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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 22 septembre 2006
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*** Chronique martienne
Les extra-terrestres n’ont même plus besoin d’arme secrète…
*** Le maïs a un grain
Kevin Kerr se demande pourquoi le maïs est si bon marché…
*** C’est l’automne
Et les arbres ne sont pas les seuls à perdre leurs feuilles…
*** La nature des désastres (2)
Byron King fait un lien entre l’explosion de Challenger en 1986 et la finance…
—————————– (publ.)
Notre Banquier Central ne rate jamais une occasion de faire le malin…
… mais il faut dire qu’il a de quoi !
Il a en effet enregistré pas moins de 429,45% de gains cumulés sur les six premiers mois de l’année — alors même que le CAC 40 connaissait sa chute la plus sévère depuis le krach des technologiques !
Pour tout savoir sur ces conseils vraiment pas comme les autres, continuez votre lecture…
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Bonjour,
*** CHRONIQUE MARTIENNE
** Nous voilà bien avancés ! Les places européennes alignent une seconde séance de progression, mais démontrent leur incapacité à franchir des seuils de résistance aisément identifiables : ce jeudi, le CAC 40 plafonnait en clôture sous les 5 209 points (zénith du 5 septembre dernier), tandis que l’Euro-Stoxx se retrouve bloqué à environ 1% de son record annuel, tout comme le Dow Jones, qui ricoche sous le seuil des 10 630 points (à 1% de son plus-haut absolu).
Il convient de souligner que les gains péniblement accumulés jeudi en Europe (+0,4% en moyenne) se sont déjà évaporés sur les marchés de gré à gré, qui demeurent ouverts après la clôture officielle des places boursières sur le Vieux Continent.
L’ambiance s’est subitement alourdie à Wall Street peu après la clôture des places européennes. La Fed de Philadelphie a dévoilé un indice d’activité négatif (-0,4%) pour le mois de septembre, contre +18,5% au mois d’août. Il s’agit du premier repli de l’activité manufacturière enregistré dans cette région des Etats-Unis depuis le mois d’avril 2003.
Les investisseurs voient soudain ressurgir les mêmes craintes récessionnistes qui avaient motivé le repli des indices boursiers mardi, avant que l’ambiance ne change du tout au tout dès le lendemain matin sur l’anticipation d’un diagnostic économique équilibré de la Fed — ce qui fut bel et bien le cas.
Mais Ben Bernanke pouvait-il se permettre de s’appesantir sur les inquiétants signaux d’éclatement de la bulle immobilière et la chute de la productivité qui engendre une poussée de certaines pressions inflationnistes (via les coûts salariaux) ?
** En marge des commentaires de la Fed, certains économistes s’interrogent sur les très nombreuses et bien singulières similitudes entre les attentes des marchés financiers et les opinions de la Banque centrale. Il semble s’être institué le même genre de relations qu’entre un leader politique — qui adapte son discours en fonction des sondages — et ses militants.
Chacun s’attache à raconter à l’autre ce qu’il a envie d’entendre. Le fait que le diagnostic ou les solutions proposées soient totalement erronés ou "abracadabrantesques" n’a aucune importance : ce qui compte, à l’issue du meeting bimestriel, c’est que chacun reparte de son côté le coeur léger, l’esprit tranquille et le sourire aux lèvres.
En politique comme en matière de gestion de la croissance économique, mieux vaut un pieux mensonge accepté par tous qu’un triste aveu de son impuissance à peser sur le cours des choses. Etablir un compte-rendu circonstancié et lucide des vrais problèmes, c’est le meilleur moyen de les faire se matérialiser sans espoir d’y apporter le moindre remède.
** Les grandes banques d’affaires américaines ne sont pas dupes. Depuis septembre 2001, elles ne cessent d’inventer mille et un moyens de couvrir les risques systémiques inhérents à une création monétaire galopante, une inflation des actifs financiers, un taux d’endettement des ménages et un déficit courant qui excède de plus de deux fois les normes jugées raisonnables en Europe.
Le fond de commerce des Big Five — et notamment Morgan Stanley et Goldman Sachs (évoqué par Bill Bonner mercredi) — c’est la vente d’assurances en tous genres. Ces dernières sont censées protéger de la volatilité des marchés ou au contraire de leur stagnation… de l’inversion de la courbe des taux ou de sa "repentification"… du risque de défaut de paiement des emprunteurs ou au contraire d’un surcroît de demande de rendement élevé — d’où le succès stupéfiant des dérivés de junk bonds, ou obligations pourries, depuis deux ans.
