Décrépitude et moulin à broyer

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 17 mars 2006
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*** Mille et une nuits…
… ou mille et un ennuis ?

*** Après le pétrole, toujours
Troisième volet des avis de nos lecteurs américains sur les énergies alternatives…

*** Décrépitude et moulin à broyer
La Théorie Générale du Broyage continue son oeuvre…

*** Ca manque de poules (3)
Pour notre Banquier Central, le nouveau millénaire sera rural ou ne sera pas !

—————————– (publ.)

Trois signaux… pour des transactions gagnantes — quoi que fassent les marchés !

Découvrez les trois indicateurs qui vous permettront d’engranger des profits que la Bourse soit à la hausse… ou à la baisse ! La preuve ? 234,08% de gains cumulés à ce jour…

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Bonjour,

*** MILLE ET UNE NUITS…

** C’est le retour de la méduse — ou tout du moins cela y ressemblait beaucoup ce jeudi, puisque le marché parisien s’est une nouvelle fois montré complètement flasque. Le CAC 40 a clôturé en repli de 0,04% après avoir dérivé paresseusement entre 5 105 et 5 135 points durant près de neuf heures, une poignée de titres vedettes manifestant au final suffisamment d’audace pour se hasarder au-delà des 1% de volatilité.

Mais le CAC 40 n’est pas la seule référence ; nous attirons votre attention sur l’indice SBF 120, qui s’avère à notre sens plus représentatif de la tendance générale : il s’est adjugé +0,06% et inscrit bien un quatrième record annuel consécutif. Il améliore le score de la veille de 0,03 points d’indice à 3 721,61 points.

Un gain négligeable, une goutte d’eau qui a priori ne fera pas déborder d’enthousiasme les investisseurs… mais d’un point de vue technique, cela suffit au bonheur des chartistes, puisque le trend haussier est préservé depuis maintenant six séances d’affilée.

Le SBF 120 grimpe de 1,4% depuis lundi et pourrait, sauf accident vendredi, aligner une quinzième semaine de hausse sur une série de 18 — partant du plancher des 3 100 points du 28 octobre dernier.

Si ces observations peinent à vous convaincre de l’attraction irrésistible exercée par les actions et de la pérennité du mouvement ascendant actuel (qui perdure depuis près de cinq mois)… jetez donc un oeil au SBF 80 : il s’est envolé de 0,75% jeudi — le petit faux pas de mardi est oublié — pour établir un nouveau zénith historique absolu à 5 940 points.

** A Wall Street, le Dow Jones (+0,7% à la mi-séance jeudi à 11 280 points) pulvérise la résistance des 11 160 points. Aucun obstacle ne semble plus se dresser sur la route des 11 325 points du 7 septembre ou du 11 avril 2000 — et les 11 750 points du 14 janvier 2000 sont à portée de main.

Le S&P tutoie maintenant les 600 points (record absolu). Le Dow Transportation, à l’image du SBF 80 à Paris, a depuis longtemps pulvérisé les plus-hauts historiques de mars 2000 — confirmant son statut de précurseur de la tendance moyen ou long terme à Wall Street… qui n’en demandait pas tant, alors que le loyer de l’argent se renchérit inexorablement depuis juin 2004.

Et c’est là que notre pressentiment se confirme : la Fed cherche moins à combattre une inflation des salaires et des biens de consommation que la bulle immobilière qui se gonfle depuis l’hiver 2001/2002. Les prix à la consommation ont progressé de seulement 0,1% en février aux Etats-Unis, en ligne avec les attentes des analystes. Hors prix de l’énergie, la hausse s’établit à 0,1%, un score inférieur de moitié au consensus.

Mercredi dans son Livre Beige, la Fed avait indiqué que l’activité économique avait progressé dans la plupart des régions des Etats-Unis au cours des deux premiers mois de l’année, période durant laquelle la hausse des prix de détail est restée mesurée et les hausses de salaire modérées.

