Chine : désespoir sur les marchés boursiers

Rédigé le 10 juillet 2015 par | Bill Bonner, Croissance, pays émergents Imprimer

Hier, un message désespéré de notre analyste à Pékin nous a mis de bonne humeur :

« Je suis sûr que vous avez entendu parler du récent désastre sur les marchés boursiers chinois. C’est la première fois que je vis une chose pareille ; dans une certaine mesure, j’ai été choqué. C’est comme si le monde était soudain tombé sur la tête et c’est le ‘chacun-pour-soi’ général. Les gens sont désespérés, alors qu’ils voient échouer de nombreux plans de renflouage gouvernementaux.

Il y a tant de rumeurs qui circulent, je n’arrive pas à différencier la vérité. Certains disent même que c’est le capital américain qui vend à découvert les futures sur les indices chinois. »

A la Chronique, nous regardons toujours le bon côté des choses : nous voyons des opportunités partout.

Les investisseurs américains ont semblé se réveiller en sursaut, cette semaine. Ils n’ont pas paniqué, mais ils commençaient au moins à s’inquiéter. Le Dow a reculé. Ce n’est probablement qu’un début — et une opportunité à la baisse.

▪ Récapitulons
La Grèce a soumis un nouveau plan de réformes aux autorités européennes, faisant durer encore un peu le suspense : le plan sera-t-il accepté par le parlement grec ? L’Union européenne elle-même sera-t-elle satisfaite ? Quelle sera la décision concernant la dette ? Personne ne sait ce qui va se passer. En Grèce, les gens retirent autant d’argent que possible des distributeurs. Il y a eu des files d’attente devant certaines stations-service et épiceries. En Bourse, les valeurs grecques se vendent désormais avec jusqu’à 20% de dividendes et des PER de 2. (Ce qui nous semble être une opportunité à la hausse — le moment d’acheter des actions en Grèce !)

En Chine, les actions ont perdu 3 500 milliards de dollars de valeur au cours des deux derniers mois

Pendant ce temps, de retour en Chine, les actions ont perdu 3 500 milliards de dollars de valeur au cours des deux derniers mois. Les Chinois ne sont pas des investisseurs sophistiqués. Cela ne fait que quelques années qu’ils boursicotent. Ils ont donc tendance à sur-réagir dans les deux directions — à la hausse comme à la baisse. Il y a quelques semaines seulement, les courtiers de Shanghai ouvraient de nouveaux comptes en nombres record, le marché boursier grimpant en flèche.

Ce n’était pas la première fois. Entre 2005 et 2007, les valeurs chinoises se sont envolées de près de 600%. A l’époque déjà, M. et Mme Tout-le-Monde s’étaient précipités sur le marché dans l’espoir de faire fortune. En 2008, le marché s’est effondré, perdant 70% de sa valeur.

Plus récemment, les valeurs ont gagné près de 150% en un peu plus d’un an. Elles ont perdu un tiers aujourd’hui.

Ces montagnes russes sont parfaites pour les investisseurs expérimentés. L’idée est d’acheter bas et de vendre haut. Quel meilleur moment pour ce faire que quand les prix chutent très bas et grimpent très haut ? Quand on investit en actions, on gagne de l’argent soit parce que les entreprises sont profitables… soit parce qu’on prend de l’argent aux autres investisseurs. Vous espérez gagner sur les valeurs occidentales ? Ce ne sera pas du gâteau. L’économie réelle se développe à peine et les profits des entreprises sont déjà à des niveaux quasi record. Il y a peu de raisons d’en attendre beaucoup plus. Si vous voulez vraiment faire des gains, il faudra les prendre aux autres investisseurs. Ce ne sera pas facile.

La Chine est un marché plus aisé. D’abord, l’économie se développe encore à un rythme raisonnable. Et il y a beaucoup de joueurs sur les marchés. Ils achètent trop haut et vendent trop bas.

▪ Récession dans la plus grosse économie au monde ?
Mercredi, les valeurs de Shanghai ont surpris à la hausse, avec une envolée de 5% — le gain le plus important depuis 2009. Ce n’était probablement pas un rebond authentique, mais le résultat de trucages gouvernementaux. Les investisseurs ont tendance à faire des idioties, en Chine ; les régulateurs aussi. Les introductions en Bourse ont été limitées. De nombreuses valeurs ont vu leur cotation suspendue. Le secteur financier a été mis sous pression : il doit mettre son propre argent en soutien des marchés. Et la presse financière — y compris notre bureau sur place — a été avertie de ne rien dire de « négatif ».

Bien entendu, jamais nous ne disons quoi que ce soit de négatif. Lorsque les actions chutent, après tout, c’est une chose positive. Une occasion à saisir. Cela signifie qu’on peut en avoir plus pour son argent. Cela signifie aussi que moins de ressources sont aspirées par le secteur financier — ce qui en laisse plus pour l’économie productive.

Les investisseurs ont tendance à faire des idioties, en Chine ; les régulateurs aussi

Les problèmes en Chine n’ont pas grand-chose à voir avec les marchés boursiers ; ils concernent l’économie elle-même. Cette dernière est gérée, contrôlée et planifiée — par des zombies. La Chine n’est qu’un autre front de la Guerre zombie, les autorités subissant une pression croissante, luttant pour garder leur pouvoir, leur argent et leur statut. Résultat immédiat : il y a trop de dette, servant à faire trop de mauvais investissements. Et les autorités zombie utilisent tous les moyens à leur disposition pour empêcher une réelle correction — exactement comme dans le reste du monde.

Cela a de vastes répercussions. La Chine est grande consommatrice de matières premières. Les valeurs minières ont perdu 143 milliards de dollars — près de 20% de leur valeur — au cours des 10 derniers jours, selon Bloomberg. Le prix du pétrole a chuté lui aussi, certains analystes s’attendant désormais à le voir tomber jusqu’à 20 $ le baril.

La Chine pourrait entrer en récession… voire en dépression. Contrairement à la Grèce, l’économie chinoise — la plus grande au monde — aura un effet gigantesque sur le reste de la planète.

Nous attendons de voir ce qui va se passer maintenant.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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