Un citoyen modèle, que vous le vouliez ou non

Rédigé le 12 juillet 2018 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Aux Etats-Unis comme en Chine, le Deep State s’efforce de façonner des citoyens exemplaires… quitte à les lobotomiser.

A gauche, des clowns… à droite, des bouffons : quelle rigolade de les regarder gesticuler et brailler.

Les barrières commerciales… les mesures concernant les toilettes des LGBT… Elizabeth Warren… Rudolph Giuliani… le chômage… l’assouplissement quantitatif (QE)… les Canadiens qui passent clandestinement la frontière pour acheter nos chaussures : on trouve toutes sortes de distractions peu recommandables, dans les évènements d’hier.

Mais quid de demain ? Nous apprenons dans les journaux que les ordinateurs peuvent nous battre aux échecs, écrire de meilleurs essais et conduire nos voitures.

Jusque-là, tout va bien.

Hélas, ces mêmes ordinateurs peuvent également reconnaitre votre visage dans une foule… annuler vos cartes de crédit… et vous retirer votre passeport. A l’aide d’algorithmes et du Big Data, ils peuvent également nous identifier comme « indésirable »… voire pire.

Quand le fisc fait la police des frontières

Personnellement, c’est là que nous voyons s’ériger devant nous un échafaud… et voilà le bourreau qui s’approche, avec la corde pour nous pendre.

La semaine dernière, deux articles sont venus alimenter nos inquiétudes.

D’abord, le Fisc américain (IRS) a annoncé qu’il bloquerait les passeports de 362 000 Américains en retard sur le paiement de l’impôt.

Où est-il écrit, dans la Constitution, que le Percepteur a le droit de frapper d’interdiction de quitter le territoire des citoyens n’ayant jamais été condamnés pour crime ? Nous l’ignorons.

Personnellement, nous pensons être en règle avec le Fisc. Le Code Fiscal américain comptait 74 608 pages en 2016, ce qui laisse énormément de place aux désaccords, ambiguïtés et interprétations.

Notre déclaration d’impôt fait plus de 5 cm d’épaisseur. Elle est établie par des professionnels.

Pourraient-ils se tromper ? Bien entendu. Le Fisc pourrait-il se tromper ? Ou pire, nous compliquer la vie volontairement ?

Vous direz qu’il ne ferait jamais une chose pareille.

En 2013, le Fisc a présenté ses excuses après avoir soumis un groupe de conservateurs à des contrôles approfondis. Il a reconnu qu’il avait réservé un traitement particulièrement dur aux groupes liés au « Tea Party » ou « Patriotes », et promis qu’il ne recommencerait pas.

Bien entendu qu’il ne recommencera pas. Et il ne se trompera pas non plus.

Ciblé par les barbouzes

Déjà, en plus de la liste des « sans passeport » du Fisc, il y a celles des « interdits de vol » et des gens « à attaquer », dressées par l’Etat. Ce qui est intéressant, avec ces listes, c’est que vous ne pouvez jamais savoir si vous figurez dessus… ni pourquoi. L’Etat n’est pas obligé de prouver quoi que soit.

Dernièrement, il y a eu ce cas intéressant : un homme a découvert, apparemment par accident, que l’Etat tentait de le tuer.

Il est allé à un mariage au Moyen-Orient… Et une attaque de missile s’est produite. Mais qui visaient-ils donc ? Et là, il s’est rendu compte que c’était lui qui était visé ! Il a pensé que c’était un accident : les barbouzes l’avaient pris pour quelqu’un d’autre.

Mais vers qui se tourner ? Il n’y avait aucun tribunal auprès duquel il pouvait prouver son innocence. Toute cette histoire a été dissimulée derrière le rideau sordide de la « sécurité nationale ».

Dans le même temps, en mai, la Chine a officiellement lancé son système de « crédit social ». L’idée est la suivante : accumuler des informations émanant de sources électroniques sur chacun de ses 1,4 milliard de citoyens, puis cibler ces derniers en leur accordant des récompenses ou en infligeant des sanctions, selon leurs scores.

Le magazine The Week s’y est intéressé :

« Les documents du gouvernement révèlent un plan visant à empêcher les citoyens qui ont une mauvaise note de prendre l’avion ou le train pendant un an, mais peut-être moins, tout de même, en cas d’infractions mineures telles que laisser son vélo garé sur le trottoir. Plus de sept millions de citoyens ont déjà été empêchés de voyager, d’après un rapport de Human Rights Watch, pour des délits tels que des excuses ‘manquant de sincérité' ».

