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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 19 février 2007
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*** Une journée de mélancolie
Petite baisse pour les places mondiales vendredi…
*** La bataille des bulles
Qui sortira vainqueur ? L’immobilier US ou les liquidités mondiales ?
*** Déséquilibre commercial (1)
Le Dollar dans la finance internationale par James Turk
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+74%… +53,8%… +35,14%… +43,17%… +60%…
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Bonjour,
*** UNE JOURNEE DE MELANCOLIE
** Une fin de semaine aussi mélancolique qu’un film d’Ozu, pour les marchés… avec, partout, de petites baisses tout en légèreté, sans doutes dues à l’abondance de résultats d’entreprises et de chiffres économiques qui se sont abattus sur nos têtes ces derniers jours.
Le CAC 40 a ainsi abandonné 0,13% sur la journée de vendredi, terminant malgré tout au-dessus du seuil des 5 700, à 5 713,59 points. Même langueur dans le reste de l’Europe : à Londres, le Footsie a clôturé sur une baisse de 0,19%, tandis qu’à Francfort, le DAX glissait d’un petit -0,03%.
Du côté américain, seul le Dow Jones a relativement brillé vendredi… puisqu’il est resté inchangé. Il termine la semaine à 12 767,57 points. Le Nasdaq, de son côté, a été pris d’un petit accès de faiblesse, à -0,03%, ce qui l’a mené à 2 496,31 points en fin de séance. Enfin, le S&P 500 n’était pas en reste, puisqu’il a perdu 0,09%, à 1 455,54 points.
Pas de quoi casser trois pattes à un canard, donc, cher lecteur — ni de quoi courir s’enfermer dans un abri anti-atomique boursier ; malgré tout, les conditions actuelles ne nous encouragent pas à baisser notre pavillon d’Alerte au Krach…
** Penchons-nous un peu plus en détails sur ce qui a constitué le menu des investisseurs vendredi — et c’est vrai qu’il n’y avait pas de quoi motiver ni une hausse fulgurante… ni une baisse éprouvante.
Pour commencer, le département du Travail US a annoncé des chiffres en ligne avec les attentes du consensus : l’indice américain des prix à la production a baissé de 0,6% le mois dernier ; hors alimentation et énergie, les prix grimpent de 0,2%.
Ca a ensuite été le tour du département du Commerce, qui a révélé les derniers déboires du marché immobilier : les mises en chantier ont chuté de 14,3% en janvier, à 1,408 million d’unités — soit le niveau le plus bas qu’on ait vu depuis août 1997. Sur la même période, le nombre des permis de construire accordés est lui aussi en baisse, de 2,58%.
Vous entendez ce chuintement, en arrière-plan ? C’est la bulle de l’immobilier américain qui fuit et se dégonfle, lentement mais sûrement…
Pour achever de décourager les velléités haussières, l’Université du Michigan était elle aussi de la partie vendredi : elle a publié son indice de confiance du consommateur — qui est en recul en février, à 93,3 contre 96,9 en janvier. Les économistes avaient bien prévu un recul, mais à 96,2 seulement…
** Dans ces conditions, on aurait pu comprendre que le dollar poursuive la baisse entamée depuis trois jours… mais étrangement, vendredi, le billet vert a quelque peu repris du poil de la bête — il a terminé à 1,3139 pour un euro, contre 1,3147 jeudi.
Du côté de l’obligataire, la séance a été paresseuse et les taux américains sont restés dans une relative stabilité ; le bon du Trésor US à 10 ans voit ainsi son rendement se détendre d’un petit point de base, pour atteindre les 4,69%.
L’or a lui aussi connu une journée de répit — l’once de métal jaune a perdu 15 cents entre le premier et le second fixing londonien, terminant la semaine à 665,10 $.
Quant au pétrole, de nouvelles violences au Nigeria ont provoqué une petite hausse des cours, le baril de WTI New York clôturant vendredi à 58,39 $.
