Comment Berlin a oublié les crimes des Soviétiques

Rédigé le 11 octobre 2018 par | actu géopolitique, Liberalisme Imprimer

On parle beaucoup du « devoir de mémoire » mais il semble qu’à Berlin il ne s’applique pas au communisme.

« Berlin, c’est le testicule de l’Occident. Chaque fois que je veux faire hurler l’Occident, j’appuie sur Berlin ».

— Nikita Khrouchtchev, 1962

« On pourrait penser qu’ils auraient retenu la leçon. Ils ont vécu avec le communisme pendant 45 ans. Ils devraient savoir ce que c’est ».

Nous sommes à Berlin pour une conférence. Un ami expliquait pourquoi le progrès, dans les affaires humaines, se fait si lentement… lorsqu’il se fait. Nous y reviendrons dans une minute.

D’abord, nous notons que la roue continue de tourner… et de moudre. En dépit du bluff et des boniments sur la spectaculaire économie américaine, les taux d’intérêt continuent de grimper… sapant toute la structure de capital factice.

Le chiffre le plus important du capitalisme moderne

Cette semaine, pour la première fois en sept ans, le bon du Trésor US à 10 ans a dépassé un rendement de 3,25%. C’est probablement le chiffre le plus important du capitalisme moderne. Il nous dit le prix de l’argent « sans risque »… c’est-à-dire le coût de l’emprunt ou, de manière plus abstraite, le prix de l’avenir.

Plus vous empruntez aujourd’hui, plus vous devrez mobiliser de votre temps à l’avenir pour rembourser. En fin de compte, vous vous retrouvez à court de temps… et de chance.

Pour mettre cela en termes plus concrets : plus votre crédit immobilier est cher… plus longtemps vous devrez travailler pour payer votre maison. CNBC nous dit ce qu’il en est aux Etats-Unis :

« Le taux fixe moyen pour un prêt de 30 ans était juste au-dessous des 4% il y a un an, après être passé sous les 3,5% en 2016. Il vient de franchir le seuil des 5%, selon Mortgage News Daily. C’est la première fois en huit ans, et la hausse pourrait se poursuivre. 5% est peut-être historiquement bon marché, mais des taux plus élevés, combinés aux autres défis qui attendent le marché immobilier actuel, pourraient pousser les acheteurs potentiels à reculer.

 ‘5% est un seuil émotionnel, dans la mesure où il effraie les acheteurs potentiels qui se demandent jusqu’où les taux pourraient encore grimper’, déclare Matthew Graham, chef de l’exploitation chez MND ».

[NDLR : L’immobilier américain peut vous rapporter des gains actuellement… en toute simplicité… et sans acheter d’appartement en Floride : cliquez ici pour en savoir plus.]

Selon les haussiers, les taux grimpent parce que l’économie US est en pleine forme (les gens empruntent et dépensent parce qu’ils voient les choses s’améliorer). Peut-être. Mais nous n’en voyons pas la moindre preuve. Ce que nous voyons, c’est une expansion économique en fin de vie… un marché boursier haussier qui a dépassé sa date de péremption… et une gigantesque pile de dettes prête à nous tomber sur la tête si les taux montent. Bref, nous voyons une économie en plein délire et qui va bientôt se retrouver à court de temps.

Mais abandonnons tout cela pour nous intéresser à Berlin.

Les morceaux du Mur mieux vendus que les barbelés d’Auschwitz

« C’est presque incroyable », a continué notre ami. « Nous sommes allés voir Checkpoint Charlie et le mémorial de l’Holocauste. Il y a un gigantesque musée pour rappeler à quel point les nazis étaient affreux. Lorsqu’on en ressort, on n’a aucun doute qu’ils étaient abominables.

« Les Soviétiques et les communistes, en revanche, sont passés sous silence. Non seulement il n’y a pas la moindre référence à leurs crimes, mais il n’y a même pas un indice de ce qui se passait vraiment. On ne compare pas les communistes aux nazis… Apparemment, ils pensent que les nazis étaient le Mal, mais que les capitalistes et les communistes sont deux possibilités plus ou moins équivalentes.

