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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 4 avril 2006
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*** Arbitrage, arbitrage… Tout n’est donc qu’arbitrage ?
Plus que trois semaines d’insouciance sur les marchés !
*** Attention, chute de pierre
Tout dégénère, se dégrade et vieillit…
*** Confiance et crédibilité
Question du jour : savez-vous combien de dette supplémentaire le Congrès a accepté que l’on charge sur le dos déjà mis à mal des Américains ?"
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Bonjour,
*** ARBITRAGE, ARBITRAGE… TOUT N’EST DONC QU’ARBITRAGE ?
** Une hirondelle ne fait pas le printemps et un poisson ne fait pas le 1er avril… mais une rafale de hausses indicielles en début de second trimestre pourrait en revanche mettre les places boursières sur de bons rails, et inciter les investisseurs d’un naturel prudent à sauter en marche dans le train de la hausse. Le CAC 40 déborde bel et bien l’obstacle des 5 220 points pour explorer pour la première fois depuis cinq ans la zone des 5 250 points. L’Euro-Stoxx, de son côté, n’est plus très loin de confirmer l’effacement de la résistance des 3 865/3 880 points, qui ouvrirait grande la route des 4 000 points.
Et puisque certains seuils ont une valeur symbolique qui ne manque pas de susciter des commentaires admiratifs de la part des journalistes présentant le "20 heures", les 6 000 points atteints à Londres par le FTSE 100 et le score équivalent de son rival germanique (le DAX) auront certainement fait la une du JT de la BBC ou de la ZDF hier soir.
** L’argent est structurellement abondant en début de trimestre. Cela se confirme, mais nous observons surtout qu’il n’a jamais été aussi cher depuis quatre ans !
Nous ne sommes décidément jamais contents… et c’est à croire que nous sommes absolument incapables de nous laisser porter par un consensus haussier : une attitude de vigilance totalement en contradiction avec les mots d’ordres qui conditionnent les comportements de foules. L’alternative classique consiste soit à demeurer passif, soit à foncer tête baissée… et ce n’est pas un hasard si l’emblème des partisans de la hausse des marchés est le bull.
Et avez-vous jamais vu un taureau renoncer à sa charge sous le misérable prétexte que le terrain devient un peu plus lourd, le temps orageux ou les taux d’intérêt un peu plus élevés ? Il ne s’arrête souvent que contraint et forcé, parce qu’il vient de se ficher les cornes dans les barrières — il affiche alors un air aussi ahuri que si elles s’étaient jetées sur lui !
L’un des discours les plus souvent entendus lors des road shows des grandes institutions spécialisées dans la gestion d’actifs boursiers ces dernières semaines est que le plus grand risque consiste aujourd’hui à ne pas être dans le marché, c’est-à-dire à ne pas se montrer bullish.
Si vous tentez de leur opposer la remontée des taux à tout près de 5% sur le 30 ans aux Etats-Unis (4,94% pour être très précis) et 3,85% sur les Bunds 2016, ils vous répondront que ce paradoxe se résout aisément par un vaste mouvement de rotation sectorielle au détriment des produits obligataires à taux fixes en faveur des produits à rendement variable — les actions, en d’autres termes.
Arbitrage, tout n’est donc qu’arbitrage ?
** Partant de ce principe, certains experts des plus grands cabinets immobiliers ne s’étonneraient pas que le ralentissement des transactions — qui se confirme depuis l’automne de part et d’autre de la manche ou de l’Atlantique — se traduise par un regain d’intérêt des investisseurs pour la Bourse. Il faut bien que l’argent travaille… et tant pis si les notaires se retrouvent au chômage technique !
Le secteur du bâtiment ne connaît pour l’heure aucun ralentissement de son activité en France, et le neuf de qualité demeure recherché. En revanche, la tendance des prix faiblit sensiblement dans l’ancien — et il en va de même dans le secteur locatif, où les propriétaires ne trouvent plus de clientèle solvable aux tarifs pratiqués en région parisienne depuis l’été 2005.
** Aux Etats-Unis, les premières statistiques du second trimestre 2006 sont de teneur inégale. La surprise provient des dépenses de construction, qui ont enregistré une progression de 0,8% (au lieu de 0,5% anticipé). Cependant, le prix des matériaux tels que le ciment et le cuivre pourrait avoir joué un rôle non négligeable, entraînant une hausse du chiffre d’affaires global qui ne préjuge en rien d’une progression comparable du niveau d’activité sous-jacent.
Les cambistes semblent par contre s’alarmer du recul de 1,5 points de l’indice ISM manufacturier à 55,2 au mois de mars (le dollar replonge sous les 1,2130/euro), tandis que Wall Street privilégie le chiffre des dépenses de construction. Cela se traduisait par une hausse de 1% du Dow Jones à mi-séance et de +0,65% du Nasdaq.