** L’inflation au sens classique du terme n’est qu’une variable bien secondaire en regard du gonflement du prix des actifs fonciers ; Donald Kohn va publiquement mettre les points sur les i dès demain à l’occasion du sommet des banques centrales européennes qui se déroule en ce moment même à Francfort (réunion préparatoire au sommet du G8 de Moscou).

Le texte de son discours est déjà disponible sur internet. Ce proche collaborateur de Ben Bernanke avertit les inconditionnels de l’immobilier que la politique monétaire de la Fed n’a pas pour but de les prémunir contre tout renversement de tendance dans ce secteur.

Les apparences sont certes trompeuses puisque de l’argent est systématiquement réinjecté en masse à chaque coup dur menaçant la croissance américaine depuis le krach obligataire de 1994… Cependant, Donald Kohn juge incongrue la thèse du fameux "put Greenspan", tactique consistant à noyer les marchés sous les liquidités dès qu’une bulle (quelle que soit sa nature) vient d’exploser. Ce petit manège de la Fed a été décrit en détail par Bill Bonner dans une précédente chronique intitulée "La Grande Modération".

** Pour l’anecdote, et alors que nous évoquions hier l’effondrement de la bourse de Riyad depuis dimanche (-20%), puis l’intervention de "mains fortes" pour soutenir les cours, il serait justifié d’évoquer un "put Al Walid ben Talal" puisque ce prince saoudien, huitième fortune mondiale selon Forbes, annonce officiellement mettre 2,5 milliards de dollars sur le tapis pour enrayer la chute des cours qui lamine depuis le début du mois de mars les apprentis actionnaires de la région (la place de Dubaï a ouvert ses portes il y a tout juste trois ans)… et pour mettre des bâtons dans les roues de "spéculateurs sans scrupules" (prince Al Walid dixit).

L’effet d’annonce se suffit à lui-même, comme en témoigne un rebond de 4,8% de l’indice TASI à 16 355 points (contre un plancher de 14 900 points mercredi matin). Nous évoquions mercredi l’absence de répercussions négatives sur la Bourse de Londres, qui héberge la majorité des fonds saoudiens ; il se trouve que le FT 100 fut le seul indice boursier à progresser de manière sensible (+0,45%) sur le Vieux Continent jeudi.

** Mais revenons en aux analyses de Donald Kohn, qui s’adressent à ceux qui tablent sur une perpétuation ad vitam de la complaisance historique de la Fed envers toutes les bulles financières qui émergent depuis 18 ans : "nous n’avons pas pour mission de souffler contre les vents dominants, et les propriétaires doivent s’attendre à ce que la hausse de taux actuelle débouche sur une érosion de la valeur de leurs actifs immobiliers, certains doivent même s’attendre à matérialiser des moins-values".

Des signaux de faiblesse sectorielle se sont matérialisés fin 2005, avec un net ralentissement de la hausse des prix et un allongement du délai nécessaire pour conclure une transaction (Nevada, Floride, Colorado, Georgie, New Jersey, Illinois…), mais les chiffres de février ne traduisent pas de nouvelle dégradation.

Les mises en chantier de logements neufs ont certes reculé de 7,9% (après +15,8% au mois de janvier) mais ce tassement — largement prévisible — s’avère inférieur aux prévisions (-8 à -10%) alors que 2,12 millions de logements sortiraient de terre au rythme actuel en 2006.

La Chronique Agora est, de fait, la seule publication à vous avoir averti de l’imminence d’un discours de cette nature depuis le début de la semaine — restait à en découvrir l’interprète. Tous les chroniqueurs de la presse économique n’ont d’yeux que pour la déferlante des OPA depuis le week-end dernier… et d’oreilles que pour les protestations étudiantes et lycéennes contre le CPE.

Une instrumentalisation de ce dossier par l’opposition de gauche — et, selon certaines rumeurs, par certains acteurs politiques situés plus à droite — ne semble d’ailleurs pas constituer un facteur de risque pour les valeurs françaises, et notre objectif des 5 200 points pour le CAC 40 demeure plausible.

