Le Deep State siphonne la richesse de l’Amérique

Rédigé le 22 novembre 2017 par | Bill Bonner, Deep State, Richesse Imprimer

L’argent coule à flot entre Washington et Wall Street et la réforme fiscale favorise les initiés du Deep State et des secteurs privilégiés au détriment de la classe moyenne.

Salvator Mundi, oeuvre attribuée à Léonard de Vinci, est le tableau le plus cher du monde.

Mercredi dernier, aux enchères, chaque centimètre carré du tableau a été évalué à près de 128 000 €, y compris les parties lugubres, restaurées et endommagées.

Si ça se trouve, ce tableau n’a pas été peint par De Vinci. Ou peut-être qu’il ne reste pas grand-chose de son travail, considérant qu’il a été énormément rafistolé. Quant à son auteur, quel qu’il soit, il avait dû passer une sale journée.

Pourtant, le tableau s’est vendu plus de 382 M€ (450 M$) y compris la commission de la société de vente aux enchères : c’est beaucoup d’argent pour une oeuvre d’art aussi déprimante.

Donald Trump en Salvator Mundi, de Léonard de Vinci

Donald Trump en Salvator Mundi, de Léonard de Vinci

La question qui se pose est : pourquoi ?

Comme nous ne connaissons pas la réponse à cette question, nous allons répondre à une autre : comment se fait-il que tant de gens possèdent autant d’argent ?

La dernière proposition de réforme des républicains soulève des questions, également.

Bien que qualifiée de « baisse des impôts en faveur de la classe moyenne », cette dernière ne retirera pratiquement rien de cette proposition.

En revanche, la plupart de ses bienfaits iront aux personnes suivantes : (1) les propriétaires d’entreprises, et (2) les riches.

Et comme l’Etat ne veut pas réduire les dépenses, la classe moyenne va se retrouver avec 2 200 Mds$ de dettes supplémentaires, qu’elle devra bien assumer un jour.

Nous soulevons la question de l’impôt car nous pensons que cela contribue à expliquer ce qui s’est passé avec le tableau. Ce n’est pas pour rien que les républicains et le Salvator [NDR : sauveur] des temps modernes en personne, Donald Trump, embarquent la classe moyenne dans une énorme imposture.

Entre Washington et New York, la politique et la finance, pauvreté et délabrement s’égrènent

Notre trajet en train, hier – dans l’Acela Express reliant Baltimore à New York – a été subventionné par les contribuables de tout le pays.

Ce train va d’une extrémité de l’économie moderne actuelle à l’autre. Il va de Washington (le centre névralgique de la politique) à New York (le centre névralgique de l’argent).

Entre les deux, il n’y a rien d’autre que de la pauvreté et du délabrement. Il y a des usines qui ont fabriqué leur dernier produit dans les années 1950. Il y a des logements d’ouvriers qui n’ont pas changé en près d’un demi-siècle. Il y a des entrepôts abandonnés… des carcasses de voitures… et des hommes baraqués, en gilet orange fluo, qui travaillent avec des machines.

C’était la classe moyenne qui accomplissait le véritable travail et fabriquait des choses réelles, expédiées et distribuées ; or elle affiche peu de signes de croissance ou de prospérité.

C’est comme si on avait appuyé au milieu d’une saucisse pour faire sortir la bonne viande aux extrémités. Entre les deux, du vide… et du gras.

Comment est-ce possible ?

Toutes les scènes de crime sont couvertes d’empreintes.

La plupart appartiennent à des innocents.

Une population vieillissante, par exemple, on ne peut pas y faire grand-chose. Les innovations technologiques, également, dépassent largement le contrôle des politiques publiques.

Mais on trouve un jeu d’empreintes sur cette escroquerie de baisse d’impôt… sur la pauvreté relative qui s’égrène tout le long de cette ligne de chemin de fer, le Northeast Corridor… et sur les 450 M$ du tableau : celles du Deep State.

Les initiés utilisent l’argent falsifié – le dollar post-1971 – pour détourner argent et pouvoir de ceux qui les ont gagnés. C’est comme s’ils chargeaient le train à Newark et Trenton… et expédiaient tout à Washington.

Vous gagnez de l’argent réel en faisant des choses réelles et en fournissant de véritables services. Mais l’argent falsifié est différent. Vous ne le gagnez pas en augmentant la richesse du monde.

Vous le gagnez par la soustraction… c’est-à-dire en l’empruntant en gageant la future production.

L’argent réel n’est contrôlé par personne. Il est gagné – librement – dans le cadre d’échanges gagnant-gagnant. Dans les années 1950 et 1960, il finissait dans des endroits comme Baltimore Est et Trenton parce que l’on y fabriquait des choses que les gens désiraient.

Mais l’argent falsifié emprunte une autre voie. Il est créé par les initiés… et contrôlé par eux. Il va là où ils veulent qu’il aille.

L’argent s’incline toujours face à la politique ; souvent, il lui est totalement redevable.

En Russie, les oligarques se sont emparés de biens appartenant à l’Etat et les ont utilisés pour bâtir des fortunes. En Chine, les entreprises d’Etat et les entrepreneurs privilégiés obtiennent des crédits garantis par le gouvernement pour se construire des appartements, des usines et des centres commerciaux.

Et en Amérique, l’argent falsifié est orienté vers les secteurs privilégiés, conformément aux 73 000 pages du Code des Impôts… et aux 81 000 pages de l’Annuaire Fédéral (Federal Register).

Donc, il n’est pas surprenant que les dernières propositions fiscales privilégient le Deep State aux dépens de la classe moyenne.

