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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 21 décembre 2006
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*** En cas de trading range…
… rangez le trading !
*** Dans l’encadrement de la porte
Dan Denning malmène le billet vert…
*** Le petit marchand de téléphones (1)
Compte de Noël de notre Banquier central
—————————– (publ.)
Cinq conseils pour votre portefeuille…
… et l’investissement que vous devriez faire sans plus attendre !
Pour découvrir les principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent — comment y réagir, cliquez ici…
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Bonjour,
*** EN CAS DE TRADING RANGE…
** Ce n’était donc que cela ? Un simple excès de piment dans la nouvelle recette des autorités thaïlandaises ? Une recette destinée à tempérer l’appétit des investisseurs non-résidents pour les actifs libellés en baht — avec notamment le blocage, durant un an, du tiers des nouveaux dépôts en devises étrangères, une formule pourtant testée avec succès en Malaisie à partir de 1998.
Les clients locaux — la bouche en feu à force de hurler des ordres de vente dans un marché qui partait en vrille — ont vivement protesté et renvoyé les plats en cuisine. Les clients étrangers ont quitté l’établissement précipitamment, le visage cramoisi, et promis d’alerter le service gastronomie des Guides Bleus.
Le message a été bien reçu. Le chef des cuisines a décidé de réduire l’assaisonnement — de "extra fort" à "épicé" — dès le service du lendemain midi, puis de délivrer la purée de piment dans un bol servi à part afin d’épargner le palais délicats des investisseurs occidentaux.
Le ministre des finances, M. Pridiyathorn Devakulaa, ne regrette rien — c’est peut-être dans sa vocation de se montrer créatif en matière de cuisine monétaire ! Cependant, il a promis d’avoir la main un peu moins lourde à l’avenir ; cela vaut mieux que d’avouer qu’il s’est fait brutalement rappeler à l’ordre par les grandes banques d’affaires anglo-saxonnes, puis par la junte militaire qui a renversé le précédent gouvernement au mois de septembre dernier.
Les convives se sont donc remis à table. L’indice du Stock Exchange of Thailand (SET) a repris — non pas du riz sauce piquante, mais un bon 11%, effaçant ainsi un peu plus des deux tiers du terrain perdu la veille (-15%), soit l’équivalent de 17 milliards de dollars en termes de capitalisation.
Dopées par la meilleure mine de la bourse de Bangkok, les autres places asiatiques ont rebondi avec une belle unanimité. La hausse était voisine de +1,50% à Kuala Lumpur — la bourse la plus proche de l’épicentre du séisme de mardi, +1,4% à Hong Kong et Tokyo, +1,7% à Jakarta, +1% à Séoul et enfin +0,8% à Singapour.
Avec les premiers effets du vent d’optimisme qui soufflait depuis l’Extrême-Orient, les indices occidentaux n’ont pas tardé à s’orienter "au nord" (à la hausse, pour les analystes techniques). Ils gagnaient d’entrée de jeu 0,50% à 0,55%. Neuf heures et demie plus tard, ils en terminaient exactement au même point, sans avoir jamais gagné moins de 0,4%, ni plus de 0,7% ; le CAC 40 s’est lui aussi contenté d’osciller au sein d’un étroit corridor délimité par 5 508/5 524 points.
** Dire que cette séance de bourse fut peu palpitante (les volumes continuant de se contracter à 5,5 milliards d’euros) constitue un doux euphémisme. Nous en profitons pour abonder dans le sens d’Egisthe l’Analyste dont vous avez pu déguster la prose — en fin gourmets — dans l’essai publié ce mercredi : "le CAC 40 pourrait désormais évoluer au sein d’un trading range entre 5 300 points et 5 540 points".
Il ajoute que "nous quittons provisoirement un marché en tendance : plus moyen pour l’instant de jouer d’amples hausses ; pas moyen non plus de prendre des positions courtes (vente à découvert) pour profiter d’un contexte clairement baissier".
Les indices boursiers pourraient donc se contenter "d’un va-et-vient entre deux bornes horizontales assez étroites. Il s’agit d’une situation d’équilibre relatif entre intervenants haussiers et baissiers, sans qu’aucun consensus massif ne se dégage [...] et plus le trading range se prolonge, plus la conviction s’ancre dans le marché que les deux bornes forment de bons niveaux d’achat/vente"… dont les indices ont de plus en plus de difficultés à s’extraire.