Au pire, l’indice peut continuer de faire la ventouse autour de 5 125 points, comme nous le constatons depuis 48 heures… et nous ignorons ce qui va "tirer sur le manche" et faire décoller les cours (dans un sens ou dans l’autre) d’ici le 28 mars prochain — c’est-à-dire d’ici la première réunion de la Fed présidée de façon autonome par Ben Bernanke, ou d’ici le 3 avril, date de notre conférence organisée au coeur du palais de la Bourse.

Il faudra surveiller de près le comportement de Wall Street vendredi, car nous voici parvenus au terme du premier trimestre 2006, marqué symboliquement par la "journée des trois sorcières" (expiration des contrats sur indices et options sur actions). Coup de baguette magique ou coup de balai… la réponse se situe peut être du côté du pays des mille et une nuits, c’est-à-dire de l’Iran, de nouveau accusée de tous les maux par les porte-parole de la Maison-Blanche.

Et la frontière devient selon nous extrêmement mince entre les mille et une nuits… et les mille et un ennuis !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Méduses, sorcières et ennuis : pour les éviter, rendez-vous au 0899 707 009* pour retrouver une analyse complète de la séance en cours… avec ses événements, ses pièges et ses opportunités !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** APRES LE PETROLE, TOUJOURS

** Le charbon est abondant, bon marché… et pas franchement propre — une caractéristique qui ne fait pas vraiment de ce minerai une source d’énergie "alternative". Cependant, un de nos lecteurs américains nous a suggéré des investissements dans le domaine du "charbon propre". Un autre a suggéré une variation sur le gaz naturel. Dans la mesure où ces idées nous semblent intéressantes, nous vous les communiquons.

- Le charbon est loin d’être une "énergie alternative" classique, mais les Etats-Unis possèdent l’équivalent de 250 ans de réserves de ce carburant sale et noir. Tout processus rendant cette source d’énergie plus propre ou plus versatile, ou les deux, présente sans aucun doute un potentiel d’investissement intéressant. Quelques lecteurs ont nommé Headwaters parmi les transactions intéressantes sur le "charbon propre"…

- "Même si j’apprécie les énergies renouvelables propres", nous écrit un lecteur, "je ne vois guère de bonnes entreprises dans ce secteur, sur lequel j’aimerais me positionner. Ceci dit, cependant, le marché du charbon… est une ‘alternative’ aux transactions pétrolières, et mon entreprise préférée dans ce domaine est Headwaters (NYSE : HW). Je suis certain que d’autres personnes vous auront écrit au sujet de Headwaters, dans la mesure où les sociétés profitables dans le secteur des énergies alternatives s’échangeant à des niveaux raisonnables sont difficiles à trouver. Je ne vous ennuierai donc pas avec les chiffres, mais me contenterai d’ajouter mon approbation."

- Notre lecteur Dick Samuels est du même avis : "comme meilleur investissement dans l’énergie, je vote Headwaters. Ils ont un excellent procédé breveté pour purifier les réserves de charbon américaines afin de le rendre plus écologiquement correct lorsqu’il brûle dans nos centrales électriques…".

** Passant du charbon au gaz naturel, un autre lecteur, Curtis Timm, affirme : "Syntroleum Corp. (Nasdaq : SYNM) possède une technologie qui, aux prix actuels, transforme de manière abordable le gaz naturel en liquides du type carburant diesel. En utilisant leur technologie, de petites usines peuvent être construites pour convertir le gaz naturel en carburants liquides transportables dans des régions où il n’y a pas de pipe-lines. Ils peuvent même mettre ces usines sur des barges afin de convertir le gaz naturel extrait de puits offshore, et ainsi utiliser du gaz qui ne peut être transporté autrement parce qu’il serait soit impossible soit peu rentable d’installer un pipe-line vers ces puits. Cette société a une usine pilote servant pour les démonstrations, et travaille sur cette technologie depuis 20 ans. La conversion se fait avec de l’air comprimé et est non-polluante".

