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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 20 octobre 2006
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*** OPA, droits à polluer et écrans de fumée
Philippe Béchade se penche sur le cas du CO2…
*** Des profits sur le papier
Chris Mayer examine le secteur de la papeterie canadienne…
*** Un être pensant ?
Bill Bonner s’interroge sur les facultés de raisonnement de l’espèce humaine…
*** Shaolin Banque Centrale (3)
Notre Banquier Central clôt son affrontement avec son mentor au sein de la prestigieuse Académie des Banques Centrales…
—————————– (publ.)
Les aléas des marchés ne sont pas le seul facteur menaçant votre patrimoine
Découvrez cinq "bombes à retardement" qui mettent votre capital en danger…
… et surtout, le moyen de vous en protéger !
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Bonjour,
*** OPA, DROITS A POLLUER ET ECRANS DE FUMEE
** Une semaine s’est écoulée, et les indices boursiers en sont toujours au même point. Cinq séances pour rien, sinon un repli de 0,03% pour le CAC 40, compensé par un gain symbolique de 0,07% pour le SBF 120 — dont la surperformance hebdomadaire résulte de la seule envolée de 15% du titre Atos Origin hier, sur des rumeurs (démenties, mais seulement sur le tard) d’une OPA amicale lancée par le fonds d’investissement Blackstone à un cours compris entre 51 et 54 euros.
Comment le quotidien britannique City A.M., qui a révélé l’affaire — si s’en est une — s’est-il fait communiquer une information aussi précise concernant le prix final (qui reste généralement top secret) ? Pourquoi la direction d’Atos a-t-elle tant tardé à démentir l’existence de pourparlers avancés, puis de l’évocation d’un prix convenant aux deux parties ? Mystère…
Mais de toute façon, Atos Origin, tout comme Cap Gemini, Alten ou même I-Log (mentionnés la veille comme faisant partie de nos favorites), restent sous-valorisées aux niveaux actuels. L’effervescence sur le secteur devrait perdurer — à moins d’un méchant profit warning émis par l’une ou l’autre de ces sociétés, à l’image de Citrix Systems, qui chute de 20% ; Citrix est le leader mondial des logiciels de gestion de réseaux, et un gros fournisseur d’expertise pour l’architecture des grands systèmes informatiques "distants".
** Mais revenons-en aux anticipations haussières évoquées jeudi dernier. Le CAC 40 venait enfin de s’affranchir de la résistance annuelle des 5 330 points, l’Euro-Stoxx venait de s’inscrire au-dessus de 4 000 points, et le Dow Jones, qui inscrivait un nouveau record historique à proximité immédiate des 12 000 points, déclenchait un tapage médiatique qui était censé faire boule de neige — ce qui tombait bien, puisque la région des Grands Lacs fut recouverte le 12 octobre d’un épais manteau blanc, l’hiver lançant une offensive précoce sur le nord-est des Etats-Unis.
Plus rien ne semblait pouvoir entraver la marche en avant des indices boursiers — et surtout pas les principales résistances graphiques ou psychologiques testées au printemps dernier, ou au printemps 2001 s’agissant des places européennes.
Les volumes d’échanges explosèrent partout de 30% à 50% le jeudi 12 octobre. Cela paraissait traduire un soudain afflux de liquidités, mais la machine haussière s’est enrayée dès le vendredi 13, et s’est curieusement mise à tourner à vide.
Les séances suivantes permirent de constater que les gérants étaient capables, à quelques heures d’intervalle, de jouer un scénario économique et son contraire au gré de statistiques économiques américaines qui soumettent les marchés à un régime de douche écossaise.
Cette séance du jeudi 19 octobre n’a pas fait exception, avec la publication d’un baromètre du climat économique aux Etats-Unis puis l’indice d’activité de la Fed de Philadelphie.
