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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 21 septembre 2006
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*** De l’influence de la trajectoire des cyclones sur celle des indices
Helene et Gordon président-ils à la destinée des marchés ?
*** Madame Irma et les hedge funds
Il semblerait que Bill soit doué de seconde vue…
*** La nature des désastres (1)
Qu’est-ce qui constitue un "désastre" financier ? Qu’est-ce qui cause ces désastres ? Byron King nous en dit plus…
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Bonjour,
*** DE L’INFLUENCE DE LA TRAJECTOIRE DES CYCLONES SUR CELLE DES INDICES
** Cette séance de mercredi s’est traduite par une nouvelle volte-face des investisseurs. Après s’être inquiétés mardi des risques de ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, les voilà qui s’enthousiasment aujourd’hui pour la chute du prix du baril de pétrole (-3,5 $ en 24 heures) à des niveaux qu’on n’avait plus observés depuis Noël 2005 — c’est-à-dire 60,5 $ à peu de choses près.
Les analystes s’enthousiasment également pour les résultats du groupe Oracle qui annonce deux centimes de bénéfices de mieux que prévu, soit 0,18 $ au lieu de 0,16 $ : le titre a bondi de 12% dès la reprise des cotations). Les résultats de Morgan Stanley font eux aussi parler d’eux : il progressent de 60% — le profit dépasse dans ce cas précis l’estimation médiane de 20%, mais le titre ne gagne que 2,5%.
Après le repli de 0,6% à 0,7% des places européennes mardi pour cause de thrombose immobilière au mois d’août aux Etats-Unis, la correction haussière surprend par son ampleur (+1,5% à Paris). Aucune statistique "encourageante" n’a été publiée : le tableau des indicateurs macro-économiques était vierge mercredi, après la déferlante de mardi, mais les marchés se sentent remotivés par l’apparente détente des tensions géopolitiques entre l’ONU et l’Iran sur la question de l’enrichissement de l’uranium.
** Les membres du Conseil de sécurité sont profondément divisés sur ce dossier depuis le début de l’année. Cependant, les Etats-Unis apparaissent désormais isolés, et n’ont plus aucun espoir de voir leurs alliés voter des sanctions à l’encontre de Téhéran : cette bataille diplomatique semble bel et bien perdue pour la Maison-Blanche (une de plus cet été).
Avec l’approche des élections législatives de novembre, George Bush et ses alliés républicains tenteront certainement de jouer sur le réflexe de la peur du nucléaire iranien, et l’électorat conservateur se méfie traditionnellement de l’ONU, jugée trop complaisante envers les ennemis de l’Amérique. Cela suffira-t-il pour impressionner les spécialistes du secteur pétrolier, qui jouent à fond le vent de panique qui s’empare des détenteurs de positions "longues" (acheteuses) sur le baril depuis la mi-août ?
Les vendeurs jouent sur du velours, car si les stocks de brut ont reculé aux Etats-Unis de 2,8 millions de barils au cours de la semaine du 11 au 17 septembre, les réserves de produits distillés (essence + fuel) font un nouveau bond de 4,1 millions de baril, après +4,8 la semaine précédente : la preuve que les raffineries tournent à plein régime en l’absence de tout caprice de la météo depuis le début de la saison des cyclones.
Aucune tempête tropicale ne menace le Golfe du Mexique, et la formation dépressionnaire baptisée Helene — tout comme Gordon, qui l’avait précédée — emprunte une trajectoire passant très à l’est des Caraïbes. Elle devrait achever de se désagréger à l’approche des Açores, sans avoir jamais approché des terres habitées… ni de champs pétroliers off shore.
La trajectoire des cyclones déterminerait-elle en fin de compte celle des actions, lesquelles oscillent depuis des semaines entre hautes pressions et champs dépressionnaires ?
** Mais nous devons admettre que la météo clémente qui règne depuis le début de l’été dans le Golfe du Mexique ne saurait expliquer à elle seule une envolée de +1,5% à +1,6% des principaux indices paneuropéens tels que l’Euro-Stoxx 50, revenu à 1,5% de son zénith annuel. Il fallait un catalyseur — et l’espoir d’entendre ce mercredi soir la Fed se préoccuper davantage des risques de récession que des pressions inflationnistes a opportunément rempli ce rôle.