Tous les risques identifiables sont tellement couverts et sur-couverts que plus aucun ne l’est, en définitive : les organisateurs du système se réassurent les uns auprès des autres — et réciproquement, presque à l’infini. D’où cette question cruciale et fatalement sans réponse réconfortante… qui joue le rôle d’assureur en dernier recours ?
C’est le consommateur, l’épargnant, le contribuable… C’est à chacun d’entre nous, bienheureux actionnaires involontaires du hedge fund planétaire à qui notre retraite est confiée, directement ou indirectement.
La banque s’en remet à la Fed, à la Bank of Japan ou à la BCE — qui elle-même s’en remet au gouvernement qui lève l’impôt, déclare la guerre au terrorisme, tente d’expédier des hommes sur Mars (afin de voir s’il serait possible d’y stocker discrètement quelques monceaux de dettes qui débordent des armoires des grandes démocraties ?).
Les scientifiques en sont maintenant certains : il n’existe aucune vie intelligente (et supposément malintentionnée) sur Mars… Et heureusement, car s’ils s’étaient déguisés en humains comme dans certaines séries télévisées des années 60, ils n’auraient guère besoin de faire usage d’armes de destruction massive pour anéantir notre planète. Il leur suffirait de se rendre maîtres de quelques établissements de crédit américains et d’exiger soudain de leurs clients qu’ils augmentent leurs dépôts de garantie — et du gouvernement américain qu’il équilibre son budget !
Philippe Béchade,
Paris
PS : Vous trouvez que les marchés boursiers ont tout d’un scénario de science-fiction ? Philippe Béchade est là pour vous aider à décrypter la séance du jour : tendances à jouer, secteurs à privilégier, recommandation du moment… retrouvez toutes ses analyses au 0899 707 009*.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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NDLR : Une fois encore, les demandes ont dépassé le nombre de places disponibles… Notre prochaine conférence affiche déjà complet, mais nous avons mis en place un système de liste d’attente, et nous vous tiendrons informés au fur et à mesure des désistements.
En attendant, nous sommes contraints de refuser toute nouvelle demande d’invitation. Veuillez accepter toutes nos excuses si vous ne pouvez profiter de cette opportunité… mais nous espérons toutefois avoir le plaisir de vous voir lors d’une prochaine édition — ou, pourquoi pas, lors du Forum de l’Investissement, les 13 et 14 octobre prochains…
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Kevin Kerr nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** LE MAÏS A UN GRAIN
** Pour la plupart des gens, le trading en céréales se résume à acheter une boîte de corn flakes. Dommage, parce que le marché des futures en céréales fournit d’excellentes opportunités. En ce moment même, par exemple, acheter des futures sur le maïs — ou des options call sur ces futures — me semble présenter un rapport profit/risque très attirant.
- Les marchés de céréales, qui concernent des produits comme le blé, le maïs, le soja, l’avoine et le riz, sont situés pour la plupart à Chicago. Le blé s’échange aussi dans le Kansas et à Minneapolis. En fait, le marché de Minneapolis (MGE, Minneapolis Grain Exchange) est le plus grand marché de céréales au monde. Les futures sur le maïs, par contre, s’échangent sur le Chicago Board of Trade. Le symbole du maïs est facilement mémorisable, c’est la lettre "C" (de corn, maïs, en anglais). Le prix du maïs, qui tourne autour de 247 cents le boisseau, est redescendu de ses récents sommets, principalement grâce à de bonnes perspectives pour les récoltes de maïs américaines cette année. L’USDA (Département américain d’agriculture) nourrit ces attentes en multipliant les effets d’annonces optimistes. Cette année, cependant, la plupart des traders ne sont pas d’accord avec les chiffres publiés par l’USDA.
- Des anecdotes de terrain provenant du Midwest indiquent que les récoltes de maïs de cette année n’atteindront pas les estimations de l’USDA. Il suffit de regarder l’e-mail que m’a envoyé récemment un agriculteur :
- "J’habite dans le sud-ouest de l’Ohio. J’ai 57 ans, et j’ai toujours travaillé dans l’agriculture… voilà 25 ans environ que je fais du trading sur les matières premières… Dans ma région, nous avons eu beaucoup de beau temps et de la pluie en abondance, et nous avons aussi une qualité de sol au-dessus de la moyenne pour l’agriculture. Nous aurons une récolte supérieure à la moyenne cette année tant pour le maïs que pour le soja. Mais ce n’est pas ce qu’on entend du côté d’autres régions de l’état ou de la Corn Belt [ensemble d'états céréaliers situés dans le Midwest américain, ndlr.]. Je sais que l’USDA affirme qu’on aura une récolte record dans le pays tout entier, mais je n’y crois pas."
