Dépression stationnaire sur les technologiques…

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 12 juillet 2006
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*** Dépression stationnaire sur les technologiques…
… mais soleil généreux sur la distribution

*** Savez-vous parler banque centrale ?
Mieux vaudrait apprendre d’ici le 3 août prochain, en tout cas…

*** La prochaine guerre de Bernanke
Reste à savoir contre quoi il la mènera…

*** De la psychologie des marchés
Les déclarations de Ben Bernanke seront déterminantes et l’impact majeur sur la psychologie des investisseurs.

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Bonjour,

*** DEPRESSION STATIONNAIRE SUR LES TECHNOLOGIQUES…

** Les estivants qui auraient décidé de précéder le gros des troupes partant en congé début juillet peuvent maintenant rentrer sereins et rallumer tranquillement leurs écrans : les scores indiciels qu’ils découvriront sont équivalents à ceux qu’ils auraient notés avant de boucler les valises le 30 juin au soir.

Le marché parisien, mais également l’Euro-Stoxx 50, le Dow Jones et bien d’autres fluctuent depuis 10 jours — et même depuis le 29 juin pour les indices américains — au sein d’un corridor d’une amplitude à peine supérieure à 1,5% (et au maximum de 2% à Paris ou Francfort). Ce sont souvent les moyennes mobiles à 100 ou 150 jours qui servent de pivot.

Du point de vue de l’analyse technique, toutes les hypothèses semblent valides. Les plus optimistes soulignent que la tendance haussière en vigueur depuis octobre 2002 ou mars 2003 n’a pas été remise en cause par le trou d’air planétaire du 11 mai au 14 juin.

Si aucun élément nouveau ne vient remettre en cause l’orientation positive des oscillateurs depuis leur redressement amorcé il y a presque un mois, l’inertie haussière sous-jacente à moyen terme devrait triompher des hésitations actuelles et permettre aux indices de retracer, d’ici la rentrée, leurs sommets inscrits il y a deux mois jour pour jour.

D’autres analystes se montrent plus réservés — il n’est pas question d’exiger d’eux de prendre immédiatement en compte le risque associé à l’explosion d’une bulle immobilière aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Espagne durant l’été –, car l’étude des volumes quotidiens met en évidence une plus grande détermination des vendeurs lorsque l’actualité macro-économique invite à redouter de nouvelles hausses de taux d’ici les 3 ou 9 août prochain.

** La séance de mardi, qui s’est soldée par un recul de 1,35% des places européennes, avec des écarts atteignant -1,8% en fin de séance en Allemagne et -1,6% à Paris, fut également marquée par un spectaculaire rebond de l’activité : 5,7 milliards d’euros échangés sur le CAC 40, contre 3,7 milliards la veille, alors que les valeurs françaises n’avaient grappillé que 0,6%.

En clôturant au contact des 4 915 points, le CAC 40 offre aux acheteurs une bonne occasion de se re-positionner sur une zone de soutien graphique aisément identifiable. Cependant, aborder ce genre de support au lendemain de la cassure des 2 100 points par le Nasdaq — à confirmer en clôture hier soir puis aujourd’hui à la réouverture — entretient un petit suspens.

Voilà qui aiguise notre intérêt après une interminable série de séances sans saveur, fruit d’un subtil équilibre entre les forces antagonistes à l’oeuvre depuis la mi-mai.

Nous trouvons d’ailleurs que les indices boursiers s’en sont jusqu’à présent assez bien sortis à l’entame du second semestre 2006. Le discours musclé de J.C. Trichet (qui verse dans le registre de la "vigilance extrême", comme le décrypte Chuck Butler ci-dessous) le jeudi 6 juillet a été amplement digéré — à tel point que les taux longs n’ont cessé de refluer depuis que le principe d’une nouvelle hausse du "Repo" par la BCE semble acquise dès le 3 août prochain, le rendement des Bunds passant de 4,12% à 4,05% en trois séances et demi.

** Mais le phénomène le plus singulier — et peut-être le plus réconfortant — c’est qu’il ne s’est pas déroulé une seule séance depuis le 5 juillet où un grand groupe emblématique de gabarit mondial n’ait pas publié un profit warning. Les derniers en date concernent Lucent, Philips puis Safran, en recul de 4,5% puis 6,8% respectivement.