Ce genre d’anticipation aurait été tout aussi légitime à Wall Street mardi soir : un consensus écrasant en faveur d’un statu quo monétaire se dessinait déjà, et les marchés obligataires n’avaient pas tardé à matérialiser une spectaculaire embellie. Cependant, il semblait imprudent de se ruer à l’achat alors que le Dow Jones évolue à 1% de son record absolu du 14/01/2000.
Le scénario haussier auquel nous avons assisté était loin de faire l’unanimité mercredi matin : la séance avait débuté sur une note indécise (un plus bas ayant même été inscrit à 5 106 points peu après l’ouverture), mais un mouvement de reprise aussi irrésistible qu’irréversible s’est rapidement enclenché dès 9h15. Les valeurs françaises se sont alors mises à grimper marche par marche l’escalier graphique qui devait les mener à proximité des 5 200 points à une demi-heure de la clôture, dans des volumes retrouvant soudain de l’épaisseur puisqu’il s’est échangé près de cinq milliards d’euros sur les seules 40 vedettes du CAC — les midcaps du SBF 80 ne grappillant parallèlement que 0,6% dans l’intervalle, preuve que les gérants se sont livrés à un ramassage indiciel ciblé sur les grosses cylindrées de la cote.
Le marché parisien vient ainsi de réaliser, contre toute attente, sa seconde meilleure performance de l’été, avec un gain de +1,5% ; les opérateurs se reprennent à espérer un retracement imminent des 5 330 points testés à la mi-mai.
** Voici le CAC 40 revenu au contact de ses niveaux des 4 et 5 septembre mais tout risque de formation d’un double sommet sous 5 200 points ne peut être écarté. Si la hausse se poursuivait avec la même régularité de métronome aujourd’hui et demain, le zénith 2006 serait rejoint avant le week-end.
Aujourd’hui, il va falloir surveiller de près les valeurs financières, qui ont réalisé mercredi un joli tir groupé : le Crédit Agricole et la Société Générale affichaient +2,8% et +2,4% respectivement, AXA s’intercalait avec +2,5% et BNP Paribas suivait de près avec un score de +2,25%.
Ces quatre titres testent simultanément leurs records annuels (ou historiques) et sont à deux doigts de valider des signaux d’achat qui ne manqueraient pas d’alimenter les spéculations sur un rally d’automne, prenant à contre-pied les stratégies défensives adoptées généralement en cette période de l’année.
Mais ne sous-estimons pas la versatilité des investisseurs : il suffirait que Ben Bernanke emploie un adjectif jugé un peu trop radical au sujet de l’inflation ou mette une virgule au mauvais endroit… et le communiqué de la Fed serait accusé de ruiner les belles dispositions affichées par Wall Street ce mercredi.
A moins que nous assistions à l’une des toutes premières déconnexions entre les revenus encaissés par les producteurs de pétrole et l’évolution des indices boursiers ? Depuis trois ans, l’abondance — ou le tarissement ponctuel — des liquidités provenant du recyclage des pétrodollars détermine avec une précision quasi-mécanique le sort du CAC 40…
Philippe Béchade,
Paris
PS : Les valeurs financières sont à surveiller de près aujourd’hui — retrouvez ce qu’en pense Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45 cet après-midi… avec en plus toutes ses recommandations pour adapter votre portefeuille aux conditions de marché actuelles.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** MADAME IRMA ET LES HEDGE FUNDS
** Nous sommes surnaturel, cher lecteur. Il semblerait que nous soyons doué de seconde vue.
* C’est bien normal, évidemment, puisque nous avons du sang celte. Mais tout de même, nous sommes quelque peu surpris par notre prescience.
* Hier, nous suggérions qu’une implosion attendait peut-être le secteur des fonds de couverture. Aujourd’hui, nous constatons qu’en effet, une implosion — notable — s’est produite :
* "Le pari qui a spectaculairement mal tourné", trompette le Sunday Times en référence au récent faux pas sensationnel du fonds de couverture Amaranth Advisors.