Françoise Garteiser,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LA BATAILLE DES BULLES
** C’est la Bataille des Bulles, cher lecteur. Non, nous ne parlons pas de celle à laquelle se livrent les gestionnaires de hedge funds lors de leurs soirées en ville en s’arrosant de Dom Pérignon. Celle-ci est différente… mais elle pourrait être tout aussi amusante à voir.
* Tout va très bien, évidemment. Rien d’inquiétant. Non, vraiment — c’est Ben Bernanke qui le dit. Qui ne croirait pas le banquier central le plus puissant du monde lorsqu’il parle d’argent ?
* Mercredi dernier, Bernanke a déclaré au Congrès US qu’il ne voyait aucune raison convaincante de bidouiller les taux d’intérêt. Pourquoi le devrait-il, alors que tout roule si bien ? Jeudi, les trois indices Dow ont atteint de nouveaux sommets historiques.
* Franchement, nous commençons à nous lasser un peu de toute ça. Toute cette modération ravie. Nous aimerions voir un peu d’action… un peu de clarification… un peu de justification.
* Vous voyez où nous voulons en venir, cher lecteur ?
* Tout suit son petit bonhomme de chemin — sauf tout ce qui compte vraiment. Et ce qui compte le plus est ce qui semble ne pas compter du tout.
* En ce moment, deux choses liées semblent ne pas avoir d’importance. Pour commencer, la bulle de l’immobilier résidentiel US perd constamment de l’air. Et ensuite, la bulle de liquidités mondiales enfle plus que jamais.
* Les saisies dans la région de Denver, avons-nous découvert hier, atteignent cinq fois le niveau de 2003. Selon les nouvelles locales en provenance de Denver, des quartiers entiers croulent sous les saisies. Dans certains d’entre eux, jusqu’à une maison sur quatre a été saisie. Imaginez si vous possédiez une de celles qui n’ont pas été saisies. Vous ne pourriez vous attendre à la vendre à un prix raisonnable — si vous pouvez la vendre tout court.
* Et les prêteurs subprime sont mis à mal. HSBC, par exemple, a décidé de se lancer dans le secteur du prêt par le mauvais côté — celui où les clients n’ont pas d’argent –, et a récemment émis le premier profit warning de l’histoire de la société. Et l’entreprise existe depuis avant l’assassinat d’Abraham Lincoln.
* La machine à cash de l’immobilier résidentiel est en panne. Normalement et naturellement, nous pourrions attendre un ralentissement économique aux Etats-Unis. C’est une société de consommation, après tout. Les consommateurs en sont venus à compter sur la hausse des prix des maisons pour continuer à dépenser au rythme auquel ils se sont habitués. Pas de hausse de l’immobilier = pas de valeur à "retirer" = pas d’argent à dépenser.
* Nous venons de lire un article sur une certaine Mme Lehn, à Minneapolis, qui risque 20 ans de prison. Son crime ? Elle a décidé de "retirer" de la liquidité… avant qu’il n’y ait de liquidité à retirer. Elle a fraudé, poussant les prêteurs à lui prêter plus que le prix de vente réel, libérant ainsi de la valeur future pour une utilisation immédiate.
* La sentence n’a pas encore été prononcée, et cela ne nous regarde pas, mais nous conseillons aux juges de se montrer indulgents à l’égard de Mme Lehn. Qu’a-t-elle fait que le pays tout entier n’a pas commis — sinon mentir sur quelques documents ? Les propriétaires immobiliers comme les autorités américaines empruntent sur l’avenir, en accumulant des dettes qui devront être remboursées avec de l’argent qui n’a pas encore été gagné.
* A mesure que la bulle se dégonfle, on pourrait s’attendre à ce qu’il soit plus difficile de rembourser ces dettes… et que beaucoup de gens ne soient pas en mesure de le faire. Les agents immobiliers pourraient donc vouloir reconsidérer leur plan de carrière. Au lieu de se faire serveurs, ils pourraient envisager de se spécialiser dans les saisies hypothécaires, la gestion de dette et les faillites personnelles — autant de secteurs susceptibles de connaître une jolie croissance.