« On peut acheter des morceaux du Mur et les ramener comme souvenir. Mais personne ne vend de bouts de fil de fer barbelé d’Auschwitz. Ce serait trop horrible.

« Sur l’ancienne frontière, on peut voir où les gens ont creusé des tunnels entre l’est et l’ouest. Nulle part on n’explique pourquoi ils creusaient ces tunnels ou ce qu’ils cherchaient à fuir.

« Au lieu de ça, on a l’impression que le Mur a été construit simplement pour séparer les différents systèmes — capitalisme et communisme –, évitant ainsi que les capitalistes ne viennent exploiter les communistes en leur achetant de la nourriture à des prix inférieurs. Je ne plaisante pas, c’est l’une des explications données.

« On peut voir aussi que les noms des rues sont restés les mêmes là-bas [à Berlin-Est]. Il y a toujours une Karl Marx Allee, avec sa statue. Il y a aussi d’autres statues de communistes. La seule qui ait été déboulonnée est une statue de Staline, abattue par les communistes eux-mêmes durant l’ère Khrouchtchev.

« En revanche, il n’y a pas de statues d’Hitler ou de Goering dans la partie ouest. Bien entendu, je ne dis pas qu’il faille en mettre. Ce sont des criminels. Mais les communistes l’étaient tout autant, voire pire. Et ce n’est pas reconnu.

Propagande et Guerre froide

« Ils se remémorent même le soulèvement spartakiste [une tentative d’imposer le communisme en Allemagne remontant à 1919] comme d’un geste dans la bonne direction.

« Lorsqu’ils ont réunifié le pays, ils voulaient tellement que ça marche qu’ils ont laissé les communistes au pouvoir à l’est, puis ont mis des milliards de dollars dans le logement et les allocations pour que tout le monde soit content. Vous savez ce qu’a dit Margaret Thatcher : ‘le problème avec le socialisme, c’est qu’on finit par se retrouver à court de l’argent des autres’.

« Bref, on y va… on voit ce qui semble être de beaux bâtiments et des quartiers prospères. Et on a l’impression que les communistes réussissaient aussi bien que les capitalistes.

« Ils ont même remis d’anciennes affiches de propagande datant de la Guerre froide, montrant des gens heureux… avec des voitures et plein de nourriture… à Berlin-Est. Les jeunes d’aujourd’hui y vont et croient que c’était vraiment comme ça.

« J’y étais à la fin des années 1980, et je peux vous dire que ça n’avait rien à voir. Les immeubles qu’ils ont rénovés étaient des trous à rats. La nourriture était épouvantable — quand il y en avait. Il y avait peu de voitures individuelles dans cette zone. Les gens voulaient si désespérément s’enfuir qu’ils risquaient leur vie. Et les gardes les abattaient s’ils le pouvaient.

« Le communisme a été un échec colossal… au plan moral comme au plan économique. Dommage que les gens oublient ».

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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4 commentaires pour “Comment Berlin a oublié les crimes des Soviétiques”

  1. J’aimerais rectifier votre vision très partisane anglosaxonne de l’histoire de Berlin, qui évidemment a été le socle de la propagande occidentale anglosaxonne dès 1945 dans toute l’Europe continentale.

    Vous ne semblez pas comprendre pourquoi « Berlin ne fait pas son devoir de mémoire », alors qu’il l’a fait et il n’a rien oublié!

    Je vais vous l’expliquer en reprenant les écrits de Nikolay Starikov, célèbre historien intellectuel et nationaliste russe qui explique avec minutie tous les faits géostratégiques et économiques de l’époque: « L’histoire redressée: qui a vraiment voulu le mur de Berlin? »
    En réalité, les Soviétiques ont tout fait pour tenter de réunifier l’Allemagne occupée en tant que puissance neutre. Ce sont les Anglo-Américains qui ont assuré qu’elle resterait divisée.

