La croissance de la peur

Rédigé le 15 mai 2017 par | Bill Bonner Imprimer

Pssst… Hé vous, les lecteurs…

Vous voulez gagner beaucoup d’argent très vite ?

Nous ne sommes pas des parieurs. Ni des spéculateurs. Et nous ne sommes pas doués pour prédire l’avenir non plus.

Mais nous voyons quelque chose qui ressemble à un Schéma de comportement de marché Réellement Simple (SRS), et qui pourrait rapporter.

Pour résumer de façon poétique, une aube éclatante précède toujours la nuit noire

Une redoutable complaisance

Il s’agit de quelque chose qui ne s’est pas produit depuis près d’un quart de siècle : une aube si éclatante qu’elle éblouit les investisseurs au point de ne pas voir le risque auquel ils s’exposent.

Ce n’est pas comme si nous savions ce qui va se produire. Mais nous savons reconnaître un SRS lorsque nous en voyons un.

Il s’agit plus précisément de cet « indice de la peur », à Wall Street : l’indice de volatilité du CBOE, le VIX. Il mesure le niveau de volatilité (les fluctuations des cours) du S&P 500 sur 30 jours, anticipé par les investisseurs.

Au cours de ces 24 dernières années, le VIX a affiché un niveau moyen de 19,65. Or mardi dernier, il a plongé au-dessous de 10 : cela ne s’est produit qu’à neuf reprises depuis 1990.

Ce chiffre est le plus faible jamais enregistré depuis 1993.

Indice de volatilité du CBOE (VIX)

Les investisseurs confondent souvent volatilité et « risque ». Mais ce sont deux choses totalement différentes. Normalement, lorsque le VIX est bas, c’est un signe de redoutable complaisance, et non d’absence de risque réel. [NDLR : Ne restez pas seul sur les marchés. Recevez un e-mail par jour ; suivez la recommandation de notre spécialiste du trading basée sur des éléments concrets : les entreprises et la valeur de leurs actions, et enchaînez les gains. Pour essayer gratuitement ce service durant 14 jours, cliquez ici.]

Ce qui est intéressant en ce qui concerne cette période de notre histoire, c’est qu’en dépit du niveau élevé de complaisance régnant chez les investisseurs, il existe tout un tas de choses dont les investisseurs ne se soucient pas… et tout un tas de raisons justifiant que le VIX grimpe.

Trump tiendra plus longtemps que Nixon

Cette semaine, le président Trump a viré le directeur du FBI, James Comey.

Pourquoi ?

Nous l’ignorons. Mais le New York Times dit que c’est parce que Comey enquêtait sur la question de savoir s’il y a eu collusion entre les Russes et la campagne de Trump.

Intox ? Fadaises ?

C’est très probable. Mais c’est une grave accusation formulée par un organe de presse sérieux. Cela pourrait tourner au vinaigre.

Parallèlement, des initiés avertis nous confient qu’il se pourrait que Trump n’ait aucune chance.

Ils disent que tout l’Establishment de Washington, les universités, les éléments du Deep State, les démocrates, et de nombreux républicains sont contre lui.

Chaque fois que les médias parlent de lui, ils tentent de le faire passer pour un idiot, les photos ne sont pas à son avantage. Ils veulent sa peau.

Comme Nixon en 1973, il ne pourra peut-être pas tenir. Nixon a tenu 19 mois après la révélation du Watergate. Nous doutons que Trump se fasse dégager aussi facilement.

Il a de solides partisans dans de nombreuses régions du pays. Et il est plus combatif, moins intègre et moins sensible à la honte. Il ne partira ni avec élégance, ni volontiers.

Nous le rappelons : nous ne savons pas ce qui va se produire.

Mais peu importe, par rapport à notre thème d’aujourd’hui. Ce qui compte, c’est qu’il va y avoir du grabuge.

Les investisseurs achètent une « croissance » absente

En attendant, M. Trump est à la tête de l’armée impériale la plus létale et la plus étendue de toute l’histoire.

Il est peut-être également le dirigeant le plus téméraire et impulsif ayant jamais occupé cette fonction.

D’énormes navires de guerre rôdent sur tous les océans. Des drones, des missiles, des avions de combat, et des bombardiers sillonnent les airs. Et sous terre, des centaines de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), tels des chiens au chenil, guettent la voix de leur maître.

Est-ce que quelque chose pourrait mal tourner ?

Hé… à votre avis ? La témérité et l’impulsivité ne sont probablement pas ce que vous attendez d’un dirigeant…

Les actions américaines se négocient pratiquement au sommet de leur fourchette. Chaque fois qu’elles bougent, elles s’aventurent en terrain glissant.

Les investisseurs ont fait grimper de près de 2 000 Mds$ la valeur du S&P 500, au cours de ces trois dernières années. Et pourtant, les 500 sociétés représentées sur cet indice ont réalisé moins de bénéfices par action, en moyenne l’an dernier, qu’il y a trois ans.

Autrement dit, les investisseurs achètent une « croissance » qui n’est pas là.

Par ailleurs, plus de la moitié de l’augmentation du S&P 500 provient de cinq actions seulement. C’est classique, lorsque la « diversification du marché » se réduit ainsi, c’est également signe qu’une bulle atteint son pic.

Achetez la peur plutôt que le Trade Trump

Alors pourquoi les investisseurs achètent-ils des actions si chères ?

Eh bien, certains analystes pensent qu’ils participent simplement au « Trade de la Reflation » de Trump.

Le président s’est engagé à réduire les impôts ainsi que la réglementation à Wall Street, et à claquer 1 000 Mds$ en infrastructures. Les analystes ont calculé que cela pourrait booster les résultats des entreprises ainsi que le cours des actions.

Mais il n’y aura ni allègement fiscal, ni programme d’infrastructures, ni aucune réduction de la réglementation, de réelle envergure.

Pourquoi ?

Parce qu’à ce stade, la confusion, les contradictions et les projets qui s’opposent, à la Maison-Blanche et au sein du Parti républicain, font que toute victoire législative majeure est quasiment impossible.

Nous le rappelons, nous ignorons ce qui va se produire. Nous n’allons pas parier sur une éventualité particulière. Nous allons simplement parier sur l’intensification de la peur.

La hausse actuelle, aussi maigre soit-elle, dure depuis 112 mois. Au cours de la période suivant la Seconde Guerre mondiale, les hausses ont duré en moyenne 58 mois. Celle-ci ne devrait plus tarder à s’arrêter sur le bas-côté pour reprendre son souffle… ou bien à tomber dans le fossé.

Ce qui nous ramène à notre SRS.

Selon nous, cette situation pourrait rapidement nécessiter l’intervention de démineurs. Mais le VIX nous dit que les choses n’ont jamais été aussi paisibles depuis 1993.

Tout cela pour vous dire qu’acheter le VIX lorsqu’il était au-dessous des 10 points, en 1993 – et en pariant sur une future augmentation de la volatilité – s’est révélé une bonne affaire.

24 ans se sont écoulés, avant qu’il ne retrouve un niveau aussi bas.

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire