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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 17 avril 2007
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*** Curry d’agneau et carry trade
Le CAC 40 peut-il éviter la rechute après sa série de hausses ?
*** Compotes, confitures et bétail
Il n’y a pas de méthode simple et pratique pour se débarrasser d’un animal mort, dans les Andes…
*** Système limbique (2)
Une vue du cortex latéral préfrontal de Bill Bonner…
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Bonjour,
*** CURRY D’AGNEAU ET CARRY TRADE
Shootés au carry trade depuis 10 ans, les marchés vont pouvoir continuer à s’en injecter à seringue redoublée au cours des trois prochains mois. En effet, les sherpas du G7 n’ont exprimé aucune objection face à la dégringolade du yen (-18% en 15 mois face à l’euro), et ne s’inquiètent pas davantage de voir le dollar tutoyer, à 1% près, son plancher historique face à la monnaie unique.
Il n’a même pas été question, en marge de la réunion du FMI ce week-end à Washington, de critiquer la lenteur du réajustement à la hausse du yuan, un des multiples artifices participant au dumping commercial orchestré par la Chine. Cela lamine des pans entiers de l’industrie américaine — laquelle a continué de détruire des emplois le mois dernier, tandis que le BTP et le secteur public recrutent à tour de bras.
Il est vrai que la Maison-Blanche avait d’autres chats à fouetter… comme par exemple réaffirmer son soutien sans faille à Paul Wolfowitz, accusé de népotisme — preuves à l’appui — pour avoir accordé à sa maîtresse, jusqu’alors simple employée de la Banque Mondiale (qu’il préside depuis deux ans), une augmentation de salaire à faire pâlir d’envie un caporal fraîchement promu général en chef dans une république bananière venant de subir un 18ème coup d’état.
Et les marchés financiers n’ont au fond que des raisons de se réjouir des frasques de l’un des principaux inspirateurs du "choc des civilisations" et de l’invasion de l’Irak. Cette lamentable affaire, qui achève de discréditer les Etats-Unis de George W. Bush — et de son entourage de va-t’en-guerre illuminés –, occulte les vrais problèmes de déséquilibres économiques et monétaires.
** Les investisseurs avaient donc tout loisir de s’extasier devant le benign neglect (le laisser-faire) du G7 face à la montée en flèche de l’euro — d’autant que le patronat allemand manifeste un optimisme inoxydable au sujet de la croissance attendue en 2007. Cette dernière devrait avoisiner 2,5% au lieu des 2% estimés initialement, et la Bundesbank ne devrait pas tarder à rehausser sa prévision conservatrice de 1,75%, alors que la masse monétaire gonfle désormais à un rythme supérieur à 10% par an.
Le "miracle allemand" (plus de 1 100 milliards d’euros d’exportation de marchandises, dont près du tiers à destination de la Chine) force l’admiration. Nous ne pouvons nous empêcher de relativiser cet exploit du fait de la contribution décisive des ex-pays de l’Est, qui sous-traitent — à qualité pratiquement égale — une grande partie de la production des firmes cotées à Francfort, moyennant des coûts salariaux inférieurs de moitié à ceux qui se pratiquent en zone euro (les produits réexportés bénéficient néanmoins du label made in Germany).
** Les Etats-Unis perdent des parts de marché dans tous les secteurs, sauf dans l’armement, l’aviation civile et les droits audiovisuels (merci Hollywood) ; son déficit commercial ne s’est contracté en février dernier que par la grâce d’une chute de 21% de la facture pétrolière. La hausse de 0,7% des ventes de détail au mois de mars augure d’une nouvelle dégradation du solde, au-delà des 60 milliards de dollars.
Mais cela fait près de 20 ans que les USA s’enfoncent irréversiblement dans la spirale des déficits : cela représente une bonne génération de financiers accoutumés à négliger ce genre de vétilles. Quand bien même certains affecteraient de s’en préoccuper, ils n’ont guère de chance d’être entendus, car les investisseurs ont depuis belle lurette l’esprit ailleurs.