    Il raconte:
    Je pense que certains d’entre vous ont peut-être entendu, plus d’une fois, parler du tyran Staline, qui, en 1948, avait bloqué Berlin-Ouest et comment les nations éprises de liberté avaient organisé le pont aérien de Berlin pour le contourner. Mais aujourd’hui, nous vous permettons d’apprendre ce qui s’est réellement passé.

    Après le refus de Staline de se laisser entraîner dans l’accord draconien de Bretton Woods et le célèbre discours de Churchill à Fulton, Missouri, l’Occident a commencé à faire pression sur l’URSS, sur tous les fronts disponibles. Le front le plus pratique pour cela était le pays vaincu, l’Allemagne.

    Après avoir vaincu les nazis, les Alliés ont convenu de diviser l’Allemagne en trois zones d’occupation : russe, britannique et américaine. Mais le pays lui-même n’était nullement divisé par des frontières – c’était l’Allemagne unie mais sans aucun semblant de pouvoir d’État à l’intérieur de ses propres frontières, à l’exception des autorités militaires d’occupation. Berlin a été découpée de la même manière. La ville avait été prise d’assaut par les troupes soviétiques, mais comme convenu, l’URSS a permis aux forces alliées d’entrer dans la capitale allemande. Le 5 juin 1945, la Déclaration de Berlin a été adoptée, qui annonçait le partage de l’autorité suprême en Allemagne entre toutes les puissances ayant vaincu les nazis. Plus tard, sous l’insistance de Charles de Gaulle, les Français ont également découpé leur propre territoire allemand – la région de la Sarre leur a été donnée pour occupation ainsi qu’un secteur de Berlin. Il y avait maintenant quatre zones d’occupation. Puis, le 30 août 1945, un organe de direction fut créé – le Conseil de contrôle – grâce auquel les Alliés pouvaient travailler ensemble et qui détenait le pouvoir suprême dans ce pays occupé. Le 1er janvier 1946, le commerce entre les zones soviétique et britannique commençait. Pendant un moment, tout s’est bien déroulé, du fait que l’URSS n’avait pas encore refusé de reconnaître la suprématie du dollar de la Réserve fédérale… Cependant, une fois ce Rubicon franchi, les choses ont commencé à s’envenimer.

    5 mars 1946 : date du discours de Churchill et début de l’ouverture des hostilités en provenance de l’Ouest(c’est le passage sur «le rideau de fer» qui a immédiatement attiré l’attention de la communauté internationale et a eu un impact incalculable sur l’opinion publique aux Etats-Unis et en Europe occidentale. Les historiens russes font de ce discours le début de la guerre froide) .

    6 août 1946 : le général américain Lucius Clay fait une annonce à Stuttgart sur l’unification imminente de deux zones d’occupation.

    2 décembre 1946 : les Etats-Unis et la Grande-Bretagne signent un accord à New-York pour fusionner leurs zones d’occupation. Une entité au nom étrange de Bizone émerge sur la carte de l’Europe.

    1er janvier 1947 : tout le commerce entre Bizone et les autres zones doit désormais se faire en DOLLARS de la Réserve fédérale. Et quelle monnaie avait été utilisée pour commercer avec la zone soviétique tout au long de 1946 ? Le Reichsmark. L’URSS n’a pas de dollars et les Allemands y ont encore moins accès. Quelle est la raison pour exiger que le commerce soit effectué uniquement en dollars ? Cela signifie que le choix est soit se soumettre, soit cesser tout commerce entre les deux moitiés de l’Allemagne.

    12 mars 1947 : le président Truman prononce son discours sur la Doctrine Truman devant le Congrès et la guerre froide commence officiellement.

    5 juin 1947 : le célèbre plan Marshall est adopté( un plan qui a asservi et continue d’asservir toute l’Europe!)

