Le cadeau d’arrivée de Trump, livré avec détonateur

Rédigé le 30 novembre 2016 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Dette Imprimer

Trump commence à rassembler son gouvernement. Le poste clé est celui de Secrétaire du Trésor. Comment gérer 63 000 milliards de dettes si les taux montent ? Il n’y aura pas d’expansion économique mais une récession.

Pauvre Donald…

Il pourrait être en train de flirter avec des candidates de Miss Amérique, et savourer les splendeurs des reines de beauté. Au lieu de cela, il est pris dans les turpitudes des classes dirigeantes.

Les candidats aux différents postes se succèdent. David Petraeus. Rudy Giuliani. Newt Gingrich.

Le président-élu semble prendre des contacts… construire des ponts… tenter de discuter avec à peu près tout le monde.

Il s’est engagé à « assainir le marigot ». Mais à quelques exceptions notables près, presque tous les visiteurs de la Trump Tower sont d’habiles renards ou de dangereux crocodiles. Ils bâtissent leurs carrières et leurs fortunes en naviguant adroitement dans le bayou du Potomac : alors personne ne souhaitera l’assécher.

Peu importe. « Le Donald » doit faire la paix… attribuer des postes… et dispose de peu de temps pour examiner les CV et effectuer sa sélection.

Même Mitt Romney, l’un de ses plus fervents détracteurs au sein des conservateurs, a été invité à un entretien.

Cherche bon Secrétaire du Trésor capable de gérer 63 000 milliards de dollars de dette

Il nous a fallu des mois avant de trouver un bon factotum, dans notre ferme du Maryland. Imaginez un peu le temps qu’il faudrait pour trouver un bon Secrétaire du Trésor !

N’importe quel recruteur pourrait probablement vous dénicher un Secrétaire d’état, voire un Secrétaire de la défense. Les prétentieux et les « hommes creux » [NDR : référence au poème de TS Eliot, Les Hommes Creux, 1925] capables d’occuper ce poste sont légion.

Quasiment n’importe qui, choisi au hasard dans la rue, pourrait occuper cet emploi.

Dépenser quelques milliers de milliards de dollars pour faire n’importe quoi au Moyen-Orient ? Qu’est-ce qui pourrait mal tourner qui n’ait pas déjà mal tourné ? Que pourrait-on faire de plus imbécile et grossier que ce que l’on a déjà fait ?

On peut occuper ces deux postes les doigts dans le nez.

Il n’en va pas de même pour le poste de Secrétaire du Trésor. Un grand défi s’annonce, alors que l’Ere de la bulle financière s’achève. Il n’y a aucun moyen de l’éviter. Mais les politiciens de Washington, au cours des six mois à venir, détermineront probablement la façon dont cela se terminera, sur un murmure de déflation ou un BANG d’hyperinflation.

Le monde entier est confronté à un problème d’endettement, avec 223 000 milliards de dollars de dettes, soit environ trois fois le PIB mondial.

Les Etats-Unis en détiennent un bon morceau : 63 000 milliards de dollars. L’endettement excédentaire des Etats-Unis – bien au-delà de ce que peut supporter normalement une économie – est d’environ 35 000 milliards de dollars (selon nos propres estimations).

Et à moment donné, au cours des 12 à 24 mois à venir, cette bombe va probablement exploser.

Quelle est la durée restante de combustion de la mèche ?

Inutile d’admettre que nous avons déjà eu tort, en matière de timing. Vous le savez bien.

Nous pensions que la bulle internet exploserait en 1998 mais elle l’a fait deux ans plus tard seulement.

De même, nous avions averti que la dernière bulle du crédit hypothécaire allait éclater deux ans plus tôt. Faux à nouveau.

Et une fois de plus, nous pourrions être en avance.

Nous sommes surpris que le président Obama ait pu s’esquiver alors que la bulle est encore intacte. Peut-être que le président-élu Trump et son Secrétaire du Trésor auront également de la chance.

Mais nous en doutons.

A chaque fois, au cours des crises de ces vingt dernières années, l’Etat a pu retarder la bulle en ajoutant un peu plus d’explosif monétaire.

A présent, il n’a plus de marge de manoeuvre. Et il est cerné d’épines, d’aiguilles et de personnalités irritables.

La Fed a déjà abaissé son taux à près de zéro… et l’a laissé là pendant 96 mois de suite. Il pourrait devenir négatif, comme cela s’est produit au Japon, dans la Zone euro, en Suisse, au Danemark et en Suède. Mais c’est tellement absurde. Cela risque d’expédier le système financier mondial dans une panique existentielle.

« Alors si j’ai bien compris », dit l’investisseur médusé, « vous voulez que je vous prête mon argent… et ensuite, vous voulez que je VOUS règle des intérêts chaque année. N’est-ce pas censé être tout le contraire ? »

Baisser les taux d’intérêt et petite inflation ne sont plus à l’ordre du jour. Le nouveau gouvernement voudra creuser les déficits et des niveaux d’inflation plus élevés.

Une saison 2 de Reagan ? Oubliez !

Mais à présent, alors que la Trump Team débarque sur le terrain, il devient de plus en plus évident que ces vieillards qui reprennent du service sont trop lents pour élaborer un plan de relance budgétaire et d’inflation.

Au moment où leur vaste programme de dépenses sera mis en route, le marché obligataire les aura déjà devancés à toute allure… et aura foncé dans le mur.

Nous l’avons vu en avant-première lorsque les marchés ont appris la victoire improbable de Trump à l’élection : les investisseurs ont parié que ce serait bon pour les actions et mauvais pour les obligations.

« Trump va réduire les impôts et dépenser plus. Nous allons avoir un replay du Boom Reagan », se sont dit les investisseurs.

Le Dow, le S&P 500, le Nasdaq, et le Russel 2000 ont tous atteint des plus hauts records. Les obligations ont cédé 2 000 milliards de dollars, alors que les investisseurs craignaient une augmentation des taux d’inflation.

Mais tandis que le cours des obligations baissait, les rendements obligataires augmentaient. Des rendements obligataires en hausse signifient des coûts d’emprunt plus élevés, au sein de toute l’économie. Cela ne stimule pas une expansion, cela l’enraye.

Voilà la grande différence entre Reagan et Trump… entre 1981 et 2017.

M. Reagan a pris ses fonctions porté par des gens solvables qui voulaient mettre un terme à l’inflation. M. Trump est soutenu dans sa marche sur Washington par une armée de débiteurs qui en demandent.

M. Reagan a pu profiter d’une expansion, alors que les gens tiraient parti d’une inflation en baisse et de la chute des taux d’intérêt. M. Trump, hélas, ne le peut pas. Il va subir une contraction provoquée par le relèvement des taux et la hausse des prix.

Lui et son Secrétaire du Trésor vont être cruellement mis à l’épreuve. Les crocs des alligators se mettront à claquer. Les renards seront plus malins qu’eux. La bombe de l’endettement leur explosera au visage.

Et le marigot les engloutira.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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