Il en résulte que "nous ne pouvons espérer jouer que des trades de 4% à 5% à leur maximum d’amplitude. Bien entendu, il y aura des exceptions à la règle — des valeurs, voire des secteurs, qui sur-performeront ou sous-performeront l’indice — disons, d’une dizaine de pour cents. Mais d’une façon générale, les opportunités vont se raréfier".
Nous ne saurions mieux dire !
Ces périodes de stagnation sont particulièrement éprouvantes pour les nerfs des amateurs d’instruments de gestion à effet de levier tels que les options (puts et calls), les warrants et toute une panoplie d’instruments exotiques comme les "Tapeo/Tapebas" et autres "C-perfect" : l’absence de volatilité lamine la valeur temps — plus les cours stagnent, plus vos positions dégagent de la moins-value, de façon quasi-irréversible.
Cependant, de nombreuses réactions glanées auprès d’investisseurs sur les salons et au détour de certains forums spécialisés nous enseignent qu’une progression linéaire, mais d’une extrême lenteur — comme vous pouvez l’observer sur le Nasdaq ou le CAC 40 depuis un mois, avec un gain cumulé à peine supérieur à 1% depuis la mi-novembre — a des effets tout aussi dévastateurs sur les performances des options ou des warrants, qu’ils soient hors de la monnaie ou tout juste à la monnaie.
** Nous avons eu l’occasion de nous entretenir mardi avec des spéculateurs qui avouent leur désarroi devant des marchés qui donnent l’impression de progresser inexorablement — la plupart des non-initiés ont le sentiment que les actions sont en plein boom depuis le mois de juillet… mais où il est extrêmement difficile de ne pas perdre d’argent, tant les bonnes "fenêtres" pour investir à bon compte sur les produits dérivés se font rares dans une tendance en ligne.
Il s’agit en fait d’un trading range qui peut être plus ou moins pentu (et l’inclinaison est relativement faible cet automne), et où les phases de consolidation sont peu marquées, pour ne pas dire complètement absentes depuis le 11 septembre dernier.
Mais ce qui compte par-dessus tout — et que la tendance soit très marquée à la hausse ou apparaisse irrégulière n’y change rien –, c’est que les indices dessinent une succession de creux et de pics, si possible imprévus, avec des écarts de 5% ou plus. Or le canal qui enferme le CAC 40 depuis le début de l’été 2006 "mesure" moins de 3% d’épaisseur. Par conséquent, il est quasiment impossible d’enchaîner les allers-retours gagnants, sauf à se contenter d’écarts minimes.
Le trading range, c’est la période bénie des émetteurs de produits dérivés qui contiennent essentiellement de la valeur temps… mais c’est le cauchemar de l’épargnant : nous connaissons des investisseurs qui ont bien plus reperdu sur les dérivés — alors qu’ils avaient misé avec obstination sur la hausse du CAC 40 — que ce qu’ils engrangent sur la sélection de titres qu’ils détiennent dans leurs PEA ou leur SICAV actions.
C’est l’illustration parfaite qu’une tendance parfaitement lisible (propice au trend following) et une anticipation haussière univoque (90% des gérants se disent optimistes, alors imaginez l’état d’esprit actuel de la clientèle particulière, à laquelle ils ont toujours une nouvelle offre boursière alléchante à présenter) s’avèrent stériles sur les marchés à terme : puisque tout le monde valide le même scénario, ce scénario ne vaut plus rien dès lors qu’il se matérialise.
Avec la trêve des confiseurs qui s’amorce, le voeu le plus cher des gérants de portefeuille demeure que le statu quo "dans les plus hauts annuels" perdure jusqu’au 29 décembre. Si l’épisode thaïlandais n’avait pas pimenté l’actualité des dernières 48 heures, nous sommes à peu près convaincu que les volumes négociés auraient été inférieurs de 20% à ceux observés depuis lundi.
Nous sommes également convaincu que le CAC aurait présenté un profil aussi plat qu’un vieux disque en vinyle de Johnny Hallyday… lequel vient de se voir débouté par la Cour de Cassation du droit de récupérer la propriété des bandes originales des chansons enregistrées alors qu’il était sous contrat avec Universal Music : après un exil fiscal volontaire, Johnny subirait-il un bannissement judiciaire ?
Philippe Béchade,
Paris
PS : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45 cet après-midi, avec une analyse détaillée de la séance en cours, un suivi des positions encore en portefeuille — et, bien entendu, le conseil du jour !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Dan Denning nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** DANS L’ENCADREMENT DE LA PORTE
** Enfant, je me souviens de mon père se tenant debout dans l’encadrement de la porte, et, lentement, d’une manière étrangement contrôlée, y asséner des coups répétés. Cela m’impressionnait, et, je dois l’admettre, m’effrayait aussi un peu.