    23 février – 6 mars 1948 : la Conférence des six puissances de Londres se tient, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg(oui oui, le Luxembourg!) sont représentés. Lors de la conférence, une décision distincte est prise pour créer un Etat allemand dans la limite des trois zones d’occupation [occidentales].

    Ainsi, les Etats-Unis et le Royaume-Uni se sont engagés à diviser l’Allemagne en deux Etats. En réponse, l’URSS s’est retirée du Conseil de contrôle le 20 mars 1948 et a immédiatement cessé ses travaux. L’Occident n’avait plus besoin d’un organe de direction pour superviser toute l’Allemagne. Il forgeait un nouvel Etat allemand.

    Quelque chose de très intéressant s’est produit alors: Entre le 20 et le 21 juin 1948, une réforme monétaire a été menée dans les trois zones d’occupation de l’ouest, elle ressemblait beaucoup à un HOLD-UP en rase campagne. Le REICHMARK utilisé par Hitler a été remplacé par le DEUTSCHMARK. Chaque Allemand était autorisé à échanger 60 Reichsmark au taux de 1 pour 1. Quarante marks pouvant être échangés immédiatement et les 20 autres deux mois plus tard. La moitié de leurs économies pourrait être échangée à un taux de 1 pour 10, tandis que la seconde moitié était gelée jusqu’à une date ultérieure où elle pourrait être échangée à 1 pour 20. Mais les pensions, les salaires, les paiements et les taxes ont été recalculés dans la nouvelle monnaie à un taux de 1 pour 1.

    Puis vint le Deutschemark des alliés en 1948: Les personnes morales étaient confrontées à un sort encore plus triste. Toutes les entreprises ont reçu 60 marks par employé. Toutes les dettes publiques dues en ancien Reichsmark ont été annulées sans aucune compensation! En conséquence, environ les deux tiers des actifs bancaires, qui avaient été investis dans des obligations d’Etat, étaient désormais sans valeur. Et tout cela s’est passé d’un seul coup – comme une opération militaire bien planifiée. Les marks allemands ont été secrètement imprimés aux Etats-Unis et mis en circulation sans avertissement.

    Maintenant, étudions cette situation pendant un petit moment. Que pensez-vous qu’il se soit passé dans un pays où une nouvelle monnaie a été introduite dans la moitié du pays [occidentale], alors que l’ancienne monnaie continuait à être utilisée dans l’autre moitié [orientale] ? Les Allemands [sous contrôle occidental] avaient eu la possibilité d’échanger leurs économies à un taux de 1 pour 10 ou 1 pour 20, alors quelle serait la prochaine étape logique à suivre ? Ils ont essayé de dépenser leurs ANCIENS MARKS partout où cet argent était encore accepté. En d’autres termes – dans la zone d’occupation soviétique. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Les Allemands se sont précipités pour transformer leurs anciens Reichsmarks en marchandises dans la zone orientale. Ils ont tout dévalisé sur les étagères des magasins, en se concentrant uniquement sur la liquidation de leur argent devenu inutile. Compte tenu de cette situation scandaleuse, que devait faire l’administration soviétique ? Elle a dû sceller les frontières de sa zone et essayer d’endiguer ce flot d’argent, sinon l’économie se serait effondrée et il ne serait rester aucune marchandise dans les magasins. Et c’était précisément ce sur quoi l’Occident comptait: inciter à une émeute pour provoquer l’URSS dans une « répression sanglante contre les manifestations populaires ».

    Les frontières de la zone d’occupation pouvaient bien sûr être scellées, mais que faire à Berlin ? Il n’y avait pas encore de mur là-bas – la ville était encore indivise. Et « comme par hasard », la réforme monétaire devait prendre effet dans le secteur ouest de Berlin trois jours plus tard que dans la zone d’occupation de Bizone et de la France – le 25 juin 1948. C’était comme si quelqu’un voulait que les Allemands comprennent le truc – emmenez vos Reichsmarks à Berlin ! Ils les acceptent toujours là-bas. Et les voitures de toute l’Allemagne seraient désormais remplies de billets et conduites directement dans la capitale allemande. Mais heureusement, les Alliés, et les Allemands travaillant pour eux, devaient avoir un laissez-passer spécial pour se rendre à Berlin en traversant la zone soviétique. Que faire? Le gouvernement soviétique décida d’interdire l’entrée à Berlin et le trajet vers Berlin par la zone soviétique. Et les habitants du secteur ouest de la ville ont été empêchés d’entrer à l’est, juste pour siphonner tout ce qui se trouvait sur les étagères des magasins. C’était le « blocus » de Berlin-Ouest que Staline avait proclamé.

