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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 05 décembre 2006
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*** Cueillette de gentianes en décembre…
… et dérèglement climatique sur les marchés boursiers
*** Le dollar sur la sellette
Mettez-vous dans la peau d’un banquier central chinois…
*** De grosses petites bulles (2)
Du déterminisme des petites bulles en hautes sphères financières
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COMMENT INVESTIR AUJOURD’HUI ?
Eh bien… nous n’avons pas de recette miracle, mais…
… que pensez-vous d’un système qui dépasse les 22% de croissance annuelle moyenne depuis 2003… en accumulant des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%… et bien d’autres encore !
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Bonjour,
*** CUEILLETTE DE GENTIANES EN DECEMBRE…
** Nous n’avons décidément pas fini d’être surpris par Wall Street, puisque la réponse apportée ce lundi au déluge de mauvais indicateurs macro-économiques publiés la semaine passée, c’est une frénésie d’achats émanant des stratèges des principaux établissements de gestion américains.
Une vague de fond qui a propulsé hier le Nasdaq à 0,75% de son record annuel, tandis que le S&P 500 refranchissait haut la main le seuil des 1 400 points avec un ratio hausses/baisses digne des plus belles séances boursières de l’année : 90% de titres évoluent dans le vert.
Nous n’allons pas feindre inutilement d’être étonnés par ce paradoxe, puisque le scénario auquel nous assistons n’est qu’un nième épisode de la série à succès "Sauvés par la Fed".
Chaque fois que les courageux héros de la gestion de portefeuille font face à une offensive des forces récessionnistes — renforcées pour la circonstance par la horde des déserteurs du secteur immobilier –, ou se retrouvent harcelés par les mercenaires dissidents de l’OPEP (Hugo Chavez a été réélu triomphalement ce week-end au Venezuela), leur confiance dans une victoire totale remportée sur les forces adverses se trouve décuplée par l’anticipation d’une intervention décisive de la Fed au moment le plus crucial de la bataille.
Le généralissime Ben Bernanke — qui ne reste jamais sourd aux appels de détresse des troupes d’élite de Wall Street — s’apprêterait à faire usage de l’arme absolue : une baisse du taux directeur pour favoriser une percée décisive du Dow Jones en direction de nouveaux records historiques.
La stratégie semble cousue de fil blanc et l’effet de surprise totalement illusoire : réduire le loyer de l’argent à 5% ne ferait qu’entériner le diagnostic d’une situation de déroute commerciale, industrielle et immobilière. Cependant, tant que les gérants restent convaincus de l’impact miraculeux d’une telle initiative, ils sont prêts à repartir baïonnettes au canon à l’assaut des tranchées ennemies.
Et il faut bien reconnaître que la résistance des vendeurs s’est volatilisée lorsque les salves d’achat ont retenti hier dès les premiers échanges sur les marchés américains.
La contre-offensive de Wall Street a effectivement été très vite couronnée de succès, car personne — pour le coup — ne l’avait anticipée : les indices boursiers du Vieux Continent se sont redressés d’autant plus vite en fin de séance lundi que la forte hausse initiale du Nasdaq a pris le consensus baissier à revers.
Le CAC 40, qui oscillait frileusement autour du point d’équilibre depuis le milieu de la matinée et jusque vers 15h45, a clôturé sur une progression inespérée de 0,8% ; près de 90% des titres de l’indice ont terminé en hausse. Malgré tout, les volumes demeuraient nettement plus modestes que vendredi (4,7 milliards d’euros négociés à Paris contre 7,5 milliards d’euros vendredi).
** La frilosité est pourtant l’élément à bannir des tablettes cet automne en Europe, puisque des records de douceur sont battus des rives de la Méditerranée jusqu’aux confins du cercle Arctique. La calotte polaire a pour l’instant l’épaisseur d’une coquille d’œuf alors qu’elle devrait avoir celle d’une peau d’orange (un fruit de saison…) ; les lacs de Finlande — même les plus septentrionaux — restent praticables pour les amateurs de pêche ou de kayak, alors qu’ils servent habituellement de terrain de jeu aux joueurs de hockey sur glace à pareille époque.
Même bouleversement climatique dans le massif alpin : en ce 1er décembre, il y avait moins de neige fraîche sur le glacier de Solden (qui surplombe cette station montagnarde située à la frontière austro-italienne) que lorsque j’y ai emmené mon fils faire quelques traces en ski au début du mois d’août dernier.
