Calme et patient

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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 22 mars 2007
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*** In dollar we don’t trust
Il y a eu un bug à la Fed…

*** Changement de climat dans le secteur du prêt
Le paysage du crédit pourrait évoluer radicalement dans les mois et les années qui viennent…

*** Calme et patient (1)
Où va la devise nippone ?

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Bonjour,

*** IN DOLLAR WE DON’T TRUST

** Bill Bonner a probablement raison : tout est redevenu "normal" après quelques journées de réjouissante volatilité des marchés.

Il est normal que New Century Financial fasse faillite et cesse d’émettre des prêts menteurs et des titres de créances douteux. Il est normal que les emprunteurs imprudents voient leurs biens immobiliers saisis et promptement vendus aux enchères. Il est normal que le gouvernement fédéral succombe à la tentation de légiférer en matière de crédit exotique.

Il est normal que Larry Kudlow (présentateur vedette de CNBC, qui est à la défense de l’ultra-libéralisme ce que Jean-Pierre Coffe est à celle des produits estampillés Label Rouge) vitupère contre les projets de réglementation des activités (à but lucratif) des entreprises financières.

Il est normal que les investisseurs se soucient de la matérialisation d’un risque systémique… et dans l’ordre des choses que les principaux architectes de la bulle du crédit minimisent le danger et assurent que Wall Street puisse continuer de dormir sur ses deux oreilles. Il y a tellement de sujets de réflexion plus palpitants, comme les OPA ou les LBO, la folle croissance des pays émergents, la santé insolente de l’industrie du très grand luxe qui prouve que le monde n’a jamais été aussi riche (sauf les deux tiers de l’humanité qui n’ont qu’un accès limité à l’eau potable, et quasi-nul à la médecine hospitalière et aux médicaments).

** Toujours dans un souci de normalité, les sociétés cotées — ou qui cherchent à l’être — s’efforcent de rassurer les actionnaires en se rebaptisant avec des noms porte-bonheur, censés refléter modernité et prospérité. Valéo fut en quelque sorte un pionnier ; il ne s’agit en l’espèce que d’un pur hasard historique et non d’une création de spécialiste de la communication et de l’image.

Mais que penser des Antevenio, Actéo, Caldéo, Cofigeo, Elyo, Eurazéo, Inéo, Nergeco, Oeneo (joli palindrome), Ondéo, Poweo… et d’une foule d’autres nouveaux patronymes de la même eau (prononcer "delamaime-o" !) que nous découvrons sur le flanc des camionnettes commerciales ou des Smart relookées aux couleurs des entreprises qui sillonnent nos routes hexagonales.

Nous imaginons que cette génération spontanée doit avoir une justification imparable : après tout, nous sommes habitués à ce genre de consonances avec "meussieumétéo", qui nous prévient plusieurs fois par jour de l’opportunité de porter ou non un paréo !

En tant qu’investisseurs, il nous arrive aussi parfois de " tombédeo " mais nous préférons oublier nos soucis du moment en nous plongeant dans le magazine Géo…

** Dans un monde où tout semble sous contrôle — et si bien huilé, s’agissant du monde de la finance –, il arrive fort heureusement que la mécanique s’enraye, que les process soient court-circuités, que les logiciels de contrôle se mettent à "bugger" et que des situations surréalistes se matérialisent.

Parmi les tous derniers dysfonctionnements qui nous ont le plus étonné, il y a cette incroyable erreur commise par l’Hôtel des monnaies d’une antenne régionale de la Fed (nous ne souvenons plus laquelle) la semaine dernière. Lors de la frappe d’une série de quelques milliers de pièces de 5 $, qui ont été contrôlées, approuvées puis livrées à l’usage du grand public, une omission des plus symbolique a été commise.

Et nous avouons bien volontiers que si nous avions eu ces pièces entre les mains — et même doté d’un puissant microscope, d’une balance de précision puis d’un exemplaire de la gravure originale –, nous ne nous serions aperçu de rien… non, vraiment de rien !