    Le mark est-allemand sera introduit beaucoup plus tard. Le 1er juillet 1948, les gouverneurs militaires des trois zones d’occupation présentèrent, aux ministres-présidents des onze Etats allemands qui relèvent de leur juridiction, les documents connus sous le nom de documents de Francfort. La décision avait été prise à Londres d’ordonner effectivement aux Allemands de créer un nouveau gouvernement national ! Les capitales occidentales ne craignaient pas que cela divise à la fois le pays et sa population.

    La future Allemagne de l’Ouest occuperait 52,7% du territoire allemand d’avant-guerre et hébergerait 62% de sa population.

    Après cela, les événements se sont déroulés allègrement, selon le script familier. Le 23 mai 1949, la naissance de la République fédérale d’Allemagne (RFA) a été annoncée. Le degré d’indépendance accordé à la politique étrangère de cet Etat fantoche ressort clairement du fait que le ministère fédéral des Affaires étrangères d’Allemagne de l’Ouest n’existait même pas avant le 15 mars 1951 et que les gouvernements des Etats-Unis et du Royaume-Uni n’ont pas proclamé la pleine souveraineté de l’Allemagne de l’Ouest dans les affaires étrangères avant trois ans, le 24 juin 1954.

    Pendant ce temps, l’URSS faisait tout son possible pour s’opposer aux projets de l’Occident de créer un Etat allemand dans une partie seulement du pays, laissant la question de la structure et de la neutralité futures de l’Etat à la décision des Allemands eux-mêmes.

    Moscou réagit à la création de l’Allemagne de l’Ouest en proclamant la formation de la République démocratique allemande (RDA) le 7 octobre 1949. Cependant, Staline pensait que c’était une erreur d’avoir deux « Allemagne » au coeur de l’Europe. Par conséquent, le 10 mars 1952, l’URSS envoya une proposition à l’Occident, que l’histoire appellerait plus tard la « note de Staline ». Ce document montre clairement que le but du dirigeant soviétique n’était pas de créer son « propre » Etat allemand, mais d’unifier l’Allemagne afin d’empêcher Washington et Londres d’utiliser les Allemands comme pions dans leur propre politique.

    L’Union soviétique voulait mener des négociations immédiates sur la réunification de l’Allemagne et des élections libres sur tout son territoire, avec la formation ultérieure d’un gouvernement unique qui devrait conserver un statut neutre. Dois-je rappeler à quelqu’un que l’Occident a ignoré la « note de Staline » ?

    Lorsque quelqu’un, naïf ou sans instruction, commence à se demander qui est responsable des décennies de division du peuple allemand, rappelez-lui simplement ce fait : l’Occident a bloqué les négociations entre les deux « Allemagne », et l’Allemagne de l’Ouest n’a pas reconnu l’Allemagne de l’Est jusqu’en 1972. Avant cela, les deux Etats allemands n’avaient pas de relations diplomatiques.

    Si vous demandez à une personne d’aujourd’hui qui prend ses informations dans les médias « indépendants » quelle est la différence entre l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est, vous entendrez probablement parler de « totalitarisme ». Supposant par là qu’un Allemand était libre d’un côté et pas de l’autre. Si vous le pressez de s’expliquer, vous entendrez très probablement qu’il n’y avait pas de système de partis multiples en Allemagne de l’Est, qui était dirigée uniquement par le Parti communiste, tandis que l’Allemagne de l’Ouest abritait de nombreux partis politiques. Eh bien… C’est un mensonge absolu. Le 10 juin 1945, l’administration militaire soviétique en Allemagne avait déjà autorisé les activités des partis démocratiques et des syndicats dans sa zone.

