Concombres de mer et adrénaline

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La chronique Agora
Paris, France
Vendredi 23 mars 2007
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*** Concombres de mer et adrénaline
Ou comment réanimer des marchés faiblissant

*** Improvisation dans l’avion
Bill Bonner n’a pas accès aux dernières nouvelles financières… et en profite pour réfléchir à la politique

*** Calme et patient (2)
Suite de la réflexion du Banquier Central sur l’avenir des marchés…

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Vous avez deux euros en poche ?
PARFAIT !

Vous avez tout ce qu’il faut pour engranger jusqu’à 340% de gains cumulés d’ici la fin 2007 !

Pour découvrir le potentiel spectaculaire d’une catégorie de valeurs trop souvent ignorée des investisseurs, il suffit de continuer votre lecture…

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Bonjour,

*** CONCOMBRES DE MER ET ADRENALINE

** Du point de vue de l’analyse technique, la séance du 22 mars a constitué le parfait symétrique de celle du 14 mars : ouverture des marchés sur un gros gap, stabilisation des cours jusqu’à la mi-journée, amplification de la tendance initiale — haussière, en l’occurrence — en fin d’après-midi, puis clôture au niveau le plus extrême du jour.

L’Euro-Stoxx 50 affichait une formidable progression de 2,25%. Le CAC 40 a grimpé de 1,75% pour revenir au contact des 5 600 points — soit une hausse fulgurante de 5,6% en six séances et de 4% sur la semaine, ce qui constituerait (si la situation se stabilisait ce vendredi) le meilleur score hebdomadaire depuis la dernière semaine d’octobre 2005.

La psychologie des investisseurs semble s’être totalement renversée. Le motif ? La Fed n’a pas indiqué, au sein de son dernier communiqué de politique monétaire diffusé mercredi soir, qu’elle envisageait de devoir se ménager la possibilité de resserrer le loyer de l’argent (à 5,50%) au cours des prochaines semaines.

Quel fantastique bouleversement stratégique et sémantique de la part de banque centrale américaine ! La planète financière bascule dans l’euphorie, Wall Street exulte (+1,7% pour le S&P 500, +2% sur le Nasdaq en 45 minutes mercredi soir) : le glorieux Goldilocks vient d’être rétabli sur son trône flamboyant sous les vivats de la foule !

** Mais soyons un peu réalistes ! Quel économiste a jamais inclus dans ses prévisions un relèvement du prime rate au cours des six derniers mois ? Qui s’accrocherait à ce genre d’hypothèse avec une croissance divisée par deux aux Etats-Unis fin 2006 et une chute de 30% des commandes de maisons neuves (sans parler de la récente crise du "crédit menteur" puis du scénario de récession jugé "possible" à 33% par Alan Greenspan une semaine auparavant) ?

La Fed ne devrait donc plus renchérir le loyer de l’argent en 2007 ! La belle affaire ; c’est ce que prévoyaient avec une audace folle et un stupéfiant sens de l’anticipation pas moins de 100% des opérateurs sondés chaque semaine depuis l’automne 2006. Ils sont en moyenne 50% à 60% à parier sur un assouplissement monétaire imminent dès que les statistiques d’activité économique aux USA s’avèrent médiocres — ce qui est quasi systématique depuis le mois de décembre dernier.

Le communiqué lu mercredi soir invite à penser que si les taux sont désormais stabilisés dans la zone de neutralité, le prochain mouvement pourrait consister dans une réduction du prime rate à 5%. Voilà une fabuleuse déduction… mais qui ne fait que recouper la courbe des taux prévus au cours des 12 prochains mois. Le seul débat ne concerne que le timing ; il n’a jamais été question d’un éventuel relèvement à 5,50% d’ici l’été 2007.

** Wall Street a donc massivement enfoncé des portes largement ouvertes et totalement occulté le fait que même si les taux baissaient de 25 points d’ici trois à six mois, la tendance à la consolidation du secteur immobilier ne s’en trouvera pas affectée. La Fed n’a pas le pouvoir de "re-solvabiliser" les centaines de milliers d’emprunteurs qui se sont imprudemment laissés séduire par des formules de prêts exotiques assorties de taux voisins de 10% pour les profils les plus risqués.