En effet, le défaut ne se situait pas sur l’avers ou sur l’envers (la frappe des deux faces était absolument parfaite), ni dans l’alliage, ni sur l’épaisseur… Par contre, la tranche ne portait pas la gravure de la mention In God We Trust : elle est pourtant présente sur toutes pièces américaines sans exception depuis 1908 — avant même la création de la Fed, qui remonte à 1913. A force d’être associée au quotidien des Américains, elle deviendra même officiellement la devise du pays — quoique en 1956 seulement.

Par quel extraordinaire concours de circonstances le premier lot de pièces de monnaies "laïques" a-t-il pu quitter la chambre forte de l’Hôtel des monnaies en portant un cachet certified ? Le Malin aurait-il usé d’un stratagème diabolique pour distraire la vigilance des personnels hautement qualifiés qui surveillent la chaîne de fabrication et identifient d’ordinaire au premier regard le plus imperceptible défaut de fabrication ?

Nous imaginons sans peine l’émoi qu’aurait pu causer une telle pièce — dépourvue de la formule sacrée In God We Trust — si elle avait malencontreusement glissé d’une poche puis roulé sur un des tapis du Bureau Ovale ", avant de terminer sa course au pied du bureau de G.W. Bush !

Et si Dieu déteste les spéculateurs, il va avoir fort à faire avec les heureux propriétaires des rares exemplaires de pièces "laïques" jamais mises en circulation par le Trésor américain… Les collectionneurs se les arrachent déjà à plusieurs milliers de dollars l’unité — car en effet, aucun contrefacteur n’a jamais commis ce genre d’erreur sacrilège !

** Puisque les marchés nous laissent un peu de répit (le CAC 40 a clôturé sur le score époustouflant de -0,02% tandis que l’Euro-Stoxx 50 reculait de 0,03%), nous allons en profiter pour enchaîner avec quelques anecdotes parfaitement authentiques. Elles vous permettront de vous familiariser encore un peu plus avec la devise américaine — puisque rares sont les monnaie qui méritent à ce point leur qualificatif de fiduciaire, au sens technique comme au sens étymologique ancien qui fait référence à la foi.

Nombreux sont nos lecteurs qui s’étonnent du peu d’imagination apparente des autorités monétaires américaines en matière de renouvellement de la panoplie de billets de banque. Certes, la fabrication est de plus en plus sophistiquée et dotée des dernières trouvailles en matière de points de sécurité, mais l’apparence des greenbacks ne change pas.

Une bonne partie de l’Europe a renouvelé toute sa billetterie au tournant du 21ème siècle. L’Australie a créé des billets indestructibles (la décoration en a été intégralement redessinée) — une monnaie qui flotte, dans tous les sens du terme, sans se disloquer après un passage en machine ou une plongée sur la Grande barrière de corail. Les Etats-Unis, cependant, ont dû renoncer à effectuer toute modification substantielle de la présentation physique de ses billets.

La raison de cet apparent respect de la tradition donne le vertige : le nombre de faux dollars en circulation (certaines contrefaçons sont réalisées à partir de plaques authentiques, gravées par les sous-traitants de la Réserve fédérale) est tellement colossal — des experts estiment que dans de nombreux pays en voie de développement, la moitié des billets sont des faux — que si les Etats-Unis s’avisaient de les échanger au profit de nouveaux modèles quasiment infalsifiables, une bonne partie de l’économie mondiale s’effondrerait !

Autrement dit, si vous avez voyagé dans des pays exotiques et que vous avez réglé vos dépenses en dollars plutôt qu’en devise locale, il est fort probable que par le jeu des "rendus de monnaie" vous ayez ramené des faux qui, rassurez-vous, trouveront preneur lors de votre prochaine escale sur le sol américain… à moins que le portait de George Washington ne soit orné d’un masque de cérémonie et d’un chapeau à plumes !

Certains Américains patriotes, très attachés aux valeurs de liberté et au rayonnement économique de leur pays, n’ont plus confiance dans le dollar : peut-être certains d’entre eux sont-ils des lecteurs assidus de la Chronique Agora… et ils mesurent à quel point la bulle de la dette pourrait anéantir la valeur du billet vert s’il prenait la fantaisie aux autorités monétaires chinoises de convertir une partie de leurs colossales réserves en yens ou en euros.

