En route pour la banqueroute !

Rédigé le 22 mars 2018 par | Banques Centrales, Dette Imprimer

Il y a du beau monde à bord du Banqueroute Express… et pour l’instant, tout va bien. Qu’en sera-t-il, cependant, lorsque la réalité de la hausse des taux s’imposera ?

Le week-end dernier, nous sommes allé jeter un oeil à notre nouvelle propriété. Nous sommes en train de rénover une maison de l’autre côté de la rivière.

Nous commençons à réaliser les défis qui nous attendent.

Pour y parvenir, nous devons emprunter des chevaux à notre voisin, les seller et traverser la rivière à cheval. Ou nous pouvons y aller à pied, par un pont branlant… et finir à la marche les deux kilomètres qui nous séparent de la maison.

L'un des rares ponts permettant de traverser la rivière à Gualfin

L’un des rares ponts permettant de traverser la rivière à Gualfin

Pas très pratique si nous sommes chargé. Et si nous voulions inviter quelqu’un à dîner ?

« Oui… nous vous attendons pour 19h. Prévoyez simplement une petite heure pour traverser la rivière et faire sécher vos vêtements ».

Mais ça n’est pas pour tout de suite. De toute façon, la rivière est généralement facile à traverser. Ce n’est que pendant quelques mois – décembre, janvier, février… et parfois mars – qu’elle est impassable.

Rencontre avec un curador

Durant la visite de samedi, nous étions à cheval quand une silhouette courbée, sortie de l’une des maisons d’adobe au bord de la rivière, est venue nous saluer.

Les jeunes gens de la région ne disent pas un mot. Avec leurs smartphones, leurs crânes rasés et leurs tatouages, ils ne dépareraient pas à Baltimore. Mais les anciens ont gardé la courtoisie d’une époque révolue.

Un vieil homme s’approchait. Il a enlevé son chapeau, levé la tête et tendu la main.

Il était presque aveugle.

« Hola, patron… »

« Hola, viejo. » [vieil homme]

Il s’est présenté. C’était un cousin de certains des employés du ranch ; âgé de plus de 80 ans, il avait un visage ouvert et un sourire avenant.

« Il n’est pas aveugle », a expliqué l’un des cousins en question plus tard au ranch. « Il voit mieux que vous et moi. C’est un curador« .

« Qu’est-ce qu’un curador ? »

« C’est quelqu’un qui a le don de guérison. On met une bougie devant la Vierge Marie, puis on se met entre elle et une feuille de papier blanc.

« Le curador regarde le papier et peut voir ce qui ne va pas. Il voit tout. Et même tous vos péchés ».

Banqueroute Express

En attendant…

Hier, nous avons décrit comment le gouvernement a changé ces trois dernières décennies. A présent, plus aucun parti ne s’inquiète des déficits… ou de la dette fédérale US, qui a atteint un nouveau record la semaine dernière, à 21 000 milliards de dollars.

Au lieu de ça, tous les politiciens sont à bord du Banqueroute Express – les démocrates, les républicains, le Congrès, les bureaucrates et les compères –, avec Donald J. Trump pour conducteur… roulant à toute blinde et ne s’arrêtant que pour rajouter encore plus de dette.

Ce train est déjà chargé de 230 000 milliards de dollars de dette provenant de partout dans le monde. Si l’on tient compte des ajouts de 2017, la dette gouvernementale US à elle seule finira par se monter à 40 000 milliards de dollars d’ici 2028.

A bord se trouvent aussi la plupart des banquiers centraux de la planète. Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, est dans un wagon. Mario « A Tout Prix » Draghi est dans un autre.

Il y a aussi bien entendu le nouveau président de la Fed, Jerome Powell. Tous semblent bien s’amuser, commandant des verres de cognac aux frais de la princesse.

Seuls les Allemands ont décidé de ne pas monter. Ils se rappellent leur dernier déraillement désastreux, lorsque l’hyperinflation des années 20 a détruit l’intégrité de la société allemande et de ses institutions.

S’est ensuivie la pire période de l’histoire allemande depuis l’invasion des Huns. Des dizaines de millions de personnes ont été tuées, l’économie a été ravagée et la réputation de l’Allemagne a été à jamais souillée.

Cette devise est un imposteur

Tout le monde sait qu’on ne peut pas continuer à emprunter éternellement. Mais tout le monde pense aussi que les conducteurs, ingénieurs et mécaniciens responsables du train vont « faire quelque chose » pour empêcher tout accident grave. [NDLR : Il n’est pas certain que nos dirigeants parviendront à intervenir à temps prenez vos précautions dès maintenant avec ces mesures simples : cliquez ici pour tout savoir.]

Après tout, ce sont nos représentants élus… avec leurs assistants surdiplômés. Ce sont les meilleurs et les plus intelligents… n’est-ce pas ?

Hier, nous avons essayé de démontrer que tous les gouvernements finissent par tomber sous la coupe de leurs initiés. Ils deviennent alors des gouvernements faits par et pour les compères.

Evidemment, les gens n’aiment pas y penser, parce que cela soulève tout un courant d’idées vaguement séditieuses. Nous allons passer ce sujet sous silence : aujourd’hui, nous voulons nous concentrer sur la monnaie.

Non seulement le gouvernement ne travaille pas pour le citoyen moyen, mais sa devise non plus. Le dollar est une fausse monnaie, manipulée par les initiés mêmes, plus ou moins, qui contrôlent le gouvernement.

En deux décisions – l’une en 1968 et l’autre en 1971 – les autorités ont changé la devise américaine. Elle semble identique. Mais au lieu d’être adossé à l’or, à un taux fixe… ce nouveau dollar est une « note de la Réserve fédérale ».

La véritable monnaie, comme l’ont réalisé les gens il y a plus de 2000 ans, doit être limitée. Ce n’est pas le cas de celle-ci.

Lorsqu’Alan Greenspan est devenu président de la Fed en 1987, la banque possédait pour 200 milliards de dollars d’obligations qu’elle avait acquises sur les 74 années précédentes.

Lorsque les détentions obligataires de la Fed ont atteint leur sommet sous Ben Bernanke, la banque en avait pour 4 500 milliards de dollars.

Où avait-elle trouvé l’argent pour acheter ces obligations ? Facile : elle l’avait créé à partir de rien.

C’est cette nouvelle devise… ainsi que des milliers de milliards supplémentaires créés par d’autres banques… qui a rendu les élites aussi riches : elles ont mis la main sur le nouvel argent.

La Fed a injecté ces capitaux dans les marchés, non dans l’économie réelle. Les gens qui avaient des liens avec la finance se sont enrichis. Les autres non.

Comme nous l’avons vu mardi, le principal atout du salarié moyen – son temps – a vu sa valeur décliner… tandis que les actifs financiers – les actions et les obligations – ont été multipliés par 10 en termes réels.

Pas étonnant que les élites apprécient le voyage.

Pourquoi pas, pour l’instant ? Le chemin suit une pente descendante.

De 18% en 1980, le taux directeur de la Fed est passé à 1,42% aujourd’hui. Pas difficile de s’endetter lorsqu’on peut refinancer à des taux inférieurs…

Mais que se passe-t-il lorsque la pente descendante se transforme en une montée douce… puis en une côte abrupte ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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