de questions".

* Selon les chiffres, l’économie chinoise augmente à son rythme le plus rapide en dix ans : plus de 11% de croissance annuelle du PIB. Qu’y a-t-il derrière ces chiffres ? Nous n’en savons rien. Mais de ce que nous lisons, la majeure partie de la croissance provient des investissements massifs des entreprises — qui construisent des usines afin de fabriquer des choses pour des gens qui ne peuvent les payer. Les Etats-Unis sont le principal marché d’exportation de la Chine. Lorsque les consommateurs américains finiront par souffrir de la hausse des prix du carburant et de la chute du prix des maisons, le boom prendra fin en Chine. Attention à la tête.

* "Les Chinois doivent rediriger leur économie vers la consommation", a déclaré Stephen Roach à la télévision cette semaine. En effet. Pour reprendre les termes du président américain, Kofi doit appeler Assad pour ordonner à ce c**** de dire au Hezbollah d’arrêter de semer la m****. Et pour emprunter un courant de pensée à un homme qui en a trop, les leaders d’opinion irakiens ayant le sens du devoir n’ont qu’à délégitimer le terrorisme. Quant aux Américains, ils doivent rééquilibrer leur compte en banque, ajoutons-nous, en ne dépensant pas tant d’argent.

* Rien de tout cela n’arrivera tant qu’on ne forcera pas les choses à arriver. C’est-à-dire tant qu’on ne se sera pas brûlé quelques doigts.

* Pendant ce temps, un Américain sur quatre prend du retard sur ses paiements mensuels. Cela nous dit que le jour fatidique approche.

* Résumons : la Fed augmente les taux, à moins qu’elle ne les baisse. L’inflation grimpe, ou décline. Les actions grimpent, ou baissent.

* Ca en fait, des doigts…

** L’Eurostar nous a laissé tomber, cette semaine. Une locomotive est tombée en panne entre Londres et Paris. Notre train, qui venait immédiatement après, a été forcé d’attendre… attendre… et attendre… pour finalement arriver en ville à deux heures du matin.

* Cela a été embêtant à plusieurs titres : il n’y avait plus de métros, et les taxis avaient tous disparu. Puis il a commencé à pleuvoir.

* Oh, les épreuves et les calamités que nous surmontons pour vous, cher lecteur ! Il était si tard, nous avons pensé que nous ferions aussi bien de marcher jusqu’aux Folies-Bergères, d’y commander une bouteille de champagne et de regarder le dernier spectacle. Mais le devoir nous appelait — nous devons écrire le matin — et il fallait obéir. Nous avons mis notre sac sur notre épaule et nous sommes mis en route.

* Paris est magnifique, sous la pluie. Les rues scintillent. A trois heures du matin, la ville était silencieuse, et il n’y avait personne, à part quelques clochards et prostituées. Nous avons cru voir l’une des femmes qui travaillaient près de notre café de prédilection, le Paradis. Elle était de la même corpulence. Et du même âge — au moins 65 ans. Et de la même laideur. Nous étions sur le point de la saluer, lorsque, nous étant approché, nous avons réalisé qu’il s’agissait de quelqu’un d’autre.

* "Monsieur, on dirait que vous avez besoin d’un peu de relaxation", a-t-elle dit.

* "A vrai dire, j’ai plutôt besoin d’aller au lit", avons-nous répondu.

* "C’est exactement ce que j’allais vous proposer", a-t-elle rétorqué du tac au tac.

—————————– (publ.)

L’incertitude boursière n’est pas le seul facteur menaçant votre patrimoine

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Continuez votre lecture

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*** La Chronique Agora présente ***

Nous avions laissé hier le Banquier Central sur la route des vacances, quelque part entre Saulieu et les indices boursiers américains et japonais. Aujourd’hui, il reprend le fil de ses pérégrinations…

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Le Journal d’un Banquier Central
MILLE BORNES — 2ème PARTIE
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De Saulieu à Chalon-sur-Saône (au km 344)
Au plan technique, le potentiel apparaît plus marqué aux USA et dans l’Archipel japonais que sur nos rives atlantiques. Il se pourrait que les gains, en zone euro, se révèlent moins spectaculaires que ces côtes du Morvan dont ma Dauphine rouge (de 1963, ce qui ne nous rajeunit pas) a entrepris la conquête. Elle ahane douloureusement, ma Dauphine, derrière un semi-remorque des Rapides du Midi — lequel m’enfume dans des vapeurs d’huile, de gas-oil et de ferrodo surchauffé. Mais qu’importe ! Il suffit d’attraper un mouchoir rouge dans la boîte à gants, de se le nouer au cou… et me voilà changé en Yves Montand dans le Salaire de la Peur. Il n’est pas fabriqué, l’Unic qui me gâchera mes vacances.