Pour d’autres, qui connaissent bien la Constitution américaine, les citoyens ont le droit de créer des banques — qui ont à leur tour le droit de battre leur propre monnaie : aujourd’hui encore, tout n’est qu’une question de confiance et d’acceptation d’un tel moyen de paiement par la population.

Il existe certaines villes et certains counties des Etats-Unis qui usent couramment de pièces et de billets (des liberty coins en quelque sorte) pour les dépenses courantes, les achats de services et même l’épargne — un panier de matières premières comme le pétrole, le cuivre ou l’or servant de garantie. Il faut simplement aux autochtones un second portefeuille pour effectuer toutes les transactions qui ne peuvent s’effectuer qu’en dollars : règlement des fournisseurs extérieurs, commerce avec les touristes de passage…

Ce n’est absolument pas illégal ; des financiers aguerris ont même tenté de créer un réseau national de banques qui accepteraient des monnaies alternatives, convertibles en dollars — à condition que celui-ci vaille encore quelque chose !

Nous savons qu’en France, compte tenu du monopole de la Banque de France, de telles initiatives seraient jugées farfelues et pourraient valoir de la prison ferme aux initiateurs d’un "Franc bis". La République ne plaisante pas avec la contrefaçon — et avec la corruption non plus, aux dernières nouvelles. Aux Etats-Unis, le sujet fait l’objet d’études et d’expériences des plus sérieuses.

Ah, si seulement la Fed manifestait un respect aussi scrupuleux du concept de la monnaie fiduciaire ! Sur la tranche des free coins pourrait être gravée la mention "Dans le Dieu Dollar nous ne croyons plus".

Philippe Béchade,
Paris

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** CHANGEMENT DE CLIMAT DANS LE SECTEUR DU PRÊT

** Hier, nous parlions de réarranger la chronologie selon nos besoins. Aujourd’hui, c’est la géographie que nous aimerions améliorer.

* Nous commençons par la météo. Même si nous sommes au seuil du printemps — les buissons et les arbres sont déjà en fleurs à Londres — il fait un froid de canard. La Tamise n’est pas gelée, mais il y a de la glace dans les flaques à Southwark.

* Si seulement on pouvait traîner Londres vers le sud ! Le temps est souvent froid, venteux, pluvieux, gris et couvert, ici. Pourquoi ne pourrait-on pas pousser un peu l’Angleterre… jusqu’aux latitudes espagnoles, disons… voire jusqu’à celles du Maroc ?

* De toute évidence, il n’est pas possible de réarranger la carte, mais est-il possible de changer le climat d’un endroit ? Apparemment oui — c’est du moins ce qu’annonce la théorie du réchauffement planétaire. Selon elle, l’humanité a modifié le climat mondial. Cela ne nous semble guère probable, mais qu’en savons-nous ?

* Les Soviétiques aussi pensaient pouvoir changer le climat — au moins dans certaines régions. Parmi leurs idées les plus cinglées, il s’en trouvait une qui prévoyait de faire pousser des pêches en Sibérie. Tout est possible pour le Nouvel homme marxiste, se sont-ils dit. Ils ont dépensé des millions de dollars — et gaspillé des milliers de vie en travaux forcés — en essayant de réaliser ces projets. Rien n’a fonctionné.

* Les seuls projets de changement climatique ayant vraiment fonctionné étaient accidentels, et dans la plupart des cas, désastreux. De vastes parties du monde antique — d’Athènes à Bagdad — étaient autrefois couvertes de forêts, avec des ruisseaux et des sources, et de nombreux animaux sauvages, comme des lions. Peu à peu, les arbres ont été abattus. Des champs ont été plantés. On a laissé paître des chèvres, du bétail et des moutons en trop grande quantité. Le sol s’est érodé. Sans arbres pour protéger la terre du soleil, l’écosystème tout entier s’est asséché… les eaux de surfaces se sont évaporées… les animaux ont disparu… les graines et les baies ont été balayées… laissant le paysage tel que nous le connaissons actuellement — en grande partie sec, stérile et dénudé.

