La croissance miraculeuse… du Deep State

Rédigé le 6 juillet 2016 par | Bill Bonner, Inflation, dettes et récession Imprimer

Le système monétaire et financier actuel est conçu pour engraisser le Deep State, ce gouvernement profond qui tient réellement les commandes. Il a besoin de taux toujours plus bas pour subsister, créant une illusion de prospérité mais creusant les inégalités.

Elle est pour les taux d’intérêt bas. Elle l’a toujours été. Et je dois être honnête : moi aussi. Si nous relevons les taux d’intérêt, et si le dollar devient trop fort, nous allons avoir de gros problèmes. — Donald Trump

Le candidat pressenti par les républicains pour la présidentielle américaine brosse son propre portrait… et celui de Janet Yellen, avec une étonnante limpidité.

Mais il aurait tout aussi bien pu parler de sa rivale dans la course aux présidentielles, cette année : Hillary Clinton.

La planète des dettes

Donald Trump avait déjà fait faillite à deux reprises au moment où Bill Clinton prenait ses fonctions de président. Mais, à l’époque, il fut sauvé par la faiblesse des taux d’intérêt et l’augmentation du prix des actifs.

D’ailleurs, la prospérité et l’abondance extraordinaires des années Clinton ne doivent pas grand-chose au couple Clinton, mais beaucoup à Alan Greenspan et à son célèbre « Greenspan Put », instauré en 1987.

Greenspan a donné aux investisseurs l’assurance qu’il couvrirait leurs arrières avec une baisse des taux chaque fois que le marché prendrait une mauvaise tournure.

Cela a entraîné une « illusion de prospérité », à mesure que le cours des actions grimpait, ce qui a contribué à la réélection de Bill…

Le cours des actions s’est emballé… jusqu’à ce qu’éclate la bulle du Nasdaq, la dernière année du mandat de Clinton.

Les deux candidats à la présidentielle de cette année « sont bel et bien pour des taux d’intérêt bas ».

Leur vie d’adulte a été marquée par le cycle du crédit, et leurs carrières se sont construites sur un endettement galopant. Et à présent, presque toute l’économie mondiale dépend de taux d’intérêt bas.

Nous vivons sur la Planète des Dettes.

Des rendements au-dessous de zéro

Le volume des obligations d’état offrant un rendement sous zéro a atteint 11 000 milliards de dollars, la semaine dernière.

Au Japon, les obligations à rendements négatifs courent jusqu’en 2051.

Sergon

Globalement, il paraît que les taux d’intérêt sont plus bas qu’au cours de ces 5 000 dernières années. C’est ce que l’on raconte : c’est amusant et distrayant, mais Sargon d’Akkad et Donald le Terrible ne sont pas comparables.

Peut-être vous demandez-vous « comment diable le niveau de ces taux d’intérêt est-il si bas… alors qu’Hillary la politicarde et Donald l’arriviste ont à ce point le vent en poupe ? »

Je suis heureux que vous vous posiez la question…

Nous relions les données entre elles, traçons des traits d’un point à un autre. C’est quelque chose que d’autres ne veulent pas faire, car cela fait le lien entre un trop grand nombre de réputations, de fortunes et d’opinions.

Nous parlons de cette ligne que l’on peut tracer à partir du système monétaire post-1971 jusqu’au Deep State, en passant par la spectaculaire ascension de la Chine… la spectaculaire chute des Etats-Unis (où le niveau de vie du citoyen moyen n’a pas progressé en 40 ans)… jusqu’à cette chance insolente du club des 1% (ceux qui sont devenus de plus en plus riches, tandis que la majorité des gens autour d’eux perdait pied).

Oui, cette ligne relie les grandes complaintes de notre époque : l’inégalité… la stagnation… l’aliénation… la mondialisation… l’endettement… l’échec de l’économie… l’échec de la démocratie… et l’échec de notre propre culture.

Selon le chercheur en sciences politiques, Charles Murray, les Américains blancs des classes moyenne et populaire souffrent désormais de maux autrefois cantonnés aux ghettos : des familles éclatées, la drogue, le chômage et la violence.

Allez, on ne va quand même pas encore coller tout ça sur le dos du Deep State ?

Eh bien… si.

L’argent du Deep State

« Notre » système monétaire n’est pas « le nôtre ». C’est le système monétaire des initiés du monde financier, créé pour eux et par eux.

C’est le système monétaire du Deep State !

Mais attendez… nous sentons une objection, là : « N’est-ce pas le système monétaire créé par nos élus… censés nous représenter et servir les intérêts de tous ? »

Cher lecteur, parfois vous nous faites rire. Vraiment, où aviez-vous la tête ?

Le système monétaire américain est largement sous le contrôle d’une seule organisation : la Fed. Et cette Fed a été constituée lors d’une réunion secrète entre ploutocrates et banquiers. Je ne plaisante pas, ils se sont rendus dans l’état de Géorgie en train privé, en utilisant des faux noms pour ne pas être identifiés.

Le peuple ne possède pas ce système… pas plus que son gouvernement. Il appartient à des banques privées. Et il est contrôlé par un petit groupe d’initiés, pour la plupart des banquiers et leurs économistes. [Ndlr : c’est d’ailleurs ce que vous explique Jim Rickards, dans le dernier numéro de sa lettre Intelligence Stratégique].

Personne ne l’a jamais inspecté. Et aucun membre du Congrès ne connait vraiment ses intentions.

L’engrais miraculeux

Le 15 août 1971, le président Nixon a fait cette annonce fatidique : désormais, la monnaie de réserve mondiale, le dollar US, ne serait plus directement convertible en or.

Mais pensez-vous que M. Nixon ait eu cette idée tout seul ? Pensez-vous qu’il ait été conseillé par des représentants élus ?

En aucun cas.

Ce sont plutôt les initiés, ces banquiers et cette élite évoluant dans les lointaines profondeurs du Deep State, qui le lui ont chuchoté. Le président – et pratiquement tous les autres – n’avait pas la moindre idée de ce qui se tramait… ni pourquoi.

Mais c’était il y a 45 ans. Beaucoup de choses se sont produites, depuis. Cette nouvelle monnaie s’est apparentée au Sahara, pour l’Américain moyen, qui a vu la progression de ses revenus se tarir… sa richesse cesser de progresser.

En revanche, pour le Deep State, ce fut un engrais miraculeux.

Les initiés ont enfoncé encore plus profondément leurs racines dans le terreau de l’économie américaine, y pompant toujours plus de richesses et de pouvoir.

On ne sait pas si les initiés ont pris pleinement conscience de qu’ils avaient fait, en août 1971. Mais à mesure que ce système se développait, ils l’ont bien apprécié.

Encore mieux : ils en sont devenus dépendants.

Et à présent, dans le monde entier, pratiquement – avec ses actions et obligations, son immobilier et ses pièces de collection… de même que ses entreprises, boutiques, usines, investisseurs, dirigeants gavés de bonus, spéculateurs dissimulés, docteurs en économie, et politiciens – presque tous ceux qui détiennent de la richesse et du pouvoir dépendent de l’argent pas cher des initiés.

William Godwin, philosophe et théoricien politique anglais du 18è siècle, a écrit ce qui suit : « Le gouvernement ne peut avoir plus de deux objectifs légitimes : réprimer les injustices exercées contre les individus de la communauté, et défendre [le pays] contre les invasions étrangères ».

Mais à présent, il a un autre objectif… qu’il veut réaliser à tout prix : continuer à faire tourner la planète des taux d’intérêt bas.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “La croissance miraculeuse… du Deep State”

  1. La FED, privée ?

    Mais qui sont les actionnaires ??

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