Et que dire de cette bataille de boules de neige homérique disputée avec "Junior" au sommet du Zugspitze (le toit de l’Allemagne culmine à un peu moins de 3 000 m), une semaine plus tard ? C’était le 15 août… et il y avait des amateurs de surf free style en pleine action dans le nouveau pipe creusé au début de l’été tout près de la station d’arrivée du train à crémaillère qui grimpe depuis Garmich Partenkirchen jusque vers 2 750 m d’altitude. Aujourd’hui, il n’en subsiste qu’une tranchée de caillasse grisâtre, d’après les images diffusées par les webcams braquées sur l’endroit.
A l’instant où nous écrivons ces lignes, la température extérieure sur Paris affiche un score phénoménal de 17°C. Proportionnellement, la nuit est encore plus douce à Moscou, où le thermomètre indique 3°C — alors qu’habituellement, les valeurs moyennes début décembre sont plutôt proches de -13°C : pour la Russie, c’est un record de chaleur depuis que les températures font l’objet d’un suivi régulier, c’est-à-dire depuis 1879.
Les climatologues ont calculé qu’une telle douceur n’avait pas été enregistrée dans l’hémisphère nord à pareille époque depuis au moins 500 ans ou plus.
Nous assistons à une sorte d’été indien qui ne semble plus pouvoir connaître de fin, le climat à Paris est comparable à celui qui règne en fin d’automne à Séville ou Marrakech — auquel l’Atlas et le formidable rempart du Toubkal, qui culmine à plus de 4 000 m, procurent souvent un peu de fraîcheur au petit matin.
Les tilleuls bourgeonnent dans le parc des Tuileries, les rosiers refont des boutons dans les jardins du Luxembourg… et 500 kilomètres au sud-est, les golfeurs peuvent continuer de pratiquer leur sport favori dans toutes les stations de ski équipées d’un 18 trous pour la saison estivale. Ceux qui auront égaré leur balle dans les alpages auront intérêt à ouvrir l’œil : les amateurs de trésors naturels pourront récolter des gentianes d’un jaune éclatant entre 1 100 et 1 500 mètres : une pousse aussi tardive n’a jamais été observée de mémoire de Savoyard — et la région compte quelques centenaires !
Les canons à neige sont réduits au silence… sauf lorsqu’on s’en sert pour maintenir la verdeur des greens aux Arcs ou à Courchevel, puisqu’il n’est pas tombé un millimètre de précipitations depuis 15 jours. Ces fameux canons, dans lesquels de nombreuses stations ont englouti des fortunes (bouleversant au passage l’écosystème par la captation et le stockage des eaux de ruissellement dans des lacs artificiels), ne produisent de précieux cristaux qu’à partir du beau milieu de la nuit, et au-delà de 2 500 m d’altitude… où il neige en temps normal — et presque systématiquement — dès le début du mois d’octobre.
** Cette douceur exceptionnelle et quasi-surnaturelle ne vous évoque-t-elle pas cette sorte d’été indien sans fin dont bénéficient les indices boursiers outre-Atlantique ? Les marchés américains s’offrent d’ordinaire une pause tous les trois mois… Mais pas cette année, visiblement : des records historiques ont été pulvérisés en cascade par le Dow Jones au cours des mois d’octobre puis de novembre — alors que la reprise a débuté à la mi-juin… il y a déjà plus de cinq mois.
Alors que les thermomètres indiquent des valeurs dignes des mois de mai ou d’une mi-octobre, les investisseurs sont peut-être en train de se persuader que Wall Street va "zapper" la période hivernale et faire l’économie d’un rafraîchissement de l’atmosphère — c’est-à-dire d’une correction de 10% ou 15%, comme l’exigerait l’ébauche de stagflation que chacun voit se profiler aux Etats-Unis mais dont personne ne veut prononcer le nom.
Les gérants londoniens sont tout heureux d’apprendre qu’ils pourraient — moyennant une heure de vol en jet privé jusqu’à Genève, plus une heure de voiture pour rejoindre les massifs alpins — aller cueillir quelques gentianes afin de donner une véritable touche d’originalité à un bouquet destiné à ravir la personne de leur choix.