L’indice composite des indicateurs avancés du Conference Board affiche une hausse symbolique de 0,1% au mois de septembre — il s’établit à 137,7, contre 137,6 en août. L’indice d’activité de la Réserve fédérale de Philadelphie, de son côté, reste négatif au mois d’octobre pour le deuxième mois consécutif, à -0,7 point contre -0,4 en septembre.
Le consensus des économistes anticipait un net rebond de cet indice, et le démenti apporté par cette dernière statistique confirmerait le ralentissement d’activité qui se profilait mardi avec le recul de 0,5% de la production industrielle au mois de septembre.
Il en résultait hier une stagnation du Dow Jones autour des 12 000 points, et une consolidation à la marge du Nasdaq (-0,15% à mi-séance) qui explique largement pourquoi le CAC 40 n’a fluctué que de -0,03% et l’Eurotop 100 de -0,06%.
** Si les gérants de portefeuille ne savent plus à quel saint se vouer, les cambistes semblent avoir leur petite idée sur les effets combinés des récentes publications macroéconomiques. Le dollar est attaqué ; il perdait 0,75% à 1,2630/euro, la monnaie unique et le yen retrouvant les meilleurs niveaux affichés depuis le 6 octobre dernier. Ceci démontre que le seuil des 1,25/euro et des 120 yens sera difficile à déborder — à moins d’un renversement radical des anticipations concernant le statu quo qu’est censé observer la Fed au cours des six prochains mois.
Dans le même temps, les pays producteurs de pétrole semblent éprouver les plus grandes difficultés à s’entendre sur une réduction de la production de l’OPEP, alors que le prix du brut vient de chuter de 25% en l’espace de deux mois. Le baril teste depuis une semaine le plancher graphique des 58 $ à New York et Londres, le sursaut de lundi ayant fait long feu avec le fléchissement de la production industrielle aux Etats-Unis et en Allemagne au début de l’automne.
L’enfoncement des 58 $ pourrait radicalement modifier la donne macroéconomique actuelle, et remettre en cause les réflexions stratégiques visant à développer des sources d’énergie alternatives.
** Si la croissance chinoise (10,7% cette année et probablement plus de 10% en 2007), de l’Inde (+8% en 2006 ?) et du Brésil (+5%) se poursuivait au rythme actuel et jusqu’en 2020, il faudrait deux planètes Terre pour satisfaire l’appétit de matières premières et d’énergie de pays émergents adoptant l’American way of life.
Selon des études concordantes, d’ici 2030 — même en tenant compte de la relance du nucléaire en Chine et aux Etats-Unis –, les combustibles fossiles représenteront toujours plus de 80% de l’énergie consommée.
Imaginez l’état de l’atmosphère terrestre d’ici 25 ans si les trois principaux pôles économiques de la planète (USA, zone Euro, Asie du sud-est) continuent de rejeter des gaz à effet de serre en proportion de la croissance et de la hausse de niveau de vie de la population.
Le problème n°1 — loin devant la difficulté de produire suffisamment de combustible pour satisfaire la demande — sera écologique. Les experts n’ont d’ailleurs pas attendu la diffusion du film d’Al Gore (intitulé "Une vérité qui dérange"… mais est-elle aussi dérangeante que G.W. Bush reconnaissant cette semaine que la situation en Irak a des relents de Vietnam ?) pour tirer la sonnette d’alarme.
Les pays et les entreprises qui sauront piéger le CO2 à sa source (22% des émissions viennent de l’industrie, 39% de la production électrique) auront un levier puissant sur le futur marché mondial des "droits à polluer". Nous attendons beaucoup du développement des procédés chimiques de séquestration du CO2 ; le principe consiste à récupérer le carbone d’une centrale, puis à le réinjecter sous forme minérale dans le sous-sol dont il a été extrait — juste retour des choses. C’est la voie dite de captage et stockage géologique, qui suppose néanmoins d’identifier des couches "étanches" assez semblables à celles qui sont recherchées pour l’entreposage des déchets nucléaires de longue durée.