Wall Street vit cette année sous l’emprise des vapeurs enivrantes qui se dégagent du chaudron bouillonnant des OPA — à l’image de celle de 25 milliards de dollars qui vient d’être lancée sur Sallie Mae (spécialiste des crédits accordés aux étudiants) par les fonds JC Flowers, puis par Friedman, Fleischer & Lowe avec la complicité de JP Morgan Chase et Bank of America.
De même, Google a annoncé vendredi, après la clôture, le rachat de DoubleClick, un pionnier de la publicité en ligne basé à San Francisco, pour un montant de 3,1 milliards de dollars en cash. Cette somme a été jugée carrément exorbitante en termes de valeur d’actif, mais les analystes applaudissent bruyamment (le titre prend 2,5%) : aujourd’hui, ce qui compte, c’est d’afficher un esprit de conquête et des ambitions interplanétaires.
Tout indice macroéconomique favorable est aussitôt monté en épingle. Les chiffres relatifs aux ventes de détail font flamber Amazon (+6,5%, sans oublier le coup de pouce de Deutsche Bank qui passe à "achat") ; Ross Stores gagne 3% et Home Depot 1,5%, malgré un nouvel indicateur défavorable concernant le marché immobilier.
** L’indice NAHB-Wells Fargo (principal baromètre du climat du secteur de la construction de logements individuels) chute de trois points à 33 en cette mi-avril contre 36 en mars. Il atteint ainsi son plus faible niveau depuis décembre 2006 et aligne un deuxième mois consécutif de recul. Le chef économiste de cette même NAHB abaisse à 1,44 contre 1,65 millions son estimation de nouvelles mises en chantier pour 2007.
Le climat polaire qui règne dans l’immobilier depuis l’automne dernier (à l’image des tempêtes de neige qui sévissent depuis trois jours sur la région des Grands Lacs et tout le nord-est des Etats-Unis) ne refroidit nullement les candidats au rachat d’établissements de crédit. Pas moins de quatre prétendants (dont Santander et RBoS) s’intéressent désormais au dossier ABN-Amro — Barclays étant le premier à avoir manifesté son intérêt "officiellement", alors que plusieurs fonds avaient approché la direction en vue d’un LBO, suivi d’un démantèlement du groupe néerlandais.
** En Europe, le climat des affaires semble calqué sur la météo : nous assistons, avec trois mois d’avance sur le calendrier, à une véritable canicule estivale. Le CAC 40 ne s’est pas contenté de franchir l’obstacle psychologique des 5 800 points ; il l’a littéralement pulvérisé, ouvrant au passage un beau gap au-dessus des 5 790 points, pour rejoindre quelques heures plus tard la zone des 5 860 points avec 38 titres en hausse sur les 40 que compte l’indice phare.
Le CAC 40 — qui aligne neuf séances de hausse sur une série de 11 et affiche +10,5% en ligne droite en l’espace d’à peine six semaines — se retrouvait lundi soir à tout juste 2,4% du seuil des 6 000 points, testé pour la dernière fois le 31/01/2001, au prix d’un niveau de tension historique des oscillateurs techniques.
Le principal indice hexagonal peut-il éviter une sévère rechute en ayant laissé de nombreux gaps béants depuis le récent plancher des 5 300 points ? La réponse des investisseurs est sans ambiguïté : il n’y a plus qu’à se laisser porter par la vague sans se poser de questions — comme les restaurateurs du nord de l’Europe, qui font terrasse comble midi et soir depuis une semaine.
Au menu, les deux incontournables du moment s’appellent curry d’agneau (Pâques n’est pas si loin et l’Inde est à la mode) et carry trade bien épicé… Alors bon appétit — mais gare aux maux d’estomac !
Philippe Béchade,
Paris
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IL N’Y A PAS QUE LE CAC 40, DANS LA VIE !
L’indice national n’est en fait qu’une toute petite partie de la place parisienne — et de loin pas la plus rentable.
Et jusqu’à présent, on entendait rarement parler des actions les plus profitables… des valeurs qui peuvent pourtant augmenter vos gains de 74%… 53,8%… 35,14%… 43,17%… 60%… voire plus.