** Enfin, un lecteur australien vient mettre son grain de sel :

- "Que pensez-vous de Vestas Wind Systems (VWS sur Bloomberg), producteur danois d’éoliennes ? On dirait qu’ils sont partout dans le monde (ils ont des éoliennes ici en Tasmanie, je crois), et l’entreprise est une cible d’acquisition potentielle par Shell (ce que Shell nie)… L’énergie éolienne est censée être la forme la plus économique d’énergie alternative. Meilleures salutations, Cameron."

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** DECREPITUDE ET MOULIN A BROYER

** Où était l’Histoire hier ? Elle faisait tourner son moulin à broyer au Moyen-Orient… et à Wall Street.

* La grande nouvelle, c’est que le déficit courant américain a grimpé à un nouveau record — le neuvième en dix ans. Le chiffre de l’année dernière était de 804 milliards de dollars. Le chiffre pour le dernier trimestre 2005 était de 224 milliards de dollars, ce qui démontre que la tendance est toujours à la hausse.

* Au taux actuel, le déficit courant américain atteindra les 1 000 milliards de dollars d’ici un an ou deux. Il est déjà à 7% du PIB — un chiffre qu’on ne verrait normalement que dans une république bananière, ou un empire perdant la boule.

* "Une bombe à retardement qui tictaque", a déclaré un économiste canadien au sujet du déficit US. Les Etats-Unis ont besoin de 2,5 milliards de dollars tous les jours rien que pour couvrir leurs emprunts. La Chine a déjà prêté tant d’argent au pays le plus prospère du monde qu’elle possède près d’un million de dollars de dette gouvernementale US dans ses coffres. Si le débiteur est l’esclave du prêteur, comme nous le dit la Bible, qu’est-ce que cela fait des Américains ? Ils préfèrent ne pas y penser. De toute façon, ils ont des économistes prêts à les aveugler sur le sujet. Et des politiciens qui peuvent les escroquer.

* "Les Etats-Unis demandent à la Chine de réduire son excédent commercial", disait un titre du Financial Times.

* Nous nous demandions où était le titre opposé : "La Chine demande aux Etats-Unis de réduire leur déficit commercial". Nous ne l’avons trouvé nulle part.

* Nous nous sommes également demandé quelle matraque les Etats-Unis ont en main. Que vont-ils faire… menacer d’arrêter d’emprunter ? Brandir une carte de crédit ? Comment financeraient-ils leur guerre contre la terreur ? Leur économie de consommation ? Leur bulle immobilière ?

* Les Etats-Unis peuvent donner de la voix — au bénéfice des électeurs américains, supposons-nous — mais ils n’ont en main qu’un spaghetti trop cuit. Ce sont les Chinois qui manient le bâton ; ils pourraient se débarrasser des dettes américaines et assener un bon coup sur la nuque de l’économie US dès qu’ils le souhaitent.

* Mais attendez une minute. Les entreprises américaines ne sont-elles pas extrêmement profitables ? N’implantent-elles pas des usines à l’étranger… achetant des entreprises étrangères… et passant des accords afin de faire jouer leur technologie, leurs marques et leur savoir-faire sur les marchés mondiaux ? Si, bien entendu. Mais cela aussi se reflète dans les chiffres du déficit courant.

* Au quatrième trimestre de l’année dernière par exemple, les étrangers ont en fait plus gagné grâce à leurs détentions américaines que les Etats-Unis n’ont gagné grâce à leurs positions à l’étranger — 132,6 milliards de dollars, contre 129 milliards. Et même dans le secteur de la technologie, où les Etats-Unis sont censés avoir une bonne longueur d’avance, les Américains ont plus acheté aux étrangers qu’ils ne leur ont vendu.

** Broyant encore et toujours, notre Théorie Générale du Broyage nous dit que l’histoire ne s’arrête jamais. Elle est la maîtresse de la destruction créative, mettant sans arrêt les choses sens dessus dessous… sapant les vastes empires… grignotant les grandes entreprises… elle réduit les pathétiques vanités, ambitions et prétentions humaines en fine poussière.

