Comment la politique a empoisonné la Terre

Rédigé le 21 septembre 2018 par | Croissance, pays émergents, Liberalisme Imprimer

Depuis 1971, les salaires horaires ne progressent plus, le prix du temps baisse tandis que les prix augmentent. La politique a corrompu l’économie.

Hier, nous avons examiné ce qu’est devenue la république américaine : un vaste marigot de fainéants, de profiteurs, de compères et d’initiés… cherchant tous à piquer le steak dans l’assiette de l’autre.

Les politiciens et les hauts fonctionnaires ne se retirent plus dans leurs hameaux et leurs fermes une fois terminé leur mandat. Ils se lancent plutôt dans une « post-carrière » lucrative comme consultants et lobbyistes… complotant avec leurs autorités pour obtenir des faveurs pour leurs clients.

Mais les initiés ne cherchent-ils pas toujours à exploiter les non-initiés ? Qu’y a-t-il de neuf là-dedans ?

Infiltration toxique dans les eaux souterraines

Généralement, mieux vaut ignorer la politique. Mais il y a des moments où, comme les émanations d’une citerne rouillée dans un garage abandonné, elle s’infiltre dans les eaux souterraines et empoisonne le sol.

Nous sommes d’avis que nous vivons l’un de ces moments. Parce que le Marigot est devenu si profond… si vaste… et si toxique… qu’il met tout le reste en danger.

Nous voyons aujourd’hui comment nous en sommes arrivés là.

Commençons par une nouvelle stupéfiante de la part de notre collègue David Stockman : le travailleur américain moyen n’a pas enregistré la moindre hausse de salaire sur toute la période de 47 ans qui a débuté avec l’introduction de la nouvelle monnaie en 1971.

Il est bien connu que le salaire horaire réel n’est pas plus élevé qu’au milieu des années 1970.

Mais à présent, les chiffres montrent que cette période de croissance zéro remonte à 1971… et — selon les chiffres frauduleusement précis du Bureau américain des statistiques de l’emploi (BLS) — que l’augmentation annuelle des salaires réels se monte à 0,01%.

Ce n’est pas 1%. Ce n’est pas même un dixième de pourcent. C’est un centième de pourcent ! Rien, en d’autres termes.

Même cela surestime la progression. La plupart des gens n’ont qu’un seul actif réel — leur temps. Ils le vendent à l’heure ou à la semaine. Les chiffres montrent que leur temps ne vaut pas plus aujourd’hui qu’il y a près d’un demi-siècle.

Nous nous arrêtons net. Nous retenons notre souffle. Comment est-ce possible ?

Comment huit siècles de progrès, depuis les profondeurs de l’époque médiévale à la fin de l’administration Johnson, ont-ils soudain pris fin… alors même que la situation semblait la plus prometteuse ?

Aujourd’hui, il y a bien plus de diplômés, d’ingénieurs, de brevets, de technologie et de gens partout dans le monde qui suent, bossent et triment pour augmenter la valeur de leur temps.

Comment peuvent-ils tous échouer aussi lamentablement ?

Le prix du temps baisse inexorablement

Pour commencer, il s’agit d’une moyenne — si bien que quelques salaires élevés font remonter le niveau malgré les nombreux salaires bas.

Ensuite, au lieu d’examiner l’argent, qui subit des ajustements frauduleux de la part du BLS, regardons le temps.

En 1971, on pouvait acheter une nouvelle camionnette Ford F-150 pour 2 500 $. A 4 $ de l’heure, il fallait 625 heures pour acheter le véhicule.

Le modèle actuel coûte 30 000 $, et le salaire horaire moyen est de 26 $. Un salarié doit donc travailler 1 154 heures pour s’offrir un F-150 standard. Autrement dit, il doit vendre près de deux fois autant de son temps pour avoir une voiture.

Attendez une minute, disent les autorités. La camionnette actuelle n’est pas la même que celle de 1971. La technologie s’est améliorée. Celle-ci a un GPS, le Bluetooth et des sièges chauffants. Donc vous obtenez deux fois autant.

voiture ford

 

Certes, nous sommes d’accord, la technologie s’est améliorée. Mais la voiture n’est pas deux fois meilleure qu’à l’époque. Et sa tâche fondamentale n’a pas changé : transporter des choses d’un point A à un point B.