Mais cette technologie en devenir a un coût, estimé entre 20 et 30 $ la tonne de CO2. Ce coût se trouve cependant déjà divisé par deux par rapport aux estimations du début de l’année 2005. Il ne s’agit pas d’une solution imaginaire ou purement théorique, comme la maîtrise de la fusion nucléaire : le procédé existe déjà à l’échelon industriel et a pour nom de code "Castor".
Castor récupère les fumées émises par une centrale thermique au gaz ou au charbon (captage de postcombustion), puis les dirige vers un "absorbeur" qui mélange le CO2 à un solvant adéquat.
Ainsi, près de 90% du CO2 sont neutralisés par le solvant enrichi, qui effectue un court séjour dans un régénérateur. Le mélange est ensuite porté à une température de 120°C afin de casser les liaisons et de libérer le gaz, qui est alors compressé et transporté — via un pipe-line classique — vers le lieu de stockage définitif. Cela nécessite effectivement de mobiliser environ 10% de l’énergie produite par la centrale thermique.
Le solvant résiduel est réinjecté dans l’absorbeur avec les nouvelles fumées à traiter, et le cycle recommence à l’infini. Voilà un énorme ballon d’oxygène pour la Chine, où le charbon représente 50% du parc de centrales et 70% des investissements pour l’extraction et la combustion.
L’un des leaders mondiaux de ce procédé s’appelle Alstom Power Boilers : sa technologie dite LFC ("lit fluidisé circulant") apparaît la plus au point et répond le mieux aux normes de dépollution européennes… mais cette technologie a été transférée à sa filiale américaine (Alstom Power Boilers), et les brevets technologiques sont gérés depuis la Suisse. Une stratégie assez fumeuse, qui invite à s’interroger sur les projets d’Alstom dans le domaine des centrales à co-génération équipées de réducteurs d’émission de CO2 !
Y aurait-il du négoce de "droits à polluer" là-dessous ?
Philippe Béchade,
Paris
PS : Retrouvez les conseils de Philippe Béchade au 0899 707 009* — avec une analyse de la séance en cours et la recommandation du jour, vous êtes paré pour la journée boursière !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Chris Mayer nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** DES PROFITS SUR LE PAPIER
** J’ai assisté à la conférence d’investissement de Jim Grant, à New York, il y a quelques semaines de ça. Ces réunions présentent certains des meilleurs investisseurs du secteur — et l’un des intervenants les plus intéressants a défendu la cause des actions canadiennes dans le secteur du papier.
- L’intervenant en question était Amit Wadhwaney, gestionnaire de l’excellent fonds d’investissement Third Avenue International Value Fund. Wadhwaney a commencé sa présentation en décrivant la stratégie d’investissement préférée de Third Avenus : chercher les secteurs en détresse. Dans les bonnes conditions, a-t-il expliqué, un secteur en détresse est aussi un secteur plein d’opportunités.
- Wadhwaney a décrit cinq conditions pouvant mener à des résultats intéressants. Toutes les cinq doivent être remplies pour valider un nouvel investissement :
** La plupart des entreprises du secteur perdent de l’argent.
** Les entreprises, découragées et saignées à blanc par les pertes, quittent le secteur — pour de bon, en général.
** La faillite menace ceux qui décident de s’accrocher.
** Un fournisseur à bas prix se détache du lot — devenant un gagnant clair.
** Les valorisations sont extrêmement basses, reflétant le fait que les investisseurs perdent leur intérêt dans le secteur… et leur courage pour y investir. Plus la pauvreté dure, plus vous avez de chances d’atteindre des prix plancher.