Désormais, vous pouvez en profiter vous aussi : un clic suffit…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en Argentine
*** COMPOTES, CONFITURES ET BETAIL
** Notre vie a pris un rythme plaisant. Nous nous réveillons. Nous admirons le paysage depuis notre lit, regardant par la fenêtre le soleil se lever sur le piémont des Andes.
* Nous prenons ensuite notre petit-déjeuner — des œufs accompagnés de pain et de confiture. Maria, l’épouse de Jorge, fait ses confitures sur une antique cuisinière à bois, dans une cuisine noircie de suie. Elle fait également le pain — soit dans le vieux four de fonte, soit dans les fours d’argile qui se trouvent dans la cour.
* La cuisine est la pièce qui a le moins changé, dans notre rénovation. La plupart des autres pièces ont de nouvelles fenêtres — ressemblant aux anciennes — ainsi que des prises électriques… de nouveaux sols (faits de carreaux d’argile locale)… et une nouvelle couche de peinture. Mais la cuisine est restée telle qu’elle l’était ces 50 dernières années : sombre, enfumée, chaude.
* Hier après-midi, nous y avons trouvé une autre Maria — notre fille — en train d’y peler des pommes.
* "Papa", nous dit-elle, "c’est vraiment LA pièce de la maison. Tout le monde y est. Francisco vient y boire son mate (le thé local, qui a un vrai goût de foin)… et bien entendu, il y a aussi Maria et Juanita… elles bavardent pendant qu’elles cuisinent ; c’est très amusant".
* "Je fais de la compote. Le verger est plein de pommes. Il y en a des milliers. Je ne voulais pas qu’elles se gâtent".
* Après le petit-déjeuner, nous montons sur notre cheval et partons faire un petit tour. A chaque fois, nous explorons une autre partie du ranch. Mercredi dernier, nous sommes partis dans la prairie, voir le bétail. Après deux heures de chevauchée environ, nous sommes arrivés à un ruisseau, dont le lit était couvert d’herbe, avec juste un mince filet d’eau au milieu. Il y avait 50 vaches environ, bon nombre d’entre elles accompagnées de petits veaux. Nous y avons également trouvé une vache morte couchée près de l’eau courante.
* "On savait qu’elle était malade", expliqua Jorge. "On lui a donné des médicaments, mais elle est morte quand même".
* Il n’y a pas de moyen simple et pratique d’enlever les animaux morts. On a donc laissé la vache là où elle est tombée… à pourrir, puis sécher… jusqu’à ce que ses os soient blanchis par le soleil.
* Le petit ruisseau disparaissait dans une gorge étroite, trop étroite pour y pénétrer à cheval.
* "Où va ce ruisseau ?", avons-nous demandé à Jorge.
* "Jusque chez nos voisins, à Pucara. On peut y aller à pied, mais pas à cheval ; la gorge est trop étroite. A pied, ça prend deux heures à peu près".
* Partout ailleurs, nous passons une bonne partie de notre vie à faire des courses. Aller chercher quelque chose là, rencontrer quelqu’un là-bas, et aller là encore pour y déposer autre chose. Mais ici, pas question de faire des courses. Le pays est trop grand. Il faut près d’une demi-heure pour sortir du ranch… puis au moins une heure pour arriver dans une ville de taille respectable.
* Hier, après notre tour à cheval, nous avons décidé de nous rendre à Cafayate — à environ deux heures et demi du ranch. Ce sont des heures difficiles. Ca monte, ça descend, ça rebondit, ça tourne et ça retourne. La route est composée de poussière et de pierres 90% du chemin ; seuls les derniers kilomètres, entrant dans Cafayate, sont pavés.
* Depuis chez nous, il faut traverser des collines pour aller où que ce soit. Lorsque nous sommes enfin parvenus à destination, nous étions trop fatigués pour en profiter. Nous avons regardé autour de nous… fait réparer nos pneus… déjeuné… puis sommes rentrés. Cafayate est un endroit charmant… mais de toute façon, après la Semana Santa, la plupart des magasins sont fermés.
* A notre retour, c’est tout juste si nous avons pu nous extirper de la camionnette, grimper les escaliers de granit en rampant — et nous affaler sur le canapé.
