2 500 Mds$ de crédits supplémentaires par an pour ne pas couler

Rédigé le 27 avril 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Il fut un temps où le métier de responsable de banque centrale était honnête. Les responsables des banques centrales apportaient un financement au gouvernement. Ils soutenaient le système bancaire, également, en conservant l’épargne en tant que réserves et en la prêtant en cas d’urgence à des banques adhérentes solvables.

Ils parlaient peu, étaient très stricts et avares. Leur rôle était de dire « non » plus souvent que « oui ».

Lorsque le roi voulait de l’argent pour faire la guerre… ou construire un pont… le banquier lui répondait sèchement : « Sire, nous n’en avons pas ».

L’argent réel était adossé à l’or. Et le crédit devait être adossé à de l’argent réel, ce qui signifiait qu’il fallait l’économiser avant de le prêter. L’épargne était limitée, de même que l’argent.

L’épargne a subvenu à 100% des besoins de crédit des Etats-Unis jusqu’en 1973, environ… deux ans après que le président Nixon ait annoncé pour la première fois que le dollar ne serait plus adossé à l’or.

Ensuite, sans que l’on s’en aperçoive, pratiquement, un nouveau système financier a pris la relève… avec de nouveaux responsables de banque centrale aux manettes.

45 ans plus tard, l’Amérique économise à peine 20% de ce qu’elle émet en nouveaux crédits.

Les 80% restants, c’est de « la monnaie de singe » : du crédit sorti de nulle part, créé par la Fed, les banques et les banques centrales étrangères (essentiellement en recyclant les excédents commerciaux).

Le microbe apocalyptique qui vérole le système financier

Haruhiko Kuroda, gouverneur de la Banque du Japon, déclare qu’il va émettre encore davantage cette monnaie de singe. Selon Bloomberg :

« La Banque du Japon va poursuivre sa politique monétaire très accommodante et maintenir le rythme actuel des achats d’actifs pendant un certain temps, a déclaré le gouverneur Haruhiko Kuroda, lors d’une interview.

Si l’économie japonaise s’en sort mieux qu’on ne le pensait il y a quelques mois, le taux d’inflation est encore relativement poussif, Kuroda a-t-il déclaré à New York, jeudi. »

« L’objectif est de 2% », a déclaré Kuroda, en parlant du rythme annuel auquel la Banque du Japon espère détruire sa propre monnaie. « Nous sommes toujours aux alentours de 0%. Alors il y a encore de la marge », a-t-il dit.

La Banque du Japon possède déjà 40% de la dette souveraine japonaise. Apparemment, elle ne voit aucun obstacle à en racheter la totalité, en finançant les déficits japonais avec de l’argent fictif.

Bilans des principales banques centrales dans le monde en M$

Cela n’arrivera pas. Les lecteurs vont rapidement se souvenir pourquoi. Notre petit secret : contrairement au système de l’argent réel qui a dominé jusqu’en 1971, ce système reposant lourdement sur le crédit est – surprise, surprise – extrêmement vulnérable au cycle du crédit.

C’est le microbe apocalyptique qui est profondément enfoui dans le système financier mondial.

Lorsque le cycle du crédit se retourne – lorsque les gens commencent à se rendre compte que tout le système est vérolé jusqu’à la moelle et qu’ils ne prêtent plus volontiers – l’argent du monde disparaît…

…et tout explose en mille morceaux. [NDLR : Votre protection contre une telle éventualité ne se trouve pas sur les marchés financiers, qui eux aussi dépendent du crédit. Elle se trouve dans l’or, mais pas n’importe lequel. Découvrez ici les avantages inégalés de cette pièce.]

Toutes les folies trouvent à se financer

Mais revenons aux banques centrales honnêtes…

Les banques centrales, avant 1971, avaient une autre responsabilité : celle de protéger la monnaie nationale.

L’argent était limité. Tout le monde le savait. On ne pouvait se permettre de le gaspiller. Ni de le perdre. Ni de le dévaluer.

Si la banque centrale échouait, c’était la disgrâce, le limogeage… et la ruine. En Angleterre, un banquier ayant perdu l’argent du royaume s’est fait castrer.

Les temps ont changé, comme on dit. A présent, les responsables des banques centrales sont plus en sécurité, tant en ce qui concerne leurs parties génitales que les illusions publiques. On ne leur demande plus d’agir au sein de l’économie, mais sur elle.

On ne s’attend plus à ce que les banques centrales soient un prêteur en dernier recours, mais un prêteur en premier, deuxième et tous autres recours.

On ne s’attend pas non plus à ce qu’elles réservent leur crédit – les précieuses économies du royaume – à des institutions solvables qui le rembourseront.

Au contraire, on les encourage à propager leur argent falsifié partout, en le déversant comme de la manne sur tous les imbéciles et les paniers percés de l’empire.

L’Etat a-t-il un projet de dépenses farfelues ? Une entreprise veut-elle emprunter pour racheter ses propres actions ? Les baby-boomers veulent-ils plus de prestations de santé ?

Mais pas de problème… dit la Fed. On a plein d’argent falsifié pour tout le monde.

Pas la peine de puiser dans les économies du pays pour financer les projets absurdes. A présent, la banque centrale peut sortir de nulle part de l’argent à crédit !

Les fous bavardent

Le nouvel argent est arrivé et, avec lui, les nouvelles banques centrales.

Envolés les mots soigneusement choisis et la discrétion. A présent, les banques centrales disent n’importe quoi, bavardant sans relâche comme les patients d’un asile pour économistes fous.

Le responsable de la Banque centrale du Japon pense qu’il peut remplacer indéfiniment l’épargne réelle par des crédits bidon.

Actuellement, les principales économies du monde, dénaturées et embrouillées par les politiques des banques centrales, dépendent de la dette. Aux Etats-Unis, 2 500 Mds$ de nouveaux crédits sont nécessaires chaque année uniquement pour se maintenir à flot.

Un volume inférieur provoque une récession… ce qui provoque une contraction du crédit : la dernière chose que l’Etat pourrait tolérer.

Mais aux Etats-Unis, le volume total de l’épargne n’est que d’environ 500 Mds$.

Euh… vous pourrez faire le calcul crédit – épargne plus tard.

En attendant, Bloomberg indique que la Réserve fédérale américaine est moins à même de « réagir que lors du dernier cycle de resserrement :

« La Banque centrale américaine semble s’apprêter à relever les taux d’intérêt à deux reprises, cette année, et demeure confiante vis-à-vis de ses prévisions de croissance de 2%, malgré la publication d’une série de chiffres médiocres concernant le premier trimestre.

‘Je pense tout de même que la moyenne de trois relèvements de taux cette année – nous avons déjà fait un – demeure une bonne base’ a déclaré Robert Kaplan, président de la Fed de Dallas et participant cette année au vote de la politique [monétaire], sur Bloomberg TV, lors d’une interview accordée jeudi à Michael McKee.

‘Si l’économie progresse un peu plus lentement, alors nous pourrons en faire moins, et si l’économie est un peu plus solide, alors nous pourrons en faire plus.' »

La Fed préfèrerait s’arracher les yeux que revenir à un système financier honnête.

Cela n’arrivera pas.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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