Deep State : Un gouvernement pour les vieux

Rédigé le 10 février 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

A Miami, nous participons à une réunion peu ordinaire avec des analystes, rédacteurs en chef, économistes. Nous imaginons tous ce qu’il va se passer à partir de maintenant, et comment nous pourrions en tirer parti.

« La propriété privée disparaîtra de mon vivant », a dit quelqu’un, de but en blanc.

Cette prédiction était si explosive que des fragments ont dû se loger dans notre cerveau et irriter les tissus tout autour.

Nous y avons réfléchi. D’abord, cela paraissait fou. A présent, nous n’en sommes plus très sûr.

Mais nous y reviendrons plus tard…

Revenons aux trois secteurs peuplés de zombies et de compères qu’aucun politicien ne veut toucher : les aides sociales, Wall Street et le Pentagone. Les bénéficiaires des prestations sociales fournissent les voix électorales. Wall Street fournit l’argent falsifié. Le Pentagone fournit de faux ennemis et l’illusion de la sécurité.

Un ami nous a écrit pour suggérer un quatrième candidat :

« Je désignerais un quatrième accord de grande envergure, dans la catégorie gagnant-perdant : le complexe du secteur de l’éducation, de l’école maternelle à l’université. Il est dirigé par les employés, pour les employés. Il dévore plus de 10% du PIB ».

Ensemble, ces complexes public-privé, avec leurs accords gagnant-perdant que l’on impose au peuple américain, coûtent des milliers de milliards par an à l’économie du quotidien. Comment savons-nous que ce sont des accords gagnant-perdant ? Parce que nous devons payer pour les financer, que nous en voulions ou non.

La guerre civile contre le Deep State

Donc, si Donald Trump tient ses promesses, il doit maîtriser ces programmes, et aller au conflit avec les plus grands acteurs du Deep State.

Nous avons évoqué deux d’entre eux, hier : le complexe militaire et de la sécurité, et Wall Street. Nous avons indiqué à quel point il serait difficile de tailler de façon sérieuse dans les financements.

Sans réduction des dépenses, les allègements fiscaux n’ont aucun sens et sont inutiles. Ils creuseront les déficits, qui devront alors être comblés avec de l’argent falsifié. Cela aboutirait à encore plus de distorsions… d’erreurs… et, finalement, appauvrirait encore plus l’Américain moyen.

Alan Greespan a dit quelque chose dans ce sens (voire plus !), lorsqu’il est venu dans notre groupe, le mois dernier :

« J’affirme depuis un certain temps que nos prestations sociales, une obligation légale, augmentent à un tel rythme que les données montrent sans équivoque, depuis 1965, que la somme de l’épargne intérieure brute plus les prestations sociales, en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB), est constante. Elle bouge un tout petit peu (je ne devrais pas dire qu’elle est constante) mais ne dégage aucune tendance.

Cela signifie — en partant du principe que les prestations sociales en sont le moteur (c’est forcément le cas car elles sont obligatoires) — que chaque augmentation d’un dollar de ces prestations diminue d’un dollar le montant brut, le montant de l’épargne intérieure brute.

Comme nous pouvons emprunter à l’étranger et que nous avons désormais accumulé une dette de 8 000 Mds$ car la balance des transactions courantes continue de s’éroder, nous sommes désormais dans une situation… où nous ne pouvons plus maintenir l’investissement intérieur à un niveau plus élevé que celui de l’épargne intérieure brute…loin de là.

Donc, nous allons nous trouver dans une situation, à présent, où le pourcentage que représente l’investissement intérieur brut au sein du PIB va commencer à baisser (parce qu’il n’est pas financé). Si cela se produit, la croissance de la productivité ralentira par rapport à ses niveaux actuels. Et cela signifie que le PIB par habitant va à peine progresser ».

En résumé, ce que voulait dire le Dr Greenspan (à peu près la même chose que ce que nous disons dans Hormegeddon), c’est que plus le gouvernement dépense, moins l’économie progresse.

La prolifération des crapules et des imbéciles

Le complexe des compères et des zombies qui se développe le plus vite et qui bénéficie probablement du soutien public le plus étendu est relatif aux prestations sociales.

Depuis 2000, l’économie a doublé. Les dépenses publiques de santé ont été multipliées par cinq.

Il est rare qu’un électeur voie un inconvénient à conclure un accord gagnant-perdant s’il pense être du côté gagnant. Il est content de voter pour le politicien qui le lui offre. C’est ce qui fait qu’il est particulièrement difficile de cesser de dépenser en soins de santé, médicaments et retraites. Au sein même du marigot, les compères luttent bec et ongles pour protéger ce secteur. De nombreux électeurs veulent également que cela continue.

