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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 12 avril 2006
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*** Et si l’économie se fissurait comme l’Islande ?
La psychologie des marchés semble avoir basculé… Jusqu’où ira-t-elle ?
*** Ouragans sur le pétrole américain
La saison des tempêtes s’annonce sur le Golfe du Mexique… et sur le prix du carburant.
*** Encore une bonne nouvelle !
Bill Bonner examine les salaires des PDG américains…
*** Cocon familial, pénitencier et shérif planétaire
Philippe Béchade nous explique la différence entre Dominique de Villepin et Laurence Boccolini…
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Vous rêvez de voir un Banquier Central prendre la Bastille de la finance ?
… il suffit de continuer votre lecture.
L’année dernière, cela a permis à quelques privilégiés d’engranger 320% de profits cumulés — profitez-en à votre tour !
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Bonjour,
*** ET SI L’ECONOMIE SE FISSURAIT COMME L’ISLANDE ?
** Une thématique chasse l’autre… Les investisseurs tentaient de deviner la semaine passée quelle nouvelle OPA allait animer les échanges et relancer les spéculations sur de nouvelles opérations de croissance externe : le rachat du club de football du Paris/Saint-Germain par le fonds d’investissement Colony serait la dernière acquisition en cours de finalisation. Depuis 48 heures, cependant, le marché est dominé par des interrogations concernant les prochaines mauvaises nouvelles susceptibles de propulser le prix du baril de pétrole au-delà de 70 $.
Le brent de mer du Nord a d’ailleurs franchi symboliquement ce cap mardi matin, établissant un nouveau plus-haut historique absolu sur fond de rumeurs de progrès décisif de l’Iran dans l’enrichissement de l’uranium. Cela fait planer des craintes de regain de tensions géopolitiques, notamment avec les pays membres de l’AIEA, qui ont lancé un ultimatum censé expirer avant la fin du mois d’avril : Téhéran ne manifeste aucune intention de céder aux injonctions des pays appartenant déjà au club très fermé des puissances atomiques.
Et puis il y a le Nigeria, où les saboteurs de pipe-lines semblent déclencher la mise à feu des charges d’explosifs chaque fois que leurs positions acheteuses sur le NYMEX sont menacées par un repli des cours. Prions pour qu’il n’en soit pas ainsi en réalité… mais certaines coïncidences sont troublantes !
Admirons cependant l’aveuglement des places boursières face aux courbes exponentielles reflétant l’évolution des matières premières depuis trois semaines : le pétrole a repris 10% dans l’intervalle, le cuivre 20% (il vient de déborder le seuil surréaliste des 6 000 $ la tonne), et tous les métaux rares ou précieux connaissent une effervescence telle qu’il n’en avait plus été observé depuis le début des années 80.
** Quel seuil technique mystérieux (600 $/once pour l’or, 69 $ pour le baril de WTI) aurait donc provoqué un soudain basculement de la psychologie des marchés ? S’agirait-il d’une fâcheuse combinaison de facteurs hétérogènes mais aux influences concordantes ? Mais il n’y avait justement rien à signaler sur le front des statistiques en ce mardi ! Le tableau des publications était vierge, la seule exception étant l’indice ZEW du moral des investisseurs allemands, lequel a reculé de 0,7 point à 62,7 en avril, et ce pour le troisième mois consécutif — déjouant le pronostic d’un rebond vers 65.
Là dessus vient se greffer une peur diffuse de voir la croissance mondiale se gripper… alors que des tensions sur les taux se manifestent clairement sur les marchés asiatiques, où les autorités monétaires s’alarment de la montée des pressions inflationnistes. Une preuve que la surabondance de dollars à l’échelle planétaire rend vaine toute tentative de calmer le jeu, à l’échelon local, par le biais d’un renchérissement du loyer de l’argent — sauf à provoquer l’effondrement de la confiance des investisseurs, puis de la devise, comme en Islande il y a une semaine.
Ce petit bout de terre volcanique, fendu en son milieu par le rift médio-atlantique et où les maisons protègent les arbres (et non l’inverse), devient le laboratoire théorique de ce qui pourrait constituer un échantillon de crise systémique à grande échelle.
Le cas de figure en rappelle d’autres : le pays est déficitaire aussi bien au niveau de sa balance commerciale que budgétaire, il a beaucoup investi dans des projets d’équipements pharaoniques (d’autres financent des guerres ruineuses et absurdes au nom de la sécurité du monde…) mais a encore peu bénéficié des fruits de cette politique audacieuse. Qu’en sera-t-il des Etats-Unis avec l’Irak, puis de la Chine avec des entreprises structurellement déficitaires mais que les banques locales ne contraignent jamais à rembourser leurs dettes ?
