Combien le shutdown a-t-il coûté à l’économie des Etats-Unis ?

Rédigé le 21 octobre 2013 par | Defaut américain Imprimer

▪ Eh bien que pensez-vous de ça ? M. le Marché avait raison depuis le début. Il savait que la partie était truquée. Nous avons une économie — et une société — qui dépendent du crédit facile. Jamais les politiciens ne décideront d’arrêter le flux de crédit. Lorsqu’ils ont menacé d’y mettre fin, M. le Marché n’y a donc pas cru. Les prix des actions ont continué de grimper… et il s’est avéré que M. le Marché avait une fois de plus raison.

Nous sommes de retour à la maison… à Baltimore… où la saison du football américain bat son plein.

Notre voyage nous a emmené à Paris, Londres, Buenos Aires, Salta, Miami, Fort Lauderdale puis de retour chez nous. Le seul problème que nous ayons rencontré durant nos tribulations a été durant notre dernière escale à Fort Lauderdale, où l’agent à l’enregistrement semblait incapable de faire fonctionner son propre système informatique.

Pendant que nous voyagions, souvent hors de portée des communications modernes, Washington se donnait en spectacle. Partout où nous allions, les chauffeurs de taxi, les coiffeurs et les barmen nous tenaient au courant :

« Eh bien… que se passe-t-il aux Etats-Unis ? On dirait qu’ils sont devenus fous »… a dit l’un.

« Alors, est-ce qu’ils vont vraiment fermer le gouvernement ? » a demandé un autre. « Ce serait une première ».

« Les républicains ont-ils perdu la tête ? » a commencé un troisième. « Qui va voter pour eux ? »

Pour les étrangers, le spectacle semblait sordide et stupide. Pour nous — le peu que nous ayons vu — ça a été immensément distrayant. D’abord parce que nous n’avons jamais douté que les politiciens finiraient par trouver un accord. Ensuite parce qu’il aurait mieux valu qu’ils n’en trouvent pas.

Enfin, le spectacle est terminé… pour le moment.

▪ 24 milliards de dollars : où sont-ils passés ?
D’après les journaux, mercredi dernier, l’accord a été finalisé après que l’affrontement a coûté « 24 milliards de dollars à l’économie [américaine] ».

Les gens ont accueilli cette information comme s’il s’agissait d’un fait tragique… le naufrage d’un bateau de croisière ou une fusillade dans une école. Mais comment cette affaire a-t-elle pu « coûter » 24 milliards de dollars à l’économie ? Où est allé cet argent ? Sur une autre planète ?

C’est bien ce qui rend le gouvernement si amusant — comme des discussions au comptoir tard le soir : pleines de choses qui ne peuvent absolument pas être vraies mais qui sont acceptées comme parole d’Evangile par tous ceux qui sont présents.

Ces 24 milliards sont en fait l’argent que les autorités n’ont pas dépensé. S’est-il évaporé pour autant ? Pas du tout.

Non que nous ayons quoi que ce soit contre le gouvernement ; au contraire, il est toujours hilarant. Mais le gouvernement vaut mieux quand il reste très modeste. Il organise quelques rondes de police — prêt à asséner quelques coups de matraque, si nécessaire, pour maintenir la paix et l’ordre. Il met un juge au travail et lui donne la capacité de faire respecter les contrats et de protéger la propriété. Il hisse le drapeau lors des fêtes nationales. Et sinon, il reste dans son coin.

Peu de gens se contentent de cette sorte de gouvernement. Ils veulent des gouvernements plus paternalistes. Sauf qu’à mesure qu’il croît, le gouvernement atteint rapidement le point de déclin de l’utilité marginale… puis il prend de mauvaises habitudes — c’est-à-dire le brigandage.

L’argent qui a soi-disant coûté 24 milliards de dollars à l’économie américaine n’a pas disparu. Il est resté chez ses propriétaires légitimes… ni volé, ni redistribué. Il manquait aux zombies 24 milliards de dollars ; mais le secteur productif s’en est tiré avec une longueur d’avance.

Et qu’est-ce que les autorités allaient faire avec ces 24 milliards ? En l’occurrence, elles ont fermé les parcs nationaux. A part ça, au lieu de se rendre au travail, de remplir des formulaires et de discuter autour d’un café, les employés fédéraux ont été renvoyés à la maison. Où ils ont pu profiter de leur temps libre… ou passer du temps à faire des réparations chez eux.

L’argent qui leur aurait été payé pour venir travailler a été épargné, dépensé ou investi d’autres manières. Qui pourrait dire que le monde s’en trouve moins bien ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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