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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 16 mai 2006
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*** De grosses secousses tous azimuts
La baisse des marchés n’a pas épargné un seul secteur…
*** Plaza light
Les accords de 1985 dans une version allégée…
*** L’église de Buffett & Munger (2)
Chris Mayer termine son compte-rendu sur l’assemblée générale des actionnaires de Berkshire Hathaway…
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Bonjour,
*** DE GROSSES SECOUSSES TOUS AZIMUTS
** Nous pourrions facilement succomber à la tentation de citer quelques morceaux choisis des récentes Chroniques, qui décrivaient par le menu toutes les raisons invoquées depuis des semaines pour justifier le basculement des bourses mondiales dans un scénario baissier (le CAC 40 perd la bagatelle de 4,5% en deux séances et demi)… mais notre satisfaction n’est que très relative.
En effet, une des questions les plus lancinantes qui nous taraude depuis que Paris a franchi les 5 240 points à la mi-avril reste sans réponse — même si nous retrouvons désormais le CAC 40 sous les 5 065 points, c’est-à-dire sous ses planchers des 12 et 13 avril dernier. Pourquoi cette correction a-t-elle mis tant de temps à se matérialiser ?
Question subsidiaire : qu’est-ce qui a fait basculer la psychologie des marchés jeudi dernier à deux heures de la clôture ? Le prix du baril de pétrole venait tout juste d’amorcer sa décrue, laquelle s’est amplifiée de façon spectaculaire ce lundi avec l’enfoncement des 70 $ sur le NYMEX, le baril chutant de 2,5 $ à 69,50 $.
Les analystes invoquent aujourd’hui la résurgence des craintes inflationnistes, la peur d’un ralentissement économique, des profits en berne sur fond de hausse des taux… mais toutes ces menaces étaient déjà d’une brûlante actualité il y a un mois.
La chute du dollar sous les 1,2150/euro (et jusque vers notre objectif des 1,2975) est venue se greffer là-dessus. Contrairement à la relation mécanique qui lie d’ordinaire la performance des actions à celle du billet vert, la débâcle de la devise américaine semble avoir servi d’aiguillon haussier pour les valeurs de la zone euro.
La seule explication qui nous vienne à l’esprit est que des arbitrages en faveur de l’euro ont également soutenu les actions libellées dans cette devise. Peu importait alors le handicap commercial dont sont (ou seront) victimes les entreprises exportatrices en dollars.
** Est-ce alors un pur hasard si l’Euro-Stoxx se retourne à la baisse au moment ou le billet vert semble en passe d’achever sa glissade à l’approche des 1,30/euro et des 109 yens — alors que les taux longs européens se détendent brutalement, de 4,08% vers 4,01% si l’on se réfère aux Bunds de maturité 2016 ?
La bourse de Paris a achevé la première séance de la semaine sur un score de -1,66%, mais les cinq dernières minutes lui ont été fatales. Le CAC 40 affichait un score de -1,3%, qui se situait plutôt dans la moyenne… mais une quinzaine de points supplémentaires furent perdus au moment du fixing. Paris s’est retrouvé d’un seul coup en queue de peloton, loin derrière Francfort, Madrid et Amsterdam (-1 à -1,1%) puis Londres et Zurich (-1,35%).
Les derniers échanges ont fait exploser les volumes à Paris. Plus de deux milliards d’euros ont changé de mains en quelques secondes ; il s’est de nouveau traité près de dix milliards d’euros sur le SBF 250 et 8,25 milliards d’euros sur les blue chips de la cote.
Il faut également souligner que les valeurs moyennes ont été passées au laminoir (-2,75%). Elles ont subi leur plus forte chute de l’année : les pertes dépassent les 5,3% en 48 heures. Les dégagement bénéficiaires ont été intenses sur le secteur des para-pétrolières, avec -5% sur Technip, et -7,5% sur Géophysique et Vallourec (et son fantastique réservoir de plus-values).
[NDLR : Notons qu'en ces temps troublés, notre spécialiste des petites valeurs, Jean Chabru, parvient à garder le cap sans trop de problèmes : il annonçait par exemple hier une plus-value de 22% -- preuve s'il en fallait qu'une bonne méthode de sélection permet de faire des profits par tous les temps... Pour en savoir plus...]