* Apparemment, il s’est produit à peu près la même chose dans les Andes. L’histoire est moins bien connue, et est en grande partie basée sur des conjectures, mais certains scientifiques pensent que les Andes étaient elles aussi couvertes de forêts jusqu’à une époque relativement récente. Après ça, les Indiens ont abattu les arbres… et introduit l’agriculture. Plus tard, après Christophe Colomb, les colons ont fait grimper la demande de produits forestiers — pour la construction et pour le carburant.

* Ensuite sont arrivés les chèvres, les lamas, le bétail et les moutons. Une fois que les animaux à quatre pattes débarquent en force, la forêt n’a aucune chance de se réinstaller, parce que les jeunes pousses sont dévorées avant d’arriver à maturité… puis les graines elles-mêmes disparaissent.

* Pour autant que nous en sachions, la côte est des Etats-Unis est la seule à avoir vu les forêts réapparaître. Là, le bétail est généralement enfermé dans des prés clos. Il tombe également plus de pluie. Une fois que la terre n’a plus été activement cultivée, les arbres sont revenus.

** Qu’est-ce que tout cela a à voir avec l’argent ? Rien, peut-être. Mais les économies ne sont pas si différentes des écostructures. En plus, il ne s’est pas passé grand’chose dans le monde financier — si bien que nous avons dû utiliser notre imagination.

* Cependant, l’euro a grimpé… et l’or aussi.

* Les marchés actions se calment. Et les prêts à risque ne sont pas vraiment un problème : tout le monde le dit.

* Ce qui se passe, cependant, c’est que le nœud coulant doit être en train de se resserrer autour du cou du consommateur moyen.

* Les prêteurs se montrent plus regardants. La seule parole d’un homme n’est plus valable, du moins pas pour un prêt immobilier. Les organismes de prêt veulent voir des déclarations d’impôt, des feuilles de salaire, des relevés bancaires. Cela signifie que le barreau le plus bas de l’échelle immobilière est en train de craquer. En bas, les acheteurs les plus faibles n’ont nulle part où mettre le pied. Mais s’ils ne peuvent pas acheter… à qui les constructeurs subprime vont-ils vendre leurs maisons ? Et qu’en est-il des acheteurs marginalement moins risqués, à l’échelon suivant ? Qui achètera leurs maisons… pour qu’ils puissent grimper d’un degré… et finir par acheter un véritable manoir ?

* Il est peut-être vrai, comme nous l’avons rapporté hier, que seuls 15% des prêts subprime sont en difficulté… et que les prêts à risque ne représentent que 10% du secteur des prêts. Mais tout se passe à la marge. Prenons un quartier comptant 100 maisons similaires, chacune valant 200 000 $ : si l’une d’entre elle est vendue 150 000 $, la valeur du quartier tout entier est soudain marquée à la baisse. La perte totale implicite de richesse se monte à cinq millions de dollars — même si une seule maison a été vendue, et avec seulement 50 000 $ de rabais

* Lorsque les acheteurs les plus marginaux ne peuvent obtenir de crédit, les vendeurs moins marginaux ne peuvent conclure de ventes. S’ils ne peuvent vendre aux prix attendus, la valeur de leur nantissement est remise en question, si bien qu’ils ne peuvent pas emprunter non plus. C’est alors que toute la structure du crédit commence à s’assécher. Un jour — et vous pouvez nous citer — les forêts vertes et luxuriantes de l’expansion de crédit actuelle tourneront au brun.

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*** La Chronique Agora présente ***

La Chronique Agora présente : Notre malheureux Banquier central est coincé dans un ascenseur. Cette inactivité forcée a cela de positif qu’elle lui permet de revenir sur les événements qui ont secoué les marchés ces dernières semaines…

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Le Journal d’un Banquier Central
CALME ET PATIENT — 1ère PARTIE
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Par le Banquier Central (*)

… L’homme est une créature d’habitude : tant que ça monte — et surtout quand ça monte depuis longtemps –, il n’imagine pas une seule seconde que tout puisse s’arrêter brusquement.