* Apparemment, les traders de cette société du Connecticut pariaient que la différence entre les futurs prix du gaz naturel (été par rapport à hiver) continuerait de s’élargir, comme cela est le cas depuis 2004. Au lieu de cela, l’écart s’est radicalement réduit, si bien que le fonds a dû chercher frénétiquement assez de liquidités pour couvrir ses appels de marges — ces exigences déplaisantes mais nécessaires qu’ont les courtiers vis-à-vis de leurs clients, et qui veulent qu’on rassemble de l’argent pour couvrir les positions perdantes qui n’ont pas été entièrement payées.
* Ce mauvais pari a laissé Amaranth plus pauvre de plusieurs milliards — oui, milliards — de dollars, tandis que sa performance sur un an est devenue littéralement apocalyptique, passant d’un gain de 22% à une perte de 35% en quelques jours. Pour remettre les choses en perspective, Long Term Capital Management, dont l’effondrement a provoqué des ondes de choc sur les marchés mondiaux en 1998, était confronté à des pertes "papier" de 2,5 milliards dollars lorsqu’un groupe de gros bras financiers — dont la Réserve fédérale — est venu à sa rescousse.
* Amaranth n’est pas le seul. Deux hedge funds prestigieux ont déjà mis la clé sous la porte cette année suite à des pertes causées par du trading imprudent sur les marchés de matières premières. Qu’y a-t-il d’autre en magasin ?
* Nous n’en savons rien, bien entendu. Nous regardons simplement les cartes étalées devant nous et indiquons à nos lecteurs de faire attention, si nous voyons qu’elles indiquent un danger. Mais nous ne sommes pas diseur de bonne aventure ; nous ne révélons à personne quand et comment le destin frappera — nous laissons cela à Madame Irma, au milieu de voiles pailletés et de volutes d’encens, dans une cabane de foire. Mais à l’occasion, nous devons quand même nous poser des questions…
** Et nous nous posons de plus en plus de questions lorsque nous lisons que le plus grand hedge fund de tous continue de prospérer comme un saule au bord d’une rivière. Les chiffres de Goldman Sachs pour le troisième trimestre se sont révélés si étincelants que la valeur a grimpé de 4% le jour où ils ont été annoncés, et frôle désormais le sommet atteint au printemps dernier à 170 $.
* Goldman Sachs est déjà la banque la plus profitable au monde, et les chiffres battent un nouveau record financier. Les concessionnaires Porsche new-yorkais doivent se frotter les mains à la perspective des dizaines de millions de dollars de primes que les directeurs de Goldman vont sans aucun doute s’accorder.
* Mais d’où provient un tel festin alors que les fonds de couverture sont en pleine famine ? Pas de sa branche trading, en tout cas. Les traders de Goldman ont annoncé un déclin de 7%. Non, ce sont ses services de Banque d’investissement et de Gestion d’actifs qui ont fait grimper le thermomètre. Tous deux sont en hausse, de 27% et 20% respectivement. Et 30 milliards de dollars de nouveaux actifs ont également afflué.
* Très bien. Mais qui sont ces nouveaux clients si chanceux, et quelle est la source de tout cet argent ? Là, nous consultons notre boule de cristal, retournons le tarot et trouvons le joker : les services de gestion d’actifs de Goldman sont désormais au service des hedge funds, l’argent provient d’investissements "alternatifs" rapportant des commissions plus élevées que les produits traditionnels (on se demande bien pourquoi !), et les dépenses de non-compensation de Goldman ont grimpé de 29% contre une croissance de 2% seulement des revenus.
* Goldman est peut-être en plein boom actuellement, cher lecteur — mais nous savons tous ce qui suit les booms…
* Et voilà que nous apprenons que le président Bush a l’intention de nommer Robert Steel, cadre dirigeant chez Goldman Sachs, au poste de sous-secrétaire au Trésor pour les finances intérieures américaines. L’ancien PDG Henry Paulson est bien entendu déjà secrétaire au Trésor. Les huiles de Goldman doivent elles aussi savoir ce qui suit les booms… et préparent le jury en avance du verdict.
* Après Henry le déluge…
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Avez-vous déjà pensé aux warrants ?