- Wadhwaney a ensuite décrit des exemples où Third Avenue avait engrangé des profits considérables dans des secteurs où de telles conditions étaient réunies. Les mines de zinc en 2004 en faisaient partie. Le charbon aux environs de 2002 aussi. Dans les deux cas, le secteur répondait aux cinq points mentionnés ci-dessus, et les investisseurs ont engrangé de jolies plus-values sur leurs investissements initiaux.
** Wadhwaney a ensuite présenté un autre secteur dans lequel ces conditions existent : l’industrie canadienne du papier en général, et Abitibi Consolidated en particulier.
- Abitibi possède beaucoup de choses — 19 usines de papier, 20 scieries, des usines à bois et des actifs hydroélectriques répartis dans plus de 70 pays. L’entreprise gère également de vastes terrains forestiers canadiens. C’est également elle qui recycle le plus de journaux et de magazines d’Amérique du Nord. En dépit de ces actifs et de ces infrastructures impressionnantes, Abitibi, comme la majeure partie de ses pairs dans le secteur du papier, lutte pour engranger des profits.
- Les principaux responsables : une chute de la demande de journaux, ainsi que la hausse des coûts de l’électricité et des fibres — qui, selon Wadhwaney, représentent environ un tiers des coûts totaux. La majeure partie de l’industrie du papier, en fait, perd de l’argent depuis 2003. Voilà pour la condition n°1. La capacité diminue elle aussi. Lorsqu’on perd de l’argent, en général, on cherche à en perdre moins… et donc à fabriquer moins de ce qui vous en fait perdre. C’est en tout cas une réaction rationnelle.
- Le risque de faillite pèse sur de nombreuses sociétés — dont Abitibi. Mais comme un obèse à qui l’on dirait de maigrir ou d’affronter des conséquences dangereuses pour sa santé, Abitibi s’est inscrit à un cours de sport. L’entreprise a éliminé pas mal de dettes — l’équivalent d’environ 2,5 milliards de dollars — ces cinq dernières années. On dirait à présent que le pire est passé.
- En ce qui concerne le fournisseur à bas prix, il ne fait aucun doute qu’Abitibi remplit les conditions. Son usine de Georgie, par exemple, est peut-être la plus efficace au monde — en tout cas la plus efficace en Amérique du Nord. Parallèlement, Abitibi continue de travailler à réduire ses coûts, tandis que les prix de la presse papier grimpent enfin.
- Un autre point joue en la faveur d’Abitibi : le conflit américano-canadien sur les tarifs douaniers semble toucher à sa fin. Si l’accord actuel aboutit, Abitibi pourrait voir une manne de 220 millions de dollars tomber dans son escarcelle. Cela revient à 50 cents par action, ce qui n’est pas un chiffre insignifiant.
- Enfin, en ce qui concerne le cours des actions, Wadhwaney a été très clair sur les producteurs canadiens dans leur ensemble : "je ne les ai jamais vus aussi bas". Loin d’être un fan du secteur, Wadhwaney a évité ces actions pendant des années. Ce n’est que récemment qu’il a commencé à les acheter. Abitibi est sa préférée. Selon lui, elle ne s’échange qu’à 15%-20% de son coût de remplacement.
- Ne vous y trompez pas : Abitibi est une valeur risquée. Mais même si ce risque considérable demeure — on est en Bourse, après tout — la récompense potentielle pour les investisseurs se positionnant sur Abitibi à long terme semble substantielle.
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Investir pour le long terme, c’est bien… mais dans certaines circonstances, c’est encore le court terme le plus performant — jugez plutôt :
1 740,11% de gains cumulés au total sur le premier semestre 2006…
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !
Continuez votre lecture pour en savoir plus…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** UN ETRE PENSANT ?
** "L’homme est un être pensant et plein d’expectative", a déclaré le récent lauréat du prix Nobel Edmund Phelps. L’économiste aurait dû remplacer "et" par "ou", dans sa phrase. L’homme tend à espérer… ou à penser. Il fait rarement les deux à la fois.
