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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 24 août 2006
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*** Problèmes de vision
Les marchés avancent à l’aveuglette…
*** Comportementalisme financier
Pourquoi Bill ne se lance pas dans la pornographie, les drogues… ou les fonds de couverture
*** Ou va l’argent-métal ? (1)
Les utilisations d’argent-métal dans l’industrie moderne se développent.
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Bonjour,
*** PROBLEMES DE VISION
** Depuis le début de la semaine, les marchés me font penser à un homme qui aurait récemment perdu la vue. Ils hésitent, tâtonnent, se cognent, ne reconnaissent plus les repères familiers… gare aux précipices qui guettent de chaque côté du chemin !
Hier, ils ont douloureusement donné de la tête contre une statistique sournoise : l’immobilier américain continue de donner des signes de faiblesse, menaçant la santé déjà vacillante des consommateurs — et donc de l’économie américaine toute entière. Selon la National Association of Realtors, les ventes de logement anciens sont en baisse — 6,33 millions d’unités vendues en rythme annuel contre 6,56 millions attendus, soit une chute de 4,1%… et leur niveau le plus bas en deux ans.
Il n’en a pas fallu plus à nos non-voyants boursiers pour terminer la journée en baisse : le CAC 40 a glissé de 0,89% pour se retrouver sous la barre des 5 100, à 5 082,73 points exactement. A Londres et Francfort, le Footsie et le DAX auraient eux aussi eu besoin d’un chien-guide, avec des baisses de 0,73% et 0,74% respectivement.
Même navigation à l’aveuglette de l’autre côté de l’Atlantique : le Dow Jones s’en tire mieux que les autres, cependant, et a limité la casse à une perte de 0,37% le menant à 11 297,9 points. Le Nasdaq, de son côté, s’est pris les pieds dans sa canne blanche, chutant de 0,71%, à 2 134,66 points. Le S&P termine également en baisse, à 1 292,99 points, soit -0,45%.
** Cécité aussi pour le billet vert et les marchés obligataires, que la Fed maintient dans une incertitude tenace quant à la fin — ou pas — des hausses de taux. Après les déclarations de Michael Moscow de la Fed de Chicago, hier, sur une possible continuation des hausses, les investisseurs attendent désormais les déclarations de Ben Bernanke demain.
En attendant de savoir ce que délivreront les oracles, le billet vert a baissé hier, terminant la séance à 1,2805 pour un euro. Du côté obligataire, la tension s’est fait sentir après quatre séances consécutives de détente. Le bon du Trésor US à 10 ans a ainsi vu son rendement se tendre d’un point de base pour atteindre 4,82%.
** L’or, de son côté, remonte la pente… il a pris 4,6 $ au second fixing de Londres hier, ce qui porte l’once à 628,10 $.
Sur le marché du pétrole, c’est la myopie qui semble prévaloir : indifférents aux perspectives de long terme, tensions géopolitiques et accroissement de la demande mondiale, les investisseurs ont préféré se pencher sur la baisse de la demande liée à la fin de l’été… la baisse des réserves américaines de brut, à 600 000 barils au lieu des 1,4 millions attendus… et la hausse des réserves d’essence, qui ont grimpé de 400 000 barils, contre une baisse de 1,5 millions attendue.
Le baril de WTI New York a ainsi terminé à 71,76 $ contre 73,10 $ hier.
** Et puisqu’on parle matières premières et ressources naturelles, je me permets de vous rappeler que la "Semaine de l’Eau" prend bientôt fin… ce qui n’est pas le cas des problèmes et opportunités liés à l’eau ! Nos spécialistes se sont penchés sur la question — et le résultat de leurs investigations sera bientôt disponible. Attention, profits en vue !
Françoise Garteiser,
Paris
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Un principe d’investissement si simplissime…
… que vous l’avez probablement OUBLIE !
Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** COMPORTEMENTALISME FINANCIER
** "Sur cette planète, la majeure partie de l’argent est gérée suivant une tactique de ‘chacun pour soi’".
* Ainsi parlait un Zarathoustra moderne, un prophète de l’école de la "finance comportementale" : M. Whitney Tilson, gestionnaire de fonds, fondateur de T2 Partners et éditorialiste du Financial Times. En tant que théorie d’investissement, la finance comportementale s’avère être une version plus élégante de l’adage qui veut "qu’un idiot et son argent sont vite séparés". Les comportementalistes s’inquiètent de voir que les investisseurs font des erreurs en suivant leurs impulsions… sans faire preuve du rationalisme qui leur permettrait de maximiser leurs profits. Si seulement les pauvres idiots s’en tenaient à une analyse raisonnable des investissements, se plaignent les comportementalistes en fronçant leurs augustes sourcils, tambourinant des doigts sur leur bureau.
* Réfléchissez-y. Voilà un investisseur qui détient une valeur pendant trop longtemps. En voici un autre qui achète des parts dans un fonds simplement parce que tout le monde en achète. Un troisième gaffeur fait tant de recherches qu’il finit par "épouser" son portefeuille, y ayant investi tant de temps et d’effort.
* Nous pourrions prendre ces malheureux en pitié, parce que nous réalisons que nous avons fait toutes ces "erreurs" nous-même… mais nous nous demandons si ce sont vraiment des erreurs.
** Voyez-vous, le problème avec tous ces gens de la finance comportementaliste, c’est qu’ils ne vont pas assez loin. Ils prétendent analyser ce que font les gens, puis le comparer avec ce qu’un investisseur fictionnel "devrait" faire. Aujourd’hui, nous posons donc la question : pourquoi devrait-il le faire ? Si nous investisseurs n’investissons pas vraiment comme une théorie déclare que nous devrions le faire, où est la faute ? Où est l’erreur ? Chez nous, ou dans la théorie ? Après tout, pourquoi les investisseurs devraient-ils se comporter différemment de ce qu’ils font tous les jours ?
* Les chercheurs comportementalistes partent du principe que l’homme est essentiellement une créature rationnelle, cherchant à maximiser ses profits, et qui fait simplement "des erreurs". Mais ces "erreurs" n’en sont pas, en fait. Si un investisseur n’investit pas comme les universitaires pensent qu’il devrait le faire, c’est parce ledit investisseur n’est pas l’animal qu’ils croient qu’il est. En d’autres termes, nous investisseurs, nous n’investissons pas simplement pour gagner de l’argent.
* Si notre seul but était de gagner de l’argent, nous nous lancerions dans la pornographie, les drogues illégales, ou, pire encore, les fonds de couverture ! Oui, si les hommes n’étaient que des tiroirs-caisses, ils feraient du porte-à-porte en banlieue, offrant des prêts immobiliers sans apport personnel à paiement différé du principal — et ils offriraient une réduction à quiconque en prend deux. Et s’ils ne trouvaient pas preneur, ils rajouteraient une inscription gratuite à une chaîne X câblée. Et peut-être un peu de cocaïne, simplement pour faciliter les choses.
* Mais le lumpeninvestisseur n’a pas l’argent comme seul but. S’enrichir n’est qu’une partie de tout un ensemble de désirs et de préjugés qui le poussent vers un destin bien mérité. Le lumpeninvestisseur ne veut pas seulement gagner de l’argent, voyez-vous, mais également se sentir à la fois plein de sagesse et à la pointe de la mode… à la fois hardi et prudent. Il est tout à fait prêt à se lancer dans des investissements contrariens — tant que tout le monde fait les mêmes !
* Et voilà pourquoi, dans le monde cruel de la finance, les lumpeninvestisseurs se retrouvent perdants. Parce qu’en matière d’investissement, ce qui grimpe… c’est exactement ce qui va devoir baisser. Pourtant, l’investisseur moyen refuse d’acheter des placements tombés en disgrâce. Pourquoi ? Parce qu’en agissant ainsi, il se sent marginalisé, bizarre, en danger. Il a l’impression d’être un étranger — et c’est bien le dernier sentiment qu’il souhaite ressentir ; il préférerait abandonner ses profits. En fait, le lumpen ne trouve pas le sommeil tant qu’il n’est pas profondément et solidement emmitouflé dans le vaste troupeau de ses congénères somnolents.
