Deep State : Le marigot ne sera pas assaini

Rédigé le 1 mars 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Si Trump fait un faux-pas, les investisseurs seront déçus.

Progressivement… puis brutalement… ils se rendront compte que l’hypothèse à l’origine de ce rally était fausse.

Nous voyons déjà des signes de difficultés…

Un sursaut de croissance pourrait augmenter la demande en faveur de capitaux. Cela augmenterait également le coût de la main-d’oeuvre et les prix à la consommation.

Les taux d’intérêt devraient augmenter, également. De même que le chiffre d’affaires des entreprises (comparés aux chiffres d’affaires, les cours des actions ont atteint le niveau le plus élevé jamais enregistré).

Actions achetées, obligations vendues et renversement de rotation

Cela sous-entend que les investisseurs procèdent à une « rotation » : se détourner des obligations et s’orienter vers les actions.

Depuis le jour de l’élection présidentielle, le rendement des Bons du Trésor à 10 ans, très surveillé, a progressé de 1,7% environ à 2,4% à mesure que les cours chutaient. Et le marché actions américain s’est envolé d’environ 10%.
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Mais à présent, les rendements des bons du Trésor chutent alors que les cours des actions enregistrent un nouveau rally.

Que se passe-t-il ? Regarde son budget et tu sauras qui il est.

Il est encore impossible de connaître l’avenir. Mais grâce aux programmes de dépenses proposés par Donald J. Trump, le mystère qu’il représente est largement résolu. Nous pouvons au moins éliminer quelques possibilités.

Désormais, nous savons ce qu’il ne fera pas…

Vous connaissez déjà l’arrière-plan.

Le Deep State – le « gouvernement parallèle » qui dirige le pays quelle que soit la personne pour laquelle vous ayez voté – prend les décisions les plus importantes.

Son but est de s’accrocher à son pouvoir et de l’étendre, en l’utilisant pour détourner de la richesse réelle.

Vous savez également que la richesse réelle ne peut être créée que si l’on réduit le fardeau de la dette et le Deep State.

La formule choc employée par le président Trump, « assainir le marigot », signifie se débarrasser des administrations, des compères, des zombies et des initiés de l’Establishment, afin que l’économie puisse fonctionner correctement.

Nous voyons bien ce qui serait arrivé si Hillary Clinton avait été élue : tout aurait continué comme avant.

Nous nous sommes demandé si Donald J. Trump, grand perturbateur, parviendrait à briser cette confortable entente entre gouvernement, les entreprises des compères et les zombies.

Nous doutions qu’il pourrait y parvenir, même s’il souhaitait le faire. Les apparatchiks du Deep State contrôlent le processus réglementaire. Ils contrôlent tous les principaux services du gouvernement. Ils contrôlent le Congrès. Ils contrôlent les agents secrets et le complexe militaro-industriel. Et ils contrôlent l’argent.

Le retour en force du Deep State

Pourtant, pendant un temps, M. Trump a donné l’impression qu’il le pensait sérieusement. Les barbouzes ont donné l’impression de vouloir s’en prendre à lui. En ce qui concerne la presse grand public, là c’était sûr.

Les services secrets constituent la frange la plus enfouie du Deep State. M. Trump cherchait-il à réduire leur pouvoir, tout comme le président Kennedy avait juré de le faire avant de se faire assassiner ?

Ou bien était-ce un épisode de plus du Trump Show : une comédie destinée à flatter l’image de « dur à cuire » de Trump ?

A présent que les grandes lignes du plan budgétaire de Trump sont divulguées, nous avons notre réponse.

Maintenant, nous savons…

Le Deep State n’a aucun souci à se faire. Ses financements sont protégés. Même si le président Trump parvient à passer son budget sans modifications, l’argent continuera à affluer. Aucune coupe budgétaire significative ne sera opérée au sein du Deep State.

Voici ce qu’indique l’Associated Press :

La Maison Blanche déclare que le budget bientôt présenté par le président Trump proposera une augmentation spectaculaire de 54 Mds$ des dépenses liées à la défense, et des coupes budgétaires correspondantes au niveau des programmes nationaux et de l’aide internationale. Par conséquent, le budget initial de Trump ne creuserait pas les déficits qui devraient s’élever à 550 Mds$, selon les estimations.

Déjà, les prix grimpent en Virginie du Nord, en attendant que ces 54 Mds$ supplémentaire affluent dans le marigot. Les restaurants et les bars pensent à rallonger leurs horaires d’ouverture et à proposer de nouvelles boissons coûteuses.

L’immobilier est florissant dans les comtés de Fairfax et de Loudoun, à mesure que les promoteurs sortent de leurs tiroirs les plans de maisons tape-à-l’œil. Les conseils en investissement recommandent les actions de leurs compères du secteur de la défense.

Le discours budgétaire devrait nous en dire plus. Mais outre le fait qu’il réclame plus d’argent pour le marigot, il est censé réaffirmer les engagements de campagne du Donald, à savoir ne pas réduire les prestations sociales.

Or d’après certains rapports émanant des républicains du Congrès, la nouvelle proposition de TrumpCare ne réduira que de façon infime le coût réel de l’assurance maladie, et en aucun cas le flot d’argent qui inonde le complexe médico-assurantiel-juridique.

La défense et L’État providence : les deux mamelles nourricières du Deep State

Les coûts de santé sont déjà totalement hors des clous… et progressent rapidement.

Contrairement à tout autre programme gouvernemental, ils sont globalement incontrôlables dans les circonstances actuelles. La demande en faveur de médicaments et d’actes médicaux est quasiment illimitée… tant qu’elle est couverte par les autres.

Le coût des soins de santé a progressé 10 fois plus vite que le PIB, au cours de ces 50 dernières années. Les facteurs de cette explosion sont complexes.

Mais il existe bien un élément crucial – sine qua non – expliquant tout le phénomène : la personne qui bénéficie de ce système n’est pas celle qui le paye.

Les gains sont réalisés individuellement alors que les coûts sont assumés collectivement.

Les financements du Deep State

Que ce soit bien clair, le Deep State s’appuie sur deux sources de revenu : l’argent falsifié emprunté à des taux ultra bas… et les dépenses publiques fédérales.

Le système de l’argent falsifié ne sera même pas remis en question ; les dépenses publiques vont augmenter. Aucune coupe budgétaire ne sera opérée sur les prestations sociales. Dans le marigot, la faune armée va obtenir davantage d’argent pour acheter encore plus d’armes.

Un modeste espace va être assaini autour de l’Agence de protection de l’environnement et d’autres scélérats marginaux… mais juste assez pour pouvoir couvrir l’augmentation du budget de la défense.

Alors qu’y a-t-il de nouveau ?

La Défense va obtenir plus d’argent. L’Etat-providence va continuer de se développer sur ses anciennes bases législatives.

Ni l’un ni l’autre ne subiront de coupures budgétaires.

Les financiers comptent toujours leurs sous. Les gendarmes construisent toujours leurs avions de combat. Et les escrocs continuent de mener la danse.

Le marigot ne sera pas assaini. Il n’y aura pas de véritable expansion.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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