- Mais dans une grande famille de douze enfants, il y a probablement pas mal de bonnes raisons de déchaîner ce qui vous reste d’énergie sur un cadre de bois massif plutôt que sur votre septième fils (votre correspondant), par exemple. Nous n’avons pas la moindre idée de ce que notre paternel essayait de faire. Il terminait en général avec les phalanges meurtries et ensanglantées… mais il était bien plus détendu.
- Le dollar US, c’est notre encadrement de porte à nous. Nous heurtons parfois nos phalanges cérébrales contre le billet vert, essayant de briser les restes pleins d’échardes de son existence abstraite. Nous fouillons des articles et des données pour trouver ce qui compte réellement pour le dollar, et pourquoi il exige notre attention. Et cela nous rappelle les actions dot.com au plus haut de la bulle des technologiques. Quiconque était lourdement investi dans le secteur aurait hésité à vendre le premier.
- Pour commencer, en vendant, on admet que ce qu’on possède mérite d’être vendu. Ensuite, votre vente pourrait pousser d’autres gens à se débarrasser de leurs titres, déclenchant une ruée vers la sortie. Une fois brisé le sort absurde qui a poussé les investisseurs à faire des investissements stupides en trop grande quantité, l’enfer se déchaîne… et les ventes paniquées, indisciplinées, désordonnées et profondément déstabilisantes commencent.
- Si le dollar est comme les dot.com, la vague de ventes qui s’annonce fera ressembler le krach de 2001 à une journée au parc d’attractions. De par le monde, toute personne possédant des actifs libellés en dollars possède en fait un tiroir plein de billets verts. En fait, tant d’individus, d’institutions et de banques centrales possèdent des dollars que l’excès de vendeurs effrayés pourrait être énorme, si une vente rapide devait se déclencher pour une raison ou pour une autre.
- Et de quelle raison pourrait-il s’agir ?
** La Banque centrale chinoise provoquera-t-elle un exode massif hors du dollar ? Nous n’excluons pas cette possibilité. "La Banque centrale chinoise a prévenu que les détenteurs internationaux d’actifs libellés en dollars pourraient commencer à ajuster leurs détentions de devises étrangères pour réduire le risque", rapporte le magazine Forbes. "Si la croissance du déficit courant US continue de dépasser celle du PIB US, la valeur d’investissement des actifs américains sera remise en question par les investisseurs planétaires, et leur volonté de continuer à détenir et acheter des produits financiers US pourrait s’affaiblir, a déclaré la banque centrale".
- Les Chinois possèdent beaucoup de dollars. Et peut-être que cela commence à les rendre nerveux — aussi nerveux qu’un chat à longue queue dans une pièce pleine de fauteuils à bascule, comme dit un proverbe du sud des USA. "La Chine s’est montrée prudente dans ses déclarations au sujet du dollar", continue Forbes. "Elle possède désormais plus de 1 000 milliards de dollars en réserves de change, les plus grandes au monde — et sur cette quantité, environ 70% seraient constitués d’actifs libellés en dollars".
- Les Chinois ont donc toutes les raisons d’éviter de causer une panique sur le dollar. Mais dans le Moscow Times, on trouvait une analyse très sobre de ce à quoi nous pourrions assister en 2007. Une crise politique en Chine pourrait causer la fin du dollar, raisonne Alexei Bayer. "Jusqu’à présent, la Chine a évité le genre de crises financières et de bouleversements politiques qui ont à maintes reprises mis les nations exportatrices plus petites dans l’impasse, dans la région Pacifique, ces deux dernières décennies. Le gouvernement de Pékin a utilisé la politique de la carotte et du bâton pour maintenir le calme dans sa vaste société, où les changements se produisent rapidement.
- "Cependant, les succès passés ne signifient pas que la Chine pourra garder éternellement un couvercle sur ce chaudron. La croissance économique a déchaîné une énergie et une créativité impressionnantes au sein de la population chinoise. Mais elle a également créé des pressions sévères — sociales, politiques, économiques et démographiques. Des centaines de millions de paysans ont abandonné leur mode de vie ancestral et migré vers les centres urbains. Le fossé entre riches et pauvres s’est agrandi… ces pressions — ou d’autres problèmes qu’on ne peut prédire pour l’instant — pourraient plonger la Chine dans une crise potentiellement grave".