… J’ai bien fait, je crois, de ne pas m’arrêter chez Lameloise pour y flamber mes émoluments de Banquier Central. Je lui préfère le Relairoute de la Rochepot, établissement ultra-moderne où je déjeune, face aux montagnes désolées, d’une frugale andouillette (tant pis pour mes œufs durs). Un Pschitt citron ("Pour toi, garçon") pris à la sortie, dans la glacière Frigeavia ; un verre d’eau pour le canari, un seau pour le radiateur de la Dauphine et je repars vers ma cousine, à Menton.

Les 5 000 points sur le CAC 40 sont en tous cas le seuil de risque à surveiller de près. Tant que l’on reste en va-et-vient, les retours sont probables contre ce niveau-clé ; il faudra le franchissement à la hausse de cette résistance pour déclencher l’accélération — à l’image de ma Dauphine qui, ayant vaincu difficilement les sommets, dévale maintenant vers St-Aubin et les vignobles.

De Chalon-sur-Saône à Lyon (au km 470)
La plaine : la Saône flâne entre les vignes verdoyantes. Lyon approche, comme le rappelle le nez rouge de Gnafron sur les enseignes en émail du Cep Lyonnais. Je slalome entre les poids lourds avec une aisance déconcertante. Sur mon Radiola grandes ondes-petites ondes, je réécoute pour la énième fois cette retransmission du match de 1958. Le commentateur déchaîné annonce le match-événement de cette Coupe du Monde : je veux parler, bien sûr, du choc France-Brésil ! Un mois auparavant, qui aurait cru que notre équipe se hisserait jusqu’en demi-finale, face aux dieux vivants du football ? Quelle émotion règne là-bas, au Rasunda Stadium de Solna (Suède) ! La France retient son souffle.

… Presque aussitôt, ces diables de Brésiliens transpercent notre défense : Jonquet, d’ordinaire impeccable, se trouve pour une fois débordé ! Son tacle maladroit ne fait que repousser le ballon dans les pieds de Garrincha — et l’avant-centre Vavà concrétise, dès la deuxième minute. Notre goal, Abbes, n’a rien pu faire… Mais la contre-attaque s’organise ! Kopa, Fontaine et Piantoni s’élancent, assiègent la cage brésilienne de Gilmar… Leur obstination paye ! Kopa trouve l’ouverture ! Le voilà dans les seize mètres ! Les défenseurs accourent ! La passe de Raymond fuse, éblouissante d’intelligence, pure comme un théorème… et trouve Justo en embuscade ! Gilmar, qui a vu le danger, a beau jaillir, Fontaine le crochète proprement avant de catapulter le ballon dans les filets vides, selon un angle impossible ! C’est l’égalisation, à la huitième minute !

… Redoutant l’accident de la route, je me résigne à éteindre. Mais le match est bien parti pour les Bleus d’Albert Batteux : tant que Jonquet sera solide, ce n’est tout de même pas ce gamin de dix-sept ans, ce petit "Pelé" que les Brésiliens ont le culot de nous lancer dans les pattes, qui peut nous mettre à genoux.

Après quelque 450 kilomètres sur la Route des Vacances, une saine fatigue m’étreint et la pause s’impose. Ça tombe bien : le tunnel de Fourvière est devant moi. J’aime les tunnels, surtout quand je suis en vacances. Il y fait sombre et frais, comme dans une cathédrale.

De Lyon à Avignon (au km 699)
Enfin, la sortie… Je contourne St-Symphorien d’Ozon et redescends sur Vienne à petite allure. A toute petite allure. Mais j’aime les embouteillages, surtout quand je suis en vacances. Surtout en Dauphine 1963. J’en profite pour réfléchir au change mondial.

Il y a, cher Journal, un graphique dont je ne me lasse pas — et c’est d’autant plus paradoxal qu’il s’agit d’un de ces rares graphiques dont l’analyste technique n’a pas grand-chose à dire. Il s’agit du cours dollar/yuan, soit le greenback exprimé en monnaie chinoise (renminbi). Si l’analyste n’a guère à en dire, c’est que ce marché n’est pas régi par l’offre et la demande. Il dépend de la Banque Populaire de Chine, qui intervient massivement pour arrimer sa devise au cours du billet vert (c’est le pegging). Pas question de laisser le yuan s’envoler, menaçant la compétitivité des exportations chinoises ; pour cela, une solution simple : acheter des dollars avec des yuans.