Dans un tel contexte d’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis, et à l’image du scénario observé au Japon au début des années 90, réduire le coût de l’argent est aussi efficace que d’injecter au mélange d’adrénaline et de caféine pure dans le flanc d’un concombre de mer : cette fascinante créature marine, aussi dynamique qu’une feuille de laitue en état de décomposition avancée, aurait plutôt tendance à se recroqueviller à la moindre sollicitation extérieure.

A Wall Street en revanche, pas besoin de prévoir des piqûres de caféine : il suffit d’agiter dans le coin d’une pièce un gobelet rempli d’un vague liquide marron (dégageant un mince nuage de vapeur) pour que les opérateurs filent ventre à terre racheter des actions à coup de dizaines de milliards de dollars.

** Dans le même temps, la " prime d’assurance " associée aux credit default swaps rechute miraculeusement à des niveaux comparables à ceux de la mi-février. C’est comme si le problème de fond — la chute des prix des logements et la pénurie d’acheteurs solvables — avait seulement trouvé un commencement de début de solution.

Mais tout va s’arranger (nul n’a encore trouvé le temps d’expliquer comment), puisque la courbe des taux s’est complètement aplatie aux Etats-Unis avec l’avènement d’une parité parfaite entre le T-bond à 2 ans (qui s’est détendu de sept points de base) et le 10 ans (moins deux points de base) à 4,53% : c’est la preuve que la menace d’une récession ne fait plus partie des scénarios privilégiés par les marchés obligataires.

Après l’ivresse des minutes qui ont suivi la publication des commentaires de Ben Bernanke, la gueule de bois semble pourtant menacer les détenteurs de bons du Trésor US : le 10 ans reperdait hier l’intégralité de ses gains de la veille (à 4,58%).

Les plus optimistes considèreront qu’il s’agit d’une conséquence inévitable de l’attrait exercé par les actions. Plus raisonnablement, nous considérons que les nouvelles ne sont pas si bonnes que les partisans de la légende de Goldilocks (il n’y avait plus qu’eux sur les chaînes de télé anglo-saxonnes mercredi soir) feignent de le croire.

Certes, la Fed cesse d’évoquer le biais restrictif de sa politique monétaire… mais elle ne s’est nullement engagée à abreuver les marchés de liquidités en cas de fléchissement de la croissance. Elle a en effet brossé un des portraits les moins encourageants de l’économie américaine depuis que le cycle de resserrement monétaire a débuté à la mi-2005.

Elle juge le niveau d’inflation toujours "inconfortable" et discerne par ailleurs des signes de ralentissement économique… c’est presque une description en creux de la stagflation.

** Les marchés US — par la manifestation d’une "exubérance irrationnelle" — ont-ils tenté mercredi soir de forcer la main au destin en voulant voir dans le communiqué final concocté par Ben Bernanke l’assurance que rien de fâcheux ne saurait plus être envisagé ?

A moins que des effets de seuil n’aient joué un rôle décisif, dans la mesure où les principaux indices américains plafonnaient sous des résistances parfaitement identifiées. Le franchissement des barrières graphiques a provoqué le déclenchement en cascade de programmes d’achats informatisés avec le débordement successif des moyennes mobiles à 100 et 50 jours, sur fond de validation d’une structure de retournement haussier en double creux (sur 2 340 pour le Nasdaq et 12 000 points sur le Dow Jones).

Ceux qui n’accordent guère de crédit à l’influence de l’analyse technique invoquent le deus ex machina des OPA. Nous avons largement évoqué ce sujet au cours des précédentes rubriques, et il est indéniable que la fièvre spéculative qu’elles engendrent contribue largement au réchauffement climatique observé sur les marchés ces derniers jours.

Un réchauffement si rapide qu’il pourrait bientôt se traduire par un assèchement des liquidités… à moins que cette hypothèse — plus que plausible — n’incite justement à précipiter les offensives capitalistiques avant que le sol ne se craquelle et qu’une poussière âcre ne recouvre les écrans de Shanghai à Bombay et de Francfort à Los Angeles.