Mais se demandent-ils à quel genre de dérèglements financiers — ou climatiques — ils doivent le privilège de pouvoir louer aujourd’hui un Falcon 50 (avion d’affaires à long rayon d’action) pour le week-end avec la même aisance qu’ils louaient un petit cabriolet pour se rendre en Cornouailles 10 ans auparavant ?
Jouissent-ils de plus de bon sens que leurs aînés, connaissent-ils mieux les entreprises qu’au milieu des années 80, alors que les marchés dérivés n’en étaient alors qu’à leurs balbutiements ? La réponse est sans doute négative… mais les banques centrales occidentales — et en particulier la Fed — ont supervisé et encouragé le développement exponentiel des swaps de taux et de devises, l’explosion des contrats à terme de toute nature (sur actions et sur indices) et la titrisation de toutes les créances détenues par les banques — aussi bien les encours de cartes de crédit que les prêts immobiliers.
Il en résulte une sorte de réchauffement climatique boursier sans précédent… Or si les lois climatologiques terrestres s’appliquent également aux marchés, nous pouvons craindre qu’avec une telle accumulation d’énergie en des endroits et à des époques aussi inappropriés, surviennent de nouvelles tempêtes aussi dévastatrices que celle du 26 décembre 1999 — consécutive à la matérialisation de températures d’une exceptionnelle douceur au lendemain du réveillon.
Philippe Béchade,
Paris
PS : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* pour une analyse complète de la séance en cours : explications des tendances du moment, recommandation du jour, suivi de nos positions… Vous aurez tous les éléments nécessaires pour adapter votre portefeuille aux conditions de marché actuelles.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LE DOLLAR SUR LA SELLETTE
** Parmi les nombreuses curiosités des marchés actuels, on trouve ceci : le dollar a radicalement baissé, mais les obligations restent relativement solides.
* Les gens qui prêtent en dollars sont remboursés en dollars. La conséquence évidente de la chute du billet vert, c’est que les prêteurs doivent s’attendre à obtenir moins que ce qu’ils avaient prêté à l’origine. Ces dernières semaines, le dollar a perdu environ 5% par rapport à l’euro. Cependant, le taux de prêt du T-bill à 91 jours n’est que de 4,90%. Allez comprendre. Les prêteurs ne s’attendent qu’à 4,9% sur leur argent — pendant une année entière. Et en quelques semaines, ils ont perdu plus que ça, en termes internationaux. De plus, ils doivent encore payer des impôts sur leurs gains nominaux… et, s’ils sont aux Etats-Unis, ils doivent également subir les effets de l’inflation du dollar.
* A quoi pensent-ils ? Pensent-ils tout court ?
* Les fluctuations des devises vont et viennent, bien entendu. Mais il en va de même pour les devises elles-mêmes. Les investisseurs obligataires, cependant, semblent parier que le dollar est éternel. De plus, ils se trouvent piégés entre deux tendances paradoxales.
* D’un côté, l’économie américaine se détériore.
* Aux Etats-Unis, les effets inévitables de la faiblesse du marché de l’immobilier se propagent peu à peu à toute l’économie, comme des termites dans du bois tendre. Les ventes baissent, les prix chutent. Les stocks augmentent. On embauche moins de gens pour planter des clous, ou pour poser des revêtements en ardoise. Moins de gens se lancent dans l’immobilier. Le gouvernement commence à fourrer son nez dans les affaires des prêteurs hypothécaires à haut risque ; il veut pouvoir faire quelques procès pour l’exemple lorsque le secteur implosera.
* Le secteur manufacturier baisse aussi, de manière inattendue. Les prix du carburant grimpent. Et Wal-Mart nous dit que les consommateurs ne mettent plus la main au portefeuille avec la même insouciance qu’autrefois.
* On pourrait s’attendre à ce que cette faiblesse économique mène à des rendements obligataires moins élevés — ce qui signifierait une hausse des prix de l’obligataire. Bernanke et Paulson parlent de lutter contre l’inflation — suggérant que la Fed pourrait augmenter ses taux. Nous sommes d’avis qu’ils ne font que parler, afin d’essayer de soutenir le dollar. Le véritable danger pour l’économie US n’est pas de la voir "en surchauffe", nécessitant ainsi des taux plus élevés pour lutter contre l’inflation. Le vrai danger, c’est qu’elle a toutes les chances de se refroidir… puis de geler. La Fed n’augmentera sans doute pas les taux alors que tant de gens essaient de vendre tant de maisons. Il est plus probable qu’elle les baissera — ce qui fera grimper les obligations.