* Par exemple, il attend le plus de profits exactement quand ils ont le moins de chances d’apparaître — c’est-à-dire une fois que son investissement préféré a grimpé.
* Nous observons le Dow et nous nous posons des questions. Qu’attendent les investisseurs ? Une hausse des revenus ? Des PER plus élevés ?
* Il y a seulement deux manières de s’enrichir, rappelons-nous — l’accumulation ou la spéculation. Soit vous gagnez de l’argent et vous l’épargnez… soit vous avez de la chance. La grande majorité de la richesse — tant individuelle que nationale — est obtenue "à l’ancienne", par l’accumulation. Les gens essaient en général de dépenser moins qu’ils ne gagnent. La différence constitue les "bénéfices non répartis" des entreprises et "l’épargne" des familles. En général, plus il y a d’épargne, plus la famille est riche.
* Mais ces derniers temps, une autre vague de pensées "Nouvelle Ere" semble s’être abattue sur le territoire américain. Les gens ont tant de chance qu’ils pensent n’avoir plus jamais besoin d’épargner. Même les investisseurs soi-disant sophistiqués ont abandonné la bonne vieille méthode consistant à construire sa fortune ; ils doivent tous se sentir vraiment très en veine.
* Les profits des entreprises atteignent peut-être des sommets record, mais le taux de rendement des actions est misérable, à moins de 2%. En d’autres termes, un investisseur espérant accumuler sa fortune en achetant des actions ne pense à rien du tout. Ses dividendes n’égaleront même pas le taux d’inflation des prix à la consommation.
* Il doit attendre autre chose. Il est devenu un spéculateur, non un accumulateur, et compte sur les hausses de prix pour gagner de l’argent.
* Nous nous tournons vers Jeremy Grantham pour des indications sur la suite des événements — et la manière dont les attentes des investisseurs seront récompensées.
* Grantham a divisé l’histoire boursière en fonction du prix des actions à une époque donnée (chères ou bon marché), et a observé le résultat. Depuis 1929, si vous aviez acheté des actions alors qu’elles faisaient partie des 20% les moins chers en termes de PER, vous auriez obtenu un rendement moyen de 10,6% au cours des 10 années suivantes. Si vous les aviez achetées alors qu’elles étaient au sommet — les 20% les plus élevés en termes de PER — vous n’auriez engrangé que 0,6% par an au cours des 10 années qui ont suivi.
* Où sont les actions actuellement ? Dans le quintile le plus élevé. A quoi peuvent raisonnablement s’attendre les investisseurs ? Si l’on se fie à l’histoire et à la théorie, ils peuvent espérer un rendement annuel inférieur à 1%. Pourquoi un investisseur doué de raison achèterait-il des actions dans ces conditions ?
* Cela prouve bien à quel point les investisseurs pensent peu. Cette semaine, le Dow a grimpé. Le déficit fédéral américain est ressorti plus bas que prévu. Et même les mises en construction de maisons ont fait preuve d’un renouveau d’énergie. Que demander de plus ?
* C’est dans de tels moments que nous comptons sur notre pessimisme naturel pour résister. Sans cela, nous serions tenté d’acheter une action… ou un Picasso.
** Parlez de chance ! Steve Wynn, collectionneur d’art, avait acheté un Picasso en 1997 pour 48,4 millions de dollars. C’était un prix absurde pour un tableau absurde, mais cela n’a pas empêché la situation de devenir plus absurde encore. Wynn était sur le point de vendre l’oeuvre à un autre collectionneur — Steve Cohen — pour un profit de 90 millions de dollars, lorsqu’il a soudain fait un geste trop brusque qui a abîmé le tableau. En plus de partager le même prénom, les deux hommes travaillent également dans le même secteur — le jeu. Wynn gère des casinos à Las Vegas, dans le Nevada. Cohen gère un hedge fund à Greenwich, dans le Connecticut.