Pour la première fois de l’histoire, internet – avec sa surveillance électronique et la connivence d’accumulateurs de données (Google, Facebook, Amazon, entre autres) – permet aux autorités de contrôler et manipuler tous les aspects de notre vie.

Les algorithmes peuvent désormais faire ce qui nécessitait autrefois des hordes de barbouzes, de mouchards et d’agents patibulaires.

Plus besoin de tortures, tout est déjà connu

Avez-vous déjà assisté à une réunion du groupe Americans for Limited Government ? Avez-vous déjà parlé à un être indésirable connu ? Pensez-vous que le Congrès est contrôlé par un ramassis d’escrocs incompétents ? Lisez-vous La Chronique ? Manquez-vous de sincérité ?

Laissez tomber la torture de la baignoire. Remisez les torches et les tenailles à l’atelier. Les interrogatoires, et à plus forte raison la torture, ne sont plus nécessaires. L’Etat sait déjà tout.

Aux Etats-Unis, le département de la Sécurité Nationale, la NSA (National Security Agency), écoute vos conversations téléphoniques depuis des années. Amazon, Facebook, Google et les autres savent ce que nous faisons, ce que vous voulons et même ce que nous pensons. Et à présent, « Big Technology » oeuvre avec l’état pour utiliser ces données en vue de nous contrôler.

Là encore, retournons en Chine… Selon le New York Times :

« Dans certaines villes, des caméras scrutent les gares ferroviaires chinoises pour identifier les gens les plus recherchés. Des écrans aux dimensions de panneaux d’affichage diffusent les visages de piétons qui traversent en dehors des clous, et font défiler les noms de ceux qui n’ont pas remboursé leurs dettes. Des scanners à reconnaissance faciale gardent l’entrée de bâtiments résidentiels. Déjà, on estime que la Chine dispose de 200 millions de caméras de surveillance : quatre fois plus qu’aux Etats-Unis. »

Ce n’est qu’un élément du système. Les données affluent des GPS, des réseaux sociaux, des cartes de crédit, des banques, des sites de recherche d’emploi : de partout, en fait.

Ensuite, l’Etat peut se livrer à la manipulation, simplement en modifiant les « informations »… ou en refusant l’accès à des services importants… ou en attribuant des récompenses ou des sanctions individualisées. Même les péages d’autoroute peuvent être réglés pour chaque voiture, en fonction du comportement que les autorités veulent modifier.

Selon le New York Times à nouveau…

« ‘Pour le gouvernement, c’est une toute nouvelle façon, potentiellement, de diriger l’économie et la société’, déclare Martin Chorzempa, membre du Peterson Institute for International Economics.

‘Le but, c’est une gouvernance par les algorithmes’, ajoute-t-il. »

Il y a tout juste 18 ans, les cinq plus grandes entreprises américaines étaient des sociétés fournissant des biens et services essentiels : ExxonMobil, General Electric, Ford, General Motors et Walmart.

A présent, les cinq plus grandes entreprises véhiculent toutes des données : Apple, Amazon, Alphabet (Google), Microsoft et Facebook.

Et nous irons tous au Paradis… du Deep State

Toutes utilisent ces données – de connivence avec l’Etat – en vue de créer un Paradis du Deep State.

« Mais qu’est-ce que j’ai à craindre ? », se demande le citoyen exemplaire. « Je n’ai rien fait de mal. Je n’ai rien à cacher ».

Ici, à la Chronique, nous prenons la vie du bon côté et notre foi envers les responsables de la fonction publique est inébranlable. De quoi devrions-nous nous inquiéter ? Après tout, le « gouvernement, c’est nous tous », nous a garanti Hillary Clinton. Il ne ferait jamais rien de contraire à notre propre bien, n’est-ce pas ? [NDLR : Découvrez ici pourquoi ces deux actifs font peur au Deep State, comment les autorités tentent de les manipuler et comment ils peuvent vous protéger.]

Nous sommes sereins… et fou de joie, bien entendu. Avec tous ces nouveaux contrôles, le Deep State va nous aider à nous améliorer… à ne jamais traverser en dehors des clous… à ne jamais tenter d’économiser sur nos impôts… Et, sûrement, à ne jamais critiquer nos dirigeants élus démocratiquement, même s’ils ont toute l’apparence de parfaits abrutis.

Bref, cela marchera comme une lobotomie pour nous aider à être des citoyens modèles.

Nous adhérons à fond. Sincèrement.

Hé… La NSA… Vous écoutez ?