Et si les liquidités devaient rester abondantes, les inondations ne font jamais autant de ravages que sur un sol déjà détrempé !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Notre portefeuille a beaucoup bougé ces derniers jours : pour retrouver le suivi de nos positions — et nos derniers conseils — retrouvez Philippe Béchade dès 15h45 au 0899 707 009*
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** IMPROVISATION DANS L’AVION

** Nous sommes dans l’avion, sans pouvoir accéder aux dernières nouvelles financières. Nous allons devoir improviser…

* Ce n’est pas l’argent, que nous avons trouvé intéressant cette semaine, mais la politique. Une pensée en a entraîné une autre. Nous avons remarqué que la guerre en Irak semblait être en train de disparaître des journaux US ! Nous n’en sommes pas certain, mais nous imaginons que les Américains s’en lassent.

* Mardi, le lendemain du discours de George W. Bush sur la guerre — où il a demandé cent millions supplémentaires pour continuer les opérations — apparemment, le International Herald Tribune a estimé que l’événement ne valait pas la peine d’être abordé. Nous vérifions fréquemment, ces derniers temps, et souvent, en couverture des journaux, on ne parle absolument pas de la guerre. De quel étrange conflit s’agit-il… pour qu’il n’apparaisse pas dans la presse ?

* Ce matin, nous travaillons sur une nouvelle Théorie de la Politique Moderne… mais nous allons revenir un peu en arrière pour vous expliquer d’où elle nous est venue.

* D’abord, le Financial Times et d’autres journaux britanniques en ont parlé : l’un des quotidiens montrait en première page une photo en couleur de George W. Bush derrière son pupitre. Mais qu’y avait-il derrière lui ? Eh bien, un tableau représentant Théodore Roosevelt… à cheval, comme s’il menait une charge de cavalerie.

* Vraiment approprié, avons-nous pensé. Le pauvre George est pris au même piège que Roosevelt. Le clownesque Teddy a contribué à mener les Etats-Unis dans un certain nombre d’aventures militaires insensées — la plupart dans des républiques bananières latino-américaines dont personne ne se souciait. Les victimes US étaient rares et les bananes abondantes. Le public a adoré, faisant de Roosevelt un héros.

* Puis la Première guerre mondiale est arrivée. Roosevelt a poussé, tiré et manipulé le Professeur Wilson jusqu’à ce qu’il s’engage. Wilson hésitait, mais sa vanité a fini par prendre le dessus. Il a vu que la guerre ferait de lui un héros également — non seulement pour la guerre… mais pour toute la civilisation occidentale. Il sauverait la démocratie des griffes des Huns !

* La guerre a fini par lui coûter la santé ; Wilson a eu une attaque après que les Européens et les Américains se sont retournés contre lui. Les Français et les Britanniques l’ont exploité sans scrupules… les Américains en avaient tout simplement assez de le voir. Mais la guerre a pris à Théodore son propre fils — Quentin, qui est mort au front.

* Tant Wilson que Roosevelt étaient des idiots… mais au moins Roosevelt était-il le genre d’idiots que les Américains semblaient apprécier — têtu, vantard, belliqueux. Comme on l’a souligné à plusieurs reprises, il avait plus de points communs avec le Kaiser et avec des colonialistes comme Cecil Rhodes qu’avec les idéaux de la nation américaine. Sa philosophie gouvernementale était remarquablement anti-américaine ; il croyait aux valeurs militaires de Bismarck, et passait probablement son temps à lire Nietzsche lorsqu’il se reposait après une bataille.

* George Bush II, pendant ce temps, est une sorte de version plus mince de Roosevelt — tant physiquement qu’intellectuellement. Descendant lui aussi d’une famille patricienne de Nouvelle-Angleterre… pareillement éduqué au sein d’une riche élite… il a lui aussi suivi la vision des Etats-Unis comme une Nation en Armes — avec de nobles guerriers prêts à botter le train de quiconque se met en travers de leur chemin.

* Cela serait une attitude parfaite pour un Kaiser… mais pour un homme aspirant à diriger les Etats-Unis, c’est bizarrement anti-américain. Sans le fait que les électeurs sont atteints d’amnésie collective concernant ce que leur pays est censé être, ce serait un motif de disqualification… et de mépris.