* "Inutile de répéter l’opération", conclut Elizabeth. "De toute façon, c’est si magnifique ici qu’on n’en a pas besoin".
** C’est vrai. La région est incroyablement belle. Mais il y a probablement des endroits tout aussi majestueux dans le Colorado ou le Montana — avec des montagnes violettes et des plaines fertiles. Ces endroits auraient en outre des routes potables… et seraient desservis par des aéroports efficaces. Là-bas, comme ici, nous pourrions enfiler des bottes de cow-boy et chevaucher dans la prairie. Nous pourrions nous asseoir autour d’un feu de camp, le soir, et imaginer être des personnages tout droit sortis d’un roman de Louis Lamour ou Zane Grey. Et là-bas aussi, nous pourrions sortir la lampe de cow-boy qui nous a été offerte en 1958… ainsi que les tapis navajo de notre tante Lilian.
* Tante Lilian était une jeune femme travaillant dans une ferme de tabac du Maryland lorsque la Première guerre mondiale éclata. Un groupe de soldats passa dans la région, en route pour Baltimore… puis l’Europe. Ils montèrent leur camp près de la ferme, attendant les ordres qui les mèneraient vers le nord. Tante Lilian, avec d’autres jeunes filles de la région, décida d’offrir quelque hospitalité aux soldats — ce qui lui donna l’occasion de se lier d’amitié avec un jeune homme du Montana. Ils s’écrivirent tant que dura la guerre… puis se marièrent une fois qu’elle fut terminée. Tante Lilian déménagea dans le Montana et passa une partie de sa vie à cuisiner pour des cow-boys.
* Bien entendu, tous ont effectué leur dernière chevauchée il y a belle lurette. Mais pour nous souvenir d’eux, nous avons une collection de tapis navajo que nous pouvons désormais utiliser pour décorer un ranch d’Amérique du Sud.
** Ce qu’il y a de plus excitant, avec une nouvelle maison dans un nouvel endroit, c’est que cela vous donne l’illusion d’une nouvelle vie. Vous pouvez redécorer votre vie — avec de nouveaux vêtements, de nouveaux meubles, un nouveau style, de nouveaux amis, un nouveau paysage. Mais si déjà vous vous donnez tant de peine, autant découvrir aussi un nouveau langage et une nouvelle culture… et c’est l’une des raisons pour lesquelles l’Argentine pourrait être plus intéressante que le Colorado, par exemple.
* L’autre grande raison, c’est le coût. Notre ranch, ici, ne coûte pas plus qu’un bel appartement à Ocean City, dans le Maryland… ou une maison ordinaire à Aspen. D’un autre côté, il est bien plus cher d’aller en Argentine… mais nous avons fait les comptes, avec Francisco : on dirait tout de même que les revenus provenant du ranch nous rembourseront les voyages aller et retour.
* A suivre…
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*** La Chronique Agora présente ***
Selon les scientifiques, deux parties du cerveau agissent lors de la prise de décision ; la première, située dans le cortex latéral préfrontal, prend en charge la pensée raisonnée. La seconde — le système limbique — agit de manière plus instinctive. Aujourd’hui, Bill Bonner nous en donne un exemple historique…
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SYSTEME LIMBIQUE — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
Lorsque Woodrow Wilson s’est présenté devant le Congrès US et a demandé une déclaration de guerre contre l’Allemagne, ses mots provenaient de la partie raisonnable de son cerveau. Il s’agissait de jolies paroles, avec des mots de racine latine comptant plus d’une syllabe — le genre de mots auxquels ont peut s’attendre de la part d’un grand politicien. Mais ils étaient également mielleux et insensés — là aussi comme on pouvait s’y attendre de la part d’un politicien. Le genre de sottises qu’on trouve en général dans les éditoriaux qui se prennent au sérieux. Un peu comme si de la bouche du président étaient sorties des bulles de couleurs vives… flottant légèrement au-dessus de la foule. Sa tirade sur le fait de "rendre le monde plus sûr pour la démocratie" n’était rien de plus que du vent. Il proposait de se joindre à la guerre aux côtés de l’Angleterre — qui, au même moment, s’assurait qu’il ne restait plus aucune démocratie populaire au sein de son empire. Les Irlandais… les Indiens… les Egyptiens… le président américain ne les a même pas mentionnés. Si la partie supérieure du cerveau avait pu faire correctement son travail, elle lui aurait certainement dit que s’il voulait rendre le monde plus sûr pour la démocratie, il devait entrer en guerre contre la nation qui l’écrasait de la manière la plus spectaculaire ; il aurait aussi bien pu déclarer la guerre à l’Angleterre aux côtés de l’Allemagne.
