Plus la confiance augmente, plus l’escroquerie devient tentante

Rédigé le 17 mai 2017 par | Bill Bonner, Richesse Imprimer

Deux choses très différentes se sont produites ce week-end. Il y a un lien révélateur entre elles.

Premièrement, des hackers ont attaqué 200 000 ordinateurs dans 150 pays du monde, à l’aide d’un « logiciel de rançon ».

Deuxièmement, nous avons reçu une injonction à comparaître devant un « médiateur » officiel, avec la communauté « Diaguita », un groupe qui revendique des droits ancestraux et tente de s’emparer de notre ranch.

« Les choses ont énormément changé, depuis ma jeunesse », a déclaré le précédent propriétaire du ranch, en nous donnant des conseils.

« Je me souviens que mon père m’avait envoyé [dans les hauts pâturages] pour collecter les loyers auprès des gens du coin. Ils ne voulaient pas payer. Alors je suis rentré et je l’ai raconté à mon père. Il m’a donné un pistolet et m’a dit d’y retourner… et de ne pas revenir sans l’argent.

« Eh bien… C’est ce que j’ai fait. Et ils ont payé. Mais c’était il y a 50 ans. Je ne crois pas que vous devriez tenter la même chose, aujourd’hui. »

Un « virus » malveillant

Mais revenons aux hackers.

Selon une étude, il n’est pas nécessaire de s’y connaître en informatique pour envoyer un logiciel de rançon.

Vous vous contentez de transmettre un virus malveillant dans l’ordinateur de quelqu’un. Ensuite, vous dites : « si vous voulez l’antidote, envoyez-moi l’argent ».

Dans ce cas, la rançon exigée était modeste. 300 $ seulement. Mais il fallait payer en bitcoin. Certaines personnes… y compris l’un de nos lecteurs… pensent que c’est l’oeuvre d’initiés, pour faire interdire le bitcoin.

De nombreuses victimes ne savent probablement pas comment se procurer un bitcoin. Jusqu’à présent, environ 50 000 $ de rançon ont été versés.

Vraisemblablement, davantage d’argent va atterrir dans les comptes des coupables, à mesure que les personnes ciblées auront constitué des portemonnaies bitcoin. [NDLR : Le bitcoin, cette monnaie électronique indépendante de tout gouvernement est-elle vraiment de « l’or numérique » ? A quoi peut-elle vraiment vous servir ? Tout est expliqué ici.]

Cette dernière attaque informatique est un revers pour le commerce en ligne. Mais le progrès est toujours épisodique, toujours sujet à des retours en arrière.

Il y a des pics d’avancées rapides… et puis des reculs… et puis cela traîne… et, finalement, une nouvelle avancée.

La bombe lancée sur Hiroshima a marqué une sorte de « progrès ». Mais le type de progrès dont nous parlons est différent. Il s’intensifie à mesure que davantage de personnes obtiennent davantage ce qu’elles veulent. Cela exige des accords gagnant-gagnant. Or ces accords sont fondés sur la confiance.

Bien entendu, personne ne sait avec certitude comment se passeront ces accords. Mais les deux parties concluent un accord gagnant-gagnant en pensant qu’elles y gagneront.

Sinon, elles ne prendraient pas cette peine.

La confiance source de richesse

Ce n’est pas une coïncidence si les « sociétés où règne un haut niveau de confiance », comme la Suisse, la Norvège, Singapour et le Danemark, sont également les plus riches du monde.

Aujourd’hui, les gens passent commande sur Amazon.com… un magasin où ils ne se sont jamais rendus… à des gens qu’ils n’ont jamais rencontrés… pour acheter des produits qu’ils n’ont peut-être jamais vus.

Ensuite, ils virent de l’argent par internet, sans même savoir où il va. Mais ils sont sûrs qu’ils recevront ce qu’ils ont commandé. Selon The Economist :

« La part des ventes au détail réalisées sur internet a bondi de 5,1% en 2011 à 8,3% en 2016. Ce chiffre camoufle les dégâts que l’e-commerce a occasionnés dans des secteurs spécifiques de la vente au détail… Les deux tiers des livres, de la musique et des films sont désormais achetés en ligne, ainsi que plus de deux cinquièmes des fournitures de bureau et des jouets, selon Cowen & Company, une société de services financiers. »

Ce n’est pas la première fois que nous vivons dans une société aussi confiante. L’économiste John Maynard Keynes a décrit une période semblable, il y a un siècle, dans l’un de ses livres, Les Conséquences Economiques de la Paix :

« Quel extraordinaire épisode du progrès économique de l’homme, cette époque qui prit fin en août 1914 ! […] Un habitant de Londres pouvait, en dégustant son thé du matin, commander, par téléphone, les produits variés de toute la terre en telle quantité qui lui convenait, et s’attendre à les voir bientôt déposés à sa porte […] »

La confiance a nettement reculé, après 1914, lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté. Le commerce international s’est effondré. Le progrès a fait marche arrière puis évolué par à-coups tout au long de la Première Guerre mondiale, de la Grande Dépression et de la Deuxième Guerre mondiale.

En 1950, le commerce international était carrément interdit à une moitié du monde… laquelle menaçait de détruire l’autre moitié.

Ensuite, progressivement, la confiance s’est rétablie. La Chine a rejoint l’économie mondiale en 1979, avec un programme de réformes économiques. 10 ans plus tard, l’Union Soviétique s’est désintégrée, et ses anciennes composantes en ont fait autant.

Cinq siècles de mondialisation

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Le nombre d’accords commerciaux internationaux a été multiplié par cinq au cours de la décennie suivante. Plus de gens que jamais ont réalisé plus de progrès que jamais.

Les salaires chinois ont augmenté de 10% par ans pendant plus de 20 ans, alors même que plus de 100 millions de personnes intégraient la main-d’oeuvre urbanisée.

La confiance est cyclique. Plus les gens deviennent confiants, plus il est facile de les dépouiller !

S’il devient plus facile de gagner de l’argent en trahissant la confiance des gens, davantage de gens sont tentés de le faire.

A présent, le monde entier, quasiment, se fie à internet pour des communications rapides et précises. Est-il étonnant que tant de gens trouvent lucratif de frauder le système ?

La main-d’oeuvre et le commerce étant soumis à une telle concurrence internationale, est-il étonnant que tant de gens aient envie de l’arrêter ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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