** Mais un instant. L’autre grande tendance dont les gens pensent qu’elle n’a pas d’importance nous emmène dans la direction opposée. Alors que la bulle de l’immobilier US a une fuite, la bulle mondiale de liquidités enfle à vue d’œil.
* Ed McCarthy, PDG de Financial Risk Management Advisors Company, nous en dit plus :
* 1. Au cours des cinq dernières années, les bilans du secteur des banques d’investissement ont connu une croissance exponentielle. Nous y incluons toutes les grandes institutions financières étrangères de ce calibre, dans la mesure où elles sont déjà autant "d’investissement" que commerciales. Dans cet ensemble, globalement, le poids total de toutes ces majors dépasse de loin les 7 000 – 8 000 milliards de dollars.
* 2. Les actifs totaux des fonds de couverture sont passé de 300 milliards à approximativement 1 400 milliards de dollars — l’effet de levier sur tout cela est inconnu mais, selon toutes probabilités, il représente au moins [1 500 à 2 000] milliards [de dollars].
* 3. La disponibilité de fonds de private equity est passée à 1 100 milliards de dollars environ, et l’effet de levier peut être de [quatre] ou [cinq] fois le cash flow sur ces accords, comme il peut représenter 10, 12 ou même 15 fois la somme.
* 4. Les credit default swaps (CDS) sont passés de moins de 1 000 milliards de dollars à 14 000-16 000 milliards aux Etats-Unis, et au moins 26 000 milliards de dollars dans le reste du monde, selon la Banque des règlements internationaux — et cette somme est probablement substantiellement plus élevée.
* Et voilà : le décor est planté pour la Bataille des Bulles. L’afflux d’argent et de crédit sur les marchés internationaux suffira-t-il à masquer le sifflement de l’air s’échappant de l’immobilier américain en déclin ? Ou bien les éclats acérés de l’épave immobilière US vont-ils faire éclater la grande bulle… causant une explosion générale ?
* Nous n’en savons rien… mais nous sortons malgré tout notre drapeau d’"Alerte au Krach" tous les matins — et nous conservons notre or. A tout hasard.
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Assez d’attendre les profits ?
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !
Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…
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*** La Chronique Agora présente ***
Aux Etats-Unis, le déficit commercial de décembre a atteint les 61,2 milliards de dollars — bien plus élevé qu’on l’anticipait. Dans un extrait de son livre, James Turk médite sur les déficits et se demande quand les investisseurs étrangers se lasseront du dollar US. Continuez votre lecture…
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DESEQUILIBRE COMMERCIAL — 1ère PARTIE
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Par James Turk (*)
Si le dollar est une devise qui fonctionne encore après la fièvre d’emprunt des Américains depuis deux décennies, qu’est-ce qui l’empêche de fonctionner éternellement ? Eh bien, pour commencer, nous ne sommes pas seuls au monde. Les investisseurs étrangers ont leur mot à dire sur la valeur du dollar, et dans les années qui viennent, ils auront des choses très désagréables à dire.
En tant que grande nation commerçante, les Etats-Unis exportent des ordinateurs, des logiciels, des films et de la nourriture, entre autres choses. Et ils importent à peu près tout ce qu’on peut imaginer. Lorsqu’ils achètent plus qu’ils ne vendent, ils compensent la différence — connue sous le nom de déficit commercial — en expédiant des dollars à l’étranger. Et ces dernières années, ils ont acheté bien plus qu’ils n’ont vendu. Après avoir atteint une moyenne gérable de 80 milliards de dollars par an dans les années 80, le déficit commercial a explosé, pour atteindre les 300 milliards de dollars dans les années 90. En 2003, ce chiffre avait grimpé en flèche, à plus de 500 milliards de dollars. C’est environ 5% du PIB, un chiffre qui, lorsqu’il a été enregistré dans d’autres pays par le passé, a précédé un déclin sévère de la valeur de la devise locale.