Les scores sur les places européennes ne sont cependant pas envolés en fin de séance, de sorte qu’un petit suspens demeure en matière de poursuite de la course aux records annuels. Le niveau des taux, du baril de pétrole (67 $) ou du dollar peut légitimement inquiéter, mais l’essentiel est ailleurs : depuis la mi-mars, il ne s’écoule pas une semaine, ni même 48 heures, sans que le marché parisien ne se découvre une nouvelle locomotive. Hier, c’était au tour d’Alcatel de bondir de 5%, le rapprochement avec Lucent étant devenu possible en isolant les activités "sensibles" (contrats de recherche au profit du Pentagone).
Les investisseurs savaient l’issue imminente mais n’avaient guère manifesté d’enthousiasme pour l’opération. Ils s’emballent en revanche pour les considérables économies susceptibles de naître de cette union : 1,4 milliards d’euros de synergies promises d’ici fin 2007 — avec, pour commencer, l’élimination de 10% des effectifs (des coupes claires sont également prévisibles dans l’effectif des ingénieurs, qui dépasse 25 000 lorsqu’on combine les deux groupes).
Si les écrémages constituent la botte secrète des dirigeants — qui peaufinent leurs prochaines offensives — pour séduire les investisseurs, nous redoutons que ce soit "un peu court", comme argument ! Mais d’ici à ce que les conditions de taux ou la volatilité du dollar dissuadent de jouer des opérations de rapprochements qui ne sont pas créatrices de valeur (mais seulement d’économies, ce qui n’est pas la même chose), il y a peut-être la place pour une hausse de 4% ou 5% supplémentaires d’ici la publication des premiers trimestriels aux Etats-Unis : encore trois semaines d’insouciance !
Philippe Béchade
Paris
PS : Notre vigilance contrarienne porte-t-elle ses fruits ? Rendez-vous au 0899 707 009 pour savoir où en sont les conseils de Philippe Béchade — et ce qu’il pense de la séance en cours !
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Des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%… et bien d’autres encore…
24,9% de gain moyen en 2004…
24% de performance moyenne en 2005…
QU’EST-CE QUI FAIT GRIMPER CES ACTIONS ?
Et surtout… comment faisons-nous pour les dénicher ?
Toutes les réponses sont ici…
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*** ATTENTION, CHUTE DE PIERRES
Par Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Paris
** A mesure que les systèmes, les organisations et les institutions vieillissent, ils accueillent de plus en plus de parasites. Parfois, les opportunistes sont inoffensifs, comme un oiseau perché sur le dos d’un rhinocéros ou un écureuil faisant son nid dans un vieil arbre. Et parfois, ils subvertissent leur hôte, ou le grignotent peu à peu.
* Après la Première guerre mondiale, le Congrès américain se réunit pour tenter de comprendre comment les Etats-Unis s’étaient laissés embarquer dans un conflit aussi désastreux et inutile. Les Américains n’avaient aucun intérêt en jeu, mais étaient partis en guerre malgré tout. Et des esprits inquisiteurs voulaient savoir pourquoi.
* Parce que la république américaine avait été subvertie, leur a-t-on répondu. Les Etats-Unis n’avaient peut-être rien en jeu dans la guerre européenne, mais ce n’était pas le cas des banques. Elles avaient prêté des millions à l’Angleterre et à la France. De leur point de vue, il était vital que les Etats-Unis entrent en guerre du côté des Anglais et des Français — ce qu’ils firent en 1917.
** A présent, voici une autre guerre et une autre question : pourquoi les Etats-Unis voudraient-ils s’impliquer dans une guerre contre personne, sans raison apparente ? Les armes de destruction massive ! La démocratie ! Le terrorisme ! Mais ces explications vaseuses se sont évaporées peu de temps après pour ceux qui cherchaient une explication plus concrète : le pétrole !
* Mais — au Moyen-Orient, en tout cas — il est moins cher d’acheter le pétrole que de le voler. Moins cher au moins pour les consommateurs américains, qui doivent en supporter les coûts. Sur ce, un professeur de Harvard, Stephen Walt, arrive avec une autre explication : le puissant lobby israélien de Washington a redirigé la politique étrangère américaine selon ses propres intérêts.
* Nous ne savons pas si cette théorie compte une quelconque part de vérité — mais elle semble assez plausible pour qu’on s’y intéresse.
* Tout dégénère, se dégrade et vieillit, cher lecteur. Nous ne sommes pas les premiers à nous en apercevoir. A mesure que les institutions vieillissent, de plus en plus de "parasites" trouvent le moyen de truquer le système. Ils se faufilent aux postes-clé pour protéger leurs privilèges. Ils se blottissent au creux de nids confortables et de sinécures douillettes dans les coins et les recoins du vieux chêne. Bien entendu, la presse, les politiciens et les universités attirent eux aussi des parasites avec leurs propres programmes — leurs propres buts et leurs propres têtes à couper.