Mais dans les tréfonds du système limbique de Wilson se trouvaient les images idéalisées de la Magna Carta… les toges et les perruques des tribunaux anglais… le tea time de 17h… Dickens et Thackeray… tous les signes extérieurs de l’aristocratie anglaise tels que les imaginait un universitaire naïf et admiratif de Princeton, New Jersey. Le président, ses conseillers, son cabinet et ses principaux alliés étaient atteints d’anglophilie si grave qu’ils en bégayaient presque, la bave aux lèvres. Et lorsqu’ils soulevèrent les foules, les ballons colorés qu’ils envoyèrent dans les airs n’étaient rien de plus que le signal que les combats avaient commencé. Le sang des pauvres idiots bouillait déjà dans leurs veines. Les grands mots de Wilson ne firent que leur lâcher la bride.
Nous ne refaisons pas l’histoire de la Première guerre mondiale, cher lecteur. Non, nous essayons de prouver autre chose, quelque chose de plus précis. Une seconde de réflexion aurait montré combien la guerre en Europe pouvait être défavorable — mais le raisonnement se tenait dans le système limbique, non dans le cortex latéral préfrontal.
Le système limbique de Wilson avait déjà pris sa décision. Et le public, lui aussi, ne tarda pas à s’engager. Les canons furent mis en place pour la guerre. On fourbit les médailles. Les gens ont dû regarder les paroles vides de Wilson, et penser voir la Vierge. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tous les Américains étaient à genoux… engageant tout ce qu’ils avaient dans l’effort de guerre, abandonnant leurs économies, leurs fils et leur intégrité. Les super-patriotes perçaient des trous dans leurs murs de manière à pouvoir espionner leurs voisins portant des noms comme Bauer et Feldgenhauer. A Tulsa, un Bulgare fut lynché par une foule qui l’avait confondu avec un Allemand. A Baltimore, un ancien maire se fit sauter la cervelle après qu’on l’ait accusé d’être sympathisant allemand. Et malheur à qui osait rire ou pleurer.
"La guerre, c’est la santé de l’état", a déclaré Bismarck. La guerre plaît plus au système limbique qu’une nouvelle paire de chaussures. Les connaisseurs ès Big Macs et téléréalité voient briller les cuivres bien astiqués et exploser les bombes, et ils sont attirés comme les pécheurs par les portes scintillantes de l’enfer. Les politiciens ressentent le besoin de l’expliquer, de la justifier, de la revêtir d’atours respectables pour cacher les bottes de combat et de l’arroser de parfums pour couvrir la puanteur de mort. Mais les mots ne signifient rien. L’homme ordinaire est souvent aussi prêt pour la guerre qu’il l’est pour refinancer un prêt hypothécaire.
La Première guerre mondiale se révéla être une catastrophe aussi insensée et inutile que les mots de Wilson. Mais le système limbique fonctionne encore. Pourrait-il se préparer à une nouvelle catastrophe ? A nouveau, les fous acclament un nouveau groupe de personnalités politiques "wilsoniennes". A nouveau, ils pensent rendre le monde plus sûr pour la démocratie. Et pour la première fois, leurs principaux économistes distribuent du crédit bon marché comme un serveur offrant une part de tarte aux pommes gratuite à un obèse.
Le cerveau compte peut-être deux centres où se prennent les décisions — mais seul l’un d’entre eux prend les décisions importantes. L’autre n’est qu’un laquais et un faire-valoir ; il fait ce qu’on lui dit.
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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