* L’histoire semble incapable de laisser les choses en l’état. Les économies, les sociétés, les institutions… les animaux, les végétaux et même les minéraux sont toujours en train de dégénérer, de se dégrader, de disparaître. Lorsque la civilisation actuelle aura enfin disparu… qu’en restera-t-il ? Quelques pièces d’or… et des morceaux de revêtement de sol en ardoise — dont certains auront été convertis en pierres tombales.

* Un pays devrait avoir une révolution tous les dix ans, disait Jefferson. Il comprenait qu’on ne peut rester immobile. Lorsqu’une société atteint un certain niveau de succès, elle devient la cible des joueurs. Les parasites trouvent les endroits non protégés, et s’installent comme des vers solitaires dans l’estomac d’un gros homme. De nouvelles formes de vie remplissent les creux… et prospèrent. Des opportunistes vampirisent le mastodonte pesant. Là où une nouvelle république dynamique pousse la crème de la crème aux postes les plus élevés — Comme Washington, Adams et Jefferson lui-même — dans le bassin stagnant d’un empire mûrissant, les poids lourds de la pensée coulent vers le fond ; seules les têtes creuses surnagent comme des bouchons… les John Kerry, George W. Bush et Hillary Clinton.

* Pourquoi le processus électoral ne produit-il pas de meilleurs dirigeants politiques ? Parce qu’à mesure que le temps passe, de plus en plus de gens deviennent complices de sa décadence. Les électeurs sont de plus en plus éloignés du procédé gouvernemental en lui-même… ce ne sont jamais que des slogans vides et des opérations publicitaires, à leurs yeux. Et les gens proches du pouvoir, quant à eux, sont des scribouillards et des arnaqueurs, des politiciens en devenir, des parasites et des joueurs en maraude. Les lois se multiplient comme les poissons et les pains. Moïse n’a transmis que dix commandements. Jésus a déclaré que seuls deux d’entre eux étaient importants. Mais le gouvernement, local ou fédéral, donne des dizaines de milliers de commandements — chacun d’entre eux destiné à protéger ou dorloter quelque créature visqueuse vivant dans un recoin obscur de la république.

* De plus en plus de gens obtiennent des chèques, des subventions, des bourses et des financements. De plus en plus de comités, d’agences et de bureaux sont mis en place pour fournir des sinécures et courir après les faveurs. Si nous ne nous trompons pas, près de la moitié des emplois créés aux Etats-Unis ces cinq dernières années l’ont été par le gouvernement !

* La fraude et la décrépitude s’insinuent dans toute la société. Les gens commencent à croire des choses qui ne pourraient pas être vraies — que les déficits sont positifs… qu’il est inutile d’épargner… que nous n’avons pas besoin de fabriquer quoi que ce soit, qu’il suffit de "réfléchir" jusqu’à la prospérité. Et à mesure que la structure dégénère et s’affaiblit, pratiquement tout le monde, partout, tend les mains pour essayer de la soutenir.

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*** La Chronique Agora présente ***

Après un magnifique exposé sur la figure graphique "tête et épaules", le Banquier Central conclut aujourd’hui sa visite au Salon de l’Agriculture…

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Le Journal d’un Banquier Central
CA MANQUE DE POULES — 3ème PARTIE
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Le dollar verse dans l’fossé ?
L’incertitude s’étend aussi aux marchés de change. Peu de tendances claires au plan technique. Le scénario d’Egisthe tablait sur une poursuite de l’appréciation du dollar face à l’euro (repli de l’EUR/USD), mais il semble remis en cause pour le moment, sans être encore invalidé. Il s’agit en tous cas d’un directionnel que l’on ne peut plus jouer les yeux fermés.