Le bilan de toutes ces supputations — qui demeurent le plus souvent du domaine de l’irrationnel lorsqu’il est question d’évaluer la capacité d’un système à s’autoréguler — c’est une chute de 1,5% des indices boursiers, la plus lourde enregistrée en Europe depuis le 28 février dernier.
Pour le CAC 40, avec 39 valeurs en repli sur 40, cette glissade n’est pas sans conséquences du point de vue de l’analyse technique. L’indice valide la cassure du support oblique moyen terme, issu des planchers d’octobre 2005, et il ne devrait pas tarder à combler le gap des 5 070 points du 10 mars dernier.
La tendance haussière n’est pas encore invalidée, mais elle le serait en cas de reflux sous les 5 060 points : il ne s’en faut plus que de 1% de repli supplémentaire par rapport au cours de clôture de ce mardi. Ceci surviendrait — et ce n’est pas un hasard — au moment même où les gérants sont haussiers à 75%, tandis que la volatilité sur les options de vente (et autres "put warrants") est pratiquement au plus bas historique depuis que ce genre de marchés dérivés existe.
Beaucoup de commentateurs évoquaient une absence de nuages à l’horizon… l’instauration d’une merveilleuse situation d’équilibre pérenne entre croissance et inflation… une confiance intacte dans le dollar… en d’autres termes, "la fin de l’Histoire" si chère à Francis Fukuyama.
Effectivement, le mot "fin" est peut être en train de s’inscrire sur nos écrans… mais ce n’est certainement pas celle à laquelle les admirateurs de Greenspan et Bernanke songent. Il s’agit peut-être de la fin de la récréation, et du début d’une autre histoire ! Elle ne porte pas encore de titre, mais nous nous faisons fort de lui en trouver un ! En fait, ce ne sera même pas nécessaire. Bill Bonner l’a déjà popularisé auprès de nos lecteurs depuis longtemps : que pensez vous de "l’inéluctable faillite de l’Empire Américain" ?
Philippe Béchade,
Paris
PS : Fin de l’histoire, inéluctable faillite et chute des marchés… Tout cela n’est guère encourageant : comment vous y retrouver dans ces conditions — et surtout, comment vous protéger ? Retrouvez les derniers conseils de Philippe Béchade au 0899 707 009* pour garder le cap quoi qu’il arrive.
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Kevin Kerr nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** OURAGANS SUR LE PETROLE AMERICAIN
** Les ouragans, le terrorisme, Hugo Chavez ou la loi de Murphy. D’une manière ou d’une autre, les prix du carburant vont continuer à grimper. Le moment est donc peut-être venu d’acheter des options call sur le carburant… de vendre votre 4×4… ou les deux.
- La dernière saison d’ouragans a été la plus destructrice de l’histoire connue, avec 27 tempêtes identifiées, et 14 ouragans. Ces tempêtes puissantes et implacables — dont la célèbre Katrina — ont mis hors d’usage une bonne partie de la production d’hydrocarbures et des installations de raffinement américaines. De nombreuses plates-formes de gaz naturel sont encore fermées dans la région du Golfe du Mexique.
- Les prévisionnistes attendent une saison de tempêtes atlantiques intenses cette année également, avec 17 tempêtes identifiées ; cependant, un moins grand nombre devrait atteindre les rivages avec la même intensité que l’année dernière.
- Cette année, la saison des tempêtes — qui va du 1er juin au 30 novembre — devrait compter neuf ouragans, dont cinq intenses, selon William Gray, chercheur à l’Université d’état du Colorado.
- "Même si nous nous attendons à voir l’activité actuelle des ouragans atlantiques se poursuivre durant 15 à 20 ans", déclare Gray, "il est peu probable que les saisons qui vont suivre verront le même nombre de tempêtes majeures atteindre les côtes américaines qu’en 2004-2005."
- Même ainsi, l’équipe de Gray déclare qu’il y a 81% de chances de voir au moins un ouragan majeur atteindre les côtes américaines en 2006… et une probabilité de 47% de subir une tempête majeure sur les côtes entre la Floride et le Texas.
- Je n’accorde pas grande confiance à ces prédictions, mais TOUTE perturbation dans la production de carburant pourrait faire grimper les prix en flèche. Les ouragans ne sont qu’une menace parmi d’autres pour le ravitaillement en carburant des Etats-Unis. Le terrorisme et le Venezuela représentent un danger permanent pour l’offre de carburant importé.