Voilà une entame de cycle de publications de trimestriels plutôt préoccupante. Cependant, le Nasdaq (-4% en cinq séances) demeure le seul à en pâtir, tandis que les autres baromètres historiques continuent d’indiquer la présence de conditions anticycloniques. C’est un peu comme s’il se formait chaque soir une petite tempête sur la pointe nord de la Bretagne, épargnant les Côtes d’Armor, le Morbihan, le Trégor et la région de la Baule/Guérande.

Autrement dit, la majorité des touristes sont satisfaits de la météo… et les amateurs de navigation par gros temps (les vendeurs à découvert) savent où aller chercher des sensations, avec peu de risque d’être déçus. En ce qui nous concerne… nous partageons leur allergie à des ciels uniformément bleus, et nous avons un faible pour la région des Abers et ses fjords de granite rose avec vue sur les récifs qui hérissent la mer jusqu’à Ouessant.

La séance de mercredi fera-t-elle la différence ? Quelques rayons de soleil viendront-ils sécher aujourd’hui les trottoirs de la rue de Siam et le pont des navires ancrés en rade de Brest? Quelques orages gagneront-ils l’intérieur des terres desséchées, et humecteront-ils les pins qui bordent les rivages de la Bretagne sud, entre Bénodet et St-Nazaire ?

Nous avons le sentiment que le genre d’arbitrage auquel nous assistons depuis la fin du mois de juin — entre technologiques et valeurs de consommation, y compris distribution et crédit — ne sont pas encore sur le point de s’achever. Les opérateurs ne voudront probablement pas prendre d’initiatives avant de connaître le montant du déficit commercial américain cet après-midi à 14h30.

La composante à surveiller, ce sera celle des exports, dans la mesure où il s’agira d’une manière assez pertinente de juger si l’activité industrielle demeure "robuste"… et si les Etats-Unis demeurent compétitifs dans les secteurs de l’aéronautique et de l’agroalimentaire — les seuls qui dégagent encore des excédents, si l’on exclut les services financiers et l’armement, les deux étant souvent liés.

Philippe Béchade,
Paris

PS : La météo boursière peut nous réserver bien des surprises… pour que votre portefeuille ne prenne pas l’eau en cas de grain inopiné, retrouvez tous les jours les recommandations de Philippe Bechade au 0899 707 009 !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

Banquier Central en retraite forcée, expérimenté, plein d’humour et fin connaisseur des marchés (+320% de performance cumulée en 2005 !) cherche investisseur motivé pour gains boursiers en toutes circonstances… et plus si affinités.

Contacter le journal, qui répondra.

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Les dernières nouvelles de Wall Street

***SAVEZ-VOUS PARLER BANQUE CENTRALE ?

** Vous vous rappelez, lorsque vous étiez enfant et que vous demandiez à votre mère l’autorisation de faire quelque chose — par exemple aller à une fête où aucun adulte n’était présent ? Et la réponse était automatiquement du genre "on verra", "je vais y réfléchir", ou le redouté "demande à ton père".

- Combien de temps avez-vous mis à réaliser que tout cela revenait à dire "non" ? Pas bien longtemps, sans doute. Parce qu’en chemin, vous avez appris à parler le langage de vos parents — au moins, vous avez été capable de le déchiffrer.

** Il était important d’acquérir un tel savoir — que vous utilisez encore dans de nombreux aspects de votre vie : ce que veut vraiment dire votre patron, ce qui se cache derrière les déclarations au journal de 20 heures, et, bien entendu, le sacro-saint "langage des banques centrales".

- Si l’on épluche par exemple tous les comptes-rendus des réunions de la Fed, on constate que lors que chaque réunion précédant une hausse de taux, J.C. Trichet utilise le mot "vigilance". Eh bien, jeudi dernier, il a déclaré qu’une "forte vigilance" était nécessaire.

- "Forte", hein ? Qu’entend-il par là ? Notre ami Chuck Butler, d’EverBank, a lu entre les lignes (parcourant par la même occasion tous les comptes-rendus si fascinants de la BCE), et pense que Trichet laisse entendre une hausse des taux plus conséquente en août — de 50 points de base plutôt que 25.

- Et Chuck ne s’arrête pas là :

- "Voyons voir les autres petites phrases dont Trichet nous a gratifiés : ‘la BCE ne s’engage jamais au préalable sur le rythme et l’ampleur des évolutions de taux’, ‘il y avait un sentiment déterminant pour la réunion du 3 août’. Il pense que ‘nous verrons une correction sur les marchés’."

