La crise de dette, sur un murmure… puis une explosion

Rédigé le 6 septembre 2018 par | Bill Bonner, Deep State, Dette Imprimer

Depuis 2007, la dette a augmenté dépassant de 115 000 Mds$ ce que l’économie réelle peut supporter. L’avertissement de la crise de 2008 n’a pas été entendu.

Nous en sommes à la première étape d’un long voyage. Il nous mènera d’abord en Normandie… puis en Irlande par le ferry… suite à quoi ce sera l’Argentine, l’Allemagne et les Bermudes… avant de revenir en Irlande le mois prochain.

Nous préférerions rester au même endroit… et regarder le monde tourner autour de nous.

Et quel spectacle !

L’intrigue principale, au fait — qui dominera le monde de l’argent pendant les 10 à 20 prochaines années — est l’histoire de la faillite des Etats-Unis.

Nous pensons qu’elle se produira d’abord sur un murmure… puis sur une explosion. Aujourd’hui, nous examinons le murmure.

Les Etats-Unis étaient déjà en marche vers la faillite bien avant l’élection présidentielle de 2016…

[NDLR : si vous voulez en savoir plus sur leur itinéraire… et comment éviter d’être balayé avec le reste des épargnants, cliquez ici.]

George W. Bush a abandonné le conservatisme budgétaire en faveur de l’activisme, de la guerre et des déficits. Barack Obama a continué ce programme. Et la Fed a trompé le monde entier avec des signaux de prix factices — mettant le coût réel de l’argent à moins de zéro.

Il y avait l’espoir que le Grand Perturbateur, Donald J. Trump — avec son armée de patriotes exaspérés — assainirait le marigot et changerait le cours de l’histoire. Mais le général a rapidement révélé que 1) il n’avait pas la moindre idée de l’endroit où la vraie bataille avait lieu… et 2) elle ne l’intéressait absolument pas, de toute façon.

Au lieu de cela, avec ses baisses d’impôts, ses augmentations de dépenses militaires et des dizaines de distractions mesquines, l’administration Trump a gaspillé ce qui pourrait bien être la dernière chance de rééquilibrer les choses.

Même si l’équipe Trump est virée lors des prochaines élections présidentielles, leurs remplaçants ne seront probablement pas plus motivés que leurs prédécesseurs pour se débarrasser du Deep State.

Cela laisse la dette libre de prendre le mors aux dents… sans aucun moyen plausible de l’arrêter.

Les compères veulent plus d’argent. Les zombies (dont 10 000 nouveaux retraités chaque jour sur les 20 prochaines années rien qu’aux Etats-Unis) veulent plus d’argent. Les politiques et le Deep State veulent eux aussi plus d’argent.

Qui les arrêtera ?

Personne.

Voilà ce qui va se passer…

Surpoids de dette

D’abord, le murmure. Le système dollar factice/argent facile a permis l’emprunt dans des proportions encore jamais vues. Dette étudiante… dette des ménages… dette des entreprises… dette gouvernementale… dette mondiale de plus de 250 000 Mds$.

Rappelez-vous que c’est le système financier — les banques centrales et les prêteurs — qui crée la dette. Mais c’est l’économie réelle qui doit la rembourser. Traditionnellement, elle ne peut soutenir qu’une dette égale à 1,5 fois le PIB.

Avec un PIB mondial de 90 000 Mds$, nous avons un « excès » de 115 000 Mds$ — au-delà de ce que l’économie peut supporter. C’est pour cette raison qu’une crise de la dette est inévitable.

La crise de 2008-2009 était un avertissement. C’était une « crise de dette » provoquée par trop de gens devant trop d’argent qu’ils ne pouvaient pas rembourser.

De nombreux ménages et entreprises dépendaient de l’emprunt simplement pour rester à flot. Soudain, la valeur de leur nantissement — les maisons, principalement — a chuté, et les prêts se sont taris.

A court d’argent et de chance, Lehman Brothers s’est effondré le 15 septembre 2008. Plus de cinq millions de maisons furent saisies durant la crise ainsi provoquée.

Les banques, les ménages et les entreprises — sans parler du gouvernement fédéral — auraient dû se lancer dans une « fuite vers la sécurité ». Il était temps de rééquilibrer les bilans, d’épargner, d’exorciser la dette et de jurer ne plus jamais rien avoir à faire avec elle.

A ce stade, 10 ans plus tard, le système tout entier devrait avoir moins de dette… et des finances solides dans tous les secteurs.

Mais voilà… la Fed a baissé les taux d’intérêt à tel point qu’épargner n’avait plus aucun sens. De sorte qu’au lieu d’équilibrer leurs finances… les consommateurs, les entreprises et les gouvernements se sont endettés plus encore.

Les entreprises américaines devaient environ 6 000 Mds$ en 2007. Aujourd’hui, le total est d’environ 9 000 Mds$.

La dette des ménages US atteignait 12 000 Mds$ en 2007. Elle est en route vers les 14 000 Mds$.

Le gouvernement fédéral devait 10 000 Mds$ lorsque Bush a quitté son poste en 2009. La dette américaine atteint désormais les 21 000 Mds$… et grimpera probablement à 40 000 Mds$ d’ici 10 ans.

Et regardez les marchés émergents ! Bloomberg :

« Le total des emprunts des marchés émergents a augmenté, passant de 21 000 Mds$ (ou 145% du PIB) en 2007 à 63 000 Mds$ (210% du PIB) en 2017. L’emprunt des entreprises non-financières et des ménages a augmenté. Depuis 2007, la dette en devises étrangères — dollar, euro et yen — de ces pays a doublé, atteignant environ 9 000 Mds$.

 La Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, l’Afrique du Sud, le Mexique, le Chili, le Brésil et certains pays d’Europe de l’est ont une dette en devises étrangères se montant de 20% à 50% du PIB. En tout, les emprunteurs des pays émergents doivent rembourser ou refinancer environ 1 500 Mds$ de dette en 2019, puis à nouveau en 2020. Nombre d’entre eux ne gagnent pas assez pour tenir ces engagements. »

La dernière crise en date

Sous le soleil bienveillant de l’argent facile infini, même les Argentins ont pu se remettre dans le pétrin.

Nous n’en sommes qu’à la première des 100 années de maturité des remarquables obligations émises (et vendues) par l’Argentine l’an dernier. Déjà, les prêteurs regrettent de les avoir achetées.

L’Argentine est en crise. Le président Mauricio Macri annonce que ce sera « la dernière » pour le pays. Il parle à des électeurs qui en ont assez des crises.

Mais il est plus facile d’entrer dans une crise que d’en sortir.

L’Argentine y est en ce moment. L’Amérique en connaîtra une tôt ou tard.

Les prix s’effondreront. Les emplois disparaîtront. Quasiment du jour au lendemain, 10 000 Mds$ ou plus de richesse papier s’évaporeront aux Etats-Unis.

« Aidez-nous », gémiront les consommateurs. « Baissez les taux d’intérêts », supplieront les entreprises. « Je ne suis pas emballé », ajoutera le président.

C’est à ce moment-là que le murmure se transformera en explosion… et là, attachez vos ceintures !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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