** "Il y a deux courants, dans la pensée occidentale, donnant naissance à notre conception moderne de la philosophie politique", écrit notre ami Michel en référence aux travaux de Michael Oakeshott. "Il y a la théorie individualiste et la théorie collectiviste".

* Les Etats-Unis ont été fondés par des gens qui croyaient à la théorie individualiste : un homme devrait être libre de faire comme il l’entend, plus ou moins, tant que cela ne fait de mal à personne. Dans les documents fondateurs de la nation, on peut même lire que l’individu — et non l’Etat — est souverain. Et durant de nombreuses années — environ un siècle et demi — cela a été vrai. Les Américains étaient censés s’occuper d’eux-mêmes, trouver leur chemin dans la vie, faire du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient… et laisser leurs voisins en paix.

* La "justice" était un terme utilisé pour définir la relation de l’individu avec l’Etat. S’il était accusé d’un crime, il devait obtenir justice. Il ne devait pas être enfermé sans procès… et sans avoir la chance de se défendre (comme ces pauvres gars à Guantanamo). La Constitution US offrait tout un assortiment de "Droits" destinés à décrire le traitement équitable d’un individu par l’Etat. Il pouvait adorer le dieu de son choix ; il pouvait dire tout ce qu’il voulait, et ainsi de suite.

* A présent, nous avons une nouvelle sorte de justice. George W. Bush est allé en Amérique Latine et a parlé de l’engagement des Etats-Unis envers la "justice sociale".

* De quel genre de justice s’agit-il ? Nous n’allons pas tarder à le découvrir…

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Un véritable séisme énergétique pourrait mettre fin pour toujours à l’ère du pétrole bon marché, effaçant plus de 150 ans de prospérité occidentale et oblitérant la richesse de millions d’investisseurs… quasiment du jour au lendemain.

PANNE SECHE !
LE JOUR OU LE MONDE SE RETROUVERA A COURT D’ENERGIE

Restez les bras croisés et perdez tout… ou agissez AUJOURD’HUI et engrangez des gains de deux, voire trois chiffres sur des valeurs parfaitement positionnées pour grimper en flèche alors que le chaos s’installe.

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*** La Chronique Agora présente ***

Nous retrouvons notre Banquier central là où nous l’avons laissé hier : dans un ascenseur… en train de s’interroger sur le sort des marchés en général — et du dollar en particulier.

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Le Journal d’un Banquier Central
CALME ET PATIENT — 2ème PARTIE
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Par le Banquier Central (*)

Flight To Quality
… Une heure a passé. Je suis toujours calme et patient — comme le préconise le panneau situé sous l’interphone. Peu de chances, en tout cas, pour que le dollar profite de l’actualité récente. C’est la deuxième nouvelle du mois, peut-être la plus importante : l’aversion au risque est de retour, notamment à travers l’inquiétude montante que suscite le marché du crédit outre-Atlantique. Les tribulations de New Century Financial, puis d’Accredited Home Lenders ont relancé les spéculations sur l’éclatement de la bulle immobilière.

Ces deux sociétés de crédit immobilier, accablées par les défauts de paiement, se retrouvent au bord du dépôt de bilan — effet pervers d’une prospérité à crédit, bâtie sur des emprunts à taux variables ou des maisons hypothéquées. Il aura suffi à la Fed de relever le loyer de l’argent pour menacer tout l’édifice.

C’est désormais l’ensemble des financières américaines qui sont à la peine : sur les marchés, la dette de Goldman Sachs ou bien de Morgan Stanley est à peine mieux cotée qu’un junk bond. Dans un tel contexte, on ne s’étonnera pas de voir resurgir les comportements de flight to quality : les intervenants sont de plus en plus nombreux à préférer la sécurité de l’obligataire à la volatilité des indices. Les prix des bonds américains s’envolent, provoquant une détente mécanique des taux d’intérêt qui les rémunèrent. La pression s’accentue également sur la Fed : les marchés de futures pricent désormais un relèvement de 50 points de base d’ici à la fin de l’année — une estimation, qu’Egisthe, pour des raisons techniques, trouve encore trop basse.