* De toute évidence, Dame Fortune s’est montrée généreuse pour eux. Mais nous nous empressons de souligner qu’aucun des deux n’a gagné son argent grâce à la seule chance. Ils ont fait fortune en vendant de la spéculation, non en l’achetant. Comme l’a déclaré Felix Dennis : "je n’ai jamais rencontré personne qui soit devenu riche en achetant des fonds de couverture. Par contre, j’ai rencontré plusieurs personnes qui sont devenues riches en gérant des fonds de couverture".
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*** La Chronique Agora présente ***
Notre Banquier Central clôt son affrontement avec son mentor au sein de la prestigieuse Académie des Banques Centrales. Gageons que l’analyse macro-économique n’en ressortira pas indemne…
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Le Journal d’un Banquier Central
SHAOLIN BANQUE CENTRALE — 3ème PARTIE
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"… Chi !
- Hayah !
- Souviens-toi, petit scolopendre, reprit mon maître d’une voix parfaitement maîtrisée, que l’Europe et les USA n’en sont pas au même stade de leur cycle monétaire. Comme l’a dit Frère Fulgence, ‘Ce qui a monté descendra ; et ce qui est descendu montera’. L’immobilier se dégonfle outre-Atlantique ; chez nous, il caracole vers les sommets.
- Ika !
- … To !"
M’étant rétabli par le Saut du Singe, j’enchaînai sans heurt la formidable parade de la Grue Infertile, stérilisant mes devises et contraignant mon vieux maître à reculer. Je sentis mon assurance revenir.
"Ka !
- Oto !
- … Le bilan de mon analyste demeure baissier, repris-je, dans la continuité du profond repli déclenché par l’indice au printemps dernier. Le diagnostic d’Egisthe l’Analyste concernant le marché de l’immobilier américain est donc baissier sur un horizon de quelques mois — sans que rien ne milite non plus pour un effondrement brutal du marché. Reste à savoir si ces enjeux pourraient se retrouver dans le cas européen…"
La canne et le sabre
Tout en parlant, j’avais engagé un prudent redressement de taux directeurs ; mais mon offensive était trop lisible : Wim Dueng n’eut aucun mal à la déjouer, par une simple vente d’euros à découvert — précise comme une épure. Une fois encore, la canne et le sabre s’entrechoquèrent.
"Ni les enjeux ni les structures de marché ne s’apparentent, affirma Wim Dueng. Notre immobilier est tenu par de vieux riches qui ont placé toutes leurs économies dans la pierre plutôt que de les perdre sur d’improbables dot.coms, se souciant d’abord de faire grimper les loyers et de louer, si possible, en meublé. Le leur est tenu par de jeunes pauvres qui vivent, à crédit, sur leurs hypothèques à taux variables. Si bien que, quand le marché du logement vacille aux USA, le niveau de vie plonge ; la consommation est menacée. Chez nous, c’est le contraire : l’immobilier qui flambe, ce sont nos jeunes ménages (enfin, ce qu’il en reste, dans nos pays vieillissants) qui se saignent aux quatre veines afin de loger leur rare progéniture, cédant l’essentiel de leurs revenus aux vieux riches — lesquels s’empresseront de les soustraire au circuit économique.
- Mata !
- … Mo !"
"En sorte, dis-je, que lutter contre l’inflation immobilière, c’est à la fois étouffer dans l’oeuf une bulle à l’américaine et préserver les revenus… Donc la consommation dans la zone euro ?
- Précisément, petit scolopendre. Souhaitons que notre Frère Jean-Claude y parvienne… Sans menacer une croissance encore timide de ce côté de l’Atlantique."
Wim Dueng baissa sa garde et s’inclina devant moi — avec toucher de cravate, selon le code exigeant de notre salut d’honneur ; j’agis de même. Il ne fit aucun commentaire sur ma prestation — mais j’ai bien senti, cher Journal, que je n’avais pas tout à fait perdu la main.
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
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