** De l’autre côté, les marchés de devises étrangères nous disent que le dollar est vulnérable. Il pourrait être réévalué à un niveau considérablement plus bas que celui qu’il occupe aujourd’hui. Actuellement, il faut environ 1,33 $ pour acheter un euro. Il pourrait facilement en falloir 1,50. De même, le prix de l’or est à 650 $ à peu près — il pourrait tout aussi bien être à 750 $. D’une manière ou d’une autre, un investisseur obligataire doit commencer à se poser des questions : "que se passerait-il si j’avais raison sur l’économie, mais que le dollar perde encore 10% sur les marchés de devises étrangères ?"
* A présent, imaginez que vous êtes chargé des réserves de devises étrangères de votre pays, en Chine, en Russie ou au Japon. Certes, vous pouvez placer votre argent dans des obligations gouvernementales américaines à 30 ans, garanties par la seule superpuissance mondiale, et libellées dans la devise de réserve mondiale. Personne ne vous blâmera : cela semble être la chose la plus prudente à faire. Après tout, les Américains sont vos meilleurs clients. Acheter des obligations gouvernementales US revient à prêter de l’argent à vos clients. De la sorte, ils auront assez pour continuer à acheter vos produits.
* Mais attendez… si le dollar chute à 1,50 par euro ? Imaginez que vous ayez 500 000 000 000 $ dans vos coffres. Ce serait une perte de 75 milliards de dollars environ. Ne serait-il pas sensé de vous couvrir un peu ? De réduire vos positions en dollars à 400 000 000 000 — au moins ?
* A mesure que le dollar chute, il serait de plus en plus raisonnable pour les investisseurs de se couvrir — en particulier les banques centrales. Et lorsqu’elles tourneront le dos au dollar, cela mettra en danger tout le "nouveau cycle impérial".
* A la Chronique Agora nous sommes aussi perplexes que les investisseurs obligataires. Nous avons vu la faiblesse de l’économie américaine, nous avons supposé qu’elle serait bonne pour les obligations. Pourtant, nous hésitions à acheter des actions, parce qu’il nous semblait que les rendements étaient trop bas pour justifier les risques — la stabilité du dollar étant le principal d’entre eux.
* Que faire ? Notre conseil serait de se couvrir contre le dollar — en achetant de l’or ou des devises étrangères — et d’éviter les actions et obligations américaines basées sur le dollar jusqu’à ce qu’elles soient à nouveau correctement valorisées.
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Faites passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !
C’est plus simple qu’on pourrait le penser : il suffit de suivre les bons indicateurs…
Continuez votre lecture pour en savoir plus.
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*** La Chronique Agora présente ***
La Chronique Agora présente : Les sociétés connaissent des cycles, nous disait hier Bill Bonner. Après la religion, puis la politique, c’est désormais au tour de la finance d’enflammer les passions… et les conséquences ne sont pas toujours celles que l’on croit…
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DE GROSSES PETITES BULLES – 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
Aux Etats-Unis, la mode de la politique a atteint son sommet sous l’administration Kennedy. Les remarques inaugurales de Kennedy — "ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous… demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays" — ont marqué un zénith historique pour cette tendance. C’était avant que la guerre au Vietnam ne s’enlise, et avant le lancement de la guerre contre la pauvreté et la guerre contre la drogue. Les gens croyaient à ces guerres — et ils ont été terriblement déçus lorsque les victoires ne se sont pas concrétisées. Aujourd’hui, évidemment, il y a la guerre contre la terreur… mais peu de gens en parlent… et aucune personne sensée ne la mentionne sans un sourire ironique. En fait, la guerre contre la terreur n’est pas du tout politique — c’est une campagne destinée à couvrir le flanc du grand empire financier. Si l’on découvrait qu’elle diminuait les dépenses de consommation, ou augmentait les taux de prêts hypothécaires, par exemple, on y mettrait fin dès demain.