Peu importe, de toute façon. Notre homme a besoin d’une camionnette, et elle coûte désormais 30 000 $.

Ensuite, puisque les autorités ont découragé l’épargne avec des taux d’intérêt artificiellement bas, il y a peu de chances qu’il ait 30 000 $ sous la main.

Il est donc forcé d’emprunter. Son prêt, avec intérêt, entre alors dans l’économie financiarisée pour être découpé en tranches, réinvesti et hypothéqué, jusqu’à ce que les brasseurs d’argent gagnent plus sur le prêt que Ford sur la camionnette.

Et voilà que notre pauvre travailleur est non seulement forcé de vendre deux fois plus de son temps pour acheter une camionnette… mais son temps est désormais un actif « sous-jacent » qui soutient non seulement l’industrie automobile mais aussi l’industrie financière.

C’est bien là le maillon faible de tout ce système insensé : il repose sur un actif limité dont la valeur décline.

L’industrie financière prête au travailleur au taux de 5,5%. Sur un crédit pour un F-150 à 30 000 $, cela donne au prêteur un profit brut de 5 290 $.

Le pauvre homme, quant à lui, doit verser 490 $ par mois — soit 19 heures de travail — pendant six ans. En tout, il travaillera 1 356 heures sur une période de six ans pour obtenir plus ou moins le même véhicule que ce qu’il aurait eu pour 625 heures de son temps en 1971.

On peut faire le même calcul pour l’immobilier. Un Américain moyen pouvait acheter une maison moyenne 24 000 $ en 1971. Aujourd’hui, il paye 371 000 $. Evaluée en termes de temps, la maison coûtait 6 000 heures en 1971 ; elle coûte 14 269 heures aujourd’hui.

Est-ce là un progrès ? Pas selon nous. Le temps, c’est la vie. C’est tout ce que nous avons. Il faut plus de sept ans de travail à la personne moyenne pour acheter une maison moyenne aujourd’hui — soit quatre ans de plus qu’en 1971.

Pourquoi le temps est-il aujourd’hui bradé ?

Que s’est-il passé ?

La réponse simple : une gigantesque quantité de temps a inondé le marché.

Près d’un milliard de personnes en Chine, Inde et Asie du sud-est — prêtes à travailler pour 1 $ à 5 $ par jour — sont entrées dans l’économie mondiale. Naturellement, la concurrence a plombé le coût brut du temps.

Cela a également planté le décor pour Donald J. Trump, qui affirme qu’il faut « construire un mur » et augmenter les taxes douanières pour empêcher que ces gens et leurs produits entrent sur le sol américain.

Attendez. Ce n’est pas aussi simple. On ne s’enrichit pas en excluant des gens qui produisent mieux, plus vite ou moins cher que vous.

On s’enrichit en faisant ce qu’on sait mieux faire que les autres… et en l’échangeant contre ce qu’on ne fait pas.

Par ailleurs, la main-d’oeuvre étrangère bon marché aurait dû entraîner la baisse du coût des biens et des services importés de l’étranger.

Même si son propre salaire stagnait, le travailleur américain moyen aurait dû voir une augmentation de son niveau de vie réel. En tenant compte de l’inflation négative (déflation)… son salaire réel aurait dû grimper.

Cela n’a pas été le cas… parce qu’il se passait autre chose.

Le Marigot s’étendait. L’économie US devenait moins productive et plus « financiarisée »… grouillant de compères, zombies et arnaqueurs gagnant-perdant.

Les initiés et les riches ont navigué dans le Marigot et continué à gagner de l’argent. Mais le salarié moyen de l’économie réelle a coulé.