- "La Chine s’est distinguée comme étant probablement le seul pays au monde pouvant, à lui seul, saper l’économie US", continue Bayer. "Si la Chine subit une crise économique ou politique, les Etats-Unis seront probablement plongés dans une profonde récession — sinon une dépression pure et simple".
- "Ce scénario est dangereusement similaire à celui de la Grande dépression des années 30 — qui était en grande partie une crise américaine se produisant après une décennie de croissance économique à marche forcée", conclut Bayer. "Le krach boursier a eu lieu à Wall Street, mais les ondes de choc se sont rapidement propagées au reste du monde. En fin de compte, la Dépression a marqué la fin de la domination économique britannique et la fin de la livre sterling en tant que devise internationale. La prochaine crise économique mondiale trouvera certainement son origine en Chine, mais elle marquera probablement la fin du dollar comme soutien du système financier mondial, et la diminution substantielle du rôle central des Etats-Unis".
- Jusqu’à présent, bien peu d’investisseurs osent — ou se donnent la peine d’imaginer les conséquences d’une liquidation forcée du dollar par la Chine, et ce que cela pourrait signifier pour les actions (rien de bon) et pour l’or (que du bon). Mais selon un récent article du New York Times, la sagesse des investisseurs individuels commence à se faire sentir jusque dans les salles de conseil des banques centrales de la planète.
- "Les banques centrales finiront par suivre le même chemin… si elles continuent à voir la valeur de leurs réserves libellées en dollar s’effondrer", déclare le professeur Richard Portes, qui enseigne l’économie à la London School of Business. "Les gens disent que les banques centrales se fichent de perdre de l’argent. Ce n’est tout simplement pas vrai. J’ai parlé à des banquiers centraux qui ont affirmé : ‘je ne serai pas le dernier à sortir de la pièce si un incendie se déclare’."
- Personne ne voulait être le dernier à sortir des dot.com non plus. Mais le plus gros problème n’était pas de décider quand partir. Le problème, à l’origine, c’était d’être entré. Et il en va de même pour le monde financier actuel basé sur le dollar. La plus grosse difficulté, c’est qu’il n’y a pas de "sortie" dans le sens où l’on échapperait entièrement au risque dollar. L’or, vraisemblablement, rebondirait à mesure que le dollar chuterait. Mais la plupart des autres actifs financiers s’effondreraient de concert avec le dollar. Ni les actions, ni les obligations, ni même les devises étrangères n’offriraient de protection contre une débâcle du dollar. En fait, cette dernière deviendrait quasi-certainement une débâcle des marchés mondiaux.
- Acheter de l’or semble parfois aussi douloureux et contre-productif que de taper dans un encadrement de porte. Mais ce n’est pas le cas actuellement. A mesure que 2007 avancera, nous nous attendons à voir les détenteurs de dollars dans le monde grimacer de douleur — ce qui ne sera pas le cas des possesseurs d’or.
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Bill Bonner, lassé de globe-trotter, a décidé de s’accorder un petit répit — mais nous devrions le retrouver dès demain pour les dernières notes de l’année 2006…
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Nous n’avons pas de solution miracle aux incertitudes boursières…
…mais que pensez-vous d’un gain moyen de 25% en un trimestre ?
Mieux encore, auriez-vous apprécié une plus-value de 44% enregistrée en quatre séances… alors même que le Nasdaq perdait 4,5% sur la semaine ?
Si oui… continuez votre lecture pour en savoir plus
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*** La Chronique Agora présente ***
Notre Banquier Central nous livre un conte de Noël tout à fait financier, pour terminer l’année en beauté…
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Le Journal d’un Banquier Central
LE PETIT MARCHAND DE TELEPHONES — 1ère PARTIE
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Par le Banquier Central (*)
Tant tourne vent qu’il choit en bise/Tant crie-t-on Noël qu’il vient.
– François Villon
… Qu’il faisait froid, mes bons amis !
On était à la veille de Noël, et les pendules sonnaient six heures. Devant le ciel assombri, le long des auvents gris où nichaient des pigeons frissonnants, la neige tirait ses rideaux de flocons qu’une bise glaciale roulait ensuite sur le pavé désert. Qu’il faisait froid ! A croire que l’effet de serre avait sucé des cachous.