* Les lumpeninvestisseurs ne maximisent peut-être pas leurs rendements… mais ils jugent qu’une bonne nuit de sommeil vaut largement ce coût.
** D’autres investisseurs ne se préoccupent pas tant de prendre la bonne décision que d’éviter la mauvaise. Ces gens craignent moins les pertes que les moqueries. Ils redoutent par-dessus tout de se retrouver dans une position où quiconque — et en particulier leur conjoint — pourrait les montrer du doigt en les traitant d’âne bâté. A dire vrai, ils préféreraient être des ânes bâtés, financièrement parlant, plutôt que d’être accusés d’être des ignorants. Et que faire pour éviter les critiques de votre épouse ? Eh bien, on suit exactement ce que font Citibank et Lehman Brothers. Ou ce que la Réserve fédérale vous dit de faire — même si cela revient à prendre un prêt immobilier à taux variable.
** D’autres investisseurs encore font preuve d’une loyauté que nous ne pouvons qu’admirer. Ils se tiennent à un secteur d’investissement — ou même une entreprise individuelle — dans la richesse et la pauvreté, les succès et les échecs… jusqu’à ce que la mort les sépare. Et elle le fait souvent. D’autres tendent à être de vrais Don Juan, lâchant leur compagne dès qu’ils voient passer un jupon.
* Mais bien entendu, si l’on en croit les fans du comportementalisme, ces goujats ne sont que des individus rationnels cherchant à maximiser leurs profits. Pas une seule trace de démon de midi dans leur sang.
* Mais si les décisions d’investissement étaient vraiment des choix objectifs, parfaitement binaires — l’un clairement, bon l’autre clairement mauvais –, des programmes informatiques pourraient tout aussi bien s’en charger à notre place. Seulement voilà : les ordinateurs ne lisent pas les titres de demain avant nous, et même une puce de silicone ne peut dire quels investissements ont l’intention de grimper ou de baisser.
* Ce qui signifie que l’idée même d’un "optimisateur de profits" entièrement rationnel — un investisseur parfait ne faisant aucune erreur — est si complètement détachée de la réalité qu’on peut assez facilement la classer dans la catégorie des fraudes intellectuelles.
* Voilà pourquoi notre investisseur candide et irrationnel a raison, en fin de compte. Sachant que le succès ou l’échec de ses investissements — en matière de profits — est en majeure partie hors de sa portée, il préfère les récompenses non-monétaires : le droit de se vanter, un sommeil profond, la reconnaissance social, la protection, la bonne humeur de son épouse… et courir les jupons.
* C’est peut-être un idiot pour les professeurs de la finance. Mais dans le monde réel, c’est un homme.
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Cinq conseils pour votre portefeuille…
… et l’investissement que vous devriez faire sans plus attendre !
Pour découvrir les principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent — comment y réagir, cliquez ici…
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*** La Chronique Agora présente ***
Les performances de l’argent-métal ont été meilleures que celles de l’or : l’argent a grimpé de près de 31% en 2005, contre 18% environ pour l’or. Certains investisseurs se demandent maintenant si la hausse est terminée… et si non, jusqu’où l’argent ira-t-il ? Doug Casey examine ce qui alimente les marchés en ce moment…
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OU VA L’ARGENT-METAL ? — 1ère PARTIE
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Par Doug Casey (*)
Il y a des différences significatives entre l’or et l’argent-métal. La demande d’or est presque entièrement destinée à des fins financières (protection et profit) et pour des utilisations en joaillerie. Bien peu d’or est consommé, en réalité. Dans ce domaine, l’or est à l’opposé complet d’un métal de base comme le fer, que les gens achètent uniquement dans le but de l’utiliser. L’argent-métal a un pied dans chacun de ces domaines ; on en achète dans le but de le consommer, ou bien pour des raisons de profit ou de protection financière.