** Outre-Atlantique, une réouverture légèrement négative puis un rapide retour à l’équilibre de Wall Street — le S&P a gagné 0,25%, mais le Nasdaq reculait d’autant — ne calme pas la nervosité des opérateurs américains. Les prochains chiffres concernant l’inflation publiés cette semaine vont être regardés de près, ainsi que ceux reflétant la conjoncture dans le secteur immobilier.
A la veille de la parution de l’indice des mises en chantier aux Etats-Unis pour le mois d’avril, le baromètre de la confiance des l’association des constructeurs de logements individuels (NAHB/Wells Fargo) plonge de six points, à 45 contre 51 — le plus bas niveau affiché par cet indicateur depuis juin 95, un score pire qu’au mois de nombre 2001.
Les analystes attendaient hier une petite statistique concernant l’activité industrielle dans l’état de New York. L’indice Empire State, calculé par la Fed, a reculé à 12,4, contre 15,8 points en avril, alors que le consensus du marché tablait sur une petite hausse à 16,1 points.
Même s’il s’agit d’une statistique mineure, elle a cependant favorisé une détente des taux sur l’ensemble de la courbe aux USA, notamment sur le 30 ans : la principale référence en matière de prêts immobiliers a vu son rendement refluer de 5,30% vers 5,25%.
Des arbitrages dans le cadre d’une course vers la sécurité (flight to quality) profitent aux bons du Trésor, dont les rendements redeviennent attractifs dès lors que les espoirs de plus-values sur les actions s’évanouissent. La principale victime du jour, ce fut le secteur des matières premières : l’once d’or a perdu plus de 4% (-34 $) à 680 $/once, tandis que l’argent métal dévissait de 8%, à 13,25 $/once.
Certaines mines d’or sud-africaines comme Harmony ou Gold Fields ont affiché jusqu’à -10% en cours de journée, retrouvant pour certaines leurs planchers du mois de mars. Compte tenu de la progression fulgurante de la moyenne pondérée du cours du métal précieux au cours des trois derniers mois — mais aussi de l’incapacité des aurifères à renouer avec leurs sommets annuels –, une telle "punition" semble démesurée, voire anachronique.
** Mais où donc sont passées les liquidités ? Une des principales informations monétaires du jour, c’est la remontée du yuan chinois au-delà de la barre symbolique des 8,00 pour un dollar (contre 8,02 en début de mois).
Cela pourrait signifier que Pékin, à 24 mois de l’accueil des Jeux olympiques, consent à laisser sa monnaie flotter — ce qui revient à orchestrer sa réévaluation, mais de manière très progressive. Cela afin de ne pas s’attirer les foudres de la Maison-Blanche, alors que les lobbies protectionnistes font le siège du Congrès américain pour obtenir le vote de sanctions contre la Chine.
Mais que ferait l’Empire du Milieu sans la complicité des investisseurs et des multinationales américaines… puis de clients tels que Wal-Mart, qui exige des prix toujours plus bas et achète à lui seul autant de produits made in China que l’ensemble des grandes surfaces de toute l’Europe à 25 réunie ?
** La dernière question qui mérite d’être posée en cette mi-mai concerne le retour de balancier sur les marchés à terme de matières premières. La tonne de cuivre vient de passer en un an de 3 500 $ à 8 000 $… et les transactions quotidiennes sur certains métaux industriels représentent 30 fois la quantité de minerais en circulation !
Tous les ingrédients d’un krach majeur sont désormais en place à court terme. Cependant, si l’on étudie le cours des matières sur de longues périodes, l’envolée actuelle est certes assimilable à un excès spéculatif ponctuel… mais ce n’est peut-être que la première d’une série de vagues haussières qui n’ont pas fini de bouleverser les raisonnements économiques et les (mauvaises) habitudes de gaspillage de gros consommateurs de produits manufacturés achetés à crédit.
Philippe Béchade,
Paris
PS : Ca baisse, ça baisse, ça baisse… Dans de telles circonstances, comment orienter vos investissements ? Philippe Béchade vous donne tous ses conseils et recommandations au 0899 707 009* — ne laissez pas les marchés prendre le dessus sur votre portefeuille !