- "Dans tous les états de la Corn Belt, certaines régions sont dans un état épouvantable. On aura peut-être des rendements record ici, mais je n’y croirai pas avant de l’avoir vu… Je sais que pour beaucoup, le maïs ne rapportera que 125 boisseaux/acre… au maximum [à comparer avec des estimations se montant à 160 boisseaux]… Je peux vous montrer du maïs qui n’atteindra pas les 140 boisseaux parce qu’il a perdu la majeure partie de son azote en mai et juin ; il y avait trop d’eau".
- Des déclarations plutôt convaincantes, qui proviennent directement d’un agriculteur sur le terrain — pas d’un présentateur télé ou un politicien affirmant que tout va bien pour le maïs. Tandis que nous approchons de l’automne, les températures ont chuté dans le Midwest, et la pluie qui tombe sur ces régions pourrait passer d’aubaine au désastre. On ne s’inquiète plus de la sécheresse, mais plutôt d’une gelée prématurée. Du gel ? Oui, une gelée tôt dans la saison, associée à l’humidité ambiante, pourrait détruire la récolte.
- L’USDA estime qu’entre 67% et 83% des récoltes de maïs dans la partie supérieure du Midwest sont encore immatures, et donc sensibles au gel. De toute évidence, les réserves de maïs de l’année sont en danger. Pourquoi le prix du maïs n’est-il pas plus élevé ? Probablement parce que les prix de la plupart des matières premières baissent en ce moment, surtout dans le complexe énergétique. La chute des prix du carburant sans plomb, en particulier, pourrait peser sur le prix du maïs.
- On fait de l’éthanol, avec le maïs. L’éthanol passe dans le carburant. Ce qui est mauvais pour le carburant pourrait également être mauvais pour le maïs… au moins à court terme. Voilà où nous en sommes pour l’instant. Ceci dit, si vous souscrivez à l’idée que les matières premières énergétiques vont chuter plus bas encore, peut-être que le maïs ne vous intéresse pas. C’est compréhensible. Les prix de l’énergie pourraient chuter encore pendant un temps. Mais je considère leur faiblesse comme une opportunité d’achat… pour le maïs.
- Il est vrai que les réserves de pétrole sont abondantes pour l’instant. Mais cette abondance pourrait ne pas durer. L’hiver, période de chauffage intensif, arrive bientôt… les pipe-lines restent sensibles au terrorisme et à la rouille… les travailleurs du pétrole nigérians viennent de tenir une grève "test" de trois jours — quoi que cela veuille dire… et le Moyen-Orient reste une véritable poudrière.
- En d’autres termes, le côté acheteur du marché pétrolier est probablement un bon endroit où vous trouver… même s’il est également inconfortablement volatil en ce moment. Je préférerais donc de loin prendre le côté acheteur du marché du maïs — un marché où l’offre pourrait être étonnamment moins abondante que prévu… et où la demande pourrait être étonnamment plus forte que prévu.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** C’EST L’AUTOMNE
** C’est soit le premier jour de l’automne, soit le dernier jour de l’été — nous n’en sommes pas certain. Les matinées sont désormais très grises, le brouillard s’étendant sur les vallées. Le long des Champs-Elysées, les marronniers sont encore verts, mais la lumière a une qualité automnale. Les jours sont doux ; les nuits sont fraîches.
* Tout passe, qu’on le veuille ou non. On peut sombrer dans une dépression maussade au sujet de la fin de l’été, mais quel est l’intérêt ? C’est comme de s’attrister parce qu’on vieillit. Mieux vaut profiter de la douceur du déclin…
** Cette semaine, la Fed a décidé de ne rien faire une fois encore. L’inflation est sous contrôle, ont dit les autorités ; pas besoin d’augmenter les taux.
* Ce qui n’est peut-être pas sous contrôle aux Etats-Unis, par contre, c’est la déflation — ou au moins ses toutes premières phases. Le pétrole a chuté à 61 $. L’or est en baisse, à 586 $. Le rendement sur le bon du Trésor à 10 ans n’est que de 4,73%.