La majeure partie de l’or extrait à ce jour (y compris le collier de Cléopâtre et ce qu’Alexandre le Grand a pillé dans les villes antiques de l’ouest de l’Asie) reste en surface sous diverses formes faciles à refondre. Les raisons de la persistance physique de l’or sont chimiques — le métal est presque inerte, si bien qu’il ne rouille pas — et économiques : à cause de sa grande valeur, on n’en perd pas beaucoup, pas plus qu’on n’en jette comme déchet. La production minière annuelle est limitée, quand on la compare aux stocks existants — du même ordre que la petite quantité d’or perdue ou consommée chaque année. La taille des réserves existantes ne change donc pas beaucoup. Les variations du prix de l’or proviennent presque exclusivement de fluctuations dans la demande de détention d’or.
Les onces d’argent, par contre, vont et viennent — pas aussi rapidement que les tonnes de fer, mais tout aussi inéluctablement. L’argent, contrairement à l’or, est chimiquement actif. Lorsqu’on utilise de l’argent, on en exploite une bonne partie — qui est consommée sans qu’on puisse le récupérer. Et puisque l’argent est bien moins rare que l’or, on fait moins d’effort pour le sauvegarder et le protéger. La production minière et la consommation annuelles sont considérables, par rapport aux réserves existantes, si bien que les fluctuations du prix proviennent de changements dans ces deux facteurs, mais également des changements affectant la demande d’argent pour un but financier.
Les utilisations d’argent-métal dans l’industrie moderne se développent. C’est le meilleur conducteur de chaleur et d’électricité, le métal le plus réfléchissant, et (après l’or) l’élément le plus ductile et le plus malléable. Il est utilisé en photographie et pour bon nombre d’applications électriques, en particuliers pour les conducteurs, les interrupteurs, les contacts et les fusibles. On utilise des alliages à base d’argent comme cathodes dans les batteries. En tant que bactéricide, l’argent est utilisé pour la purification d’eau et les systèmes de traitement de l’air — nous avons même récemment vu une publicité pour un lave-linge garni d’argent qui n’avait apparemment pas besoin d’utiliser de détergent pour nettoyer le linge.
Les utilisations de l’argent sont si nombreuses qu’en dépit du rôle décroissant de la photographie, on peut s’attendre à ce que la demande reste vigoureuse tant que les économies industrielles sont fortes. Et voilà un certain temps qu’elles le sont — la Chine et l’Inde menant la charge.
Mais depuis la tentative ratée des frères Hunt pour mettre la main sur le marché de l’argent en 1980, on n’a vu que très peu de demande d’investissement pour le métal provenant du grand public dans les pays développés. Cela a clairement changé, comme le prouve le nouveau fonds indiciel sur l’argent de la Barclays.
La plupart des mines d’argent sont en fait des mines plomb-zinc-argent, cuivre-argent ou or-argent — dont l’argent n’est qu’un sous-produit. En fait, entre 70% et 80% de tout l’argent-métal est un sous-produit de l’extraction de cuivre, de plomb et de zinc. Dans la mesure où ces sous-produits représentent une vaste proportion de l’offre de nouvel argent, la production ne réagit pas beaucoup au prix. Cela met les quelques mines produisant en priorité de l’argent dans une position extrêmement risquée. Au cours des deux dernières décennies, les mines de cuivre et de plomb extrayaient aussi de l’argent, même si les cours étaient bas ; la plupart des mines d’argent pures ont régulièrement perdu des fonds, et aucune d’entre elles n’a été franchement profitable. Au cours des 20 années précédant 2003 (et parfois plus), aucune mine d’argent pure n’a généré de cash libre.
Cependant, on trouve bon nombre de gisements et de réserves prouvées prêtes à être exploitées dès que l’argent-métal franchit le seuil de prix le rendant économiquement viable. De plus, des prix bas pour l’argent ne mettent pas nécessairement fin à l’exploration ; ce sont les prix du cuivre, du plomb et du zinc qui nourrissent ces opérations.
La suite dès demain…
Meilleures salutations,
Doug Casey
Pour la Chronique Agora
(*) Auteur des best-sellers Strategic Investing, Crisis investing et Crisis Investing for the rest of the 90′s, Doug Casey a vécu dans sept pays et en a visité une bonne centaine d’autres. Il a participé à bon nombre d’émissions de radio et de télévision, et reste un spéculateur actif dans les marchés actions, obligations, matières premières et immobilier du monde entier.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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