* Pauvre professeur Walt ! Il ne semblait pas comprendre — jusqu’à ce que son propre cou soit sur le billot. Et où étaient les politiciens ? Où étaient les journalistes ? Le sujet était plus brûlant que le Watergate. Personne n’était donc assez intéressé pour le suivre jusqu’au bout ? Personne n’est accouru au secours du professeur ? Tous les scribouillards et les politiciens étaient donc de mèche ? Nous avons regardé dans le International Tribune hier. Il n’en faisait pas mention. Nous avons vérifié une deuxième fois — pas de session du Congrès non plus.
* Et l’Histoire continue donc son chemin — grignotant et subvertissant les institutions qui étaient censées provoquer sa fin. Une démocratie ouverte et moderne était censée être "transparente". Les électeurs étaient censés pouvoir voir comment se prennent les décisions importantes. La presse le garantirait. Le Congrès insisterait pour que ce soit le cas. Ensuite, les électeurs éclairés se rendraient aux urnes et feraient leur devoir — réparant les injustices, corrigeant les erreurs, et maintenant le cap du grand navire. Il n’y aurait plus de soulèvements, de révolutions ou de convulsions. Plus jamais il ne s’échouerait sur des écueils…
* … Dommage que des chutes de pierres le guettent !
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*** La Chronique Agora présente ***
Vous réalisez ce que la Fed a fait à la valeur du dollar depuis 1913 ? Non ? Pas de souci : le génial Mogambo nous donne plus d’explications…
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CONFIANCE ET CREDIBILITE, 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)
Je suis assis tout seul dans l’Impénétrable Bunker Mogambo de l’Ultime Posture Défensive (IBMUPD), et des voix affirmant qu’elles appartiennent à ma famille me supplient d’ouvrir la porte blindée — pour leur rendre au moins la télécommande de la télévision. Je décide donc de leur poser une question facile, afin de déterminer s’il s’agit vraiment de ma famille, ou, comme je le soupçonne, d’infâmes imposteurs.
Je crie donc : "Hé, les crétins !" On me répond : "on n’aime pas quand tu nous appelles crétins, papa" !
A quoi je rétorque : "D’accord, Einstein. Est-ce que tu sais ce que la Réserve fédérale a fait à la valeur de ton argent depuis que la Fed a été créée en 1913, mais de plus en plus vite, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus reprendre son souffle ? Hein ? Alors, crétin ?". Sur ce, la voix a admis : "Euh, non. Mais on sait que c’est la raison pour laquelle tu t’es enfermé là dedans avec la télécommande !" Triomphant, je m’exclame : "dans ce cas, vous êtes tous des crétins !"
Vous remarquerez que je leur ai posé une question facile, alors que j’aurais pu leur demander quelque chose de plus compliqué, à cause de l’actualité — par exemple : "est-ce que vous savez combien de dette supplémentaire le Congrès a accepté que l’on charge sur le dos déjà mis à mal des Américains ?" La réponse, au cas où vous voudriez le savoir, est 781 milliards de dollars, ce qui met la limite officielle de la dette du Trésor US à un peu moins de 9 000 milliards de dollars. Neuf mille immenses milliards, ce qui revient à environ 90 000 $ par tête de pioche ayant un emploi aux Etats-Unis. A 5% d’intérêt, le gouvernement versera 450 milliards de dollars par an rien que pour les intérêts ! Ce qui est à nouveau environ 4 500 $ pour chaque Américain ayant un emploi.
Enfin bref, le Président du Comité des finances du Sénat US, Charles Grassley — qui est, dit-on, un sénateur républicain venant d’Iowa — a déclaré qu’ils approuvent l’énorme augmentation de la dette nationale parce qu’"il est nécessaire de préserver l’entière confiance et crédibilité du gouvernement fédéral". Hahahahaha !
Pendant ce temps, ce même sénateur et tous ses potes du Sénat ont, selon l’agence Associated Press, travaillé sur leur proposition de budget annuel pour l’année prochaine, adoptant "un plan de 2 800 milliards de dollars anticipant des déficits dépassant les 350 milliards de dollars tant cette année que l’année prochaine".
Attendez une minute ! Le gouvernement qu’il représente avec tant de fierté ne prévoit qu’un déficit de 350 milliards de dollars pour la prochaine année fiscale — alors que ce même gouvernement, parallèlement, a permis au Trésor US d’émettre 781 milliards de dollars de nouvelles obligations, ce qui leur suffit à peine pour durer pendant un an ? Plus du double ? Hahaha ! Non, vraiment, c’est trop ! "L’entière confiance et crédibilité" ! C’est le président du Comité des finances du sénat US qui le dit ! Hahahaha ! "Confiance et crédibilité" !
Essuyant les amères larmes de rire qui me montent aux yeux, je lis ensuite — comme une sorte de coda grotesque — que Ben Bernanke, président de l’horrible Réserve fédérale américaine, a déclaré que la réputation de la Fed à elle seule suffirait à maintenir les taux d’intérêt plus bas qu’ils ne le seraient autrement. Hahaha !
Encore un exemple de "confiance et crédibilité", j’imagine ! Hahahahaha !
Accordez-moi quelques instants pour me reprendre, nous continuerons dès demain…
Meilleures salutations,
Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora
(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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