- "Bon, tout ça est plutôt vague. On pourrait comprendre à peu près ce qu’on veut — alors voilà ce que moi, je comprends ! Je pense qu’il fait allusions au marché obligataire, qu’une hausse de 50 points de base corrigerait vraiment dans les grandes largeurs ! De plus, il se pourrait qu’il fasse allusion aux marchés de devises, qui, eux aussi, corrigeraient considérablement avec ce genre de hausse des taux. Voilà ce que je pense, et je m’y tiens — ce sera mon pronostic : la BCE fera grimper les enchères lors de sa réunion du 3 août 2006 de 50 points de base !"

- Il ne reste plus qu’à prendre votre mal en patience… En attendant, prenez quelques leçons de "langage banque centrale" et décodez ce que déclare Ben — même si nous ne sommes pas certains que lui-même sache vraiment ce qu’il veut dire !

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LA PROCHAINE GUERRE DE BERNANKE

** Lorsque nous nous sommes séparés hier, cher lecteur, nous disions que Ben Bernanke menait une guerre sur deux fronts. Il y a la guerre que l’on claironne en première page des journaux — contre l’inflation. Mais il y en a aussi une autre, contre la déflation, qui est bien plus menaçante. Et celle-ci n’est mentionnée que dans les notes de bas de page.

* De nombreuses personnes se demandent pourquoi Bernanke se donne la peine de lutter contre l’inflation. Les chiffres de l’inflation américaine "centrale" n’ont guère changé… et sont toujours bas. Ce qui ne l’est plus, c’est le prix du carburant, qui atteint désormais 3,00 $ le gallon. Et c’est là que les choses se compliquent. La hausse du prix du carburant est un signe d’inflation, non ? Pourtant, elle ne fait que retirer de l’argent de l’économie de consommation. Les automobilistes, de Los Angeles à New York, sortent des dollars de leur portefeuille et les donnent aux sociétés pétrolières — lesquelles les envoient ensuite en Arabie Saoudite ou en Russie. Les étrangers les ajoutent à leurs droits sur les actifs américains, tandis que l’offre de "monnaie dépensable" chute aux Etats-Unis.

* Voilà l’étrange "-flation" à laquelle les Etats-Unis sont confrontés. Les consommateurs américains se retrouvent à court d’argent au moment même où grimpe le prix le plus important de leur consommation. Et donc, tout comme Ben Bernanke, nous sommes pris dans un labyrinthe de chemins conflictuels et contradictoires. Que pouvons-nous faire, sinon suivre la piste, tel Thésée et son fil — en espérant qu’il nous conduise hors du labyrinthe mortel du Minotaure.

* Le premier couloir que nous empruntons nous mène à une intéressante découverte. Pourquoi la Fed augmenterait-elle les taux alors qu’il n’y a pas de véritable inflation ? Lors de la récente baisse des marchés, par exemple, les investisseurs se sont débarrassés de l’or et des matières premières, ainsi que des valeurs de marchés émergents. Ils n’auraient pas fait la même chose si l’inflation avait été un souci. Non, la Fed n’augmente pas tant les taux pour lutter contre l’inflation que pour lutter contre la déflation. Augmenter les taux de court terme aide à convaincre les investisseurs que l’inflation ne sera pas un problème, si bien qu’ils acceptent de prêter à long terme à des taux plus bas. Les taux hypothécaires de long terme moins élevés permettent de soutenir le boom immobilier duquel dépend toute l’économie du pays.

* Et voilà que nous prenons un corridor vers la gauche. Tandis que nous le suivons, nous notons que le paysage change. Des années de hausse du prix des actions cèdent la place à des années de boom du prix des maisons. A présent, les prix du logement comme des actions semble stagner… voire chuter. Ce n’est pas de l’inflation. C’est la déflation du prix des actifs. Et cela doit être ce que la Fed craint le plus. Lorsque les prix de l’immobilier résidentiel chuteront… il en sera de même pour l’économie américaine.

* Ah. Nous tournons ensuite vers la droite. La plupart des économistes ne s’attendent désormais, lisons-nous, ni à de l’inflation typique ni à de la déflation typique. Selon un article dans le journal d’hier, ils pensent que la "stagflation" devrait jouer un rôle prépondérant.

* Savez-vous comment fonctionne la stagflation, cher lecteur ? Si non, nous avons le plaisir de vous fournir une explication. Vous vous rappelez comment la Fed "stimule" l’économie ? Elle le fait en gonflant la masse monétaire. Plus d’argent pousse les gens à croire qu’ils ont plus de richesse, ce qui leur fait faire plus d’erreurs encore. Ils empruntent, ils achètent, ils construisent, ils dépensent, ils investissement… et youpi ! Quel boom magnifique !