Les fabricants de médicaments, ceux qui posent des prothèses de hanche, les hôpitaux… tous font pression pour que l’Etat renforce « le soutien public ». Déjà, au Japon, il se vend plus de protections urinaires pour adultes que pour enfants. Comme la population américaine vieillit également, les fabricants de protections ont de belles années devant eux.

Les clients, également, veulent davantage d’argent venant des autres. Les personnes âgées veulent des pensions élevées et assumer peu de frais de santé. Or les personnes âgées votent.

Alors que le secteur de la santé/pharmaceutie déploie de nouveaux médicaments et traitements, comment les vieux peuvent-ils refuser ? Quelqu’un d’autre paye la note.

Les prestations sociales – comme les insultes – sont faciles à dispenser et difficile à reprendre.

Dans le passé, les politiciens pouvaient soudoyer les électeurs âgés avec des dépenses en « prestations sociales ». Du moment que l’économie progressait suffisamment, cela ne posait pas de problème. Les promesses d’hier pouvaient être couvertes par les recettes d’aujourd’hui.

Mais à présent, l’économie progresse moitié moins vite qu’à l’époque où l’Amérique avait toute sa Grandeur, dans les années 1950 et 1960.

Le nombre de jeunes payant des impôts diminue… et ils ne gagnent pas plus que leurs parents. Alors il faut également diminuer les projections concernant les recettes publiques.

De nombreux retraités pensent avoir déjà « payé » leurs prestations. Peut-être bien. Mais l’Etat a dépensé cet argent sur d’autres projets liés aux compères/zombies. Alors la seule façon de tenir sa promesse, c’est de presser les jeunes comme des citrons. [NDLR : Savez-vous que vous pouvez aider vos proches en donnant sans donner au fisc ? Il s’agit d’une disposition légale méconnue qui vous permet de transmettre des sommes substantielles. Comment utiliser judicieusement ce dispositif et dans quelles limites ? Toutes les explications sont ici.]

Et lorsqu’il n’y aura plus de jus, il faudra emprunter… ce qui signifie que l’on pressera comme des citrons un groupe d’âge encore plus jeune, dont certains individus ne sont même pas encore nés.

Les personnes âgées gagnent. Les jeunes perdent.

Voilà qui fait de nous des crapules et des jeunes des idiots. Mais les crapules sont contentes et les jeunes ne votent pas.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Deep State : Un gouvernement pour les vieux”

  1. «  »Les personnes âgées gagnent. Les jeunes perdent. Voilà qui fait de nous des crapules et des jeunes des idiots. Mais les crapules sont contentes et les jeunes ne votent pas. » »

    1/ Ouais enfin, les jeunes ne font plus le poids aux élections.
    2/ Après les vieux s’étonnent qu’on ne parvient plus à relancer notre démographie ? Comment fonder une famille avec des salaires de misère ? Surtout quand les logements deviennent minuscules et pourtant chers ? Dans beaucoup de ville, les petites maisons sont subdivisées en 3/4 studios ! On manque de logements mais ce n’est pas grave, il faut encore accueillir plus de migrants pour qu’on s’entasse encore plus !
    3/ Voilà comment les vieux tuent notre propre civilisation.
    4/ Dans des conditions pareil, j’ai préféré m’abstenir à faire des enfants pour ne pas qu’ils ne partagent mon sort en étant pressés comme des citrons comme vous dites.
    5/ Quant à mes neveux et nièces, je les encourage à vivre sous d’autres cieux que la France ! Car en France, il y a un grave problème avec ces retraites aux montants minables pour les uns mais aux montants extravagants pour d’autres.

  2. Pendant l’activité professionnelle, je peux comprendre qu’il y ait des salaires plus élevés que d’autres, afin de motiver.
    MAIS, pendant la retraite, il n’y a plus aucune raison à ce qu’il y ait des pensions de retraites plus élevées que d’autres. Un chef d’entreprise retraité, un salarié retraité, un cadre retraité, un fonctionnaire retraité, dans tous les cas aucun d’eux ne produit quoi que ce soit ou ne participe à la vie économique, il n’y a plus de raison à ce que les montants des pensions soient différents.

  3. Honnêtement, vous trouvez normal qu’il y ait des générations qui puissent bénéficier de retraites en se goinfrant de montants chapeaux et que d’autres générations n’en aient aucune ? Car étant des générations 70, je sais que j’aurais ZERO aussi bien par capitalisation que par répartition quoi que je fasse ! (puisque les 2 régimes dépendent des générations suivantes)

    VOILA, des barèmes iniques et grotesques en justificatifs pour obtenir plus que les autres par les bénéficiaires, voir même jusqu’à tuer notre civilisation à cause de ces générations égoïstes !

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