Des dindes et des zibelines
Les rares passants encore dehors pressaient le pas, avec leur dinde et leurs cadeaux multicolores, tout à la hâte de retrouver le sapin illuminé, dans leur maison bien chaude au Luxembourg. C’étaient, pour la plupart, d’élégants patrons du CAC 40, donnant le bras au riche fonds de pension avec lequel ils s’étaient mariés dans l’année. Vêtu d’un manteau de zibeline, poudré de création de valeur, le riche fonds de pension se laissait guider avec un doux sourire — et l’on apercevait, entre ses mains gantées, un petit paquet de stock-options pour le Noël des gosses.
Ils avaient fait de bonnes affaires, ces élégants patrons du CAC 40 : +20% de hausse sur l’indice depuis l’été, +115% depuis le printemps 2003, des rallyes comme on n’en voit pas souvent. Après la correction du printemps, les investisseurs alléchés s’étaient disputé leurs titres tout au long de l’automne.
… Bref, c’était la nuit de Noël, nuit magique où votre banquier songe davantage à sa bûche qu’à votre dette…
… Noël ! Noël !
Et puis d’ailleurs, à quoi bon la vaine course aux profits ? La fin d’année n’avait-elle pas comblé toutes les espérances des grands capitaines d’industrie ? "Allons, se disaient-ils, les Fêtes ne seront pas si mauvaises."
Ils avaient quelques raisons de le croire. En zone euro, la confiance des ménages — malgré quelques accès de pessimisme en France et en Italie — rejoignait ses plus hauts, tirée par la baisse du chômage. Les intentions d’achat pour Noël se maintenaient à un niveau honorable, bien loin du coup de déprime qui avait accablé les consommateurs en 2003. Cela n’empêchait pas la guerre des prix de faire rage. Les magasins traditionnels se heurtaient de plein fouet à la concurrence de la vente en ligne, avec ses comparateurs automatiques. Mais enfin, l’essentiel était sauf : cette année encore, la demande serait au rendez-vous, sous la couronne de gui où vacillent les chandelles, à la rencontre de l’offre.
Déjà, dans les aéroports enguirlandés du Vieux Continent, des légions de nains à capuchon déchargeaient en chantant des palettes de baladeurs chinois. Au bout du compte, ce Noël-ci n’aurait rien à envier aux précédents. Et les élégants patrons du CAC 40, qui avaient tous promis de déposer, dans les souliers de leur riche fonds de pension, des niveaux de rentabilité en or massif, se frottaient les mains avec la satisfaction du devoir accompli.
Bien sûr, on tournait de temps en temps les yeux vers l’Amérique, où les signaux macroéconomiques confirmaient le ralentissement prévu. Les commandes de biens durables avaient accusé leur plus forte baisse depuis l’été 2000 ; la confiance des ménages et les ventes des grands magasins reculaient. Productivité au troisième trimestre, commandes aux usines, délivrances de permis de construire, tous ces chiffres s’inscrivaient à la baisse, en deçà des attentes — le dernier pointant vers le dégonflement de cette "écume immobilière" sur laquelle tant de ménages, ayant hypothéqué leur domicile, avaient assis leur prospérité. Mais en ce domaine, le krach tant redouté n’avait pas eu lieu. Et un bon rapport sur l’emploi en novembre, conjugué au repli des cours pétroliers, laissait espérer que le poumon de l’économie américaine — la consommation — tienne bon.
Quant aux marchés financiers, ils avaient l’esprit ailleurs : les gestionnaires de fonds avaient pris tous les bénéfices possibles, histoire de blinder leurs performances annuelles ; et les particuliers, revendu leurs pétrolières pour acheter la nouvelle Nintendo à des orphelins nécessiteux. Les marchés d’indices étaient en pause : pause logique et attentiste de fin d’année selon la plupart des observateurs — même si Egisthe mon Analyste, qui l’avait très bien anticipée, l’envisageait avec un peu plus de circonspection.
Il avait cessé de neiger ; de pâles étoiles mouchetaient le ciel nocturne. La bise redoubla… Qu’il faisait froid, mes bons amis ! Et dans les rues presque vides, assourdies par la neige, le grand carillon de l’Hôtel de Ville égrena lentement les coups de sept heures. Aux fenêtres illuminées des façades, des familles s’embrassaient joyeusement ; on débouchait le champagne ; les karaokés résonnaient devant le sapin des succursales asiatiques. A présent, tous les grands capitaines d’industrie étaient rentrés chez eux, au bras de leur riche fonds de pension.
Tous, sauf un.
Nous verrons lequel dès demain…
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
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