Les dettes et le bûcher des vanités

Rédigé le 4 janvier 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Cette année, nous avons décidé de fusionner trois rites pour la veille du Nouvel An.

En Allemagne et en Autriche, à l’occasion de la Fête de la Saint-Sylvestre du 31 décembre, on fait des feux de joie… on danse… et on boit. Dans le sud de l’Italie, la veille du Jour de l’An, les gens avaient pour habitude de jeter par la fenêtre les choses dont ils n’avaient plus besoin.

Cela leur permettait de repartir sur de nouvelles bases, libérés des impedimenti [NDR : entraves] du passé.

Là où vous en êtes dépend évidemment de là d’où vous venez, et de la façon dont vous êtes arrivé là.

Le présent est toujours tributaire du passé, en ce qui concerne ce parcours.

Mais tout comme il est compliqué de débuter une nouvelle histoire d’amour — ou une nouvelle ardoise au bar — tant que l’on n’a pas soldé la précédente, il est difficile de commencer une nouvelle année si les factures de l’année écoulée demeurent impayées.

Désormais, le monde affiche une dette de 225 000 milliards de dollars, dont 60 000 milliards de dollars de dettes souveraines. Dans l’ensemble, la dette mondiale a progressé d’environ 60 000 milliards de dollars au cours de ces sept dernières années.

Rien qu’aux Etats-Unis, les dettes d’entreprises de catégorie « investissement » atteignent désormais 6 000 milliards de dollars, soit une augmentation de 2 000 milliards de dollars depuis la crise financière. Quant aux dettes des ménages, elles sont revenues en moyenne à près de 100 000 dollars, niveau atteint pour la dernière fois en 2007.

La vanité de la volonté de conserver

Un jour ou l’autre, l’essentiel de cette dette va partir en fumée.
[NDLR : La « guerre des devises » à laquelle nous assistons a pour objectif de détruire cette dette. Savez-vous que vous pourriez en profiter grâce à ce système développé par Jim Rickards, et qui vous permet de capitaliser sur l’effondrement des devises ? Tout est expliqué ici.]

Voilà l’état du monde dans lequel nous l’avons laissé, il y a 10 jours : le monde des devinettes, des mythes, des statistiques et des gros titres.

Si cela ne vous ennuie pas… nous allons prendre notre temps avant de revenir vers lui.

Aujourd’hui, nous demeurons dans notre propre monde.

La veille de Noël, nous avons rangé notre ordinateur portable (il a pris le plus long repos qui soit depuis de nombreuses années ; nous nous sommes totalement détourné du monde de l’e-mail, de Twitter et des informations), avons chargé le pick-up, et pris la direction de la campagne… un retour aux sources.

C’est un endroit où nous sommes fermement ancré. Plus de réflexions concernant ce que Donald Trump fera ou ne fera pas, ou sur les réactions du marché actions. Plus d’inquiétudes à l’égard des effets de la vigueur du dollar sur les exportations américaines… ou comment l’augmentation des cours du pétrole va affecter l’inflation des prix à la consommation.

Nous avons d’autres choses à faire.

Ici, à la Chronique, nous conseillons à nos lecteurs de respecter la loi dans toute sa majestueuse stupidité. Nous la respectons nous-même, également, sauf si nous pouvons nous en sortir impunément. Et c’est ainsi que commence notre récit…

Dans notre vieille ferme, au sud du Maryland, nous sommes dans notre élément. Nous nous sommes mis au travail le jour de Noël : un pré a été nettoyé… des arbres élagués… un toit réparé.

Mais non sans risque. Nous nous sommes écrasé un doigt en déplaçant du bois… brûlé une main avec le feu (j’en dirai plus dans une minute)… chuté du tracteur en prenant le pied dans les pédales.

L’une de nos filles nous a fait cruellement remarquer la chose suivante : « Papa, les gens tombent de cheval sans cesse, mais tu es le seul, à ma connaissance, à tomber d’un tracteur ».

Nous avons fini de rénover la maison des invités — une maison de Hobbit étrange, semi-enfouie dans la terre et chauffée à l’énergie solaire – juste à temps pour recevoir les petits-enfants. Ensuite, nous avons tourné notre attention sur le nettoyage de la vieille grange avant d’y commencer d’autres réparations.