* Mais après quelque temps, les gens commencent à réaliser que tout ce bel argent flambant neuf n’est qu’une fraude. Les prix grimpent, et le consommateur réalise qu’il n’a pas plus de pouvoir de dépense qu’auparavant. L’homme d’affaires a développé sa capacité, mais il s’aperçoit qu’il n’a pas plus de clients qu’avant. L’investisseur examine ses rendements, tient compte de l’inflation, et découvre qu’il n’a pas plus d’argent qu’avant. Une fois l’escroquerie dévoilée, elle ne fonctionne plus. La Fed continue d’introduire plus d’"argent", les prix grimpent, mais il n’y a plus de boom. La fête est finie. Ca, cher lecteur, c’est de la stagflation.

** Milton Friedman l’avait prédit dans les années 60. Friedman se trompait peut-être sur bon nombre de choses, mais il avait raison sur ce point. Dans les années 70, la stagflation est arrivée aux Etats-Unis.

* Et nous vous rappelons ainsi, cher lecteur, un Principe Economique Essentialiste : une crise est égale et opposée à la fraude qui l’a précédée. La récession des années 70 a été la pire depuis la Grande dépression.

* Mais dans les années 70, les Etats-Unis avaient encore quelques atouts dans leur manche. Ils étaient encore un créditeur majeur, qui pouvait financer sa propre consommation. A l’époque, le reste du monde leur devait de l’argent, et non l’inverse. Les prêts hypothécaires américains étaient relativement bas, et la famille moyenne pouvait encore payer ses factures sans hypothéquer la maison. Le gouvernement américain a enregistré son dernier véritable surplus durant les années Nixon. Durant les années 70, les USA achetaient et vendaient encore à l’étranger pour un excédent net de la balance commerciale.

* Mais tandis que nous suivons notre fil lumineux, nous découvrons que depuis 2001, 73% de tous les nouveaux emprunts du gouvernement US proviennent de l’étranger. Et le déséquilibre entre ce qui est vendu aux étrangers et ce qui leur est acheté est si vaste que les conteneurs vides s’empilent en Californie. Ils arrivent chargés de biens provenant d’Asie. Mais les Etats-Unis n’ont rien à renvoyer en échange. Les conteneurs vides s’entassent donc dans des terrains vagues — formant des piles si hautes que les locaux se plaignent qu’ils leur gâchent la vue. Quant au reste — prêts hypothécaires, dettes, déficits, etc. — vous en avez déjà assez entendu à leur sujet.

* Tout cela suggère que la prochaine guerre de Bernanke sera difficile. Mais une guerre contre quoi ? L’inflation ? La déflation ? La stagflation ? Ou bien s’agira-t-il d’un nouveau genre de "-flation" qui n’a même pas encore été inventé ?

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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !

C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir

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*** La Chronique Agora présente ***

Jean Chabru, rédacteur en chef de la lettre Stratégie Small Caps, nous donne sa propre interprétation des récentes déclarations et décisions de Ben Bernanke — rappelant au passage que les marchés sont avant tout affaire d’êtres humains…

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DE LA PSYCHOLOGIE DES MARCHES
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Par Jean Chabru (*)

Il y a des gens qui voient mieux, plus vite et plus loin que les autres. [Quelques heures avant] la décision de la Fed sur la hausse des taux qui [semait] le doute depuis plus d’un mois sur les marchés actions de la planète, je me suis rappelé ce que disait Robert Schiller, éminent professeur l’économie à l’université de Yale et auteur de L’Exubérance irrationnelle, dans un article du Financial Times de février dernier à propos du nouveau président de la Fed : "Ben Bernanke n’est pas habitué à l’une des grandes innovations de notre temps : introduire la psychologie dans l’économie".

Il est vrai qu’au vu du parcours depuis la nomination du nouveau président de la Fed qui n’a eu de cesse de souffler le chaud et le froid sur les marchés, cette simple phrase avait quelque chose de prophétique. Et avec le recul, nous aurions dû davantage nous intéresser à la personnalité et à la psychologie de l’homme qui dispose d’un pouvoir colossal sur les marchés financiers.

