Un calcul en temps plutôt qu’en argent

Rédigé le 10 octobre 2018 par | Defaut américain, Dette Imprimer

La dette, la dette… On peut toujours s’en sortir en créant de l’argent, pensent les gouvernements. Mais créer du temps leur est impossible.

Nous sommes actuellement à Berlin pour une conférence — un changement par rapport au spectacle de la Cordillère des Andes, où nous nous trouvions il y a quelques jours.

L’Argentine est un très beau pays… toujours plein de surprises, de retournements, de volte-face et d’esbroufe.

« Nous faisons faillite tous les 10 ans environ », a expliqué un ami avocat. « Les politiciens font ce qu’on attend d’un pays de m***e. Ils empruntent trop. Ils dépensent trop. Ils volent trop. Ensuite, ils font faillite ».

Depuis 12 ans — depuis que nous y allons régulièrement, en fait –, la corruption s’en est donnée à cœur joie en Argentine. Christina Kirchner, l’ancienne présidente, employait un chauffeur pour livrer des enveloppes pleines d’argent à des compères, des fonctionnaires et des politiciens. Malheureusement pour elle, le chauffeur recensait tout cela dans un carnet, qui est tombé entre les mains de la justice et a mené à un scandale national.

Des milliards de dollars ont été volés — en pots-de-vin, contrats abusifs et accords malhonnêtes de toutes sortes. Une bonne partie de cet argent se trouve désormais dans des banques étrangères, et les autorités auront bien du mal à le récupérer.

La différence entre créer des pesos et créer des dollars

« Rien de vraiment neuf », continue notre ami argentin. « A part le carnet, évidemment. Généralement, on n’a aucune trace écrite de qui a été payé quand, et combien.

« Il y a plus important : le gouvernement a mis en place des contrôles sur le commerce et les capitaux ; il a trop dépensé pour essayer de garder ses électeurs. Bien entendu, il n’avait pas assez d’argent, si bien qu’il a lourdement emprunté à l’étranger, en dollars.

« C’est toujours cela qui semble causer la crise. Parce que nous ne pouvons pas imprimer de dollars. Nous ne pouvons imprimer que des pesos. Ensuite, lorsque la crise arrive, le peso baisse et le dollar grimpe… et tout le monde passe à la moulinette.

« La bonne chose, j’imagine, c’est que nous ne pouvons pas vraiment trop emprunter : les prêteurs savent que nous ferons défaut. Nous y sommes habitués. Les familles argentines n’ont pas beaucoup de dettes. Il y a peu de maisons saisies, parce que les gens les paient en liquide. Et ceux qui ont de l’argent essaient de conserver leur épargne en dollars ».

Actuellement, le dollar est roi en Argentine. Le peso a perdu deux tiers de sa valeur ces 12 derniers mois. Les prix vont finir par grimper, pour suivre le mouvement. Mais cela prend du temps. En attendant, il faut près de 40 pesos pour acheter un dollar et vous pouvez faire un bon dîner, avec une bouteille de vin, pour 15$. Le taxi jusqu’à l’aéroport ne coûte que 5 $. Les maisons « locales » — pas les propriétés de prestige, qui sont généralement évaluées en dollars — se vendent 50 000 $ ou moins.

« Ce que je trouve intéressant, c’est qu’actuellement, je vois les Etats-Unis faire la même chose. Droits de douane, dépenses excessives, trop de dette… et même la sorte de politique crapuleuse que les péronistes ont commise ici pendant des décennies. Je ne sais pas… Je pense que la roue tourne… et les Etats-Unis sont soumis aux mêmes lois économiques que tout le monde. Un jour ou l’autre, ils devront rendre des comptes ».

Le temps ne s’imprime pas

A la Chronique, nous sommes du même avis. La Nature n’aime pas les idiots. Elle les punit. Pas forcément suivant un emploi du temps régulier… et pas forcément comme ils l’avaient anticipé. Les gens n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, dans la vie, ni ce qu’ils attendent ; ils obtiennent ce qu’ils méritent.

Ces 30 dernières années, la dette des Etats-Unis a augmenté trois fois plus vite que le PIB. Cette dette est en dollars. Les USA peuvent encore imprimer des billets verts pour la rembourser.

[NDLR : Plus pour très longtemps… et les conséquences pourraient être sans précédent. Cela ouvre une magnifique opportunité pour un investisseur français : cliquez ici pour en savoir plus.]

En revanche, ils ne peuvent pas imprimer de temps. Et la dette, en fin de compte, doit être payée en temps, pas uniquement en argent. A mesure que les taux d’intérêt grimpent, les obligations chutent… et il faut encore plus de temps pour rembourser. Bloomberg :

« ‘Les investisseurs obligataires ont rarement vu de telles pertes ces 40 dernières années’, a écrit Ben Carlson, directeur de la gestion des actifs institutionnels chez Ritholtz Wealth Management, dans un post de blog. ‘Toute hausse supplémentaire des taux pourrait mener à la pire année depuis 1976 en termes de rendements obligataires globaux’. »

Un Américain qui doit 100 $, au salaire moyen actuel, a déjà « dépensé » quatre heures de son avenir. S’il doit 1 000 $ — c’est toute une semaine de travail qui y passe.

Aujourd’hui, le travailleur américain moyen a environ 500 000 $ de dette en son nom (incluant sa part de dette gouvernementale… mais pas les promesses non-financées du gouvernement). Il lui faudra 500 semaines de travail… ou 10 ans d’emploi à plein temps (taxes non incluses) pour la rembourser (en supposant qu’il y consacre 100% de ses revenus).

C’est un gigantesque fardeau pour l’avenir. En fin de compte, ce dernier pourrait s’en débarrasser d’un haussement d’épaule.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “Un calcul en temps plutôt qu’en argent”

  1. Lundi matin sur BFMBusiness, les chroniqueurs ont insisté à relater que le FMI prévoit une inflation à 1.000.000% en Argentine dans la prochaine année. Je n’ai pas retrouvé cette info ailleurs. Ne serait-ce pas plutôt le cas du Venezuela ?

  2. David : je pense en effet qu’ils se sont trompé et qu’il s’agit du Venezuela. La banque centrale en argentine a relevé très fortement les taux d’intérêt, au delà du taux d’inflation (qui reste encore bien en dessous de la barre symbolique des 100%), afin de l’enrayer au plus vite.

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