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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 22 mai 2007
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*** Comme une odeur de pain brûlé
Baguette, brioche ou miche de campagne ? Philippe Béchade, lui, préfère le pain perdu…
*** Blackstone, prix et valeur
Bill Bonner a la tête qui tourne…
*** Le deuxième boom des gratte-ciel (1)
A quand un Maharashtra State Building ?
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Bonjour,
*** COMME UNE ODEUR DE PAIN BRULE
** Le CAC 40 est parvenu à égaler en début d’après-midi son record annuel, établi vendredi vers 17h à 6 111 points. Cependant, la fin de la séance s’est avérée décevante, avec un effritement de 0,18% — alors que tous les indices américains poursuivent sur leur lancée à Wall Street, à peine fatigués par le coup de reins de vendredi, lié à la compensation mensuelle des contrats sur indice.
Il suffisait d’une hausse supplémentaire de 0,3% pour mettre fin au dernier grand suspens de cette fin mai… et nos souffrances psychologiques furent brèves : après moins de deux heures de cotations, le S&P 500 battait un nouveau record historique absolu à 1 529,5 points (contre 1 527 fin mars/début avril 2000), tandis que le Dow Jones tutoie les 13 600 points.
A défaut de la moindre statistique économique à se mettre sous la dent, les OPA, les opérations de fusion et les introductions (notamment celle de Blackstone) continuent de soutenir les marchés américains. Certaines annonces laissent songeur, comme les six milliards de dollars déboursés par Microsoft pour racheter @Quantive, une entreprise valorisée jusqu’alors 3,3 milliards de dollars — soit une prime record de 80% offerte aux actionnaires.
Vous nous objecterez que lorsque l’on s’appelle Microsoft et que Publicis (oui, notre n°1 national de la communication) puis Google et Yahoo vous ont soufflé trois des principales agences spécialisées dans la publicité en ligne… il ne s’agit plus de mégoter sur quelques pincées de milliards de dollars pour prendre pied dans un marché qui en pèse des dizaines.
Lorsque vous proposez à vos invités une "soirée fromage" et que vous arrivez un peu tard à la boulangerie — si bien qu’il ne reste plus que des pains spéciaux à trois euros les 250 grammes, vous vous consolez vite du fait que le stock de pains de campagne ordinaires à 1,50 euros les 400 grammes soit épuisé. Et s’il ne restait que de la brioche, il faudrait bien vous en contenter.
** En Chine, le prix de la baguette a augmenté de 0,27% vendredi (si vous les achetez à crédit et par lot de 100 000, c’est à peu près le montant supplémentaire qu’il vous faudra supporter). Cependant, la queue devant la grande boulangerie boursière de Shanghai s’allonge démesurément.
Les autorités de Pékin, qui ne savent plus quoi faire pour calmer la fringale de spéculation qui s’étend parmi les nouvelles classes moyennes, viennent de rehausser le taux directeur de plus d’un quart de point vendredi. Elles ont également prié les banques commerciales d’augmenter leurs réserves légales (le montant des dépôts de garantie) de 50 points, à 11,5%, et d’avertir leur clientèle qu’elle risquait de se brûler les doigts avec la bourse.
Mais l’odeur de la cuisson du pain aiguise les appétits ; les Chinois semblent prêts à payer pour avoir le droit de le sortir du four à main nue et de le croquer encore brûlant… plutôt que d’attendre sagement qu’il tiédisse avant d’être installé dans les rayonnages.
L’indice SSE a encore pulvérisé un record absolu hier matin à l’heure où les boulangers européens finissaient la cuisson de leur première fournée : il a clôturé en hausse de 1,05% à 4 072 points — le principal indice chinois affiche désormais largement plus de 100% de hausse en six mois.
Nous ne savons si la baguette s’imposera comme l’un des symboles de l’European way of life sur l’ensemble de la côte est de la Chine, mais nous aimerions bien être propriétaire d’un réseau de boulangeries dans la région de Shanghai : le doublement des tarifs d’un gadget à la mode ne semble nullement dissuasif pour les nouveaux actionnaires de l’Empire du Milieu.