Pourquoi les Américains achètent-ils bien plus qu’ils ne vendent ? Une des raisons est qu’il est bien moins cher de fabriquer la plupart des produits de base dans des endroits comme la Chine, où des gens intelligents et très motivés travaillent pour environ un dixième des salaires occidentaux en vigueur. Les entreprises américaines, afin de profiter de ce différentiel, ferment leurs usines aux USA pour en ouvrir d’autres en Chine. Les grandes chaînes de magasins discount, en particulier Wal-Mart, mènent ce processus en achetant à un réseau croissant d’usines chinoises, répercutant une partie des économies ainsi réalisés auprès de leurs clients, et conduisant leurs concurrents à la faillite — ou les forçant à acheter eux aussi à des sources étrangères bon marché. Résultat, les entreprises étrangères aux salaires bas inondent désormais les Etats-Unis de produits incroyablement bon marché, dont une bonne partie étaient autrefois fabriquée sur place. Et là où, il y a quelque temps, le commerce des USA avec la Chine était plus ou moins équilibré, ils ont à présent un déficit qui dépasse les 100 milliards de dollars annuellement.
Mais le déséquilibre ne s’arrête pas à la Chine. Les Etats-Unis ont un déficit annuel avec le Japon et l’Union Européenne de plus de 100 milliards et 50 milliards de dollars respectivement. Et bien entendu, les importations pétrolières, majoritairement en provenance du Moyen-Orient, semblent n’aller nulle part… sinon vers le haut. L’inévitable conclusion, c’est que les consommateurs US sont "accros" à un style de vie qui comprend de nouvelles voitures, de grandes maisons et des jouets électroniques à la mode. Et comme vous le savez, ils sont prêts à emprunter tout ce qu’il faut pour éviter de réduire leurs dépenses.
Quel que soit l’angle où l’on se place, la situation commerciale des Etats-Unis est sans précédent. Le déficit commercial annuel est plus profond que les déficits de la sécurité sociale et de la défense. Depuis 1953, la base industrielle américaine a décliné, passant de 30% du PIB (lorsque les Etats-Unis enregistraient un surplus commercial, d’ailleurs) à environ 15% aujourd’hui. Depuis 1985, le déficit cumulé a grimpé à environ 4 000 milliards de dollars, ou environ 13 000 $ pour chaque homme, femme et enfant aux Etats-Unis.
Que font les partenaires commerciaux des Etats-Unis de tous leurs dollars ? Leurs banques centrales accumulent d’énormes piles de dollars dans leurs "réserves" pour soutenir leurs propres devises, tandis que les entreprises étrangères achètent de l’immobilier, des valeurs et des obligations US. Les investisseurs étrangers possèdent désormais environ 8 000 milliards de dollars d’actifs financiers américains, dont 13% de toutes les actions US, 24% des obligations d’entreprise, 43% des bons du Trésor, et 14% de la dette des agences gouvernementales. A la fin 2003, environ un tiers des obligations appuyées sur l’hypothèque émises par Fannie Mae se vendaient en dehors des Etats-Unis. Dans les années 80, les Etats-Unis étaient le plus grand pays créditeur au monde ; en d’autres termes, ils avaient bien plus d’argent investi dans d’autres pays que les autres pays n’en avaient investi aux Etats-Unis. Mais en 2003, les investisseurs étrangers possédaient 9 400 milliards de dollars d’actifs US, tandis que les possessions US dans le reste du monde n’atteignaient que 7 200 milliards de dollars. Les Etats-Unis sont désormais la plus grande nation débitrice du monde.
La suite dès demain.
Meilleures salutations,
James Turk
Pour la Chronique Agora
(*) James Turk s’est spécialisée dans la banque internationale, la finance et l’investissement depuis qu’il est sorti de l’université George Washington, en 1969, diplômé en économie internationale. Il est également l’auteur de deux livres et de plusieurs essais et articles sur les devises et la banque. De plus, James Turk est le fondateur et président de GoldMoney.com, un site dédié à l’achat et aux échanges de métal jaune.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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