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Dette souveraine : la crise aux Etats-Unis ressemble de plus en plus à celle du Japon

Posted By Bill Bonner On 18 août 2011 @ 10:34 In Bill Bonner,Inflation, dettes souveraines et récession | No Comments

▪ Les investisseurs sont encore haussiers. La presse est haussière. Warren Buffett est haussier.

Quelles sont les chances que tout cet optimisme rapporte ? A peu près nulles, selon nous. Non que les actions ne pourraient pas grimper encore un peu. Mais ce ne sera probablement pas assez, ni pendant assez longtemps, pour rapporter beaucoup d’argent aux investisseurs.

Pourquoi ? Vous savez pourquoi, cher lecteur. Parce que la dette est toujours là. Et elle grandit. La dette pèse sur un ménage… ou sur une économie tout entière. Avec une dette gouvernementale brute équivalant à 100% du PIB aux Etats-Unis, on ne peut pas s’attendre à une économie florissante. Tout ce qu’on peut espérer, c’est une économie zombie à la japonaise, parfaitement molle. Les acheteurs continuent de flâner. Les gens continuent d’aller travailler. Mais il ne se passe pas grand-chose.

Rappelez-vous : selon Rogoff et Reinhart, lorsqu’on dépasse les 90% de dette/PIB, l’économie ralentit d’environ 1%. Au lieu de 3% de croissance à long terme, on obtient 2%.

C’est la manière optimiste de voir les choses. Il est plus probable que la dette pèsera sur l’économie… poussant les autorités à intervenir. Elles lancent de nouvelles mesures de relance… et mettent une plus grande partie de l’économie sous le contrôle du gouvernement fédéral. Cela aussi ralentira l’économie réelle.

Ensuite, plus désespérées que jamais, les autorités paniqueront. Elles imprimeront de l’argent — en quantité. Et l’enfer se déchaînera.

Mais ça, c’est encore loin.

▪ Nous avons le sentiment qu’il se passe aussi autre chose. Il y a par exemple l’empire… qui trébuche dans tous les pièges que les dieux lui ont tendu. La moitié du budget fédéral américain est lié au programme impérial. D’une certaine manière, cela met les Etats-Unis dans une position très avantageuse. Ils pourraient se sauver très simplement. Ils pourraient équilibrer leur budget d’un seul coup.

Comme vous le savez, nous avons renoncé à tout engagement politique. Nous sommes un observateur moqueur… et non une bonne âme pleine de bonne volonté, ni même un participant volontaire au processus politique.

Si par accident nous étions soudain élu président, nous demanderions immédiatement un nouveau comptage des voix ! Mais quelle excellente chose que d’être président des Etats-Unis aujourd’hui ! Quelle opportunité…

Oh, notre aorte se gonfle et nous avons la migraine rien que d’y penser…

… Nous irions à la télévision… en prime time… et, la voix grave et le coeur plein de malice, nous annoncerions :

“Mes chers concitoyens. Nous sommes confrontés à un choix. Soit nous continuons notre programme consistant à jouer les policiers dans le monde entier. Soit nous l’abandonnons. Si nous continuons, nous allons faire faillite. Nos armées seront détruites… ainsi que notre économie et notre devise. Si nous arrêtons maintenant, nous pouvons sauver notre devise… notre économie… et notre mode de vie”.

“Qu’est-ce que ce sera ? Une nation respectable… ou un empire suicidaire ? En ce qui me concerne, mon choix est fait”.

“En tant que commandant en chef, j’ordonne à toutes les troupes américaines stationnées à l’étranger de revenir à domicile. Cette décision prend effet immédiatement. Nous défendrons notre pays jusqu’à la mort, mais nous ne nous mêlerons plus des affaires des autres pays. Nous serons une nation sensée et bonne ; nous ne serons plus un grand empire. La plupart des Américains ne l’ont jamais voulu, de toute façon”.

“Je soumets également un budget équilibré pour l’an prochain. Vous y verrez que je ferme toutes nos bases à l’étranger et que j’élimine toutes les dépenses militaires qui ne sont pas directement liées à une authentique défense nationale”.

Rien que cette mesure suffirait à éviter aux Etats-Unis la douleur de ce qui leur pend au nez. Mais si nous étions président… pourquoi ne pas aller plus loin ? Comment pourrions-nous résister ?

Nous n’avons pas à donner de conseils à quiconque. Si le gouvernement américain veut notre avis, il devra nous envoyer des invitations à de grandes fêtes et nous autoriser à passer par la file des passeports diplomatiques dans les aéroports.

Oui, c’est vrai, s’il nous avait demandé conseil sur la Grande apocalypse financière, les Etats-Unis auraient pu économiser des milliers de milliards de dollars… et l’économie serait peut-être déjà dans une vraie reprise, plutôt que de se débattre dans des problèmes de plus en plus graves.

Notre téléphone n’a jamais sonné. Nous en avons été un peu blessé. Mais étant donné notre esprit civique, nous ne pouvons nous empêcher d’offrir quelques conseils — gratuitement — aux dirigeants américains.

D’abord, voyons le problème de ce que les Etats-Unis sont en train de devenir : le Japon !

Oui, cher lecteur, aussi incroyable que ça paraisse… nous avions raison il y a 10 ans. Si vous suivez la Chronique Agora depuis très longtemps, vous vous rappellerez que nous avons si souvent averti du danger de “suivre les traces du Japon” que nos lecteurs en ont eu assez. Nous avons dû promettre de ne plus jamais en parler.

Nous brisons notre promesse aujourd’hui. Oui, nous avions 10 ans d’avance. Oui, nous ne nous attendions pas à la plus grande bulle de l’histoire humaine. Oui, nous nous trompions probablement sur toutes sortes de choses… mais nous voilà aujourd’hui… et les Etats-Unis sont en train de suivre les traces du Japon !

Pourquoi ? Parce qu’ils ont une économie malade, handicapée par la dette… et parce que les autorités ne veulent pas la laisser mourir. Au Japon, ils l’ont maintenue en vie pendant 20 ans… consommant l’épargne d’une génération entière pour garder les machines branchées.

A présent, l’économie américaine est elle aussi sous respirateur — avec des déficits à perte de vue. Ben Bernanke s’est déjà engagé à maintenir le taux directeur à zéro pendant deux ans encore… de sorte que la perfusion continuera de couler… comme elle l’a fait au Japon.

Bienvenue dans une économie zombie à la mode japonaise.


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