Chine : le retour des guerres de l’opium ?

Rédigé le 29 mai 2017 par | Liberalisme Imprimer

Vous souvenez-vous de l’époque où les Etats-Unis exportaient les idéaux du libre-échange tandis que Mao Zedong affamait son peuple avec le collectivisme ? Eh bien, les temps ont changé.

Le président chinois Xi Jinping a détaillé son initiative « la Ceinture et la Route » lors d’une conférence. Il a annoncé une enveloppe de 78 Mds$ pour financer un fonds de développement et les pays qui soutiendront l’effort avec leurs propres projets.

Qu’est-ce que l’initiative la Ceinture et la Route ?

La Route de la Soie du XXIème siècle

Il s’agit d’énormes améliorations des infrastructures logistiques et des partenariats géopolitiques dans le but de réduire les coûts et les obstacles au commerce entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Sont également prévues les constructions de ports, d’aéroports, de voies ferrées internationales, etc.

Le ministre britannique des Finances Philip Hammond a qualifié les efforts de Jinping de « réellement révolutionnaires » avant d’évoquer la sortie du Royaume-Uni de l’UE et la nécessité de trouver de nouveaux partenaires commerciaux.

De gros projets d’infrastructures à travers le monde financés par la Chine ne sont pas chose nouvelle. Le pays tire bénéfice du commerce depuis qu’il a commencé à s’ouvrir. Qu’y a-t-il donc de nouveau ?

Selon Bloomberg :

« Le discours est construit sur une image de Xi Jinping se posant en champion du libre-échange et de la mondialisation qu’il souhaite incarner depuis l’élection du président Donald Trump.

Jinping a également esquissé des contrastes implicites entre les objectifs de développement à la chinoise et ceux de l’Occident, en déclarant que cette initiative ne fera pas usage de manoeuvres géopolitiques dépassées. »

Il s’agit là d’une inversion totale d’idéologie. La Chine se pose à présent en vecteur des échanges commerciaux dans le monde.

La Chine, nouveau leader de la politique pro-commerce

Tandis que le président américain Donald Trump agite la menace du protectionnisme, la Chine offre de l’argent pour ouvrir les marchés. Trump veut un « commerce franc » et a provoqué des querelles commerciales, même avec le Canada ; Jinping, lui, propose des plans d’infrastructures commerciales, même dans les lieux hostiles comme la Corée du Nord, l’Inde et la Russie. Il souhaite traiter avec tout le monde sans exception pour promouvoir les échanges.

A présent que les Etats-Unis ont un président idéologiquement anti-commerce, la Chine peut être pro-commerce sans être vue comme « cédant » à l’idéologie en faveur du commerce des Etats-Unis.

Mais les Chinois font encore mieux que ne le faisaient les Américains. Ils ne veulent laisser personne sur le bord du chemin. Selon Bloomberg :

« Même si Xi Jinping n’a pas évoqué le cas de l’allié ingrat de la Chine [la Corée du Nord], ses propos font référence aux difficultés géopolitiques rencontrées par ‘la Ceinture et la Route’. ‘Les anciennes routes de la soie étaient prospères en temps de paix, mais ont perdu de la vigueur en temps de guerre. La poursuite de l’initiative la Ceinture et la Route a besoin d’un environnement pacifique et stable' ».

Bien sûr, il s’agit ici d’une posture politique. Mais cela repositionne la Chine dans les institutions de commerce international qui sont construites sur de telles postures politiques.

Le Fonds monétaire international, la Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures et beaucoup d’autres acteurs de premier plan soutiennent les plans de Jinping.

Si la Chine devient le leader dans la promotion du commerce mondial, cela accroîtra énormément son influence dans des institutions conçues initialement pour promouvoir les idéaux occidentaux. Le pouvoir dans ces institutions est centré dans des zones anciennement dominées par l’Occident. Si ces mêmes institutions commencent à servir les intérêts chinois au lieu des intérêts occidentaux, des problèmes politiques se poseront.

La prise en main des institutions internationales

De la même manière que les Chinois ont volé l’assise industrielle des Américains juste sous leur nez, ils sont sur le point de leur faire perdre leurs institutions politiques internationales. Les Chinois jouent le jeu selon les règles des Occidentaux et, à ce jeu là, ils gagnent.

A présent que la Chine peut être ouvertement pro-commerce tout en s’opposant aux Etats-Unis, elle peut conclure des accords commerciaux plus librement. Le premier accord a été conclu avec les Etats-Unis, pour accroître le commerce d’une liste spécifique de biens et de services.