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Dans les moments d’incertitude boursière…
IL EST PLUS SUR DE REVENIR AUX SOURCES !
Voici par exemple un principe d’investissement quasi-enfantin… mais qui vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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Les dernières nouvelles de Wall Street
*** PLAZA LIGHT
** L’hôtel Plaza de New York est l’un des bâtiments les plus facilement reconnaissables au monde — parce qu’il a figuré dans le décor d’un nombre impensable de films et d’émissions (sans parler du fait que Donald Trump l’a acheté à la fin des années 80). Lorsqu’on pense à cet hôtel, on imagine plus souvent des célébrités en train de siroter du champagne… que des ministres des finances planétaires en train de mettre en place des politiques économiques. Mais c’est pourtant bien ce qui se passait le 22 septembre 1985.
- Ce qui était à l’époque le G5 (Japon, France, Allemagne de l’ouest, Etats-Unis et Royaume-Uni) s’était réuni à l’hôtel Plaza et s’était mis d’accord pour dévaluer le dollar américain par rapport au yen japonais et au deutschemark allemand en intervenant sur les marchés de devises. Ils baptisèrent cela les Accords du Plaza.
- Chaque pays avait fait des promesses spécifiques ; celle des Etats-Unis était de réduire le déficit courant, qui avait grimpé à 3,5% du PIB national. Les pays du G5 ont ensuite intercédé sur leurs marchés de devises respectifs pour faire baisser le dollar, le moyen le moins douloureux de s’attaquer au déficit. Ce plan fonctionna.
- Le magazine The Economist nous dit : "A la fin 1987, le dollar avait chuté de 54% par rapport au deutschemark et au yen depuis son sommet de février 1986".
** Vingt ans plus tard, nous nous retrouvons dans une situation similaire. Le déficit courant américain atteint près de 7% du PIB, et pour compenser ce déséquilibre mondial, les banques centrales du monde entier participent à ce qui est considéré comme "un changement de régime". Le journal britannique Daily Telegraph nous en dit plus :
- "Les banques centrales du monde entier — menées par la Fed — coopèrent tacitement pour provoquer un déclin contrôlé du dollar. Les premiers signes de cela se sont fait sentir le mois dernier, lors de la réunion des ministres des finances du G7 à Washington."
- "Cela a été suivi par un discours inhabituellement sec de Ben Bernanke au Congrès, déclarant que le statut de ‘débiteur international’ des Etats-Unis ‘ne peut se poursuivre éternellement’. Le FMI a rajouté son grain de sel, en prévenant que ‘la résolution des déséquilibres mondiaux’ pourrait exiger un déclin ‘substantiel’ du dollar."
- Cette intervention supposée sur les marchés de devises a été appelé "Plaza light", en référence aux accords de 1985 — et les traders laissent tomber le dollar comme une partenaire trop prude lors d’un premier rendez-vous. Jeudi dernier, le billet vert a atteint un plancher d’un an par rapport à l’euro, à la livre sterling et au franc suisse. Si cette entente tacite suit le chemin des Accords du Plaza d’origine, le dollar a encore du chemin à parcourir à la baisse.
- Marc Chandler, économiste chez Brown Brothers & Harriman, à New York, a déclaré : "Ce que les autorités craignaient précisément qu’il se passe suite aux considérables déséquilibres mondiaux est en train de se produire suite à leur tentative maladroite de ‘régler le problème’. La volatilité grimpe sur les marchés de capitaux. Les valeurs mondiales dégringolent".
- En ce qui nous concerne, nous pensons que nous allons nous en tenir à l’or.
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Bill Bonner, en transit entre Londres et une destination mystérieuse, ne nous a pas donné de nouvelles aujourd’hui… mais nous ne désespérons pas de le retrouver dès demain fidèle au poste.
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*** La Chronique Agora présente ***
Chris Mayer s’est rendu à la "grand’messe" d’Omaha… et assisté à l’assemblée générale des actionnaires de Berkshire Hathaway. Aujourd’hui, suite et fin de son compte-rendu.