Ils connaissent aussi bien que nous les instruments à effet de levier (et les dérivés indiciels) qui permettent de multiplier non pas les petits pains mais sa mise par 10 en quelques semaines. Les traders de la City de Londres, qui passent pour des parieurs invétérés prêts à risquer leur chemise sur la couleur du prochain chapeau de la reine, ne sont que des enfants de choeur en comparaison des Chinois atteint du virus du jeu boursier.
** Et l’organisme ad hoc, la Société d’Investissement d’Etat chinoise (SIE), chargée par la banque centrale chinoise de gérer les 1 200 milliards de réserves de devises du pays, rentre à son tour dans la sarabande spéculative. Elle estime que les 4,70% de rendement des T-Bonds, cela fait bien maigrichon en regard des méga-profits boursiers réalisés par les hedge funds obligataires ou "global-macro" et autres champions du private equity occidentaux.
Avant même sa création officielle, la toute fringante SIE annonce qu’elle va faire l’acquisition d’une participation de 9,7% dans Blackstone (l’un des trois plus grands fonds d’investissement privé au monde), pour trois milliards de dollars, afin d’optimiser ses liquidités par le biais d’opérations financières à haut rendement.
Certes, investir 0,4% des réserves dans Blackstone, cela peut sembler un montant dérisoire… mais quel symbole pour l’épargnant chinois ! Et si la Chine plaçait 5% du "disponible" dans diverses entreprises occidentales présentant un intérêt industriel ou technologique stratégique, imaginez le flot de liquidités qui se déverserait dans le système financier international (et tout se passe à Wall Street depuis deux mois comme si c’était déjà bel et bien le cas).
En Chine, la bourse de Shanghai est victime d’un véritable phénomène de corner (pénurie de titres disponibles) — c’est d’ailleurs pourquoi les autorités viennent d’autoriser l’achat d’actions étrangères [NDLR : Bill Bonner nous en dit plus à ce sujet ci-dessous]. Mais cela ne suffit pas ! Aujourd’hui, le petit pain au lait se vend au prix du macaron, la baguette de campagne au prix de la bûche de Noël, et il faut passer commande 48 heures à l’avance.
A force de pousser le four à son maximum et de se montrer moins vigilant au niveau du temps de cuisson, il commence toutefois à flotter dans l’air comme une odeur de pain brûlé !
** En vérité, ce qui nous alerte, après deux mois de surchauffe boursière, c’est que le pouvoir d’achat de l’or chute à une rapidité prodigieuse compte tenu de la hausse du prix des actions au sein des pays du G8. Voilà pourquoi nous allons peaufiner — en prévision de temps difficiles — notre bonne vieille recette du pain perdu, à base de pauvres valeurs minières toutes desséchées, de petites miettes de pépites d’or incrustées au fond du panier et de vieux quignons d’ETF (trackers) adossés au métal précieux.
Et si cette stratégie vous a mis en appétit, découvrez-la en détails dans les dernières alertes du service US TransActions : elles conservent depuis un an — date de la création du service — leur caractère croustillant… et la mie demeure au fil des mois toujours aussi moelleuse. Suivez le boulanger…
Philippe Béchade,
Paris
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Pour savoir comment, c’est par ici…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** BLACKSTONE, PRIX ET VALEUR
** La grande nouvelle, c’est que la Chine investit trois milliards de dollars dans Blackstone, la gigantesque société de rachat. Vous vous rappelez que nous nous demandions ce que la Chine allait faire avec tous ces dollars accumulés ? Elle en a accumulé assez pour racheter l’état de l’Illinois tout entier. Mais à présent, nous sommes fixés — et cela confirme deux soupçons que nous avons depuis plusieurs mois : le système financier mondial est devenu fou… et les Chinois sont des benêts.
* En Chine, les gens se bousculent pour ouvrir des comptes de courtage. Les actions grimpent en flèche. Et lorsque les gens veulent échanger du véritable argent contre du papier (des actions, des obligations, des comptes dans des fonds de couverture…), les gens ne manquent pas pour faire tourner les planches à imprimer. Nous lisions hier dans le Financial Times qu’il y a "une montée en flèche des IPO sur les marchés émergents".
* A présent, le gouvernement chinois utilise son propre argent pour investir dans la magie Blackstone… ladite magie consistant à acheter des entreprises, les endetter gravement, les couper en morceaux, demander des frais gigantesques, puis les revendre au public — ou au moins aux autres acteurs du marché.