Les Etats-Unis ont promis de superviser les banques chinoises aux Etats-Unis sans préjugés tandis que la Chine a accepté de s’ouvrir aux exportations américaines de gaz et aux services financiers. « C’est plus que ce qui a jamais été fait dans l’histoire des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine » a indiqué Wilbur Ross, le secrétaire au Commerce de Trump. Auparavant, il avait accusé les Chinois d’être « les plus grands escrocs au monde. »

Certes, la Chine est toujours très protectionniste comparée aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et à d’autres pays occidentaux. Mais en tant qu’investisseur, c’est la direction du changement qui devrait vous intéresser.

Si la Grande-Bretagne et la Chine se dirigent toutes deux vers une plus grande libéralisation du commerce, ce pourrait être une excellente nouvelle pour un partenariat entre ces deux pays. La Grande-Bretagne sera bientôt libérée du protectionnisme de l’Union européenne et la Chine peut être ouvertement en faveur du commerce sans perdre la face grâce au fait que Trump est anti-commerce.

Malheureusement, il n’y a pas que des bonnes nouvelles. La Chine ne vise pas que le commerce mais surtout un empire commercial. Ce n’est pas là la version de libre concurrence du commerce mais sa version guidée par la politique.

Une liberté commerciale très encadrée

La Grande-Bretagne n’était pas non plus réellement pour le libre-échange lors de sa période de prospérité. Les monarchies ont accordé des monopoles à des entreprises telles l’East India Company. Aux Etats-Unis, la célèbre Boston Tea Party, qui a déclenché une révolution, était en fait une manifestation protectionniste contre l’ouverture du commerce.

Aujourd’hui, la Chine suit ce même chemin. La méthode consiste à détenir les infrastructures du commerce, tout comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis contrôlaient en leurs temps les mers et les principaux ports dans les pays étrangers.

Ce qui est inquiétant ici, c’est que le commerce guidé par des motivations politiques finit généralement par dégénérer en guerres. Les guerres de l’opium entre la Grande-Bretagne et la Chine présentent beaucoup de similitudes avec la situation actuelle. La Grande-Bretagne a rendu les Chinois dépendants à l’opium de ses colonies indiennes et afghanes pour tenter d’équilibrer le déficit commercial des biens chinois qui inondaient l’Occident. Aujourd’hui la situation est très semblable.

Les déficits commerciaux, l’immense quantité de richesses du commerce et la façon dont le commerce nous rend interdépendants sont de merveilleuses opportunités pour les responsables politiques de faire des dégâts.

En fait, on retrouve les mêmes régions en jeu que dans les guerres de l’opium. L’Inde, qui a boycotté la conférence chinoise ‘la Route et la Ceinture’, est furieuse que les plans chinois incluent des projets au Cachemire et au Pakistan, contrées où elle a guerroyé contre la Chine.

L’addiction au crédit plutôt qu’à l’opium

Désireuse de jeter un pavé dans la mare, l’Inde a fait remarquer que la Chine ne fait en réalité qu’exporter du crédit. Le financement de tous ces projets a pour base les emprunts, ce qui fait des participants aux efforts de la Chine des emprunteurs vis à vis de la Chine.

Cela met la Chine dans une position politique dangereusement forte. Le ministre indien des Affaires étrangères explique ainsi que : « les initiatives de connectivité doivent suivre des principes de responsabilité financière pour éviter les projets qui créeraient un fardeau de la dette insoutenable pour les communautés. » Si la Chine rend le monde dépendant à son crédit facile, cela ne sera guère différent de l’addiction aux opiacés des guerres de l’Opium.

L’autre inquiétude est que le système bancaire chinois semble chancelant.

Cet échange idéologique est le tout dernier revirement d’une longue histoire. Les Puritains qui ont accosté à Plymouth Rock pour fonder l’une des premières colonies d’Amérique étaient des collectivistes extrémistes tandis que les Chinois faisaient alors partie de la première Route de la Soie. [NDLR : Comment investir sur les grands changements géopolitiques malgré les fake news et autres écrans de fumée ? Comment discerner les « bons » des « méchants » pour faire prospérer votre épargne ? Toutes les réponses sont dans le nouveau livre de Philippe Béchade, à télécharger gratuitement en cliquant ici.]

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Nick Hubble
Nick Hubble

Diplômé de la prestigieuse université Bond en Finance, Economie et Droit, Nick Hubble est aujourd’hui chroniqueur pour différentes publications financières en ligne telles que « The Daily Reckoning Australia » et « The Money Life Letter« .

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