Et pourtant… le programme chinois a reçu un premier coup de canif en juillet dernier, quand la BPC a décidé de laisser un peu de "jeu" à sa monnaie en lui allouant une marge de fluctuation par rapport à un panier de devises-références, dont la composition n’a pas été donnée.

… Après l’Isère, le Midi commence ; sous les belles avenues ombragées de Valence, cela sent déjà les vacances. Par les vitres baissées de la Dauphine m’arrivent des parfums de garrigue, et j’entends bruire les premières cigales. Les enseignes "Suprem’Nougat", en forme de borne kilométrique, annoncent Montélimar… Longeant le Rhône, je poursuis mon chemin dans le Tricastin.

D’Avignon à Fréjus (au km 894)
Je franchis la Durance au pont de Bonpas. Les majestueux platanes, de part et d’autre de la nationale, dispensent une ombre bienfaisante à ma Dauphine et à mon canari. Nouveau plein à la station-service Total d’Aix-en-Provence, étincelante comme un décor de Tati. Contournant la fontaine de la Place de la Libération, je poursuis ma route vers le Var. Le mistral souffle et, avec un peu d’imagination, on sentirait presque la mer.

Derrière moi, un soleil tardif paresse dans des volutes de poussière. C’est l’heure des vieilles fontaines, des figues et du pastis (pour ceux qui sont arrivés, s’entend). Encore un effort : les vacances sont presque là !

… Bien sûr, il reste quelques ralentissements à négocier : à Pourcieux, à Tourves, à Flassans sur Issole, au Luc, au Cannet des Maures, à Vidauban et au Muy. Mais rien ne presse ! On est presque rendu ; et que de belles occasions pour se faire des amis !

… Fréjus ! Là-bas, derrière les panneaux "Ambre solaire" ("Insolée mais non rissolée"), la Méditerranéenne roule ses eaux d’azur paisibles ; les lauriers-roses se découpent sur le ciel assombri. Je longe à petite allure les palmiers de l’avenue de Verdun.

De Fréjus à Menton (au km 995)
J’ai tourné le dos à la mer et, suivant le tracé de l’Antique Voie aurélienne, tournicote maintenant entre les chênes-lièges, l’œil perdu sur l’Esterel majestueux qu’ensanglante le soleil couchant.

Le dollar connaît-il, lui aussi, son crépuscule ? Pour Egisthe l’Analyste, la baisse n’est pas finie. L’EUR/USD va rejoindre ses sommets du printemps pour, ensuite, les dépasser ; et l’USD/JPY, suivre le mouvement inverse. A court terme, la modération nouvelle de Ben Bernanke conforte cette hypothèse ; à plus grande échelle, l’ampleur des twin deficits est telle que ni les manœuvres de la Fed, ni celles de la BPC qui doit tenir compte d’autres paramètres (l’inflation chinoise, notamment) ne pourraient suffire à endiguer la tendance.

Si cette anticipation se réalise, cher Journal, les exportatrices qui facturent en euros ont du souci à se faire. Je m’en méfierais dans le contexte actuel, leur préférant leurs homologues américaines ou japonaises. Le plongeon du dollar dure maintenant depuis quatre mois : il devrait donc se lire dans les premières annonces de résultats pour le deuxième trimestre, qui s’égrèneront dans les semaines à venir. A n’en pas douter, ces chiffres, avec ceux de l’inflation, contribueront très largement à façonner le consensus.

… Mandelieu ! Avec cet instinct mystérieux qu’ont les animaux de compagnie, le canari a senti que l’arrivée était proche et gazouille joyeusement, passant le bec par la portière. Nous grimpons maintenant la grande Corniche à une honnête vitesse de croisière — du moins pour une Dauphine 1963.

… Voici la Turbie, et le grand hôtel Vistareo juste au-dessus du vide. La Grande Bleue s’endort dans l’air du soir. Comme c’est beau ! Comme on est haut ! Plus qu’à redescendre vers ma cousine et vers Menton, dont j’aperçois le port en contrebas.

Pourvu que mes freins de 1963, à l’instar de l’économie chinoise, résistent à la surchauffe…

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir le Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…

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