* Bien entendu, Blackstone ne pourrait pas faire tout cela s’il n’y avait pas beaucoup de gens ayant beaucoup d’argent à dépenser sur ce genre de choses. Les nouvelles nous en apportent des preuves supplémentaires… ainsi que quelques explications.
* En guise de preuve, nous revenons aux ventes d’art de la semaine dernière — qui ont atteint de nouveaux records d’absurdité. Imaginez-vous payer 70 millions de dollars pour l’une des plaisanteries d’Andy Warhol ? Quelqu’un, en tout cas, l’a fait. Et d’autres ont dépensé des millions supplémentaires sur d’autres œuvres d’art. Comment savaient-ils qu’il s’agissait d’œuvres précieuses… et non de simples objets populaires qu’on oubliera demain ? Comment savaient-ils que ces objets avaient de la VALEUR… et pas simplement des prix ?
* La tête nous tourne… et nous avons soudain envie de nous allonger.
** Mais revenons à l’achat de 3,3 milliards de dollars d’actions de Blackstone par la Chine — selon la presse, c’est "un événement historique" –, et à la source de tout cet argent imprudent et indiscipliné. Sans cette fortune, Blackstone devrait se calmer un peu… les brasseurs d’affaires devraient souffler un peu… les acheteurs d’art devraient freiner… et les entreprises des pays émergents devraient réellement gagner de l’argent avant de pouvoir entrer en bourse et vendre leurs actions au public. Et voilà que l’OCDE nous annonce officiellement d’où provient cet argent : des politiques monétaires laxistes de la Chine et du Japon, selon cette auguste institution.
* Bien entendu, c’est ce que nous disons depuis des mois déjà. Mais nous avions au moins la bonne grâce de rendre à César ce qui appartient à César, en rappelant que la Chine et le Japon réagissent en grande partie aux excès que leur ont infligé les Etats-Unis. Mais nous sommes pressé par le temps, ce matin ; nous laisserons donc ce sujet de côté, et nous nous contenterons de rapporter que selon l’OCDE, la Chine et le Japon sont responsables de cette fièvre racheteuse. Ils permettent aux emprunteurs institutionnels de mettre la main sur de telles quantités d’argent, à des taux si bas, que Blackstone et les autres peuvent passer tous les accords qu’ils veulent.
* En d’autres termes, lorsque la Chine reprendra enfin ses esprits — et cessera de faire grimper sa masse monétaire à la vitesse de la lumière — le secteur des rachats deviendra bien moins intéressant… et les actions de Blackstone pourraient revenir à ce qu’elles valent réellement.
* En attendant, tout le monde a quelque chose à fêter. Les artistes morts sont heureux — de toute façon, ils voulaient faire jaser la société bien-pensante. C’est réussi. La Chine est heureuse aussi. A présent, les communistes sont des membres à part entière du Cercle… de la crème de la crème du capitalisme du 21ème siècle. Et évidemment, Blackstone est ravi. Le fait d’avoir le gouvernement chinois comme partenaire lui ouvre tout un monde de nouveaux accords corrompus et de délits d’initiés.
* Ah, et nous sommes heureux aussi. Qui aurait cru qu’observer les marchés financiers pouvait être si distrayant ?
* Pendant ce temps, la foire aux rachats laisse bien peu d’entreprises où investir. "On observe une réduction graduelle du nombre de sociétés cotées accessibles", note un observateur. Mais pas d’inquiétude. Les bons côtés sont nombreux aussi :
* Les liquidités provenant des rachats s’écoulent dans les actions restantes. Les investisseurs en bénéficient immédiatement parce que "la plupart des rachats présentent de grosses primes par rapport aux cours existants", déclare Michael Buek, gestionnaire de portefeuille senior chez Vanguard, dans USA Today. Les investisseurs en profitent à nouveau après que le liquide obtenu grâce au rachat est réinvesti et "pousse le reste du marché à la hausse".
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Assez d’attendre les profits ?
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !
Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…
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*** La Chronique Agora présente ***
Le deuxième boom des gratte-ciel est en route, déclare Christopher Hancock… et l’Asie absorbe tout l’acier de la planète pour les construire…
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LE DEUXIEME BOOM DES GRATTE-CIEL, 1ère PARTIE
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Par Christopher Hancock (*)
A New York, au coin de la Cinquième et de la 34ème Rue se trouve l’incarnation même du progrès américain.