Nous y reviendrons… lundi.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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5 commentaires pour “Comment la politique a empoisonné la Terre”

  1. «  » »Certes, nous sommes d’accord, la technologie s’est améliorée. Mais la voiture n’est pas deux fois meilleure qu’à l’époque. Et sa tâche fondamentale n’a pas changé : transporter des choses d’un point A à un point B. » » »

    –> Oui c’est vrai la technologie des voitures s’est améliorée, mais la technologie s’est améliorée aussi pour les robots qui fabriquent les voitures qui fait qu’il faille moins d’ouvriers pour fabriquer des voitures, alors théoriquement le prix des voitures auraient dû baisser même si leur technologie s’est améliorée. Bref, augmenter la productivité par l’amélioration des robots pour réduire le coût de fabrication des produits.

    «  »Attendez. Ce n’est pas aussi simple. On ne s’enrichit pas en excluant des gens qui produisent mieux, plus vite ou moins cher que vous. » » »

    –> Mouais, si les concurrents produisent moins chers en améliorant eux aussi leurs robots de production ça peut se justifier, mais si c’est en baissant les salaires de leurs propres salariés, là aussi le personnel est exploité.

  2. Avant 1971, le salarié moyen dans une usine moyenne travaillait avec une clé à molette dans sa main. Son salaire suffisait à nourrir sa famille moyenne, c’est à dire une femme et trois enfants .
    En 2018, le salarié moyen travaille sur un ordinateur, avec un financier sur le dos et un politicien sur les genoux. Ce qui reste de son salaire, après prélèvement à la source par le financier et le politicien, ne suffit plus à nourrir sa famille. Sa femme doit donc travailler et ne peut lui donner que 0,8 enfant.

  3. Quand on regarde les statistiques ont constate en effet que la part de la valeur ajoutée captée directement par les salariés s’est amoindrie, au profit d’une hausse du ratio de dépenses publiques et du taux de profits des entreprises.

    Il faut noter cependant que le salaire horaire moyen ne tient pas compte des avantages annexes tels que par exemple l’assurance santé prise en charge par l’employeur (or la part de ces avantages s’est considérablement inclus en raison d’incitatifs fiscaux et de mandats ajoutés par le gouvernement). Forcément si vous ajoutez ce type de mandats, les entreprises ne peuvent pas augmenter aussi rapidement les salaires.

     » Certes, nous sommes d’accord, la technologie s’est améliorée. Mais la voiture n’est pas deux fois meilleure qu’à l’époque. Et sa tâche fondamentale n’a pas changé : transporter des choses d’un point A à un point B.  »

    Sa tache fondamentale c’est aussi de vous amener au point B en vie (le véhicule B est largement plus sécurisé, le nombre de morts sur la route s’est effondré entre aux en raisons des innovations dans ce domaine), rapidement (merci le GPS) et à moindre coût (les moteurs sont aujourd’hui beaucoup plus efficients), sans casser le dos et sans que les passagers ne s’ennuient (inutile de lister toutes les améliorations dans ces domaines).

    Cette évolution du prix illustre plutôt un repositionnement stratégique de Ford (le précédent model de 2010 était vendu 10 000$ de moins) dans le contexte de marché actuel.

  4. * considérablement accru

  5. Tout à fait d’accord avec vous sur cette vision (trop?) simple du système économique actuel:
    -stagnation globale du prix du travail pour cause de trop de temps de travail disponible (pays émergents et débuts de la robotisation, car oui ce n’est qu’un début!)
    -inflation des actifs tangibles pour cause de création monétaire délirante, on peut vendre une maison 300.000€ ou une voiture 30.000€ sans trop de soucis grâce à des taux bas ou de la LOA…

    En 1930, une maison coutait 1.000 francs, payable en 2 ans. Dans les années 70, il fallait déjà un crédit de 10 ou 15 ans. Aujourd’hui 30 ans sont nécessaires: une part de 35% (voire plus) du revenu du ménage est absorbé par la mensualité du prêt pendant tout ce temps, ajoutez à cela les dépenses contraintes (fiscalité, santé, scolarité, automobile,…) et vous comprendrez vite que la croissance économique basée sur le fruit du travail ne peut plus être au rendez-vous. Au mieux, la maison sera payée juste avant la retraite, vous en profiterez un peu, puis elle vous aidera à payer la maison….de retraite!

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