Robert Schiller avait repris à son compte une expression d’Alan Greenspan, l’ex-président de la Banque centrale américaine, pour analyser le phénomène de prophétie autoréalisatrice responsable de la surévaluation des marchés boursiers. Cet universitaire a démontré la nature complexe des marchés en s’appuyant à la fois sur l’observation de facteurs externes (démographie, nouvelles technologies) et culturels (notamment le rôle joué par les médias) : la valorisation des actions et des marchés n’est pas le pur produit d’une analyse mathématique et parfaitement rationnelle des agents économiques.

En effet, si on a essayé d’objectiver depuis 50 ans le fonctionnement des marchés financiers grâce au recours aux théories mathématiques, ils restent avant tout le résultat du comportement de millions d’hommes et de femmes qui réagissent à un ensemble d’éléments plus ou moins conscients. Autant dire que toute modélisation précise est impossible. Il n’est alors pas étonnant de constater que parmi les grands fonds mondiaux qui gèrent des centaines de milliards d’actifs, l’objectif — afin de maximiser les performances — est de limiter au maximum la participation de l’homme dans les processus de décisions. Car l’homme, mû par des éléments psychologiques qui sont, par essence, des facteurs imprévisibles, est le maillon faible de la chaîne.

La dernière crise que nous venons de traverser n’en est qu’une nouvelle et parfaite illustration. Ben Bernanke a réussi à instiller le doute dans la tête des investisseurs quant à la solidité des fondamentaux de l’économie américaine (qui représente cinq fois celle de la Chine) en annonçant des choses qui sont apparues contradictoires. Il a ainsi fait de la maîtrise de l’inflation son cheval de bataille, soulignant à maintes reprises une surchauffe potentielle de la première économie mondiale tout en prédisant un ralentissement à terme. Ce qui ne l’a pas empêché de prendre une décision dont le but est clairement de freiner l’expansion de cette économie en renchérissant le coût de l’argent avec une hausse de 0,25 point des taux directeurs.

En même temps, on peut légitimement penser que cette pause dans la progression des Bourses mondiales était nécessaire ; mais ce qui a réellement surpris, c’est l’ampleur et la rapidité de la correction. Certains "vieux de la vieille" ont très vite fait le parallèle avec le krach d’octobre 1987 où les marchés, après avoir sévèrement corrigé, avaient continué sur une pente baissière jusqu’en décembre mais avaient retrouvé leurs niveaux d’avant crise en mai 1988. Comme à chaque mouvement d’ampleur, le phénomène s’est trouvé accentué par le rôle des hedges funds (ou fonds alternatifs) qui utilisent beaucoup l’effet de levier en empruntant une partie importante des sommes qu’ils jouent sur les marchés financiers, comme le permet par exemple le SRD.

Leurs modèles fonctionnent sur une analyse du risque et de la volatilité : plus cette dernière est basse, plus ils prennent des positions à découvert importantes, compensant les moindres variations par un effet de volume. A l’inverse, lorsque la volatilité s’accroît, ils protègent leurs performances en soldant les positions sur lesquelles ils étaient positifs. Or la prise de conscience des effets du renchérissement des matières premières et de la baisse du dollar a augmenté graduellement la volatilité. Les hedges ont concomitamment réduit encore plus leurs positions, ce qui a eu pour effet d’autoalimenter la baisse.

Mais la question que vous vous posez aujourd’hui est de savoir si la volatilité, très élevée actuellement, va se poursuivre, rendant difficile toute détermination à moyen terme du sens du marché. Pour ma part, je pense que les déclarations de Ben Bernanke sur la poursuite ou non du resserrement de la politique monétaire de la Fed seront déterminantes et l’impact majeur sur la psychologie des investisseurs. Et sur ce point, le communiqué de jeudi est apparu plutôt rassurant. Car si la Fed ne doit pas se voir dicter sa politique monétaire par les marchés financiers, il est clair qu’elle ne doit pas non plus sacrifier la croissance américaine et mondiale sur l’autel de la maîtrise de l’inflation, réelle ou supposée.

Meilleures salutations,

Jean Chabru
Pour la Chronique Agora

(*) Depuis plusieurs années, Jean Chabru est à la tête de Stratégie Small Caps, une lettre d’information consacrée uniquement aux petites valeurs. S’appuyant sur l’une des plus grandes bases de données françaises sur les petites valeurs, Jean Chabru déniche les pépites cachées des marchés pour le plus grand profit de ses lecteurs. Sa dernière trouvaille pourrait d’ailleurs faire parler d’elle… Pour plus de détails

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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