La tentation de dépasser les limites

On ne sait jamais ce dont on aura besoin, ni à quel moment on en aura besoin.

Un bout de contreplaqué. Un boulon tordu. Un câble électrique sans prise. Dès que vous les jetez, vous découvrez qu’ils pourraient servir.

Alors, au lieu de le jeter, tout le matériel de la ferme a été déposé dans cette grange pendant des décennies.

Nous avons l’intention de refaire les fondations, de renforcer les gros piliers sur lesquels repose la structure avec des bases en béton et des blocs de parpaing.

Mais pour le faire, nous avons besoin de place pour travailler. Nous ne pouvons pas faire du neuf sans avoir d’abord déblayé l’ancien.

D’abord, nous avons évacué les vestiges du poulailler, près de la grange : imprégnés d’humidité, tout glissants et vermoulus, ils ont été démontés puis entassés.

Ensuite les bouts de bois – bien que nous les ayons conservés religieusement pendant de nombreuses années – ont été jetés sans état d’âme sur cette pile.

Le comté autorise les feux à l’extérieur, sous réserve qu’ils fassent moins d’1m30; nous avions déjà largement dépassé cette limite. Malgré tout, avec l’engouement de l’homme qui s’apprête à commettre un péché, nous avons rajouté davantage de combustible sur ce tas : de vieilles marches d’escalier… un tas de planches à moitié pourries… des cartons… des portes…

« Autant se faire pendre pour quelque chose qui en vaille la peine » se dit-on.

Dehors les erreurs et mauvais calculs du passé, les restes de tant d’années de projets de constructions : planches de clôture cassées… poteaux criblés de clous…

Et qu’est-ce que c’est que ça ? Un tas de bois de charpente provenant de notre ancien garage, à Baltimore ; nous ne voulions pas qu’il soit gâché !

Une montagne d’ordures

Petit à petit, jour après jour, la grange s’est vidée de plus en plus et la pile du bûcher s’est agrandie.

Et puis nous avons eu une idée : nous allions profiter de tous ces jeunes bras de retour pour les vacances afin d’alléger tout ce travail d’élagage, dans le verger des pommiers. Mais que faire de tous ces branchages et broussailles coupés ?

Allez, tout le monde au bûcher…

A présent, le tas était devenu si haut que nous avons dû utiliser la pelle du tracteur pour le compléter. Et la veille du Jour de l’An, nous nous sommes retrouvé avec un Mont Everest d’ordures… et une boîte d’allumettes dans les mains.

Nous avons répandu un peu d’essence sur les bois de charpente, à la base de la pyramide. Nous avons gratté une allumette, avec l’intention d’enflammer un bout de papier journal. Une « mèche de papier » improvisée qui mènerait au bois imprégné d’essence, nous donnant le temps de battre en retraite avant que la combustion ne se propage énergiquement.

Mauvaise idée. Nous ne le savions pas, mais des vapeurs d’essence s’étaient accumulées dans la cavité même où nous avions choisi de placer notre papier et notre allumette.

VRAOUM !

L’essence explosa, nous faisant voler en arrière et projetant des flammes dans toutes les directions. Notre main était roussie, mais nous eûmes tout de même la présence d’esprit de retirer le bidon d’essence de la proximité de cette zone et de battre en retraite là où nous pouvions admirer le brasier sans danger.

Et quel brasier : des flammes se sont élevées à 10 mètres dans les airs. Si des fonctionnaires de l’Etat chargés de verbaliser les feux non autorisés avaient patrouillé dans l’espace aérien du sud du Maryland, ils l’auraient très certainement repéré.

Diable, dans le ciel bleuté et dégagé de la nuit, c’était un feu que l’on aurait pu voir depuis la Lune, si un observateur s’y était trouvé.

Mais c’était les vacances. Le jour de la Saint-Sylvestre. La police n’est pas venue. Le passé avait été jeté dans les flammes. Le futur était devant nous.

Bonne et heureuse année !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Les dettes et le bûcher des vanités”

  1. Merci Bill pour vos aventures.

    Que 2017, année de changement,vous permettes de garder l’amour, la santé et du bon travail.

    Bien à vous,

    Dawid

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