- Le président vénézuelien Hugo Chavez devient de plus en plus hostile tant à l’égard des sociétés pétrolières étrangères qu’à celui des Etats-Unis. Chavez est récemment revenu sur des accords de longue date concernant le partage des profits avec plusieurs grandes sociétés pétrolières. Et il devient un adepte de plus en plus fervent de la rhétorique anti-américaine. Des perturbations de l’offre de la part de cet exportateur de pétrole latino-américain peu fiable semblent donc de plus en plus probables.
** Les réserves de carburant américaines sont déjà justes ; je suis intervenu la semaine dernière dans une émission de CNBC — à laquelle participait également le PDG de la société de transport Yellow Roadway. Il m’a choqué en disant qu’il ne s’inquiétait pas des prix de l’énergie… QUOI ? Il devrait, pourtant. Waste Management, énorme société de transport de déchets, possède l’une des plus grandes flottes de camions au monde. A cause de la hausse des prix du carburant, Waste Management vient d’annoncer la première perte trimestrielle de son existence.
- Comment le PDG d’une grande entreprise peut-il dire qu’il ne se soucie pas des prix de l’énergie ? Il est tout à fait effrayant d’entendre des gens niant si obstinément la réalité des prix des matières premières — leur complaisance est à pleurer.
- Si la demande de carburant s’accélère cet été aux Etats-Unis — et que le pays est touché ne serait-ce que par une seule tempête majeure dans la région du Golfe du Mexique, le carburant sans plomb pourrait atteindre les 3,50 $ le gallon, voire 4,50 $ dans certains états. Et ça sans compter d’éventuels problèmes avec le Venezuela, l’Iran, l’Irak, le Nigeria ou ailleurs encore…
- En fait, le carburant est déjà à 3,04 $ dans la station au bas de ma rue. Est-ce que les gens croient vraiment qu’en cas d’ouragan dévastateur dans le Golfe du Mexique… ou si Hugo Chavez décidait soudain de retirer son carburant du marché pour l’envoyer en Chine… les prix ne grimperont que de 40 cents ? Sur les marchés financiers, refuser la réalité peut coûter très cher…
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LE TRADER FOU A ENCORE FRAPPE !
2 291,08% de gains cumulés au premier trimestre 2006… des plus-values de 679% en une semaine… 103% en huit semaines… 180% en un peu plus d’un mois…
Mais comment fait-il ?
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** ENCORE UNE BONNE NOUVELLE !
** Le titre d’un article dans le journal USA Today a attiré notre attention hier matin : "Les salaires des PDG ont grimpé en flèche en 2005".
* Et aucun PDG n’a vu son salaire grimper plus rapidement que celui de Capital One Financial. Grâce à un généreux assortiment d’options et d’avantages, M. Fairbanks a rapporté chez lui près de 250 millions de dollars l’année dernière — une somme supérieure aux profits de 550 entreprises faisant partie de la liste Fortune 1000, dont Goodyear, Reebok et Pier 1.
* Est-ce que nous lui en voulons ? Est-ce que nous voulons rassembler une bande de voyous qui le saisiraient par les talons et le secoueraient jusqu’à ce que les pièces lui tombent des poches ? Non, cher lecteur, pas du tout. En fait, nous l’admirons plutôt — il a réussi à piéger le système ; cet écureuil bien gras a trouvé le coin le plus douillet et le plus confortable du vieux chêne. Le salaire moyen des PDG des cent plus grandes sociétés américaines a grimpé de 25% l’année dernière, à 17,9 millions de dollars. M. Fairbanks leur a fait mordre la poussière.
* Grand bien lui fasse.
* Tous ces brasseurs d’affaires méritent-ils un million de dollars, sans parler de 17 ou de 250 ? Probablement pas. On trouverait sans doute pas mal de gens pouvant remplir le même rôle tout aussi bien et pour moins d’argent. Nous disons cela par expérience aussi bien que par théorie. Nous sommes le PDG de notre propre maison d’édition depuis près de 30 ans. Rien de ce que nous avons fait ne valait un million de dollars par an. Certes, c’est une petite entreprise — mais gérer une petite entreprise, par bien des aspects, est plus difficile que d’en gérer une grande. Dans une grande société, vous avez des escadrons de professionnels bien payés pour vous aider à entourlouper les actionnaires. Dans une PME, vous devez le faire tout seul.