* Et le marché immobilier américain continue de s’affaisser. A Los Angeles, les ventes de maison ont baissé de 25% par rapport à l’année dernière. Des amis nous parlent d’une abondance de panneaux "à vendre".
* "Je vais probablement subir une perte de 100 000 $ sur la maison que j’ai achetée près de Miami", nous a dit un ami hier matin.
* Il a acheté l’endroit 500 000 $ il y a deux ans de cela. A présent, il essaie de s’en débarrasser. Statistiquement, il n’y a aucune preuve d’une chute de 20% sur les prix de l’immobilier. Mais sur le front de la spéculation, les personnes pressées de vendre semblent enregistrer des pertes significatives.
** Pendant ce temps, il y a un marché où la déflation ne sévit pas : le marché boursier. La baisse des rendements obligataires a stimulé les actions. Les investisseurs comparent les rendements potentiels des actions à ceux qu’offrent les marchés obligataires. A mesure que les obligations baissent, les actions semblent être un meilleur pari.
* Nous avons passé la journée d’hier à discuter avec un ami qui investit son propre argent à plein temps.
* "J’ai envisagé cette activité [l'investissement] de quasiment tous les points de vue", a-t-il expliqué. "C’est très simple, en fait. Soit on prend les rendements offerts par les obligations, soit on prend plus de risques et on obtient de meilleurs résultats. Pas toujours, mais à long terme. La prime de risque sur les actions est parfaitement analysée, et bien connue. On ne parle que de quelques points de pourcentage, mais à long terme, ça finit par faire beaucoup d’argent. A présent, tout le monde aux Etats-Unis est au courant, ce n’est donc plus aussi profitable qu’avant. Mais c’est toujours là, et ça vaut la peine d’en profiter."
* "La question est donc : comment en profiter ? Ca aussi, c’est simple. Il suffit d’acheter un fonds indiciel. Ou d’acheter l’indice S&P lui-même. Ou, si on veut faire un peu mieux, on peut suivre un système mécanique de sélection d’actions susceptible de surperformer l’indice lui-même. C’est ce que je fais depuis de nombreuses années. Pas de doute, ça marche."
* "Mieux encore, il faut trouver quelqu’un qui travaille d’arrache-pied pour déterminer quelles entreprises ont des chances de faire mieux qu’un système purement mécanique. C’est difficile. Parce qu’il faut choisir la bonne personne. Warren Buffett, par exemple, sélectionne des actions en faisant des recherches intensives sur une longue période de temps, et se tient à une approche par la valeur. L’investissement par la valeur fonctionne aussi. Il peut même fonctionner très bien ; pour moi, en tout cas, ça marche. Mais l’investissement par la valeur est assez primaire, et n’accorde guère de place au jugement individuel ou aux recherches intensives. Si vous pouvez faire les recherches vous-mêmes — ou trouver quelqu’un de confiance qui le fera pour vous — vous obtiendrez probablement un meilleur rendement. Je suis bon nombre de vos conseillers, par exemple, et ils sont tous très efficaces. Ils obtiennent de bons résultats."
* "La seule chose dont il faut se rappeler, c’est que la prime de risque n’est pas gratuite. Il faut être prêt à détenir ses actions pendant un cycle entier — qui peut durer jusqu’à 30 ans. Si nous sommes à un sommet maintenant et que le marché se retourne, vous pouvez toujours bien vous en sortir avec les actions — mais vous devrez peut-être attendre jusqu’en 2036 avant de vous en rendre compte."
* Ah, voilà bien le problème, n’est-ce pas, cher lecteur ? A la Chronique Agora, nous pensons que les actions approchent d’un sommet épique. Le marché a atteint son zénith en janvier 2000, et depuis, il stagne — sauf le Nasdaq, mais même lui a considérablement baissé.
* Les actions ont profité d’une longue saison au soleil et d’un été indien prolongé. Mais rien ne dure éternellement. Les étés se terminent. L’automne et l’hiver guettent. Nombre de nos amis et associés les plus intelligents gagnent encore de l’argent en bourse. Mais nous, nous attendrons que le marché meure puis renaisse avant d’y investir vraiment. Il lui reste encore beaucoup de feuilles à perdre.
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Nous n’avons pas de solution miracle à la volatilité et aux incertitudes boursières…
… mais que pensez-vous d’une plus-value de 44% enregistrée en quatre séances… alors même que le Nasdaq perdait 4,5% sur la semaine ?