La détente des taux affecte à son tour les facilités de prêt, donc le volume de la masse monétaire en circulation : et voilà le dollar en tendance baissière, tout comme le prédisait l’étude technique d’Egisthe l’Analyste. La boucle est bouclée — et je tourne en rond dans ma cabine. Après une heure et dix minutes, le technicien n’arrive toujours pas.

Un peu de mesure .
.. Tous ces phénomènes sont vrais, mais il ne faut pas se tromper sur leur ampleur. Pour le moment, les récents mouvements de cours n’apparaissent que comme une redite atténuée de la crise des emerging survenue voici un an. De telles corrections ne sont pas inhabituelles sur des marchés forts d’un tel potentiel de croissance. Quant à la menace américaine, elle est certes inquiétante — mais elle n’a au fond rien de neuf. Des tensions sur le très généreux crédit américain étaient inévitables, dès lors qu’un redressement des taux intervenait.

La généralisation d’une crise partie d’Asie ? Cher Journal, je n’y crois pas. Le système financier mondial a tiré des leçons de 1998, et revu sa copie en profondeur. Des coupe-feu ont été mis en place ; les opérateurs ont pris des mesures poussées d’encadrement du risque. Il n’y a jamais de garantie totale, bien sûr : mais pour qu’une vraie panique se généralise à l’échelle mondiale, il faudrait un événement, ou une conjonction de facteurs, d’une magnitude telle qu’on n’en a pas observé depuis le début de ce siècle.

En 1998, des milliards étaient partis en fumée dans l’effondrement des devises asiatiques, suite à la décision des autorités thaïlandaises de laisser flotter le baht. La déconfiture financière de la région s’est trouvée relayée à l’automne, quand plusieurs hedge funds, lourdement "collés" par la crise russe qui venait d’éclater, ont clôturé en urgence leurs carry trades yens-dollars (évidemment, tous dans le même sens : ils avaient emprunté des yens pour acheter des dollars), afin d’éponger leurs dettes. Des milliards de yens se sont trouvés rachetés d’un seul coup, contre des milliards de dollars, entraînant un plongeon vertigineux de l’USD/JPY de 20% en l’espace de quarante-huit heures. Autant dire que les tribulations actuelles du yen ne sont qu’une péripétie mineure.

Le krach d’octobre 98 s’explique essentiellement par une crise de liquidité : tout le monde était dans le même sens, et sur le même marché. La grande leçon qu’en ont retirée les fonds spéculatifs, c’est la salutaire nécessité de se diversifier. Nous vivons aujourd’hui une période où les capitaux abondent, mais où les opportunités n’ont jamais été plus nombreuses. Dans ce contexte, la liquidité est mieux assurée. On peut imaginer des corrections appuyées, à la mesure des gains réalisés sur ces marchés ; mais un effondrement serait une autre affaire.

Quant à la menace américaine, voilà deux ans que les analystes, La Chronique Agora et parfois les banquiers centraux, ne cessent d’alerter l’opinion sur les risques d’un éclatement de la bulle du crédit. Comme je vous le disais, des tensions étaient inévitables. Les difficultés actuelles de New Century et consorts ne suffisent donc pas à confirmer le scénario d’un crash landing. Il se peut que cela soit le point de départ d’un élan de panique : mais encore une fois, les capitaux ne manquent pas de débouchés, et la fluidité du système devrait permettre de limiter les impacts à l’échelle mondiale.

Pour toutes ces raisons, cher Journal, je ne pense pas que les deux semaines que nous venons de vivre sonnent le début du rallye baissier. C’est sûr, l’année 2007 se révèlera moins favorable que la précédente. Mais à ce jour, au plan technique, les seuils critiques n’ont pas été franchis. Au contraire, le doute subit des marchés pourrait ménager quelques opportunités significatives à moyen terme. Si je pouvais sortir tout de suite de cette cabine, cher Journal, je courrais rédiger un mémo sur la question.

… Mais je ne peux pas.

En fin de compte, pour moi comme pour les opérateurs de marché, la meilleure stratégie, c’est de suivre à la lettre le conseil du panneau : rester calme et patient, en attendant l’intervention du technicien.

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir le Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…

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