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L’EGLISE DE BUFFETT & MUNGER — 2ème PARTIE
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Par Chris Mayer (*)
Buffett a parsemé son discours de bon nombre de conseils d’investissements. Il a par exemple évoqué l’une des idées clé de son célèbre mentor, Benjamin Graham : vous avez raison parce que les faits et votre raisonnement vous donnent raison — non parce que quelqu’un est d’accord avec vous. Cela revient à l’idée que vous ne pouvez laisser les conditions de marché vous influencer. "Faites que le marché vous serve", a conseillé Buffett, "il n’est pas là pour vous instruire".
C’est là une différence essentielle entre un investisseur "micro" et une approche "macro". L’approche macroéconomique se base sur les marchés — d’où une utilisation intensive des graphiques. C’est bien différent de l’approche de Buffett.
Buffett a déclaré que les investisseurs devraient se concentrer sur les choses importantes et "connaissables". L’un des participants a posé à Warren Buffett et Charlie Munger une question sur les devises, les taux d"intérêt et les déficits courants américains.
J’ai adoré la réponse de Buffett — et je pense qu’elle a aidé à éclairer certaines des différences entre son approche, qui est aussi celle de Munger (enracinée dans la tradition d’investissement de la vieille école), et le secteur plus spéculatif du marché : "nous ne jouons pas les grandes tendances. C’est un peu trop macro pour nous", a-t-il déclaré.
Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait de la viabilité de l’éthanol en tant que carburant et en tant qu’investissement, Buffett a déclaré qu’il était plus simple de voir si les gens allaient boire plus de Coca-Cola et manger plus de bonbons. De plus, le fait que l’éthanol est très populaire en ce moment dissuade Berkshire de se positionner.
Munger pensait que, dans la mesure où il faut plus d’énergie pour produire de l’éthanol que l’éthanol lui-même n’en fournit, ce n’était pas une bonne idée. Il a également exposé son concept, souvent utilisé, des trois seaux."A Berkshire, nous avons trois seaux", a-t-il déclaré : "oui, non et trop difficile".
L’éthanol entre dans le seau "trop difficile". C’est un excellent principe, que j’utilise souvent pour investir. Inutile de faire des recherches sur tout, ou d’avoir une opinion sur tout. Certaines idées d’investissement sont simplement trop dures, trop difficiles et trop complexes pour se forger une opinion sûre et solide. Sur ces questions difficiles, l’investisseur a toujours un garde-fou très efficace : il peut simplement laisser tomber.
Sur la question de savoir si oui ou non les matières premières étaient dans une bulle, le célèbre duo avait une opinion avisée.
Buffett a déclaré qu’à part les produits agricoles, ils voient effectivement quelque chose ressemblant à une bulle sur les métaux (en particulier le cuivre) et le pétrole. Il a déclaré que, comme la plupart des tendances, les fondamentaux commencent par nourrir le cycle. Et ce que le sage fait au début, l’idiot le fait à la fin. A mesure que les tendances se forment et prennent de la vitesse, elles attirent les éléments spéculatifs. En fin de compte, ces derniers prennent le dessus, et on se retrouve dans une zone dangereuse. "Nous voyons cela dans le domaine des matières premières", a déclaré Buffett.
De combien est-ce que tout cela va grimper ? Personne ne le sait. Mais les matières premières, a conclu Buffett, sont "une balle de foot spéculative".
Quant à l’Amérique du sud ? Selon Buffett, le problème est qu’ils doivent investir beaucoup d’argent pour faire bouger les choses, à Berkshire ; cela limite grandement le nombre de pays dans lesquels ils peuvent investir. Le Brésil, par exemple, est un grand pays, et n’est pas à exclure — mais ils devraient investir une grosse somme dans une entreprise qu’ils comprennent, et pour un prix plus bas, comparé aux actions américaines.
Meilleures salutations,
Chris Mayer
Pour la Chronique Agora
(*) Christopher W. Mayer est un vétéran du secteur bancaire, et plus particulièrement du domaine des prêts aux entreprises. Auteur financier depuis 1998, les essais de Chris ont été publiés dans une large gamme de publications, de l’article quotidien de Mises.org à la version américaine de la Chronique Agora. Il est également le rédacteur de Capital and Crisis, un service de conseil en investissements récemment lancé à l’intention des observateurs financiers d’opinion contrarienne.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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