Voilà ce que je me répète, Cher Journal, depuis quarante cinq minutes environ. J’écris ces lignes accroupi sur une moquette, à la faible lueur des voyants de l’ascenseur — car le plafonnier s’est arrêté, ainsi que le reste de l’appareil, sitôt que ma cabine s’est retrouvée entre le septième et le huitième étage de mon bureau.

Pour quelle raison ? Je l’ignore. Les ascenseurs, comme les marchés, ont leurs logiques propres. Elles restent impénétrables par nous autres mortels, ces logiques — à l’exception, bien sûr, du technicien chargé de les interpréter pour nous.

… Toujours est-il que ça ne fonctionne plus. J’attends donc le technicien qui me délivrera. J’ai réclamé sa venue par l’interphone d’alarme ; on m’a promis une intervention rapide. Pour patienter, j’écris sur mes genoux ces quelques lignes, bien résolu à ne pas céder à l’affolement : les ascenseurs, comme les marchés, ne vont pas toujours dans le sens qu’on veut.

Je vais suivre le conseil du panneau situé sous l’interphone : je reste calme et patient. Cette inaction forcée a au moins le mérite de me laisser réfléchir, tout à loisir, aux derniers développements de l’actualité économique.

Mini-krach
Le premier, c’est le mini krach survenu dans le sillage de la Bourse de Shanghai, qui a perdu 10% en l’espace d’une seule séance. En cause au départ, des prises de bénéfices massives face aux velléités supposées du gouvernement chinois de calmer une surchauffe boursière. La contagion qui a suivi en dit long sur l’état des rapports de force économiques à l’échelle mondiale… mais davantage encore sur les sujets qui font vibrer la communauté boursière en ce moment. La Chine est le point de mire de tous les regards…

Certains marchés émergents ont durement ressenti la tempête : le Sensex de Bombay, par exemple, a perdu 15% en l’espace deux semaines. Cette correction ne représente pourtant que la moitié de ce qu’avait lâché l’indice indien durant la crise des emerging au printemps dernier. Face à la progression du Sensex à long terme (+400% en quatre ans !), il ne s’agit que d’un épiphénomène…

Il s’en est suivi toutefois un débouclage massif de carry trades, avec pour conséquence une envolée de sa monnaie de prédilection : le yen. Le mécanisme est simple : emprunter des yens à prix d’ami (0,5% d’intérêt) pour les prêter ailleurs — en achetant des obligations, en investissant à des rendements beaucoup plus avantageux — et empocher la différence.

Evidemment, si les choses tournent mal, vous coupez votre position en vitesse — ce qui revient à vendre une devise ou un marché émergent… et à racheter votre emprunt en yens. Durant les deux semaines où le Sensex dévissait, la devise nippone a ainsi regagné 5,30% face au dollar ; la roupie indienne, 7% ; le zloty polonais, 4%, etc.

C’est exactement le scénario qu’Egisthe l’Analyste et moi-même anticipions il y a un mois, quand nous alertions nos lecteurs sur des pré-signaux techniques de retournement de ces carry trades. Depuis lors, le sujet a fait le tour de la planète, des média et des blogs. La question se pose : où va la devise nippone ?

Aux yeux d’Egisthe, il est clair qu’un mouvement d’appréciation du yen se met en place, mais on n’en a vu que les premières secousses. Inutile, donc, de se précipiter sur l’affaire. Des retours techniques sont probables à ce stade avant une nouvelle phase d’appréciation : surveillez le seuil-clé des 162 sur l’EUR/JPY.

Au plan fondamental, même si les taux d’intérêt nippons commencent à se normaliser en enregistrant de nettes tensions, peu d’arguments militent encore pour un yen structurellement fort. Les Japonais n’en veulent pas — et surtout pas face à la concurrence de la Chine, dont la devise est notoirement sous-évaluée. La BoJ ne paraît nullement pressée de relever ses taux. En revanche, le yen se mesure principalement face au dollar, et c’est surtout la faiblesse du greenback qu’il convient de remarquer ici. Le dollar se déprécie, en fait, contre toutes les grandes devises mondiales.

Nous verrons la suite demain… si je parviens à sortir de cet ascenseur…

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir le Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…

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