Si ça vous intéresse… continuez votre lecture pour tout savoir.
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*** La Chronique Agora présente ***
Après avoir étudié le cas des Athéniens, Byron King avait commencé à se pencher sur le désastre de la navette Challenger, en 1986. Qu’est-ce que tout cela a à voir avec la finance ? Patience, la réponse arrive…
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LA NATURE DES DESASTRES — 2ème PARTIE
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Par Byron W. King (*)
La cause immédiate du désastre ayant frappé la navette Challenger était une pièce défectueuse appelée "joint torique", qui fait partie d’un dispositif d’étanchéité entre deux sections de l’une des fusées d’appoint à poudre. Soumis à une température inférieure à 0°C, comme cela s’est produit lors de la nuit glaciale qui a précédé le lancement mortel, le caoutchouc du joint torique a perdu de sa souplesse et est devenu légèrement friable. Durant les pressions du lancement, les fumées d’échappement de la fusée d’appoint ont littéralement brûlé le joint torique, de sorte que la fusée a changé de position durant le vol — ce qui s’est soldé par une série d’événements menant directement à l’explosion qui a détruit Challenger et tué son équipage.
Pouvons-nous donc réellement dire qu’un désastre résulte d’un seul événement déclencheur ? Bien entendu, chaque désastre a une "avant-dernière cause". En Sicile, les Athéniens ont perdu une bataille à Syracuse. Le joint torique sur l’une des fusées d’appoint de Challenger a brûlé. Mais faut-il arrêter là le raisonnement ? Non, absolument pas. Thucydide, par exemple, écrit son histoire mais ne s’abstient pas pour autant de détailler la chaîne d’erreurs et de mauvais calculs de la part des dirigeants athéniens, qui ont envoyé leur armée à la mort en Sicile.
Dans le cas de l’explosion de Challenger, c’est Richard Feynman, physicien et lauréat du Prix Nobel, qui a noté que la source de l’explosion était une maladie culturelle insidieuse au sein de la NASA. Feynman a remarqué que la NASA s’était éloignée de ses racines : d’agence scientifique au sein du gouvernement américain, elle est devenue un vaste système bureaucratique qui a laissé ses critères de sécurité aller à vau-l’eau, et qui a permis que de graves erreurs passent inaperçues durant des années.
Maintenant que nous avons discuté de quelques exemples de célèbres désastres, examinons l’idée de "désastre financier".
"Qu’est-ce qu’un désastre financier ? Le terme fait apparaître des images de traders paniqués [...] attendant que les dernières nouvelles arrivent par voie postale, télégraphique ou informatique, de krachs boursiers, de chômage et de graphiques montrant une chute vertigineuse du prix des actions, des indices ou des devises."
Le paragraphe qui précède provient de l’introduction d’un remarquable livre en trois volumes, intitulé History of Financial Disasters 1763-1995 ["Histoire des désastres financiers 1763-1995", ndlr.], publié en avril 2006 par la maison d’édition britannique Pickering & Chatto.
Comme l’implique le titre, ces trois volumes passent en revue les origines et les conséquences des crises financières les plus importantes du monde occidental au cours du dernier quart de millénaire. Les auteurs ont choisi de souligner et explorer 19 crises économiques majeures qui se sont déroulées entre 1763 et 1995. Des documents rares, publics ou privés, contenant des récits de première main provenant des principaux acteurs de ces crises, offrent une mine de renseignements, ainsi qu’une pénétrante analyse des événements qui se sont produits. De plus, les rédacteurs ont passé au peigne fin des piles de littérature universitaire afin d’aider le lecteur à interpréter ces événements et à en tirer des leçons et des conclusions s’appliquant à notre époque.
Bien peu de gens dans le monde économique auraient pu rassembler ce genre d’informations pleines d’enseignements. Le principal auteur de cet important panorama historique est Mark Duckenfield, économiste accompli et historien à la London School of Economics. Avec l’assistance de Stefan Altorfer et Benedikt Koehler, qui sont eux aussi des historiens économiques de talent, le Dr Duckenfield a rassemblé ce qui figure parmi les meilleurs documents d’information au monde sur le sujet des désastres financiers.
La suite dès lundi…
Meilleures salutations,
Byron King
Pour la Chronique Agora
(*) Byron King est diplômé de la faculté de Droit de Harvard et exerce actuellement en tant qu’avocat à Pittsburgh, en Pennsylvanie.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.
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