A présent, c’est l’argent qui compte. Les mères veulent que leurs petits deviennent gestionnaires de hedge funds, quand ils grandiront. Elles savent où est l’argent… et il n’est pas dans la religion — à moins que vous ne soyez télévangéliste — et même là, les places sont chères. De toute façon, il s’agit plus d’entreprises que de religion. Pendant ce temps, un bon politicien, même s’il est malin, ne peut détourner qu’une certaine quantité d’argent avant de se faire prendre la main dans le sac. Les Clinton, par exemple, n’ont pu s’en tirer qu’avec un accord immobilier louche… et quelques comptes tordus — si l’on ne compte pas les accords passés pour la publication de leurs livres, bien entendu. Cela aurait pu représenter une belle somme, mais il a fallu toute une carrière de mensonges sordides pour y parvenir. Les Bush se sont mieux débrouillés, mais cela leur a pris quelques générations et une poignée de contrats de la CIA. Mais d’une manière ou d’une autre, ce n’est rien par rapport au genre de butin qu’un gestionnaire de fonds de couverture empoche lorsqu’il est encore assez jeune pour en profiter.
Dans notre époque impériale mûre et dégénérée, personne ne s’enrichit plus rapidement que les gestionnaires de hedge funds. L’année dernière, Edward Lampert, d’ESL Investments (société de fonds de couverture), a mené le bal, avec une compensation de 1,02 milliards de dollars. Comparé à lui, le salaire de James Simons, de Renaissance Technologies Corp., fait un peu aumône, avec seulement un peu plus de 600 millions de dollars ramenés à la maison. Il a tout de même fait mieux que Bruce Kovner, de Caxton Associates, qui a gagné 550 millions de dollars.
Le New York Times nous fournit une liste : Steven Cohen, de SAC Capital Advisors, 450 millions de dollars ; David Tepper, d’Appaloosa Management, 420 millions de dollars ; George Soros, du Soros Fund Management, 305 millions de dollars (Soros était numéro un en 2003, avec 750 millions de dollars) ; Paul Tudor Jones II, de Tudor Investment Corp., 300 millions de dollars ; Kenneth Griffin, du Citadel Investment Group, 240 millions de dollars ; Raymond Dalio, de Bridgewater Associates, 225 millions de dollars ; et Israel Englander, de Millennium Partners, 205 millions de dollars. Pauvre Richard Fuld : notre homme n’a gagné que la maigre somme de 35 257 099 $ pour son travail à la tête de Lehman Brothers. Quant à E. Stanley O’Neal, de Merrill Lynch, il a eu encore moins : tout juste 32 134 673 $.
Nous ne citons pas ces chiffres par jalousie, mais simplement parce que nous sommes intrigué et amusé. Le moindre de ces dollars doit provenir de quelque part. En fait, le moindre de ces dollars doit provenir de l’argent des clients. Les personnes investissant dans les meilleurs hedge funds doivent être parmi les gens les plus riches et les plus intelligents au monde. Malgré cela, sans qu’on ait eu à les menacer d’une arme, ils ont fourni des milliards de dollars de bénéfices à des promoteurs de fonds de couverture rusés.
Que faut-il faire pour obtenir un tel poste ? Eh bien, si vous avez la bosse des maths, ça aide. Ensuite, vous pouvez vous joindre à d’autres gestionnaires de fonds de couverture jouant avec des contrats dérivés que les clients ne peuvent comprendre — comme le tout récent CPDO (Constant Proportion Debt Obligation). Selon le Grant’s Interest Rate Observer, le CPDO est peut-être une innovation, mais ce n’est absolument pas une idée nouvelle. Il est remarquablement similaire au CPPI, ou Constant Proportion Portfolio Insurance, qui a fait ses débuts il y a 20 ans de cela.
Le CPDO est censé protéger les investisseurs contre le risque de défaut de paiement de crédits de première qualité. Le CPPI était supposé protéger les investisseurs d’un krach boursier, en utilisant une formule complexe que les clients ne pouvaient pas non plus comprendre tout à fait. Puis, en 1987, un an seulement après l’introduction du CPPI, le marché s’est effondré, et les investisseurs ont enfin compris comme ça marchait. En examinant les dégâts, les analystes ont déterminé que les CPPI n’avaient pas protégé les investisseurs ; en fait, leurs caractéristiques de trading pré-programmées avaient démultiplié les pertes.
Nous ne savons pas comment le CPDO réagira à la pression, mais nous avons hâte de voir ça. Chaque fois que les calculs et l’avidité se rencontrent, cela ne manque pas d’être passionnant.
La suite dès demain…
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes
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