* M. Fairbanks doit sa fortune à deux choses : il est à la tête d’une société se spécialisant dans le trafic de dette à une époque où la dette n’a jamais été si populaire… et il dirige une entreprise dont les propriétaires sont des idiots. En théorie, les profits de Capital One Financial devraient aller aux capitalistes à qui la société appartient. Au lieu de cela, une bonne partie file tout droit vers les poches des gestionnaires, les rusés arnaqueurs qui comprennent comment détourner l’entreprise pour leur propre intérêt.
** Ou prenez M. Ivan Seidenberg, PDG de Verizon Communication. En 2005, le grand chef de Verizon a obtenu une augmentation de 48% — à 19,4 millions de dollars. Eh bien… on en déduit que Verizon a eu une très bonne année, pas vrai ? On aurait tort. Les propriétaires de Verizon n’ont eu que des misères. Leur action a chuté de 26%. Leurs obligations ont été rétrogradées. Les bénéfices ont chuté de 5,5%. Et même les autres dirigeants ont dû être sanctionnés ; 50 000 d’entre eux ont vu leur plan retraite "gelé", selon un article du New York Times.
* Comment M. Seidenberg s’est-il si bien débrouillé au milieu d’une telle souffrance financière ? Il a loué un consultant indépendant afin de déterminer quel devait être son niveau de rémunération. Le consultant nota que la société avait dépassé ses objectifs "stimulants" et fit le beau.
* Il s’avéra ensuite que le consultant n’était en fait pas si indépendant que ça. Il faisait affaire avec Verizon depuis des années, et avait reçu environ un demi-milliard de dollars de l’entreprise depuis 1997. Verizon et le consultant se sont refusés à tout commentaire, selon le TIMES. Ca arrive partout. Dans tous les secteurs. Dans tous les gouvernements. Dans tous les organismes. La pourriture s’installe. Les parasites se fraient un chemin. En fin de compte, nous sommes tous condamnés à la corruption, la dégénérescence… et la mort.
* Voilà — ça vous va, comme bonne nouvelle ?
* Parce qu’il y a une bonne nouvelle, comme nous le disions hier : même les escroqueries sont souvent des escroqueries. Une société employant un PDG à 250 millions de dollars a plus d’argent qu’elle ne le pense — il lui suffit de licencier le personnage.
* Nous prenons un peu de recul et contemplons avec émerveillement la majesté de tout cet édifice de fraudes. Les gens en sont venus à croire qu’ils peuvent construire un paradis sur Terre — une immense montagne de douceurs, où, grâce aux miracles constants de la banque centrale, des intérêts composés, de la science, de l’éducation, de la démocratie et de la chirurgie esthétique, ils vivront heureux jusqu’à la fin de leurs jours. L’histoire s’arrêtera. Ils pourront manger des bonbons toute la journée sans attraper de caries. Ils pourront dépenser tout leur argent et s’enrichir malgré tout. Les montages financiers les rendront plus riches, les produits du secteur pharmaceutique les rendront plus sains, et les universités les rendront plus intelligents.
* Dommage que ce ne soit pas forcément le cas…
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*** La Chronique Agora présente ***
Philippe Béchade fait un parallèle intéressant entre le CPE… et le Maillon Faible. Mais si, vous savez… le jeu télévisé… Toutes les explications sont ci-dessous…
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COCON FAMILIAL, PENITENCIER ET SHERIF PLANETAIRE
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Par Philippe Béchade (*)
Nous nous sommes montré relativement critique vis-à-vis de l’ampleur ubuesque de la réaction à l’encontre du CPE, constatant que la plupart des opposants médiatiques se situaient d’avantage dans la posture (et parfois dans la plus franche imposture intellectuelle) que dans le principe de réalité… et ne parlons pas de la relativité pure et simple de la portée sociale de la mesure.
Mais il y a des symboles qui font peur, une manière d’autoritarisme gaullien qui apparaît un peu daté dans une société littéralement hypnotisée par le simulacre de soumission/humiliation de l’animatrice du "Maillon Faible". Le maillon faible, c’est un concept appliqué brut de décoffrage par les dirigeants d’Enron ou Donald Trump… et repris à leur compte par quelques chaînes commerciales américaines.
Mais Dominique de Villepin n’est pas Laurence Boccolini. Le CPE, c’est pour de vrai… et contrairement au Maillon Faible, il n’est pas nécessaire de motiver le renvoi en coulisses. Dans le jeu, les arguments les plus fréquemment avancés sont soit que le candidat élu est d’une affligeante nullité, soit qu’il écrase de son incontestable supériorité intellectuelle les autres concurrents.