    Elle l’a fait avant que nos « Alliés » ne prennent pas des mesures similaires dans leurs zones d’occupation. Quatre partis ont été créés en juin et juillet 1945 et, en 1946, deux d’entre eux ont fusionné pour créer le Parti de l’unité socialiste d’Allemagne (SED), qui deviendra plus tard le parti au pouvoir. Je pense que beaucoup de lecteurs trouveront intéressant d’apprendre qu’un système de partis multiples existait jusqu’aux derniers jours de la République démocratique allemande. Le tout premier parlement est-allemand – la Chambre populaire provisoire – comptait 330 députés en 1949: le SED détenait 96 sièges, les libéraux démocrates et la CDU 46 sièges chacun, les démocrates nationaux 17 et le Parti démocrate des agriculteurs 15.

    Les sièges restants étaient répartis entre les syndicats et la Jeunesse allemande libre. Et si quelqu’un pensait que ce n’était que pour la vitrine et que le « régime sanguinaire » a étranglé plus tard le système de partis multiples alors cette personne se tromperait complètement. Si vous essayez d’affirmer que le parlement est-allemand n’était qu’une simple façade, vous devez admettre que tous les autres parlements du monde méritent également ce label. La vérité est la suivante: l’Allemagne socialiste et son système de partis multiples a continué à se développer à l’unisson. En 1986, les 500 députés de la Chambre du peuple comprenaient dix groupes provenant de cinq partis, des syndicats, du Komsomol, de la Fédération des femmes démocrates d’Allemagne, de l’Association culturelle de la RDA et même de l’Association mutuelle d’aide aux paysans.

    Le monde actuel diffuse souvent des clichés sur le « Pacte de Varsovie agressif». C’est un autre mensonge évident. L’Occident a créé l’OTAN en 1949 et l’URSS a fondé l’Organisation du Traité de Varsovie en 1955 seulement! Ce bloc militaire est apparu en réponse à la militarisation de l’Europe par l’Occident. L’URSS n’a pas réagi à la création de l’OTAN avant que l’Allemagne de l’Ouest ne devienne membre de ce bloc.

    Dans une déclaration spéciale du 15 janvier 1955, l’Union soviétique déclara que les négociations entre les deux Etats allemands sur la neutralité perdraient tout leur sens si l’un d’entre eux rejoignait un bloc militaire occidental. Mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont délibérément créé une menace militaire en Europe. Ils avaient besoin d’une situation anormale dans laquelle un peuple divisé avait deux gouvernements et devait être équipé de deux armées qui s’affrontaient. Londres et Washington n’ont été que trop heureux de reproduire cette situation à plusieurs reprises: en Inde et au Pakistan, à Chypre et au nord de Chypre, en Irlande et en Irlande du Nord, en Croatie et en Serbie, enfin en Russie et en Ukraine… [et en Corée].

    Ainsi l’Allemagne est devenue membre de l’OTAN le 9 mai 1955. En réaction, le bloc militaire du pacte de Varsovie a été créé le 14 mai 1955. Même la célèbre armée est-allemande – l’une des plus belles du monde au cours des trente-quatre années de son existence – n’a été créée qu’après le viol sans vergogne par les « Alliés » de la décision prise lors de la conférence de Potsdam en 1945, qui interdisait à l’Allemagne de disposer de ses propres forces armées. Bonn a officiellement annoncé la formation de la Bundeswehr le 12 novembre 1955, mais ce n’est qu’en 1956 que l’Armée populaire nationale de la RDA a été créée…

    Alors, qui a entamé une confrontation inconciliable au coeur de l’Europe après la Seconde guerre mondiale et quarante ans de division du peuple allemand ?