Les lecteurs vont peut-être argumenter que l’argent « stimule » l’économie… et qu’il « ruisselle » jusqu’aux gens ordinaires. Si c’est le cas, les preuves sont rares.

Aujourd’hui, en pourcentage de la population en âge de travailler, moins de gens ont un emploi, par rapport à n’importe quelle période depuis les années 1970. A l’époque, un citoyen moyen devait travailler 900 heures pour gagner assez d’argent et s’acheter un nouveau pick-up. Aujourd’hui, il faut qu’il travaille 1 500 heures.

A ce jour, les banques centrales ont augmenté la masse monétaire du monde (et leurs propres bilans) de 20 000 Mds$ au cours de ce siècle.

Cet argent n’est pas allé dans les poches du type en gilet orange fluo. A la place, il est parti dans les poches de magnats russes… de milliardaires chinois… de collectionneurs d’art… de managers de hedge funds… et de gens riches se situant aux deux extrémités de la voie ferrée.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

7 commentaires pour “Le Deep State siphonne la richesse de l’Amérique”

  1. Supprimer des niches fiscales tout en réduisant le niveau absurde de la pression fiscale sur les entrepreneurs du secteur privé, ce n’est pas faire le jeux du deep state (qui veut soutirer plus d’argent aux contribuables) et ses initiés (qui défendent leurs niches), c’est mener une politique libérale favorable à l’innovation et à la création d’emplois.

  2. Sébastien, l’innovation actuellement détruit les emplois, plus qu’il n’en crée. La robotisation et l’IA passent par là. Pas d’emplois = pas de consommation = déflation. Nous ne vivons pas une « révolution » mais une évolution… où les robots remplaceront les humains. Facile à comprendre. Après la disparition des dinosaures voilà la disparition des animaux donc de l’homme. Et cela sous les yeux béats des scientifiques et économistes.

  3. @amora
    combien d’emploi l’électricité à détruit ?
    Fini l’époque des lavendières, des porteurs d’eau ou des livreurs de charbon
    Combien d’emploi l’informatique à détruit ?
    Fini les secrétaires capablent de taper une page à la machine à écrire sans faire une fautes, fini les agents des telecom remplacé par les autocommutateurs (22 à asnières)

    La robotique fait et va faire baisser les prix, c’est bon pour les consommateurs, moins pour les rentrées de taxes. Elle va permettre de réaffecter des ressources à de nouveaux projets et répondre à des besoins qui pour le moment sont trop chère à satisfaire.

    L’homme n’a pas assez de toute une vie de travail pour réaliser l’ensemble de ses rêves.

  4. @ Frank, une lavandière, un porteur d’eau ou un livreur de charbon se formaient en quelques jours, un électricien, lui, il lui faut 4 ans de formation minimum plus 14 ans d’études obligatoires, un universitaire c’est 10 ans de formation spécifique plus formation post graduée sans compter les 18 ans d’études pré-universitaires. Et cela aux frais des états et des entreprises. Puis à 35 ans ils sont au chômage pour se refaire une nouvelle formation encore plus longue sur la robotique et l’Intelligence Artificielle.

    Voyez-vous le problème?

    Pour consommer il faut être deux: un vendeur qui fabrique le produit et l’acheteur qui l’utilise voire le détruit. Si l’acheteur n’a pas de salaire et en constante formation votre « consommation » tombe à l’eau avec ou sans baisse des prix de production. D’ailleurs qui dit baisse des prix dit baisse des salaires et disparition des emplois, donc chômage. Simple à comprendre, non? Comme vous dites, l’homme doit arrêter de rêver…

  5. Je me classe dans les pessimistes heureux, autant je pense que nous allons manquer de ressources et souffrir de la polution, que les inégalités entre générations et zone géographique vont se traduirent par de la violence, que le système financier actuel va/doit exploser, que notre système sociale entretien le chômage, autant je reste persuadé que nous aurons toujours du travail.

    C’est certainement lié au développement de mes activités (2 collaborateurs en 2010, 65 aujourd’hui, 35 recrutements pour 2018) et mes difficultés à recruter des collaborateurs engagés.

    Je donnerais l’exemple de la bière qui a profité de l’automatisation, de la publicité, du capitalisme de copinage, pour arriver à une concentration extrême des producteurs, entrainant le marché à la baisse.
    Internet avec le partage des connaissances, le financement et la vente direct a permis à des certaines de personnes de lancer leurs microbrasseries par passion et d’en vivre.

    Tant que l’homme aura des rêves, il aura du travail.

  6. Amora
    J’aime votre vision minimaliste réductrice du monde. La préhistoire c’était la plus belle période de l’humanité n’est-ce pas?
    Distribuer une cuillière à chaque personne au lieu d’une pelle pour creuser des trous, va donc permettre de multiplier les beaux « zemplois » et donc la consommation?
    Par ce que pour vous la consommation c’est obligatoire? Une fin en soi?
    Une entreprise qui vend des produits de m*rdes se doit de disparaître, c’est ça le véritable fonctionnement du capitalisme libéral : quand le consommateur a le vrai pouvoir de choisir ce qu’il veut et ne veut pas.
    Pourquoi voudriez-vous forcer les gens à acheter qu’ils ne veulent pas ou plus? Pour engraisser des entreprises bidons droguées aux subventions, à l’argent publique, fruits du capitalisme de connivence ici dénoncé sur ce site à longueur d’année?

  7. @ Frank
    Votre dernier commentaire n’argumente nullement ma pensée. Vous changez de niveau.
    @ Lty78
    Je n’ai rien compris à la logique et aux postulats de votre commentaire. Avez-vous seulement compris l’article et mes commentaires?

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