Mots clé : - -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Un citoyen modèle, que vous le vouliez ou non”

  1. bill, vous parlez de clown et de bouffon. Il y a une différence. Je reprends ce que disait Jacques Lecoq,
    en 1987, dans son « Théâtre du Geste » :
    « La différence entre le clown et le bouffon, c’est que le clown est seul alors que le bouffon fait partie d’une bande; c’est aussi que nous nous moquons du clown tandis que les bouf­fons se moquent de nous.

    La base bouffonnesque, c’est la moquerie poussée jusqu’à la parodie. Les bouffons se divertissent à reproduire, à leur manière, la vie des hommes à travers des jeux et des « folies ». La parodie n’est pas directement offensive à l’égard du public; il n’y a pas volonté délibérée de se moquer de lui, le rap­port est d’un autre ordre.

    Les bouffons viennent d’ailleurs, ils sont liés à la verticalité du mystère, ils font partie de la relation du ciel et de la terre dont ils renversent les valeurs. Ils crachent sur le ciel et invoquent la terre; en ce sens, ils sont dans le même espace que la tragédie; ils se croisent sur la même verticale.

    Les bouffons sont organisés hiérarchi­quement et vivent dans une société parfaite, sans conflits, où chacun trouve sa place exacte : une image idéale de la nôtre. Il y a le battant et le battu, celui qui a la parole et qui est porté par un autre qui ne l’a pas, sans révolte ni remise en question aucune. Ils sont polis et s’aident entre eux. Pourquoi cette perfection ? Parce qu’ils ne sont pas comme nous. L’imagination du mystère leur fait prendre un autre corps, ce qui leur permet de créer une distance entre eux et nous et de pouvoir sortir dans la rue, de nous côtoyer, tout en restant eux‑mêmes et nous aussi.

    Chaque pays a, au plus profond de sa culture, une source bouffonnesque qui resur­git dans le travail des bouffons : l’Amérique latine apporte ses oiseaux magiques du Vola­dor; les Anglais, les sorcières nocturnes de Shakespeare, les Français~ la nourriture et les cuisines rabelaisiennes; les Allemands, les mythes de la Lorelei; les Suédois, les petits monstres des nuits blanches.

    Le spectacle des bouffons appartient pleinement au théâtre de l’image. Les gestes sont transposés et trouvent leur organisation à partir du costume qui oblige à ne faire que certains mouvements jusqu’à une acrobatie catastrophique qu’il serait impossible d’effec­tuer avec un corps normal. Ainsi les bouffons apparaissent en couleur, avec d’énormes ven­tres, de grosses poitrines compensées par de grosses fesses; des boules leur poussent aux articulations, sur des corps filiformes. Les jambes grandissent à deux mètres ou dispa­raissent sous le corps, en boule, à ras de terre. Il y a aussi les bouffons de la beauté du diable, élégants, et les innocents qu’on protège.

    Ce peuple des bouffons est immense et l’on ne peut en préciser les limites. On retrouve là, comme en écho, les peintures de Jérôme Bosch, Aristophane, Shakespeare, le père Ubu, les gargouilles des cathédrales du Moyen Age, le bouffon du roi et de gros bébés de quarante ans. Les bouffons appartiennent à la folie, à cette folie nécessaire pour mieux sauver la vérité. On accepte du fou ce que l’on n’accepte pas d’une personne dite normale. On peut l’excuser lorsqu’il dit des paroles dérangeantes, mais on l’entend, comme le roi entend son fou.

    Autant d’exemples que l’imagination fait fleurir par le spectacle des bouffons. Très différents les uns des autres, ils se réunissent sur des thèmes qui les concernent. Ils vont représenter devant nous d’une manière hété­roclite, proche des parades, nos propres folies. Ils jouent notre société, les thèmes du pouvoir, de la science, de la religion, dans des « folies » organisées suivant des règles précises où le plus débile dirige les autres et déclare la guerre parce qu’il s’ennuie.

    Ainsi les bouffons dénoncent et, dans le même temps, proposent l’espace tragique. C’est pour cela que dans le spectacle des bouffons, à mon école, j’ai fait dire de grands textes poétiques. Au moment le plus favorable, au maximum d’une tension, l’un des bouffons prend la parole et dit, sans parodie, de grands textes : la Bible, Artaud, Saint‑John Perse, Eliot, Pasolini, Rimbaud, Shakespeare… Les bouffons permettent de les faire entendre mieux que dans une soirée poétique en cos­tume de ville sombre. Le rythme, la danse martèlent le sol et les instruments de percus­sion battent le temps dans des rituels qui préparent l’événement. »

Laissez un commentaire