Considéré par certains comme étant la huitième merveille du monde, l’Empire State Building a été érigé au plus fort de la Grande dépression… construit à partir de calcaire de l’Indiana et orné d’aluminium et d’acier chromé.
A l’époque, l’Empire State Building était l’immeuble le plus haut du monde, culminant à plus de 426 mètres. La construction a nécessité 60 000 tonnes d’acier… 10 millions de briques… 1 886 km de câbles pour les ascenseurs… 6 400 fenêtres… 96 km de tuyauteries et plus de 5 600 km de câbles de téléphone et télégraphe. Même ainsi, il n’a fallu que 14 mois pour le construire, coûtant au final moins de la moitié du budget prévu à l’origine, de 50 millions de dollars.
Mais l’immeuble le plus élevé de la planète représentait bien davantage que le plus bel espace de bureaux de la planète. Il symbolisait les progrès d’une nation qui se reconstruisait — un flambeau de la croissance économique.
La force de cette image devint universelle. On pourrait dire que la construction de l’Empire State Building a représenté un tournant pour l’économie et le moral américains aux heures les plus sombres de la Grande dépression — ouvrant le premier boom des gratte-ciel de l’histoire.
Des gratte-ciel ne tardèrent pas à apparaître partout dans le paysage américain : à Atlanta, Dallas, Houston, Charlotte… le World Trade Center en 1972… la Sears Tower en 73. Les paysages urbains américains actuels se sont tous développés en l’espace de 40 ans.
Tous ces bâtiments ont nécessité des kilomètres et des kilomètres de poutrelles d’acier… des centaines de milliers de tonnes de ciment. Pour l’IDS Center, à Minneapolis, on a utilisé assez de verre réfléchissant pour fournir deux paires de lunettes de soleil à tous les habitants du Minnesota — et une paire pour chaque habitant du Dakota du Nord et du Sud.
La Sears Tower, le building le plus élevé du pays, contient deux millions de mètres cubes de ciment, et 76 000 tonnes d’acier. Ses fondations s’étendent sous deux quartiers entiers de la ville. Peu de gens réfléchissent aux quantités colossales d’acier et de ciment nécessaires pour ces structures. Mais ceux qui l’ont fait — en particulier au début des années 1900 — auraient pu gagner une fortune, surtout s’ils avaient investi dans l’acier. Entre 1904 et 1930, les actions US Steel ont grimpé de 66% par an en moyenne ! De tous les matériaux utilisés pour construire des gratte-ciel, c’est l’acier qui retient le plus mon intérêt.
L’acier et ses dérivés sont utilisés dans beaucoup de domaines, de la construction d’immeubles à la construction de ponts, en passant par le chemin de fer, les tuyaux, les chars d’assaut, les pièces automobiles et les boîtes de conserve. Et lorsqu’un événement macro-économique majeur — comme un boom de la construction — augmente la demande, l’offre se resserre plus encore, des secteurs liés à l’infrastructure générale et le développement se faisant concurrence pour la même ressource fondamentale.
En ce moment même, le "deuxième boom des gratte-ciel" est en train de se produire… et — ce n’est pas étonnant — il a lieu dans la dernière région de croissance économique colossale… l’Asie.
Si la production d’acier par personne en Chine devait atteindre les niveaux américains, cela signifierait que l’utilisation globale d’acier de la Chine doublerait d’ici 2031 — un niveau équivalent à la consommation actuelle du monde occidental tout entier. Et lorsqu’on ajoute à cela les pays en voie de développement comme l’Inde, la Malaisie, l’Indonésie et le Vietnam, les chiffres sont à donner le vertige. Nous verrons cela plus en détails dès demain…
Meilleures salutations,
Christopher Hancock
Pour la Chronique Agora
(*) Christopher Hancock a passé les deux dernières années à faire des recherches d’investissement essentiellement concentrées sur les marchés émergents — en particulier la Chine et Hong Kong. Après avoir travaillé avec Citigroup à Hong Kong sur les défis et les opportunités associés à la future réforme du renminbi, Christopher a décidé de revenir aux Etats-Unis pour se lancer dans la recherche boursière.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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