    Cet historien vous pose directement la question à vous M. Bill Bonner. Qui est le vrai méchant pour Berlin?!

    Vous comprenez maintenant qui est le « ich bin ein Berliner »?! Quand on n’a qu’un son de cloche tout notre raisonnement s’écroule. Tant économique, que politique ou historique basé sur des FAITS biaisés. 😉

    Note: Quand j’étais en Allemagne de l’Est avant sa disparition, il y avait une chose que j’adorais: c’était l’absence totale de la publicité agressive qui envahit actuellement notre vie quotidienne et qui enlaidit notre culture et nos villes. Cela, le voyez-vous maintenant? Imaginez une ville sans panneaux publicitaires sans enseignes lumineuses criardes. Berlin Est possédait et possède toujours les plus beaux bâtiments de Berlin, alors que Berlin Ouest était une ville laide construite à la va-vite à l’américaine. ça je l’ai vu et vécu. Merci de m’avoir lu jusqu’au bout.

  2. Je rajoute que je vous laisse deviner ou réfléchir sur le pourquoi on vend des morceaux du mur de Berlin et non des bouts de fil de fer barbelé d’Auschwitz. La nomenklatura « mainstream » veille au nom d’un devoir de mémoire qui doit culpabiliser la planète entière pour l’éternité.

  3. Bonjour Amora,

    Merci pour toute ces infos.
    Aucun doute sur les manipulations US d’imposer le $ en 2 temps : Personne ne le nie à commencer par De Gaulle. Et Bonner est le premier à dénoncer cette fraude qu’est le $ à longueur de chronique.

    Le soucis avec l’histoire de Berlin, c’est que si le mur a été une manœuvre ou le souhait des occidentaux de l’imposer (à vous lire), au final, ce sont bien les communistes qui s’en servaient pour empêcher les allemands de vivre où bon leur semblent, non ?

    Personne ( mais corrigé moi si je me trompe) n’empêchait un allemand né à l’ouest d’aller s’installer à l’est s’il le souhaitait. L’ inverse n’était visiblement pas le cas. Fallait creuser des tunnels ou sauter le mur au risque de se faire tuer.

    La liberté d’opinion et le multipartisme, c’est bien. Mais pour moi, cela ne vaut RIEN si je n’ai pas ma première liberté : aller où je veux (surtout dans mon propre pays).

  4. Djamel, les berlinois avaient un sport favori, tant à l’est qu’à l’ouest( je l’ai fait également n’étant pas allemand), c’était le trafic de vêtements, de biens en tout genre et surtout de Deutschmarks. La Stasi laissait faire. J’ai été arrêté deux fois. C’est bel et bien un blocus occidental qui a créé cette situation. Un allemand de l’ouest pouvait très bien vivre à l’est, comme moi comme étranger, j’y suis resté 6 mois. La crainte du gouvernement est allemand comme des russes puisque le blocus était fait sur demande de Churchill(rideau de fer) et repris par les américains par l’OTAN jusqu’à la chute du mur, c’était un blocus financier ET économique; et qui pouvait porter les devises sinon les habitants de l’est? Ce qui a effondré le système ce n’est pas la répression véhiculée par les médias occidentaux mainstream encore maintenant, mais le blocus et l’étouffement de la finance russe et de tout le bloc communiste. Etouffement voulu par l’Occident, je le répète. Qui harcèle qui encore actuellement par des sanctions prétextes? Le pacte de Varsovie créé après l’OTAN en réaction à sa création et dissout en juillet 1991 ou bien l’OTAN qui non seulement existe toujours mais s’agrandit et menace tous les pays de la planète comme le font les gangsters de la mafia s’ils n’obéissent pas à l’intérêt unique des USA? C’est ce que Bill appelle un marché gagnant-perdant. Pour qui le marché est gagnant-gagnant? Sinon pour une élite restreinte de la finance aux States? Quant aux peuples de tous les pays, y compris les américains, le marché a toujours été perdant-perdant. 😉

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