Tous égaux devant la guerre, la révolution, la peste ou un krach

Rédigé le 24 octobre 2018 par | Epargne, Krach boursier imminent, Richesse Imprimer

Depuis l’Age de bronze, le renforcement des inégalités est la tendance naturelle des sociétés. Les cartes ne sont réellement redistribuées que lors de cataclysmes.

Nous avons vu précédemment qu’aux États-Unis, les riches devenaient encore plus riches tandis que les pauvres s’appauvrissaient.

Une des explications est que cette classe sociale — qui supporte le plus d’impôts — a vu son épargne détruite lors de la crise de 2008. Tandis que l’élite politique et financière se tirait à bon compte de la crise de 2008, la classe moyenne n’a pu reconstituer son patrimoine et se fait évincer des postes clés.

Comme je l’ai indiqué, le livre de Walter Scheidel, The Great Leveler (2017) s’intéresse à l’inégalité des revenus depuis l’Âge de bronze et bien avant. Il tire plusieurs conclusions majeures, qui sont cruciales si l’on veut comprendre les inégalités de revenus auxquelles notre société est confrontée.

La première conclusion est que l’on ne manque pas de propositions visant à remédier à cette inégalité de revenus.

La deuxième conclusion est la suivante : aucun de ces remèdes n’a la moindre chance de se transformer en loi dotée de ressources suffisantes et opérant à assez grande échelle pour avoir un effet sur l’inégalité des revenus.

La législation et les tribunaux sont réellement contrôlés par les banquiers et avocats d’élite qui font obstacles aux mesures risquant véritablement d’entamer leur statut d’élite.

Bref, les renards sont aux commandes du poulailler et les poulets n’ont aucune chance !

Cela ne veut pas dire que l’inégalité des revenus ne s’aplanit ou ne s’inverse jamais. Périodiquement, la société vit ce que Scheidel appelle une « remise à plat », au cours de laquelle la répartition des revenus est « comprimée » et les écarts entre riches et pauvres énormément réduits.

Ça, c’est la bonne nouvelle.

La mauvaise nouvelle, c’est que cette remise à plat n’est provoquée que par la mort ou la violence, à la suite d’une mobilisation de guerre massive, d’une révolution extrême, d’une pandémie de peste, ou d’un effondrement de l’ensemble de la société.

L’exemple classique est celui de la Peste Noire, au XIVème siècle, en Europe : elle a tué un tiers de la population, mais les ouvriers ayant survécu ont obtenu une augmentation en raison des pénuries de main-d’œuvre. Ce phénomène est bien documenté, mais c’est une curieuse façon d’obtenir une augmentation.

Les perspectives de réduction des inégalités de revenu — et d’amélioration du bien-être de la classe moyenne — sont plutôt sombres, à moins que ne débarque l’un de ces quatre Cavaliers de l’Apocalypse : la guerre, la révolution, la peste ou un effondrement systémique. Personne n’est favorable à ce que l’une de ces quatre éventualités survienne, mais sans elles, inutile de s’attendre à que l’inégalité des revenus se réduise.

Inégalités des revenus : comment vous libérer de ce piège ?

Ce n’est pas parce que le tableau général est sombre que chaque individu de la classe moyenne doit être désavantagé et opprimé par les forces en présence. Même avec une dégradation des revenus moyens et de leurs niveaux de répartition, un individu peut tout de même sortir du lot et améliorer son existence en quelques étapes toutes simples.

Maintenez une forte cohésion familiale

Les revenus et l’épargne des familles restées intactes — échappant à la mortalité infantile, au divorce, à la drogue et aux autres dysfonctionnements — sont plus élevés que ceux des familles qui ont succombé à ces comportements destructifs.

Formez-vous le plus possible

Cela implique d’aller dans les zones les plus privilégiées de la carte scolaire, notamment dans des écoles privées accessibles avec des bourses d’études, et de suivre les formations « techniques » les plus longues possibles, en obtenant notamment des diplômes de 3ème cycle et en suivant des formations en droit, médecine et ingénierie. La formation offre un retour sur investissement plus élevé que n’importe quel programme d’investissement ou méthode de répartition d’actifs inventée à ce jour.