Nous soupçonnons que le Premier ministre appartiendrait plutôt, de son propre point de vue, à la seconde catégorie… preuve qu’un jeu idiot importé des Etats-Unis — et reposant sur des ressorts psychologiques peu reluisants — peut malgré tout s’avérer riche d’enseignements politiques.
Mais il serait également un peu léger d’évacuer sans débat la question de l’angoisse des jeunes face à un avenir de mutations débouchant sur toujours plus de précarité. L’exemple du plein emploi américain ou britannique… nous lui souhaitons bonne chance si la bulle immobilière explose. Il y aura soudain moins de monde sur les échafaudages du centre de Londres et dans les restaurants autour de Piccadilly Circus ou de Camden Town.
Notre belle jeunesse rêve peut-être toute éveillée d’une nouvelle alternance de Trente Glorieuses succédant aux Trente Piteuses (1975/2005). Cependant, il est clair que si la France représentait au lendemain de mai 68 un "tout", une famille chaleureuse, protectrice (et même désinhibée) où l’argent de poche était facile à solliciter auprès de l’autorité paternelle… la France de 2006, à l’aune de la mondialisation, n’a plus les capacités redistributrices idéalisées par une certaine gauche utopiste héritière du Front Populaire.
Nos jeunes se retrouvent ainsi toujours plus nombreux à être éjectés du cocon familial (qui n’a plus les moyens de les entretenir) et précipités de gré ou de force dans un vaste pensionnat — entouré de forêts réputées hostiles — où le règlement intérieur est fortement inspiré de la loi du plus fort.
Cette dernière sert, dans le meilleur des cas, les intérêts du plus imaginatif et du plus entreprenant… mais le monde libéral de 2006 appartient de fait aux prédateurs plutôt qu’aux créateurs : il suffit de faire le décompte des centaines d’OPA en cours depuis le début de l’année pour s’en convaincre.
La loi du marché s’avère-t-elle en pratique si différente de la loi du plus fort que dénoncent les jeunes manifestants ? Dans le monde ultra-libéral de l’après-Mur de Berlin, les "surveillants" — qui en sont aussi les théoriciens — montrent une tolérance complice envers les éléments les plus déterminés et les plus brutaux (les autorités chinoises pour ne pas les citer).
L’échec scolaire et professionnel n’est qu’un aspect de l’équation en Europe, puisque l’emploi s’y fait rare. Cet échec est néanmoins sanctionné par l’éviction des plus faibles et des moins adaptables. La survie en dehors du pensionnat est pleine de dangers… mais en se regroupant, elle demeure envisageable.
Prenons garde que le pensionnat — s’il étend ses limites jusqu’aux ultimes espaces planétaires non convertis à un libéralisme taillé sur mesure pour les prédateurs — ne finisse par ressembler un jour à un pénitencier. Les plus forts domineraient toujours… mais les plus faibles, "enfermés dedans" (puisqu’il n’y aurait plus de "dehors") se retrouveraient privés d’échappatoire.
La sélection naturelle s’effectuerait alors de façon impitoyable : les plus faibles sont éliminés sur place (sous prétexte d’une inadaptation, d’une allergie au système, d’un refus d’obtempérer…), sous le regard goguenard des responsables de la sécurité intérieure… eux-mêmes largement soupçonnables d’être corrompus par les caïds de l’endroit.
La réalité est aujourd’hui — et fort heureusement — à mi-chemin entre l’utopie et le cauchemar décrit ci-dessus. Mais ce qui relève de notre volonté et de notre vigilance collective, c’est de ne pas laisser le village planétaire succomber à ses mauvais penchants… avec au final un super-shérif terrorisant la population pour le compte d’une poignée de grands propriétaires terriens.
Meilleures salutations,
Philippe Béchade
Pour la Chronique Agora
(*) Philippe Béchade rédige depuis 10 ans des chroniques macro-économiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995 et il est aussi la "voix" de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tous premiers "traders" mais également formateur de spécialistes des marchés à terme.
NDLR : Que nous réservent les mois qui viennent, avec une actualité de plus en plus troublée ? Comment faire prospérer votre capital — et vous protéger quoi qu’il arrive ? Analyses, stratégies et recommandations pour la "Nouvelle Ere Bernanke", tel est le sujet du dernier rapport spécial de Philippe Béchade. Pour en savoir plus, continuez votre lecture…
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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