Il y a des limites à tout… même à la croissance en Chine

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▪ Que se passe-t-il ?

Nous n’en savons rien. Mais les marchés agissent comme si quelque chose les tracassait.

Qu’est-ce que ça pourrait bien être ? La fin de l’assouplissement quantitatif ? La Grèce qui fait faillite ? L’immobilier US et son double creux ? La surévaluation des actions durant une Grande Correction ?

Qui sait ? Qui s’en soucie ? Les marchés peuvent toujours trouver de quoi s’effrayer. C’est pour cette raison qu’il ne vaut mieux pas acheter quand les prix sont élevés. Il arrivera toujours quelque chose pour les mettre à bas. La gravité, ça fonctionne.

▪ Mais puisque nous sommes à Pékin en ce moment, examinons la situation par ici. Il n’y a pas de Grande Correction en Chine ; l’économie est plutôt en plein boom. Mais les prix grimpent, menaçant l’économie chinoise… et ne rendant pas franchement service au reste du monde.

Ceci dit, si vous voulez acheter quelque chose… de l’acier, des télévisions ou des chaussures… c’est en Chine que tout ça est fabriqué.

“C’est incroyable”, nous a dit Jules, revenant d’une séance de shopping à Pékin. “Ils ont un quartier entier où on peut tout trouver. Des chaussures. Des chemises. Des montres. Des lunettes de soleil”.

“Il y a toutes les marques. Armani. Rayban. Converse. Dolce & Gabbana. Et tout est bon marché. Il faut marchander, mais on peut avoir tout ça bien moins cher que dans le reste du monde”.

“Evidemment, ce sont tous des faux. Des imitations. A New York, un mec appelé Tom a pris les espadrilles argentines (une chaussure bon marché) et les a transformées en article de mode. Il a même collé le drapeau argentin là-dessus. Les espadrilles se vendent environ 2 $ en Argentine. Mais celles de Tom sont à environ 50 $. Et pour chaque paire achetée, Tom dit en donner une paire à un enfant pauvre. Je ne sais pas ce qui fait croire à Tom que les enfants pauvres veulent de sa camelote de designer new-yorkais, mais c’est comme ça. Il a même des chaussures végétaliennes… Je suppose qu’elles ne comportent pas de parties en cuir”.

“Ici en Chine, il y a même des gens pour imiter les imitations de Tom — qui les fait sans doute fabriquer ici, d’ailleurs. Il faut marchander là encore, mais on peut les avoir à 15 $ environ — ce  qui reste supérieur au prix des espadrilles que Tom imitait au départ. Et je doute que ces commerçants donnent une paire à un enfant pauvre. Ils encaissent plutôt les gains”.

Mercredi soir, nous avions organisé un cocktail pour un petit groupe de lecteurs à Pékin. Comme on pouvait s’y attendre, nos lecteurs en Chine sont aventureux et intelligents. Nous leur avons demandé ce qui se passait dans le pays.

“La Chine compte beaucoup de pauvres”, nous expliquait un lecteur originaire de Philadelphie. Des centaines de millions. Pour pouvoir les absorber dans son économie moderne, la Chine doit continuer à se développer au rythme de 6% par an. Si elle n’y parvient pas, on peut s’attendre à de sérieux troubles sociaux. Peut-être à une révolution.

“Actuellement, la Chine se développe de 9% par an, il y a donc de la marge. Mais il y a des limites. Ce qui m’inquiète, c’est l’accès à l’eau. A mesure que les gens s’enrichissent, ils utilisent beaucoup plus d’eau. Imaginez que chaque personne en Chine mange juste un grain de riz supplémentaire par jour… tous les jours. Le pays ne pourrait suivre les besoins supplémentaires en eau”.

“En plus, lorsque les gens s’enrichissent, ils ne veulent pas seulement manger plus, mais aussi manger mieux. A mesure qu’on grimpe dans la chaîne alimentaire, l’utilisation d’eau augmente énormément. Quand on produit de la viande, il faut faire pousser environ 10 fois plus de céréales pour nourrir les animaux. Les gens utilisent aussi plus d’eau chez eux… et dans leurs jardins. C’est simple, la Chine n’a pas autant d’eau que ça”.

“Elle pourrait obtenir beaucoup d’eau de la part de la Sibérie. Mais c’est un investissement gigantesque. Et les autorités s’inquiètent de la sécurité. S’ils vont chercher l’eau en Sibérie, ils sont à la merci des Russes. Ils ne veulent pas que Poutine puisse fermer le robinet après qu’ils en soient devenus dépendants”.

Il y a des limites à tout. Il y a des limites à la croissance chinoise. Certaines de ces limites sont physiques. D’autres sont économiques. Certaines sont des reculs temporaires. D’autres sont des obstacles permanents.

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Bill Bonner

Bill Bonner est le fondateur et président d'Agora Inc., une maison d'édition publiant des lettres d'information confidentielles – probablement l'une des plus brillantes au monde. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450.000 lecteurs... ), il intervient également dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning.

La passion de Bill Bonner pour la finance, les voyages et les grandes idées lui a permis d'engranger des succès incontestables pour son entreprise. Il a débuté en 1979, avec la publication des lettres d'information International Living et Hulbert's Financial Digest. Puis Agora Publishing a connu une croissance très importante, et s'est spécialisée dans la publication de lettres confidentielles sur la finance, la santé, le développement personnel et les voyages. Depuis le début des années 1990, Agora Publishing s'est encore développée. Le siège social est à Baltimore, mais aujourd'hui, Agora compte des bureaux à Paris, Londres, Waterford (Irlande), Melbourne, Johannesburg, Madrid et New-Delhi.

Agora compte aussi des maisons d'éditions se spécialisant dans la littérature classique et académique : Pickering & Chatto à Londres, et Les Belles Lettres à Paris.

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