Comment utiliser les regroupements d'actions sur le marché des petites valeurs ?

Rédigé le 12 avril 2011 par | Article, Indices, marches actions, strategies, Investissement Imprimer

▪ C’est l’événement de ce début d’année sur les small caps. Je ne vais pas vous parler de la nouvelle surperformance des petites capitalisations… ni des résultats 2010 meilleurs que prévus des small caps (je le fais tous les jours dans mes brèves).

Non, aujourd’hui, je vais vous parler des regroupements d’actions, le thème à la mode de ces premiers mois de l’année 2011. Pour être très clair, un regroupement d’actions est une opération réduisant le nombre d’actions en circulation sur les marchés boursiers afin d’augmenter le cours boursier de l’action.

Attention : le regroupement par actions n’a rien à voir avec le rachat d’actions. Dans une politique de rachat d’actions, la société puise dans sa trésorerie pour racheter ses propres titres. Dans le cas d’un regroupement, l’opération est indolore pour l’actionnaire et la société ne sort pas de cash. Il s’oppose dans sa logique au split qui vise à augmenter le nombre d’actions en circulation via une division du titre auprès du marché.

Il y a simplement un énorme impact psychologique et c’est exactement ce qui est en jeu.

▪ Explications En fait, certaines sociétés cotées ont un statut de penny stock, c’est-à-dire qu’elles valent moins d’un euro. Une situation qui peut être positive dans la mesure où cela suscite un attrait indéniablement spéculatif de la part des particuliers qui se jettent sur ces sociétés : avec 500 euros, vous pouvez détenir un paquet d’actions ! Et souvent, la spéculation bat son plein sur ce genre de titre — parfait pour s’amuser un peu.

Mais ce statut de penny stock présente surtout un gros inconvénient : trop petite, les fonds et autres institutionnels ne peuvent se permettre de rentrer sur ces dossiers ; trop risqués, ils n’ont aucun moyen de sécuriser leur capital. Donc parfois, les sociétés décident de faire un regroupement d’actions pour pouvoir attirer des investisseurs plus conséquents et stabiliser leur cours.

▪ Vous pensez que ces opérations ne concernent que des petites entreprises ? Détrompez-vous ! Il y a quelques années par exemple, Alstom avait décidé de regrouper ses actions.

C’est ainsi qu’un actionnaire possédant 200 actions Alstom n’en possédait plus que cinq après l’opération de regroupement. De quoi crédibiliser un peu plus la société alors en recovery avec la hausse boursière spectaculaire qui s’ensuivit.

Plus proche de nous, Eurodisney a carrément divisé par 100 le nombre de ses actions pour crédibiliser un peu plus la société.

▪ Mais revenons à nos small caps : comment utiliser les regroupements ? Je vous le disais, il y a eu de nombreux regroupements depuis le 1er janvier. Début mars, Risc Group a dégainé en regroupant ses actions à raison de 1 pour 100. Cette décision dépasse de loin le fait d’attirer le marché par une simple opération comptable. Stratégiquement, la société avait des éléments plus croustillants à faire découvrir au marché.

Risc Group a présenté de bons résultats : elle s’est redressée après des années difficiles (55 millions d’euros de pertes en deux ans). Le résultat opérationnel de son premier semestre s’est établi à 7,3 millions d’euros, contre une perte de 12,3 millions sur la même période de l’exercice précédent. A ce moment-là, la direction du groupe avait tout intérêt à regrouper ses actions pour sortir de son statut de penny stock pour pouvoir, effet psychologique oblige, être détectée par les radars des marchés étant donné qu’elle pense avoir redressé son activité.

Résultat : le spécialiste des prestations de services de sécurité informatique et de mobilité à destination des très petites entreprises (TPE), des petites et moyennes entreprises (PME), des grands comptes, des collectivités locales et des professions libérales vaut autour de 21 euros… contre quelque 0,20 euro avant ! Inutile de vous dire qu’elle s’est affichée d’un coup sur les radars des fonds !

Un autre exemple : Dalet a également regroupé ses actions le 5 avril. Spécialiste dans l’édition de logiciels numériques de gestion et de diffusion de contenus multimédias, la société voulait s’affranchir de son statut de penny stock.

Elle a donc regroupé ses actions à raison de 1 pour 5 la veille de la publication de ses résultats annuels. Donc double coup de projecteur : le premier par une remontée de la valeur nominale de son cours de Bourse. Le second en affichant des résultats annuels meilleurs que prévus.

Dalet a en effet terminé son exercice 2010 sur un résultat net part du groupe de 0,9 million d’euros, contre 0,1 million un an plus tôt. Pensez-vous vraiment que ces deux éléments n’ont aucun lien ? Ne soyez pas naïf. L’état-major de Dalet sent que son business marche mieux et que la rentabilité est là. Et l’action a gagné 8% depuis son regroupement…

D’autres sociétés vont bientôt suivre comme par exemple César, le spécialiste des masques et cotillons, qui devrait opérer dans les prochaines semaines un regroupement de ses titres.

Alors ami lecteur un bon conseil… Dès que vous entendez parler d’un regroupement, regardez de très près les informations relatives à la société. Il peut y avoir de bonnes surprises.

[Eric Lewin est spécialiste de l’univers des small et mid caps. Diplômé de Paris IX Dauphine, ancien rédacteur en chef de BFM puis responsable de la vente institutionnelle sur les small caps chez Euroland Finance, il intervient fréquemment sur BFM Business avec deux points réguliers à 16h35 les mardis et les jeudis. Il rédige également le site www.smallcapsconfidentiel.com]

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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