Épargnez

Que vous gagniez beaucoup ou assez peu d’argent, épargnez toujours quelque chose. La somme est peut-être modeste, au départ. Mais au bout d’un temps, la puissance de la capitalisation prend le pas, et « l’argent qui fructifie » commence à s’amasser.

Warren Buffett a la réputation d’être l’investisseur le plus doué de toute l’histoire, pour sélectionner des actions. En fait, son véritable génie a été de se rendre compte, très jeune, de l’effet de l’imposition différée. Ce n’est qu’un calcul tout simple à faire mais il n’est jamais trop tard pour s’y mettre.

Diversifiez vos investissements

Cela va peut-être passer pour une évidence, mais la plupart des investisseurs ne comprennent pas ce qu’est une véritable diversification. Ils pensent que s’ils possèdent 50 actions dans 10 secteurs, il s‘agit de « diversification ». Ils ne se rendent pas compte que toutes les actions de tous les secteurs ne représentent qu’une seule et même classe d’actifs, laquelle affiche régulièrement un comportement fortement corrélé, ce qui est exactement contraire à l’objectif de la diversification.

[NDLR : Une vraie diversification originale ? Notre spécialiste Gaël Deballe vous explique ici comment obtenir des loyers réguliers sans immobilier. Une méthode originale, quasiment inconnue en France, dont lui-même dégage la majorité de ses revenus. Découvrez-la ici.]

Une véritable diversification implique un modeste compartiment d’actions, d’obligations, de liquidités, d’or, de terres, d’œuvres d’art et d’autres investissements dans les secteurs du capital-investissement, du capital-risque, des ressources naturelles et des technologies.

Un tel portefeuille pourrait sous-performer à court terme mais très certainement surperformer à long terme. Warren Buffett a dit que pour gagner de l’argent, la clé consiste à ne pas en perdre. La diversification vous aide à accomplir cet objectif.

Faites preuve de patience

Aucune des idées évoquées ci-dessus ne constitue un remède rapide. Toutes se déroulent sur des dizaines d’années. Pourtant, si vous avez la vingtaine, la trentaine ou la quarantaine, vous disposez de décennies devant vous.

Même si vous avez la cinquantaine ou soixantaine, vous avez encore le temps de récolter les bénéfices de l’épargne, de la diversification et de la capitalisation. Avec assez de temps et de patience, vous pourrez même finir par être membre de l’élite, vous-même.

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

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2 commentaires pour “Tous égaux devant la guerre, la révolution, la peste ou un krach”

  1. Excellent conseils.

    Excepté concernant la diversification. Si Warren Buffet est connu pour recommander au contraire une forte concentration de ses investissements, en particulier sur le marché action.

    En fait un portefeuille tel que celui que vous décrivez à au contraire plus de chance de réduire la volatilité court terme (puisqu’il est diversifié entre des actifs non corrélés ou inversement corrélés) mais de générer une sous-performance à long terme (puisqu’il incorpore des actifs non productifs).

    Et le géni de Buffet via bien au-delà de  » se rendre compte, très jeune, de l’effet de l’imposition différée  » puisqu’il bas largement la performance BRUT du marché.

  2. « Une véritable diversification implique un modeste compartiment d’actions, d’obligations, de liquidités, d’or, de terres, d’œuvres d’art et d’autres investissements dans les secteurs du capital-investissement, du capital-risque, des ressources naturelles et des technologies. »

    Et de l’immobilier, non ?
    C’est le seul investissement pour l’épargnant « de base » de profiter de l’effet de levier (surtout quand on nous balance des billets par hélico).
    Bon, comme il y a « la terre », « la technologie », « les ressources naturels » en tirant un peu par les cheveux ont va dire que l’immo est bien cité.

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