Bien choisis, ils vous auraient permis d’engranger 1 740,11% de gains cumulés au premier semestre 2006… avec des plus-values de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10%… 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%…
N’attendez plus pour en profiter : il suffit de suivre le guide…
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*** La Chronique Agora présente ***
Qu’est-ce qui constitue un "désastre" financier ? Qu’est-ce qui cause ces désastres ? Byron King a lu le livre History of Financial Disasters ["Histoire des désastres financiers", ndlr.], qui semble répondre à ces questions… et bien d’autres. Il nous en parle ci-dessous.
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LA NATURE DES DESASTRES — 1ère PARTIE
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Par Byron W. King (*)
Qu’est-ce qu’un désastre ? Les racines latines du mot sont dis et astro. Littéralement, ces deux termes combinés signifient "mauvaise étoile". Dans les temps antiques, si vous offensiez les dieux, ces derniers alignaient les étoiles contre vous et attiraient une série d’événements malheureux sur votre maison, sinon sur votre tête. Le mot lui-même en est venu à signifier, selon le Larousse, "catastrophe, événement funeste ; grand malheur, dégâts qui en résultent". Examinons quelques exemples, pour illustrer cette définition.
Dans l’Antiquité, on a rarement vu événement plus désastreux — ou entraînant de pires dégâts — que l’invasion athénienne de la Sicile en 415 av. J.C.. Ce désastre a été conté par Thucydide dans son oeuvre classique "Histoire de la guerre du Péloponnèse". Voici une version courte de cette histoire : les Athéniens étaient en guerre contre leurs voisins de Sparte depuis de nombreuses années ; ils décidèrent finalement de tenter de briser ce qui était devenu une impasse militaire. Les Athéniens choisirent de déborder leurs ennemis en envoyant une armée par la mer Méditerranée vers la Sicile, menaçant ainsi l’arrière des positions spartiates.
Je parlais plus haut d’offenser les dieux — visiblement, quelqu’un parmi les Athéniens avait commis un faux pas gravissime (selon Thucydide, il s’agissait d’Alcibiade, mais qu’en savons-nous vraiment ?). Les Athéniens étaient pleins d’orgueil à la perspective de leur propre succès. Mais leur expédition à distance se heurta à des obstacles dès son départ, faisant face à quasiment toutes les difficultés que peut poser une campagne militaire lointaine. Une fois les Athéniens débarqués sur les côtes d’une Sicile hostile, les choses ne firent qu’empirer. Après avoir perdu une bataille majeure dans la ville de Syracuse, les Athéniens se lancèrent dans une retraite à corps perdu. En fin de compte, les soldats de Syracuse rattrapèrent l’armée athénienne sur les bords de la rivière Assinaros, sur la côte sud-est de la Sicile. Là, selon Thucydide, les Athéniens assoiffés furent massacrés par centaines tandis qu’ils se bousculaient pour atteindre le cours d’eau.
Voilà ce qu’on appelle un désastre.
"Mais l’humanité a dépassé ce genre d’événements", vous diront certains. Certes — sauf que nous ne faisons que nous rassurer à bon compte, avec de telles déclarations. Des calamités du même genre continuent de se produire. Nous avons le même orgueil démesuré que celui qui a condamné l’armée athénienne… ainsi que le majestueux Titanic et son capitaine. L’humanité est toujours aussi aveugle — et c’est quasi volontaire — en ce qui concerne la capacité de prévoir et d’éviter les désastres qui se préparent.
Prenons un exemple de désastre moderne : personne ne pourra oublier les fameux mots prononcés le 28 janvier 1986 par le centre de contrôle de la NASA — et qui sont peut-être le plus bel euphémisme du 20ème siècle : "il semble que nous ayons un dysfonctionnement majeur du véhicule".
Un dysfonctionnement majeur ? La navette spatiale Challenger venait d’exploser, moins de deux minutes après son décollage. Le véhicule était détruit. L’équipage était mort. Des débris tombaient du ciel, sombrant dans la mer entourant Cap Canaveral. Et tout cela passait à la télévision, en direct et en couleur.
Et là encore, on aurait pu éviter le pire, comme nous le verrons dès demain…
Meilleures salutations,
Byron King
Pour la Chronique Agora
(*) Byron King est diplômé de la faculté de Droit de Harvard et exerce actuellement en tant qu’avocat à Pittsburgh, en Pennsylvanie.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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