A l’est, après un an environ de dépréciation face au dollar, le yen semble avoir atteint ses planchers et dessiner un mouvement de reprise intermédiaire, qui est aussi la préférence de mon analyste technique. Le cours USD/JPY corrige depuis un sommet autour de 121, marqué début décembre. Ce repli anticipé pourrait correspondre à une pause de marché intermédiaire sur les cours du pétrole : on a coutume en effet de corréler les deux marchés, en raison de la dépendance énergétique de l’Archipel. Les décisions de la BoJ seront déterminantes pour ce marché très affecté par les opérations de carry trade. Aux yeux d’Egisthe, la tendance de l’USD/JPY reste néanmoins haussière à long terme et le greenback devrait reprendre l’avantage, au maximum à la fin du premier semestre.

Le refuge de la betterave
"En somme, conclut Werther à qui je faisais part de mes réflexions (tout en caressant le col d’une chevrette noire), c’est pas gagné pour les marchés. Il va falloir trouver des relais de croissance.
- Ouvre les yeux, Werther ! Ils sont devant toi, tes relais ! m’exclamai-je, le bras tendu.
- … Tu veux parler de ces gros radis ?
- Pas des radis, Werther : des betteraves ! Le gouvernement ne vient-il pas de promettre un coup d’accélérateur au développement des biocarburants ? La Chine n’a-t-elle pas annoncé qu’elle prenait le même chemin ? Le Brésil ne donne-t-il pas l’exemple ?"

… Pour être honnête, cher Journal, je m’avançais un peu. La matière première la plus avantageuse pour la fabrication d’éthanol demeure la canne à sucre, comme au Brésil, car une bonne part de l’énergie nécessaire à son traitement provient des tiges et feuilles — dont la betterave est dépourvue. Les Etats-Unis ont beau favoriser le maïs, sous la pression de leur lobby céréalier, et la France sa betterave locale, ces solutions demeurent ponctuelles et viables seulement à grands coups d’aides publiques. Plus prometteuse, en revanche, semble l’industrie de l’éthanol cellulosique, qui peut utiliser des produits de rebut (paille, tiges de maïs, etc.), et où se lancent aujourd’hui des géants comme Royal Dutch Shell, DuPont ou Genencor.

Reste que c’est l’ensemble des matières premières agricoles (céréales, oléagineux) qui s’envole, tiré à la fois par la demande mondiale et par les perspectives plus spéculatives de débouchés dans les énergies de substitution : on considère qu’au-delà du seuil psychologique de 40 $ le baril de brut, elles ont tout leur sens. Nombre d’investisseurs — à commencer par les grands fonds –, en quête de diversification, ont adopté ces produits comme valeurs-refuge, au même titre que l’or autrefois. Les tensions inflationnistes qui se dessinent aujourd’hui pourraient renforcer cette tendance.

Un avenir pour nos énarques ?
"Le nouveau millénaire sera rural ou il ne sera pas ! conclus-je.
- Ça irait mieux avec des poules, grommela Werther.
- Oublie-les un peu, tes poules ! Moi qui ai appris à lire dans les oeuvres de Ricardo…
- L’entraîneur de Bordeaux ?
- Non, l’économiste agricole ; le grand connaisseur d’Adam Smith…
- Adam Smith… Il n’est pas milieu de terrain à Manchester ?
-… Moi qui ai sucé dès le berceau ces grands textes classiques… Je salue, dans notre visite annuelle aux mamelles du pays, un retour salutaire aux bases de l’économie réelle !
- Ne t’emballe pas.
- … Oui ! Tel l’austère Cincinnatus, arraché à ses vaches par l’appel du Sénat romain, je crois les âpres vertus de la terre nécessaires à la conduite des choses publiques ! Et si nos énarques empoignaient plus souvent la houe, je te garantis que le pays irait bien mieux !
- Faut voir, tempéra Werther le Trader. On a essayé en Chine ; si je me souviens bien, ça n’a pas donné le résultat escompté."

… Je dois reconnaître qu’il marque un point : il ne faut jamais dédaigner les leçons de l’empirisme, ni celles de l’histoire.

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

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